‹ Considérations bio-chimiques sur les taux sanguins du glucose et de l'urée dans les syndromes dépressifsChapitre 8 sur 37 · RUES · texte numérisé non relu

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Ces états peuvent d’ailleurs succéder à des dépressions mélancoliques. On a déjà décrit aussi des phases confusionnelles au cours de la psychose maniaque dépressive (CHATAGNON et SOULAIRAC).

d) Nous ne ferons que citer La dépression conslitulionnelle, état psychopathique bien décrit par Mox- TASSUT.

Ce trouble, ainsi que les dépressions symptomatiques d’autres psychoses, telles que démence précoce, paralysie générale, épilepsie, sénilité, syphilis, tumeurs cérébrales, ne nous ont pas semblé pouvoir rentrer directement dans le cadre des affections dépressives envisagées dans ce travail.

Nous allons essayer de décrire un type d’état dépressif, un peu schématique, mais pouvant englober à la fois les dépressions simples, les dépressions mélancoliques et les dépressions confusionnelles. Cette description préalable nous permettra ainsi de montrer d’après quels symptômes cliniques nous avons choisi nos malades et nous permettra également, lors des observations de malades, d'éviter d’assez nombreuses redites.

Les troubles débutent presque toujours à l’occasion d’un événement biologique plus ou moins patent. C’est le plus souvent soit un épisode toxi-infectieux, soit une intervention chirurgicale, soit une fatigue générale. Les deux tiers des cas se rencontrent chez la femme, et dans notre travail d’ailleurs nos observations n’ont porté que

. sur des malades du sexe féminin. C’est d’ailleurs chez la

femme que l’on rencontre, à l’occasion de la vie génitale et du cycle sexuel, le plus grand nombre de facteurs déterminants : puberté, ménopause, gestation et castration opératoire ou involutive. La menstruation elle-

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même semble favorable à l’éclosion de certain nombre de cas. s

Le début se fait plus ou moins brutalement ou d’une manière plus ou moins insidieuse. Ce début est d’ailleurs rarement brutal, et dans le cas de début brusque, on a le plus souvent affaire alors à des dépressions confusionnelles d'emblée. Les signes de début sont surtout des signes physiques, traduisant déjà l’atteinte plus ou moins profonde de l’état général : céphalées, troubles digestifs, avec état saburral des voies digestives, tremblements de types variés, insomnies ou troubles du sommeil, tels que cauchemars, rêves anxieux. Parfois, on peut remarquer des agacements moteurs.

Il est très difficile d’essayer de donner une définition univoque de l’état dépressif lui-même. En effet, il forme un tout complexe, comportant un appoint subjectif assez considérable. On peut cependant tenter de définir lPétat dépressif en général comme résultant d’un ensemble de sentiments qui expriment la douleur morale sous des formes et des nuances différentes : cette tristesse peut être active ou passive; on peut avoir affaire à des sentiments de peur, à des sentiments de douleur.

Malgré cette difficulté de donner une définition exacte, on peut cependant décrire les divers signes cliniques et biologiques qui vont constituer le tableau de l’état dépressif.

Avant tout, il s’agit de signes psychiques qui vont se traduire et par des troubles de la volonté, de l’idéation, de Paffectivité, et aussi parfois par des troubles divers d'ordre plus ou moins délirant. L’aboulie, qui a été aussi nommée la paralysie psycho-motrice, rend les malades inertes, incapables du moindre effort de volonté et de

op

réalisation. D'ailleurs, ce qui est surtout atteint chez ces malades, c’est moins le pouvoir de délibération et le choix de l’acte que le passage à son exécution et son exécution même.

On constate de l’inhibition ou suspension de l’idéation. L’activité intellectuelle est ralentie dans son ensemble, courte, indigente. Les malades se plaignent davoir la tête vide. Pour MASSELON, ce serait avant tout un trouble de l’élaboration des idées. Pour G. Dumas, Pinhibition serait une stérilité idéique plus qu’un défaut de synthèse intellectuelle.

Si l’aboulie et l’inhibition sont des éléments essentiels de l’état dépressif, il n’en est pas de même pour les symptômes que nous allons maintenant passer en revue. Suivant l'intensité du syndrome dépressif, suivant la phase à laquelle il se trouve, suivant même les sujets atteints et leur fond mental antérieur, ces symptômes existent, font défaut ou ne sont qu’à peine esquissés. La douleur morale est cependant le signe le plus constant. En effet, elle fait très souvent partie de « sentiments dépressifs » et elle se présente comme le contenu le plus concret de la conscience du mélancolique. Elle s’extériorise tantôt sous forme d’inquiétude, tantôt sous forme de remords, tantôt c’est un sentiment de peur qui domine le tableau. Ou bien alors, l’inhibition agit même sur cet élément de douleur morale et nous avons le dégoût, le découragement, la lassitude, le sentiment d’impuissance.

Les idées tristes sont fréquentes”et surviennent souvent alors comme une sorte de justification de l’aboulie, de l’inhibition, de la douleur morale. Idées de culpabilité, de ruine, idées hypocondriaques constituent les

Ton

thèmes soit d’un mono-idéisme obsédant, soit d’un ensemble vague et diffus.

Enfin, dans certaines dépressions, dans les formes plus particulièrement mélancoliques, surviennent le désir et la recherche de la mort, qui mènent aux tentatives de suicide, aux raptus mélancoliques et, sous une forme un peu dégradée, aux refus d’aliments. C’est en quelque sorte l’évolution logique des idées délirantes de culpabilité, d’hypocondrie et du sentiment de peur.

Si ce sont les signes psychiques, que nous venons d’énumérer brièvement, qui donnent au syndrome dépressif sa physionomie si particulière, les signes somatiques n’en sont pas moins absolument constants et font partie intégrante du tableau clinique.

Certains symptômes physiques sont étroitement liés aux signes psychiques et l’on ne peut dire s’ils en sont la conséquence ou la cause, tant ils sont intimement intriqués.

Avant tout, on rencontre l’asthénie. C’est évidemment un syndrome à la fois psychique et moteur. Nous en avons déjà vu les composants psychiques. Au point de vue moteur, il contribue à la prostration des malades, à leur anéantissement, à leur aboulie; il se traduit par la pauvreté, l’indigence des mouvements, par le besoin de repos, d’alitement que réclament sans cesse les malades. La mimique est pauvre, les traits sont atones. Tout effort leur est insupportable. Souvent, il peut y avoir mutisme ou semi-mutisme asthénique. Comme corollaire immédiat de cette asthénie se trouve la fatigabilité musculaire, qui contribue à traduire l’état de déficience et d’épuisement de l’organisme.

D'autre part, on peut dire que, dans les états dépressifs, l'organisme tout entier est atteint et, de ce fait, on

retrouve des perturbations dans le domaine de tous les appareils.

L’appareil cardio-vasculaire traduit ces perturbations plus où moins profondes par des modifications du pouls, de la tension artérielle, des phénomènes vaso-moteurs, du dermographisme.

Les troubles nerveux peuvent se traduire par des tremblements, de lPhypotonie (CLAUDE), du nystagmus; très souvent, il y a des modifications des réflexes. D’un autre côté, le système végétatif peut se trouver perturbé soit dans un sens sympathico-tonique (c’est plus spécialement le cas des dépressions actives), soit dans un ‘sens vagotonique (cas des dépressions passives à caractère plutôt stuporaux) (Travaux de CLAUDE, SANTE- NOISE et TinEL). Les troubles digestifs sont toujours importants. Ils se traduisent le plus souvent soit par un état saburral des voies digestives, soit par des signes d'insuffisance hépatique, du subictère, de la constipation. II y a également fréquemment une inappétence généralisée, à point de départ gastrique. Les troubles urinaires consistent en une diminution de la sécrétion rénale et des troubles de la dépuration urinaire, qui se traduisent par une relative oligurie et une moindre concentration de l’urine émise. |

De très nombreux troubles endocriniens accompagnent toujours les états dépressifs. Il est d’ailleurs assez artificiel d’essayer de les isoler et de les passer en revue un à up. En effet, tous ces troubles sont étroitement unis entre eux et retentissent les uns sur les autres à la manière d’un tout homogène. Les troubles génitaux, tels que l’aménorrhée, sont accompagnés de troubles thyroïdiens, de troubles hypophysaires et de troubles

surrénaux. On a ainsi des syndromes associés pluri-endocriniens, de différents types, et dont l’un des plus fréquents est le syndrome génito-hypophyso-surrénal, cité par CHATAGNON.

Nous aurons d’ailleurs l’occasion de revenir un peu plus loin sur cette importante question des dysendocrinies dans les états dépressifs.

I1 est facile de comprendre combien les recherches biologiques peuvent faciliter la tâche du clinicien et du thérapeute quand on a ainsi envisagé les différents troubles organiques des états dépressifs. En fait, les examens biologiques révèlent constamment d’assez grosses perturbations dans les divers métabolismes.

Nous ne pouvons que citer, dans ce chapitre, les modifications de la glycémie et de l’azotémie, qui nous ont paru assez importantes pour justifier quelques recherches particulières et un essai de classification des troubles dépressifs. |

Beaucoup d’autres indices biologiques se trouvent aussi modifiés, mais d’une manière moins constante. D'ailleurs, leur importance physiologique est moindre. Pour certains d’entre eux, nous ignorons même la signification réelle de ces modifications. C’est ainsi que le taux du calcium sanguin est abaïissé, que le rapport Na sanguin

— est soumis à des variations importantes.

K sanguin

Le glutathion réduit est abaïissé, alors que le soufre total se trouve souvent augmenté (SOULAIRAC).

Le chlore sanguin subit des modifications dans sa répartition : on constate très fréquemment la diminution du chlore plasmatique par rapport au chlore globulaire

sDhie

et, de ce fait, le rapport érythro-plasmatique se trouve augmenté.

Le métabolisme basal est normalement diminué. Il peut exister des troubles de la crase sanguine : coagulation retardée ou accélérée, taux de l’hémoglobine abaïissé, diminution du nombre des hématies.

Dans les urines, on constate parfois la présence d’albumine et même une légère glycosurie.

Pour le plus grand nombre de ces signes, la pathogénie demeure encore bien obscure. Nous essayerons de lélucider en ce qui concerne les troubles glycémiques et azotémiques, en invoquant des troubles parcellaires hépatiques et rénaux, et &es troubles généraux dans le métabolisme de la nutrition et dans les oxydo-réductions cellulaires.

Quant à la pathogénie générale de ces états dépressifs, malgré de très nombreux travaux, elle est encore à peu près inexpliquée. Cependant, les troubles dépressifs ont presque toujours été considérés comme une affection humorale (on se rappelle les altérations atrabilaires de VIEUSSENS). Pour T. LANGE, c’est le déclenchement pathologique des troubles humoraux et viscéraux qui engendre un état affectif particulier, un état général d'émotions pénibles. Dès lors, tout le tableau clinique est, sur tous les plans, le retentissement de cet état somatique. |

D'ailleurs, cette action du trouble initial peut se concevoir autrement. Dumas pense que le trouble organique initial engendre un ensemble de troubles, qui constitue le syndrome fondamental de la dépression, et la douleur morale, le cortège des idées délirantes, ne seraient qu’une résultante, secondairement greffée,

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Le syndrome dépressif réalise l'expression d'émotions pénibles, si bien que sa psycho-physiologie est inséparable de la physiologie de l'expression des émotions. C’est par elle qu’on peut un peu comprendre les relations du tableau clinique et des troubles organiques qui le conditionnent. À ce sujet, nous ne pouvons que citer les travaux sur la physiologie de la douleur de CI. BER- NARD, de Fr. FRANCK, de CANNON et ceux de MENTEGAZZI.

Cependant, avant d’en terminer avec les généralités sur les états dépressifs, nous devons signaler les tendances actuelles sur l’explication pathogénique et étiologique de ces troubles et faire ressortir l’importancé que l’on semble de plus en plus accorder aux éléments de toxi-infection, agissant d’une manière habituelle, mais prenant une allure clinique particulière, du fait même qu’ils agissent d’une manière plus ou moins élective sur un tissu hautement spécialisé, à réactions très différenciées, le tissu nerveux.

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