‹ Conservations littéraires et moralesChapitre 9 sur 72 · XII NOTICE · texte numérisé non relu

XII NOTICE

chesse de Nemours un hommage si vrai et si pathétique. Aux cruels regrets dont tant de cœurs étaient navrés mêlant, avec une exquise sensibilité, l'expression de sa reconnaissance personnelle, il disait: «Dans les tristes loisirs de Texil celte mère si tendre aimait à surveiller les travaux de ses enfants; elle daignait aider et diriger leur maître, avec quel sens délicat et quelle autorité discrète, je m'en souviendrai toujours! » On lut à Claremont avec une vive émotion, on y recueillit avec attendrissement ces lignes qui y portaient les sentiments d'un cœur resté fidèle. Le jour n'était pas loin où, se souvenant de ce pieux témoignage, on y devait rendre larmes pour larmes (je ne le dis pas sans le savoir) à celui dont les paroles venues de l'âme avaient si bien répondu à une inconsolable douleur. Les princes, d'ailleurs, n'avaient pas oublié combien, dans cette funeste année 4848, Rigault leur avait été dévoué. Dans le malheur et l'isolement, les plus discrets et les plus respectueux avaient eu plus d'occasions de se faire connaître d'eux ; et ces princes, toujours accessibles et affables dans le temps même de leur prospérité, avaient été bien souvent alors charmés et consolés par l'esprit de ce brillant causeur et par l'aimable gaieté de son caractère.

Rigault avait fait le plus grand des sacrifices en s'exilant loin d'une mère âgée qui l'aimait si tendrement, et qui ne pouvait s'accoutumer à la pensée de vivre sans lui ses derniers jours. On le savait, et jamais on n'avait songé à lui faire prolonger ce sacrifice pendant les dix ou douze années que devait durer encore l'éducation de ses très -jeunes élèves. La vie a des devoirs divers, et le cœur a des affections dont les exigences ne se concilient pas toujours. Heureux celui qui n'est point obligé de leur faire leur part et qui peut y satisfaire et s'y consacrer également! Les sentiments des princes furent aussi généreux alors que ceux de Rigault furent dévoués. Quoiqu'il entendît une voix si chère qui le rappelait en France, ce ne fut pas lui qui rejeta le fardeau de l'exil. Ce fut la famille royale qui ne voulut pas priver une tendre mère de son appui et de sa consolation. « J'ai offert, écrivait Rigault à son ami le 24 avril 1848, j'ai offert au prince (à mon-

SUR IIIPPOLYTE RIGALLT. XIII

seigneur le duc de Nemours) de demeurer aupris de lui tant qu'il resterait en Angleterre. Il n'a pas accepté ce sacrifice ; il ne veut me séparer ni de ma famille ni de mon pays. Toutefois je puis lui être utile encore juscju'à ce qu'il m'ait trouvé un successeur. » H resta en efl'et en Angleterre jus(|u'au mois d'août de la méine année. La famille royale avait à ce moment surmonté les premières difficultés de l'exil, et les dures nécessités du malheur s'étaient un peu adoucies pour elle. Le nouvel instituteur put être trouvé; et Rigault eut la consolation de savoir à quelles dignes mains il transmettait ses honorables et chères fonctions. La séparation fut douloureuse; mais elle ne laissait du moins après elle que les meilleurs souvenirs, d'un côté la plus allectueuse estime, de l'autre la reconnaissance et la fidélité.

Revenu en France, avec l'intention de rentrer dans la carrière de l'enseignement public, Rigault fut d'abord accueilli, comme le méritait son talent et sa réputation universitaire, dans le grand établissement libre de Sainte-Barbe, cette école excellente et libérale, que je n'ai peut-être pas le droit de trop louer. Il y fut chargé d'une conférence et la garda pendant plusieurs années, même lorsque déjà il avait pu reprendre sa place dans les collèges de l'titat. Les leçons qu'il y donna avaient, autant que le permettait un enseignement plus scolaire, l'éclat et le charme de nos meilleurs cours de la Faculté. Ses auditeurs m'ont raconté que sa parole facile et animée était un véritable enchantement. C'est bien de lui qu'on a toujours pu dire : « Quoiqu'en robe on l'écoutait. »

Au mois de mai 1849, l'Université eut la justice et la bonne fortune de lui rouvrir ses rangs. Dans cette carrière interrompue, il fallait qu'il revînt au point de départ. Il fut chargé, comme suppléant, de la chaire de seconde au lycée Corneille [c'était en ce temps, je ne sais trop pourquoi, le nom républicain de notre ancien collège Henri IV). Rigault avait alors l'esprit occupé de plusieurs projets littéraires. Depuis qu'il avait plus de loisirs, son intelligence active et son talent, dont il devait avoir quelque conscience, le sollicitaient à écrire. Comme tous les jeunes gens qui cherchent leur route, il

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