‹ Conservations littéraires et moralesChapitre 8 sur 72 · SUR HIPPOLYTE RIGAULT. XI · texte numérisé non relu

SUR HIPPOLYTE RIGAULT. XI

tendresse sans réflexion, qui ne vient pas de ce qu'on les aime en poète, ou qu'on les analyse en moraliste, mais de ce qu'on respire le même air qu'eux, qu'on les embrasse quand ils sont bien sages et qu'on est inquiet quand ils souiïrent, enfin de ce qu'on mêle intimement sa vie à la leur, et qu'on aime non plus l'enfance, mais un enfant. Voilà la peinture mille fois trop vague de ce que j'éprouve....* » Trouve-t-on chez beaucoup d'instituteurs si jeunes, ou même plus âgés, trouve-t-on chez beaucoup de pères une tendresse si touchante, une sensibilité si délicate? Si Rigault n'avait pas un jour aimé tendrement ses propres enfants, il n'y aurait nulle part aucun indice qui pût jamais rien faire espérer du cœur de l'homme.

Depuis six mois seulement Rigault était attaché à ses nouveaux devoirs, lorsqu'une de ces tempêtes, que Dieu permet à la haine et à la calomnie de déchaîner et à la sottise des honnêtes gens de laisser passer, emporta dans l'exil, avec la liberté et la paix, notre bon et sage roi et toute cette famille royale si dévouée à la France. Quand de tels orages éclatent, on les voit déraciner tout à coup et même transplanter sans trop de peine des dévouements que l'on croyait robustes et bien acclimatés par une longue habitude. Celui de Rigault n'avait pas eu le temps de beaucoup vieillir. Les liens qui le retenaient près des princes étaient récemment formés; mais déjà ils étaient forts et le malheur les serrait. Il lui sembla qu'il était un ancien serviteur. H suivit son élève dans l'exil. A ses yeux ce ne fut que l'accomplissement d'un devoir trèssimple, rendu plus facile par une sincère afl'ection. Il eut une douloureuse occasion, un an avant sa mort, de rappeler luimême le souvenir de ce temps où loin de la France, au milieu des tristesses de Claremont, il avait partagé ses soins entre l'éducation du comte d'Eu et celle de son frère le duc d'Alençon. C'était au mois de novembre 1837, lorsque, dans le Journal des Débats 2, il rendit à la mémoire de madame la du-

• Lettre écrite à M. Riquier, le 15 novembre 1847. ' Le 23 novembre 1857.

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