CHAPITRE UI
INTÉRÊT QUE PRÉSENTE LA RECHERCHE PARALLÈLE DES TAUX DU GLUCOSE ET DE L'URÉE DANS LES ÉTATS DÉPRESSIFS
A. — EN RAISON DE LEURS CARACTÈRES DE € TESIS » DES FONCTIONS HÉPATIQUES ET RÉNALES ET DE LEUR IMPORTANCE PHYSIOLOGIQUE GÉNÉRALE.
Ainsi donc, dans les états dépressifs, et plus particulièrement dans la mélancolie, il est constant de rencontrer des perturbations importantes des fonctions du foie et des reins, et nous pensons qu'aucun dosage en dehors de celui du glucose et de T’urée du sang ne peut mieux nous renseigner sur l’activité de ces organes.
Pour le foie, les indications qu’ils vont nous donner vont nous permettre de juger de ses fonctions protéique, glycopexique et antitoxique.
La connaissance du taux de l’urée permet en effet d'apprécier le rôle du foie dans le métabolisme des pro-
tides. En ce qui concerne l’hypoazotémie, ou l’azotémie
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faible, on peut en faire un signe d'insuffisance uréogénique. Le foie peut avoir perdu en partie son pouvoir de désagrégation des acides aminés (qu’il partage avec le rein) : la désamination de ces derniers peut être incomplète.
Le phénomène inverse peut également être réalisé, comme c’est le cas dans certains états dépressifs. I] y a parfois en effet hyperuréogénie hépatique (et même tissulaire). Cette dernière cause d’azotémie s’associe d’ailleurs fréquemment à la précédente et l’oligurie entre souvent aussi en jeu.
D'autre part, le rôle protéopexique et antitoxique du foie est également à signaler. Dans nombre d'états dépressifs, comme l’ont montré WipaL, ABRAMI, IANCO- VESCO, au moyen de l’épreuve de l’hémoclasie digestive, il y a insuffisance très nette du foie qui laisse passer dans la circulation générale le sang de la veine porte avec ses albumines hétérogènes. II y a là encore une cause des variations de l’azotémie; l’élévation de cette dernière peut même être considérée comme le témoin dun processus d’auto-intoxication.
En ce qui concerne le métabolisme des oses, le chiffre de la glycémie nous montre d’une façon encore plus évidente l'intervention du foie. C’est au foie que revient la prépondérance dans les phénomènes de glycopexie et de glycogénolyse. Sans doute le tissu musculaire jouit-il des mêmes prérogatives dans <e domaine, mais dans un cadre assez restreint. En effet, c’est au foie seul qu’est attribuée la possibilité de transformer toutes les formes de molécules sucrées en glycogène, le muscle ne pouvant travailler qu'avec le seul glucose. D’autre part, au cours de cette transformation, c’est le glucose qui
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passe le plus facilement et le plus rapidement à l’état de glycogène, les autres oses étant convertis, avec moins d’aisance, d’abord en glucose, puis en glycogène. Il existe bien cependant des oses qui peuvent être transformés directement en glycogène, mais ce chemin de traverse ne peut être suivi que sous le couvert de l’intégrité complète de la fonction hépatique. Pour mesurer cette capacité, vis-à-vis des oses, on utilise d’ailleurs en clinique l’épreuve de la lévulosurie ou de la galactosurie provoquée.
Le rôle du foie dans l'élaboration du glycogène ne consiste pas seulement à utiliser les sucres eux-mêmes, mais également les produits de désintégration de ces derniers, tels que l'acide pyruvique, l'acide lactique, etc., lesquels représentent en quelque sorte des fragments de sucre.
Enfin, le foie puise encore dans une partie des protéines alimentaires les principes nécessaires à la fabrication du glycogène. La désamination des acides aminés au niveau du foie, leur transformation en acide lactique, en acide pyruvique, etc, puis enfin en glycogène, est un phénomène certain. C’est ainsi que l’on a pu établir que 100 grammes de protéines peuvent engendrer 58 grammes de glycogène.
Ainsi, protides et hydrates de carbone, sous l'influence hépatique, participent à la glycogénie, et cela accroît l'intérêt de la recherche parallèle de l’azotémie et de la glycémie en {ant que tests hépatiques.
En tant que preuves de l'intégrité rénale, glycémie et azotémie vont également nous être précieuses.
D'abord, en ce qui concerne le métabolisme des protides, la désamination des acides aminés incombe au
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rein, dont le rôle est même supérieur à celui du foie à ce sujet.
. En ce qui concerne l’excrétion uréique, chacun sait que cette dernière est sous la dépendance du parençhyme rénal, qui est plus ou moins perméable à l’urée. Le rein perd dans certains cas son pouvoir de concen- {ration de l’urée et le taux de l’azotémie s’élève propor- ‘tionnellement. Qu’une certaine oligurie (peut-être d’origine hépatique dans certains syndromes dépressifs) vienne compliquer cette déficience et la rétention uréique s en trouvera acérue, | L'influence du rein sur la glycémie est sans doute ‘moins nette; peut-être cependant à ce point de vue peuton SOUIeYEr la question du seuil rénal, qui peut subir “parfois des variations sensibles (TARGOWLA et LAMACHE). SUR sont des tests de l’activité hépatique et rénale, le ct et l’urée marquent aussi des étapes de deux mé- “tabofi ismes importants, et à ce titre ils ont une significa- “Hon physiologique générale.
‘IL Dous suffira à ce sujet de rappeler la participation ‘des protides à la construction cellulaire, que ce soit au réaurdu protoplasme ou à celui du noyau. Le rôle des protides dans l édification des systèmes enzymatiques est tue Ils s’associent aux lipides et aux glucides dans, des combinaisons multiples. Certains produits de teur désintégration sont mis en réserve par le foie. En- Jin, e produit ultime de leur dégradation, considéré une substance de déchet, l’urée, n’est pas sans avoir, Se aussi, CÉFRRNRS attributions : rôle dans la diurèse, Pôle dans” 1es urémies toxiques, rôle dans la régulation azotée | dans. les azotémies rénales vraies RÉPARER
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Le rôle plastique des oses est aussi considérable, car ils entrent dans la composition d’un grand nombre de constituants de l’organisme. A l’état de glycogène, on les rencontre dans le foie et les muscles. On les retrouve dans les cartilages, les mucines à l’état de combinaison avec les acides aminés : glucosamines, chondrosamines. Combinés aux lipides, on les retrouve dans nos tissus sous forme de galactolipides. Ils participent à la consüitution des noyaux. Dans les nucléotides, on trouve le ribose, le ribodédose et autres pentoses. On les rencontre aussi chez certaines diastases et codiastases. Le ferment jaune de Warburg, par exemple, renferme une chaîne ribosique, de même la vitamine B..
Par leurs produits de dégradation, ils jouent un rôle important dans le métabolisme des protides et des lipides. En effet, les produits de dégradation des protides, lipides et glucides sont souvent identiques : témoin cet acide pyruvique qui est un produit normal du Métabolisme des protides, lipides et glucides et qu’on a appelé pour cela « le carrefour des éléments de dégradation des constituants de la cellule ». I] y a ane interaçtion telle entre ces différents çorps que leur, classification
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L'hyperazotémie de certains états dépressifs peut aussi, dans une certaine mesure, être rattachée à des troubles métaboliques endocellulaires. La participation de la cellule nerveuse à cette élévation du taux de l’urée, dans les psychopathies, paraît si bien établie que certains auteurs en font un test du dysfonctionnement du tissu nerveux (travaux de MoucHAUD).
B. -—— EN RAISON DES RAPPORTS QU'ILS ONT AVEC LES MÉCANISMES D'OXYDO-RÉDUCTION DES TISSUS.
Le nombre de types de réactions chimiques intervenant dans les cellules est très restreint. Toutes les réactions de notre vie semblent se concentrer dans des échanges où n’interviennent entre les substrats que l’eau, ses éléments ou ses ions. Ces réactions sont catalysées par des systèmes enzymatiques. Elles se manifestent et s'expliquent uniquement par des phénomènes d'hydrolyse, de déshydrogénation et d’oxydation. Or, ces phénomènes constituent l'expression des mécanismes oxydo-réducteurs. Ces derniers mettent en jeu non seulement l’hydrogène et l'oxygène, mais également l’eau, et de ce fait peuvent être considérés comme responsables de toutes les transformations biochimiques des contenus cellulaires.
Il suffit pour le comprendre de se rappeler l’action
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des déhydrases au cours de la transformation de l’acide lactique en acide acétique.
En un premier temps, l’acide lactique perd 2 atomes d'hydrogène et 1 CO? et se transforme en éthanal. Ce dernier fixe ensuite 1 molécule d’eau pour passer à l’état d’hydrate d’aldéhyde, lequel à son tour perd 2 atomes d'hydrogène pour se convertir en acide acétique.
Ce processus de déshydrogénation s’est done accompagné d’une hydratation. Très souvent il en est ainsi dans les processus oxydo-réducteurs.
La transformation métabolique des glucides et des protides n’échappe pas à ce mécanisme de l’oxydo-réduction, et nous pouvons admettre que les variations de la glycémie et de l’azotémie sont le reflet du bon ou du mauvais fonctionnement des mécanismes oxydoréducteurs des tissus.
En ce qui concerne les glucides, il suffit de se rappeler par exemple les phénomènes oxydo-réducteurs qui interviennent d’abord sur l’ester de HARDEN et VounG au cours de ses transformations en acide pyruvique, une molécule d’aldéhyde glycérophosphorique, intermédiairement formée, se réduisant en phosphoglycérol pendant qu’une autre molécule s’oxyde en acide phosphoglycérique; et, d’autre part, les actions réversibles d’hydrogénation et de déshydrogénation faisant passer l'acide pyruvique à l’état d’acide lactique et inversement.
La transformation catabolique de cet acide pyruvique se poursuit d’ailleurs grâce à de nouveaux phénomènes oxydo-réducteurs catalysés par plusieurs enzymes différents.
En ce qui concerne les protides cellulaires, leur métabolisme est régi sur place par des processus oxydo-
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réducteurs enzymatiques dont les protéases, polypeptidases ei déhydrases sont responsables.
Au niveau des reins et du foie, la désamination des acides aminés et l’élaboration de l’ammoniaque relèvent encore de processus d’oxydation-réduction.
Enfin, la quantité d’urée sanguine est en rapports étroits avec l’action de l’uréase qui hydrate l’urée en carbonate d’ammoniaque et surtout avec l’action de l’arginase du foie, laquelle, selon la théorie de KREBs et HENSELEIT, décompose l’arginine en ornithine avec libération d’une molécule d’urée.
Ces quelques considérations sommaires nous paraissent suffisantes pour prouver l'intérêt des taux de la glycémie et de l’azotémie en tant que témoins des processus d’oxydo-réduction des tissus.
C. —— EN RAISON DE LEUR DÉPENDANCE DIRECTE DE CERTAINES GLANDES ENDOCRINES.
En raison de leur dépendance directe de certaines glandes endocrines, les taux de la glycémie et de l’azotémie sont également intéressants. Les variations qu’ils peuvent présenter peuvent être rattachées en effet à des troubles du fonctionnement du système endocrinien.
L'étude du mécanisme de la glycorégulation en particulier, si intimement liée aux sécrétions internes, nous en apporte la preuve.
On sait en effet qu’on peut rapporter ce mécanisme à deux phénomènes distincts : celui de la charge glycémique et celui de la décharge glycémique, régis par un ensemble de processus hormonaux et nerveux.
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La décharge glycémique se réalise par le stockage du glucose dans le système lacunaïre, par la glycogénopexie hépatique et tissulaire, et enfin par la glycolyse par oxydation (avec transformation accessoire en lipides).
C’est principalement l’insuline qui préside à cette décharge. Elle est le grand régulateur du catabolisme des oses. L’intimité de son action nous échappe encore.
De plus, il faut tenir compte dans la sécrétion insulinique de lintervention de l’hypophyse, cette glande maîtresse de tout le système endocrinien. Elle règle cette sécrétion, et d’autre part, par l'intermédiaire d’une hormone pancréatotrope, découverte par ANSELMINO et HorFrmanx, elle serait susceptible de provoquer la multiplication des îlots de Langerhans.
Les interrelations hormonales coordonnées par l’hypophyse et les centres sous-thalamiques, ces grands relais de la vie végétative, font que la rate, les hormones sexuelles et surtout l’Incrétine duodénale de La Barre, ainsi que la vagotonine de Santenoise, coopèrent à cette action hypoglycémiante. |
Enfin le stockage du glycogène dans le foie n’est possible que par la phosphorylation du glucose, et cette dernière ne peut être réalisée que par l'intermédiaire des cortico-stérols de la cortico-surrénale, qui reçoit d’ailleurs l’appoint de la vitamine B', également phosphorylante.
Le phénomène inverse, c’est-à-dire la charge glycémique, trouve principalement son expression dans la glycogénolyse hépatique réalisée par les hormones antagonistes de l’insuline. L’hypophyse intervient encore, et également la surrénale. Leur rôle est capital. La postet la préhypophyse sécrètent des hormones diabétogènes