‹ Conservations littéraires et moralesChapitre 7 sur 72 · X NOTICE · texte numérisé non relu

X NOTICE

donna, sous ses yeux, les premières leçons au jeune prince. Ce fut là (qu'on me pardonne ce souvenir personnel), ce l'ut dans ce temps que nous commençâmes à nous connaître et à nous lier d'une amitié qui a été un des bonheurs de ma vie et n'aurait du me manquer qu'avec elle. Le souvenir du moins n'eu mourra jamais dans mon cœur.

Je ne dirai pas ce que j'ai vu alors de l'affectueuse sollicitude, des soins tendres qui gagnaient à Rigault le cœur de son jeune élève, et donnaient à cette éducation, o\x la fermeté, au besoin, n'eût pas fait défaut, un caractère tout paternel. Mon témoignage serait bien superflu à côté des paroles mêmes de Rigault et de l'expression de ses sentiments, surpris dans les épanchements les plus intimes de l'amitié. Dès le 30 août ce même ami, avec lequel nous l'avons vu tout à l'heure en correspondance, recevait de lui une lettre datée de Compiègne, où il lui disait : « Le comte d'Eu est un enfant réfléchi, d'une grande netteté d'esprit, d'une docilité rare; il a toutes les qualités nécessaires pour bien apprendre, et de plus la bonne volonté qui les emploie. Je l'aime beaucoup , et il m'aime beaucoup aussi. » Mais on n'était alors qu'aux premiers jours de l'éducation; et si l'instituteur et l'élève s'aimaient déjà, ce n'était encore qu'un premier mouvement de leurs cœurs. Le gouvernement de l'enfance a ses nécessités sévères, et pour le maître ses fatigues qui épuisent quelquefois la patience. L'affection mutuelle peut alors se refroidir. En sera-t-il ainsi cette fois? Voici un fragment d'une autre lettre écrite de Saint-Cloud trois mois plus tard. Quelle lettre charmante! et comme elle fait connaître, comme elle fait aimer celui qui l'a écrite! « Moi aussi je suis père, maintenant que j'élève un enfant, et tu ne saurais croire, mon ami, combien je commence à mieux comprendre et à mieux aimer l'enfance. A l'École, nous aimions un enfant comme une espèce de plante charmante ou comme un objet d'art; nous étudiions en lui l'œuvre curieuse de la nature ou le développement artiflciel de ses quaUtés; en lui nous admirions Dieu ou l'éducation. Maintenant j'y trouve un autre attrait encore plus puissant, cette espèce de

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