heures
Ces corps myéliniques se présentent comme de gros lipoïdes bourrant littéralement le protoplasma, prenant une teinte noire franche par l’acide osmique, et se colorant en rouge vif par des solutions même très diluées de rouge neutre, au 1/40000 par exemple, beaucoup plus facilement par conséquent que les corps lipoides normaux ; ils se différencient des graisses par leur anisotrophie à la lumière polarisée. Pour Adami (27) et Aschoff, leur formation ne pourrait se faire sans acides gras, et notamment sans acide oléique qui est d’ailleurs l’un des plus importants des acides gras du foie, comme l’a montré Hartley (28) ; d’ailleurs, M. Parat et P. Bergeot (29), en 1925, après Altmann, Unna, Slarke, Handwerck et Mulon, ont montré que le tétraoxyde d’osmium est une réaction spécifique non des lipoïdes, mais de l’acide oléique, mais qu’il peut être réduit, même en son absence, par des agents étrangers, comme l’alcool, ou alkohol-osmium-reducktion de Starke. Pour White (30), les formes mygéliniques seraient une combinaison de la cholestérine avec les sels de potassium des acides caprylique,
CHNSQ UE nonylique, laurique, oléique et palmitique.
Quant à leur origine, L. Launoy fait remarquer que les plasmosomes ont disparu en tant qu’éléments granuleux avant l’apparition des corps myéliniques, qu’il n’y a pas de formations myéliniques avant la dégénérescence nucléaire, qu’enfin ses formations sont en tel nombre qu'il est impossible de leur reconnaître une origine exclusivement nucléaire (Nissen, Klebs, Obolonski) aux dépens de ‘la chromatine exsudée du noyau (Kraus, Goldman, Schmaus) et pouvant se transformer en corpuscules osmio-rubérophiles anisotropes ; leur autre origine serait le protoplasma soit aux dépens d’une substance myélinogène dissimulée pour Albrecht (31), soit d’un produit de la transformation autolytique des protéines, de cristaux de protagon (Orgler) (32).
Dans son deuxième mémoire sur les phénomènes histologiques de l’autolyse aseptique du foie, L. Launoy signale dans les cellules conservées pendant cinquante heures dans le sérum sanguin à 38° « un accroissement de volume des corps lipoides pigmentaires, se teignant nettement en noir par OSO", beaucoup sont sphériques, et il est possible qu’on se trouve en présence d’un phénomène de dégénérescence graisseuse directe ». Ce même phénomène a été constaté par nombre de chercheurs et particulièrement par M. Renaut qui, de son côté, a montré qu'après la mort, la disparition du glycogène est rapidement suivie de coagulation cellulaire et de dégénérescence graisseuse accélérée par une protéase autolytique. Cette interprétation a d’ailleurs été vivement critiquée par P. Saxhl (33).
Quoi qu’il en soit, il semble bien que l’apparition de ces graisses ou lipoïdes au cours de l’autolyse soit due, comme le pensent Gilbert et Surmont (34) « à la libération sur place de ces éléments non apparents et en combinaisons dissimulées jusqu'alors ; ils
n’ont pu naître, en effet, n’ayant pu être apportés par un solution
isotonique de chlorure de sodium, que de la transformation des matériaux contenus dans la cellule ».
Faut-il cependant renoncer à toute étude histologique des cellules hépatiques humaines dans la difficulté où l’on se trouve du fait de ne pouvoir pratiquer l’autopsie que vingt-quatre heures après la
mort, de savoir ce qui relève de l’autolyse ou d’altérations anté-
De Lo te
rieures à la mort ? Nous ne le pensons pas ; nous avons, en effet, effectué sur le foie de six de nos malades quelques recherches qui nous permettent de conclure qu’en général, les lésions d’autolyse observées ne dépassent pas le stade des modifications précoces, signalées par L. Launoy et n’atteignent pas celui des altérations brusques, catastrophiques du noyau et du cytoplasme avec apparition des corps myéliniques.
Voici comment nous avons procédé :
Sur six foies d’autopsies pratiquées en moyenne 28 à 30 heures après la mort, choisis comme présentant le minimum d’altération cadavériques ou pathologiques, nous avons prélevé des fragments dont une partie était soumise à une fixation ou à un examen immédiat, alors que l’autre, après lavage prudent dans une solution isotonique de chlorure de sodium à 15°, était portée à l’étuve, dans une solution similaire pendant un temps variant de 12 à 48 heures.
D’examens comparatifs, pratiqués, avant et après le séjour à l’étude, par les deux méthodes préconisées par L. Launoy : examen de cellules dissociées en solution isotonique en présence soit de brillant crésyl-bleu (1/25.000), de rouge neutre (1/2.000, 1/10.000, 1/40.000), de bleu polychrome d’Unna, lecture de coupes fixées au Flemming fort et colorées à la safranine anilinée, vert-lumière chlorhydrique où toutes les manipulations au xyÿlol ont été remplacées par le tétrachlorure de carbone, il résulte que l’apparition des formations myéliniques et des grosses altérations nucléaires a toujours suivi un séjour prolongé à l’étuve et que l’aspect en était fort différent des surcharges, même lipoïdiques ou des altérations discrètes constatées sur les prélèvements primitifs : la coloration rouge vif des formations myéliniques par le rouge neutre, leur teinte foncée par le tétraoxyde d’osmium, leur abondanñce ne permettent guère de les confondre avec les enclaves lipoïdiques, jaune bistre par OSO*, ou ne se teintant qu’en solution concentrée et le plus souvent faiblement par le rouge neutre rencontrées dans quelques préparations immédiates. Les aspects nucléaires ne sont point non plus comparables ; par contre, les différences constatées pour les dégénérescences graisseuses à vésicules fines sont bien
moins nettes, quoiqu’elles augmentent franchement d’importance
après un séjour de quelques ‘heures à l’étuve et semblent précéder,
dans certains cas, les modifications myéliniques du protoplasma dont elles sont souvent très difficiles à distinguer.
Brault (35), puis Ribadeau-Dumas, Chaumet (6), après Lacassagne et E. Martin (37), se sont attachés à l’étude de la disparition du glycogène au cours des maladies chroniques et après la mort. On sait que ces deux derniers auteurs, avec leurs élèves Jacques (38). Azémar (39) et Welsch (40), en ont fait l’application en médecine légale pour le diagnostie de la mort lente : c’est l’épreuve de la docimasie hépatique.
D’autre part, les dosages de von Bibra ont montré que la teneur moyenne totale du foie normal en glycogène est d'environ 75 à 150 gr. chez l’adulte. Nous venons de voir que L. Launoy, M. Renaut et bien d’autres insistent sur sa disparition précoce dans l’autolyse ; or, on sait que, d’après les travaux de L. Bernard et Lœderich (41), de H. Roger, que l’aspect clair de la cellule normale serait dû au glycogène : l’hydrolyse et la disparition de cette substance entraineraient donc des modifications d’aspect considérables, et contribueraient tout au moins à l’accentuation du réseau cytoplasmique et à la dilatation des mailles du spongioplasma au début de l’autolyse.
Nous avons cherché à établir si, dans les conditions de nos autopsies, il pouvait être tenu compte de la diminution considérable de Ïa teneur en glycogène que nous avons très fréquemment constatée macroscopiquement par le procédé de Ranvier au sérum iodé ; nous nous sommes servis de la méthode préconisée par A. Fisher : fixation de l’alcool, inclusion à la paraffine, passage dans le xylol et l’alcool et immersion directe dans une solution de tanin à 10 % pendant dix à quinze minutes ; lavage rapide au bichromate de potassium à 1 % et transport pendant dix à quinze minutes dans une solution à 10 % de bichromate. Opérant sur plusieurs foies, provenant tant de tuberculeux que de malades décédés d’affections d’un autre ordre et notamment d’un malade mort brusquement de rupture anévrysmale, nous n’avons pas constaté histologiquement de différences très appréciables ; le glycogène nous a paru cependant plus diminué dans les cas de tuberculose chronique, ainsi que l’avait déjà constaté Butte.
Comme nous l’avons dit plus haut, les essais que nous avons tenté sur les modifications mitochondriales ne nous ont pas donné, dans
Ad UE
les conditions où nous pouvions opérer, de résultats suffisamment nets pour que nous puissions tabler sur eux. Les plasmosomes disparaissent très rapidement ; nous n’avons pu jamais les retrouver après fixation au Flemming fort dans nos examens de pièces d’autopsie ; le bouleversement et la diversité des aspects du chondriome révélés après fixation au liquide de Champy et coloration à l’hématoxyline ferrique, même dans les foies apparaissant les moins lésés par les méthodes les plus simples, ne nous permettent aucune conclusion.
Modifications pathologiques de la cellule hépatique
C’est pourquoi nous avons dû abandonner notre projet primitif de l'étude des lésions intimes de la cellule hépatique chez les tuberculeux et nous contenter des descriptions et classifications moins complexes adoptées depuis Sabourin, Gilbert et Pilliet (42) : tuméfaction trouble, dégénérescence granuleuse et granulo-graisseuse, dégénérescence et surcharge graisseuses, nous réservant de nous servir à l’occasion, pour la précision de certains aspects particuliers, de quelques-uns des termes de la classification proposée par Gougerot (43) : tuméfaction transparente acidophile, atrophie rouge, dégénérescence incolore du protoplasma, nécrose de coagulation hématéiphile, nécrose vacuolaire avec fragmentation du noyau, atrophie pigmentaire, atrophie simple qui, d’ailleurs, ont surtout un intérêt d'ordre général.
Nous donnerons donc le plus succinctement possible une description des principales lésions cellulaires dégénératives rencontrées au cours de nos examens, nous référant de très près aux travaux de N. Fiessinger à ce sujet et nous réservant d'étudier les réactions d’hypertrophie compensatrice au chapitre des cirrhoses où elles sont beaucoup plus fréquentes.
Normalement la cellule hépatique serait une cellule claire ; la seule irrégularité consisterait dans une condensation granuleuse des cellules avoisinant l’espace porte, tandis que les éléments du centre paraissent plus clairs. Gilbert et Jomier distinguent, au contraire, des cellules claires et des cellules foncées plus rares,
= 4e mais que N. Fiessinger croit pathologiques. Cet aspect serait dû, comme nous l’avons déjà dit, au glycogène.
En 1909, F. Rathery (44) montre qu’en réalité l'aspect clair est dû au liquide fixateur lui-même ; les pièces fixées au liquide de Van Gehuchten, au sublimé acétique (Theohari) (42), au liquide de Flemming fort (Gilbert et Jomier, L. Launoy), à celui de Lindsay (N. Fiessinger), à celui de Dominici (Lœderich) présentent, en effet, un aspect fibrillaire vaguement grenu dans les parties incomplètement imprégnées ; les parties bien fixées ont, au contraire, un aspect finement grenu. Opérant avec le liquide de J. Laguesse sur les foies de lapin recueillis immédiatement après la mort ou même pendant la vie, et se servant des méthodes de coloration de Ferrata : fuchsine-acide, différenciation par l’acide picrique, recoloration au méthyl-grün, l’auteur constate que la cellule apparaît bourrée de granulations ; le noyau est coloré en vert avec granulations vertes aux points nodaux et grois nucléole fuchsmophile ; la périphérie de la cellule est formée de protoplasma condensé coloré en vert franc un peu granuleux, d’où partent de fins réseaux occupant tout le corps de la cellule jusqu’au noyau ; aux points nodaux apparaissent des granulations vertes ; les mailles contiennent de nombreux grains rouges d’égale dimension, à contours nets arrondis, parfois en bâtonnets ; les cellules les plus sombres sont formées de grosses granulations moins régulières et plus abondantes. Cette description déjà fournie par Altman n’est pas difficile à rapprocher de celles que nous avons données précédemment de la cellule hépatique normale. Sur le cadavre, ces granulations disparaissent assez tardivement, laissant une sorte de cavité régulière, donnant un aspect en écumoire. On sait que, pour Arnold et Launoy, l’état clair de la cellule hépatique résulterait de l’autolyse aseptique du foie. Pour Mayer, F. Rathery et Schœæffer, l’état granuleux est indépendant de la teneur en glycogène de la cellule hépatique. |
Quoi qu’il en soit et étant donné les méthodes de fixation et de coloration que nous avons employées, il nous paraît légitime de conserver l’ancienne classification de Gilbert et ses élèves, en attachant moins d'importance aux altérations, ou prétendues telles, protoplasmiques qu’aux lésions de forme, de disposition de l’élément hépatique par rapport à ses voisins, ainsi qu’aux modifications
LEA Ce rs nucléaires. Sans vouloir les interpréter à coup sûr comme des signes de certitude de lésions cellulaires, en raison notamment des processus d’autolyse aseptique et même septique qui peuvent modifier considérablement un élément même normal, elles nous apparaissent comme une probabilité, sinon démontrée, du moins possible.
La dégénérescence granuleuse consisterait dans une condensation granuleuse du protoplasma acidophile. Gilbert et Jomier, dans leur travail sur l’inanition, décrivent des cellules foncées à forme variable, triangulaire ou quadrangulaire, souvent biconcaves, le noyau est flétri à contours irréguliers se colorant uniformément par la safranine. Pour N. Fiessinger, ce sont des lésions de dégénérescence qui se retrouvent dans les foies intoxiqués ou dans ceux qui sont restés soit à l’air, soit au contact d’une substance de tonicité différente. Cette dégénérescence aboutit finalement à la mort de l’élément.
Les aspects présentés sur les coupes peuvent être les suivants :
a) Condensation granuleuse acidophile avec modification des granula d’Altmann. :
-b) Dégénérescence atrophique granuleuse avec lésions du noyau, aspect étoilé de la cellule à quatre pointes et dont l’acidophilie est augmentée. La pycenose du noyau est plus fréquente que la caryolyse.
c) Dégénérescence atrophique amorphe avec vacuolisation. Cette dégénérescence vacuolaire n’est presque jamais graisseuse ; elle est le fait de la dégénérescence définitive des protéines ; ces vacuoles sont petites, centrales sans tendance à l’extériorisation, le cytoplasme est amorphe, le noyau se dissout, d’où une basophilie étendue. Si les éléments sont frappés en amas, il y a tendance à la caryolyse, mais là encore survient un stade vacuolaire en même temps que l’acidophilie se prononce.
Mais cet ordre de lésions cellulaires n’apparaît que comme accessoires ou secondaires dans le foie des tuberculeux ; liées vraisemblablement aux poussées évolutives de la bacillose pulmonaire, comme l’a montré E. Aubertin (46), et peut-être en rapport avec les poisons solubles du BK (Carrière), elles accompagnent ou succèdent aux lésions congestives généralement de la zone moyenne ou de Ia région centro-lobulaire s’accompagnant de dislocation trabéculaire,