A.— LES POUX
On en connaît trois espèces : le pediculus capitis ou pou de tête, le plus résistant de tous, car pour s’en dé-
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barrasser il ne suffit pas de tuer les adultes mais encoré les œufs qui sont collés aux cheveux, d’où réapparition fréquente après désinfection complète. Le pou du pubis ou phtirius inguinalis est facile à détruire, par suite moins important. Il h’en est pas de même du pou du corps, pediculus vestimenti ; ce dernier vit dans les plis des sous-vêtements, dans leurs coutures, sans jamais quitter ceS habitats.; il demeure accroché aux tissus et est obligé de s’incurver pour sucer le sang de son hôte. 400 : :
Il a été particulièrement bien étudié par le naturaliste anglais Schipley. Ce parasite ne pourrait vivre qu’au milieu des émanations du corps humain. Schipley a réussi plusieurs élevages de poux en employant le dispositif suivant : le parasite, placé sur un morceau d’étoffe usagée, était placé dans un tube de verre fermé aux deux extrémités par des tampons de coton; le tube était porté dans une poche intérieure, ce qui permettait aux émanations humaines de pénétrer. Dans ces conditions, en un mois et demi les descendants d’un seul parasite femelle ont atteint le nombre de 1.500, Placés dans de plus mauvaises conditions, certains œufs n’ont pu éclore, en petit nombre, qu’au bout de quarante jours, ce qui explique ainsi la réapparition de parasites après des désinfections minutieuses, mais épargnant quelques œufs.
Maintenant, comment agissent les poux pour transmettre la fièvre récurrente ou le typhus exanthématique ? La question n’est pas élucidée et ne le sera pas tant que l'agent pathogène du typhus exanthématique n'aura pas été définitivement décrit. Il semble probable ou plutôt il est possible que le microbe se trouve dans le corps du pou comme l'agent du paludisme dans le corps du moustique, qu’il se produit un double cycle, une partie ayant pour théâtre le corps du pou, l’autre le corps de l’homme. Il se trouverait introduit dans l’organisme humain au moment de la piqûre du pou.
Il ne s’agit là que de suppositions ; mais du moins
elles sous-entendent un certain mode de transmission du pou à l’homme, dans lequel-la piqûre joue un rôle important. Nous citerons à titre de curiosité une autre hypothèse, soutenue en Roumanie par un médecin français ; le micro-organisme ne subirait aucune transformation dans le corps du pou, il pourrait se trouver aussi bien dans les déjections du pou que dans son cadavre ; le parasite ne servirait que de véhicule au mé-
me titre que la poussière ou tout autre moyen. On con-
çoit dès lors que l’épouillage devient illusoire si le microorganisme peut demeurer vivant dans le cadavre de son hôte. Des discussions passionnées se produisirent entre ce médecin et les dirigeants officiels. Il est certain qu'admettre ces idées, c’est enlever une grande partie de sa valeur à l’épouillage et ruiner, dans l'esprit d’une population déjà indolente, un Sen prophylactique qui à fait ses preuves.
Ces opinions que nous avons cru devoir relater montrent la grande importance de la question des parasites et la place qu’ils ont tenue dans l'esprit des hygiénistes militaires. Les maladies qu’ils engendrent font partie du cortège des armées en campagne ; les dangers de l’une, le typhus exanthématique, sont connus ; ceux de l’autre, la fièvre récurrente, le sont moins. Cependant, nous avons observé en Roumanie une mortalité élevée parmi les récurrents, contrairement à l'opinion admise ; cela tenait à l’état d’inanition auquel arrivaient les malades et aussi certainement à l’existence de formes compliquées peu connues en Algérie, de séquelles parfois fort graves. Toujours ces deux affections ont éprouvé les armées. C’est ainsi que la première mention de la fièvre récurrente en France est faite en 1855 par Tholozan à propos de malades revenus de
Crimée ; Larrey l'observe en Egypte en 1800 et note
déjà l'importance des complications hépatiques ; il parle d’un typhus bilieux, qui semble n'être autre que
la récurrente avec prédominance des symptômes icté-
riques et uro-cholémiques. Pour le typhus exanthé-
matique, son rôle militaire est encore plus marqué. La
première épidémie considérable est celle qui ravagea : l'armée de Lautrec devant Naples. On le voit régner
sur toute l’Europe à la suite des armées de Napoléon ; on le trouve alors d’une façon courante en France ; il en disparaît presque pour ne plus subsister que sous forme de quelques foyers endémiques, en Bretagne notamment. La guerre de Crimée le fait éclater de nouveau parmi les armées russe et alliées et 80 médecins français suecombent. La guerre russo-turque, les guerres balkaniques sont aussi désastreuses. Plus près de nous, pendant la guerre de 1914, n’avons-nous pas vu en Serbie le typhus faire d’épouvantables ravages ; enfin, en Roumanie, à l’heure où nous écrivons ces lignes, une terrible épidémie décime une armée et une population : 90.000 hommes sont morts dans l’armée ; plus de 200 médecins roumains ont succombé ; et, malheureusement, quelques tombes françaises se sont fermées sur des héros modestes, dignes des devanciers de Crimée qui dorment en Dobroudja.
B.— L'ÉPOUILLAGE
Pour se débarrasser des parasites, il faut les poursuivre et les détruire : 1° sur l’homme, 2° dans les Poe ments et les cantonnements.
1° Pour détruire les parasites de liduthe: il faut ordonner quelques précautions d'hygiène élémentaire et se servir de substances antiseptiques.
Il faut veiller à ce que les hommes soient propres: Il serait à souhaiter que les bains-douches qui existent sur d’assez nombreux points du front se multiplient.
Chaque homme devrait prendre au moins une douche
par semaine. Il est à désirer que la barbe et les chéveux soient portés très courts.
Ces précautions sont manifestement insuffisantes en temps d’épidémie ou bien lorsque l’on est exposé constamment à se trouver en contact avec des porteurs de
parasites. Il faut en renforcer l'action par un emploi Judicieux des substances parasiticides. A ce sujet, nous dirons quelques mots, des expériences de Labbé et Wahl. Ces auteurs considèrent, en chaque substance parasiticide, deux facteurs : le pouvoir immobilisateur (durée du temps nécessaire à l’immobilisation du parasite) et un pouvoir toxique (durée du temps nécessaire pour tuer le parasite). Une bonne substance parasiticide sera celle qui, ayant un pouvoir immobilisateur quelconque et même plutôt faible, aura en revanche un pouvoir toxique élevé. Ce dernier seul est important, surtout pour la désinfection des vêtements. Certaines substances ont un pouvoir immobilisateur très grand et un pouvoir toxique faible ; telles sont la benzine, le chloroforme ; elles sont donc à rejeter. Par contre, les corps qui possèdent une fonction phénolique sont très actifs. De tous ceux expérimentés par les auteurs précédents, le plus recommandable semble être l’anisol (ether mixte méthylphénilique). Une goutte d’anisol dans un récipient de 1000 centimètres cubes immobilise le pou en quatre minutes environ et le tue en 18 minutes. |
Certaines essences, celles de citronelle et de lemongrass sont aussi à recommander. Comme l’anisol, elles sont d’un prix peu élevé. É
On prescrira donc divers mélanges et substances :
a) Mélange à parties égales d’huile d’olive et de pétrole.
b) Alcool camphré.
c) Huile campbhré.
d) Mélange d'huile d’olive et de pétrole à raison de 9 parties . de pétrole pour 1 she
On pourra prescrire aussi le port de sachets contenant un mélange à parties égales de poudre de camphre, de naphtaline et de menthol. On pourra se servir de la combinaison suivante :
SE
t > Essence d’eucalyptus....:...
Essence de menthe .......... .» aa 10 gr.
Essence de citronnelle........ a, Naphtaline........... RE 4 gr.
Mais la prescription à laquelle vont nos préférences est la suivante, qui renferme de l’anisol :
ATISOP ER NÉ RER REC 5 gr.
Alcool à 900,..-..-.,,:.%. 45 gr.
Faure, Nr tete 50 gr.
A employer en frictions, suivies d’un nettoyage soigneux au savon et à l’eau.
Nous venons de voir par quels moyens on peut dé- -truire les poux de l’homme. Cela ne demande en somme, de la part du commandement, que de l'énergie, de la persévérance et la prise en considération des avis médicaux ; au soldat, il faut demander simplement de la propreté et en quelque sorte le respect de lui-même ; c’est assez facile sur le front français, la propreté étant assez répandue dans la population ; mais combien plus difficile est la tâche de l’hygiéniste devant des paysans roumains qui en remontreraient aux Arabes au point de vue de la saleté.
20 Bien plus difficile est la destruction des poux de vêtements, ainsi que ceux des cantonnements et habitations. Ici, nous avons à envisager deux groupes de procédés : les agents chimiques et lés appareils faisant intervenir l'action de la chaleur seule ou combinée à d’autres agents.
Les agents chimiques dont nous allons parler agissent par contact avec les vêtements ou badigeonnages des murs. L’immersion des vêtements présente de grands inconvénients, rétrécissement des tissus, dété- -rioration, etc. ; le badigeonnage est un moyen insuffisant, c’est dire que ces agents chimiques ne devront être employés qu’à défaut d’autres ; ils ont rendu ce-
pendant de grands services par leur bon marché, leur abondance et la facilité de leur emploi.
Le sublimé est le premier des désinfectants ; la solution usuelle à 1/1000 est facile à préparer, peu coûteuse et relativement peu toxique. Son pouvoir désinfectant a été bien mis en évidence par Geppert, Laplace et Behring. On peut l’augmenter encore par: l’addition d'alcool (25 à 30 0/0), ou en renforçant le titre de la solution ; à Turin, la désinfection des murs et des planchers se fait avec une solution à 10/1000, qui est considérée comme suffisante.
Le sulfate de cuivre est également peu coûteux et peu toxique. Il s'emploie en solution à 5 0/0. Le linge et les vêtements doivent demeurer dans la solution de douze à vingt-quatre heures.
Les les$ives de ménage à la cendre de bois ou au carbonate de soude (à 1 pour 50) sont d'excellents désinfectants du linge, car la soude et la potasse sont des antiseptiques puissants par leur alcalinité.
. De même les savons ont un pouvoir désinfectant très marqué, démontré par ‘Koch. La solution de savon de Marseille à 30 ou 40 pour 1000 à 40° donne de très bons résultats.
Les composés de la série aromatique, par exemple : l'acide phénique, les phénols supérieurs tels que le crésyl ou créoline, le solutol, le lysol attaquent le linge, sont d’un prix élevé et ne peuvent être employés pour la désinfection des vêtements et la destruction des poux. Nous avons fait à ce sujet une expérience malheureuse avec le Iysol.:
Le chlore est tout à fait à rejeter ; l’anhydride sulfureux est discutable ; nous en reparlerons plus FfrneSs
Vient ae le formol, dont on a dit beaucoup de bien et beaucoup de mal. Nous nous en sommes servi en Roumanie pour la destruction des poux avec
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un succès relatif ; sans doute, la destruction n’était-elle pas complète, mais il y avait une approximation suffisante qui nous contentait, n'ayant pas le droit d’être
difficile. La principale objection que l’on fait à l'aldé-
hyde formique est qu’il est seulement un désinfectant de surface ; il n’offre pas de sérieuse He pour la désinfection des vêtements.
Le formol s'emploie sous forme d vapeurs sèches ou humides. Le dégagement de vapeurs sèches s’obtient particulièrement au moyen de l’autoclave Trillat. Ce dernier appareil emploie une solution de formochlorol, c’est-à-dire une solution aqueuse d’aldéhyde formique, d'environ 1075 de densité, dans laquelle on a fait dis- soudre une certaine quantité de chlorure de calcium cristallisé pour élever la densité à 1200. Dans l’autoclave, on porte la pression à 3 ou 4 atmosphères ; cette pression relativement élevée et l’adjonction d’un sel élevant la densité de la solution de formol sont nécessaires pour éviter la polymérisation ; le formol possède, en effet, deux polymères : le trioxyméthylène et le paraformaldéhyde, ayant chacun un pouvoir antiseptique bien moindre que le formol.
Nous nous sommes servi de cet appareil dans l’hôpital de blessés que nous dirigions. Les vêtements étaient étendus sur des cordes accrochées aux murs des salles ; les ouvertures, portes et fenêtres, étaient soigneusement obturées. Nous n’osons pas dire que les résultats étaient brillants et cue tous les poux étaient détruits ; cela valait mieux cependant que l’inaction.
Les meilleurs résultats sont obtenus au moyen des vapeurs humides. De nombreux appareils ont été proposés. Les procédés les plus simples étant les meilleurs, il suffit pratiquement d’avoir recours au procédé de. Flügge et Czaplewski : on fait bouillir à l’intérieur des salles à désinfecter et où sont suspendus les vêtements, des solutions peu concentrées d’aldehyde formique ; pour éviter la polymérisation, il suffit de ne pas laisser la solution de formaldehyde se concentrer au-delà de
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40 0/0. Pour un local de 100 mètres cubes, on utilisera la vaporisation de 625 grammes de formaline, ou solu-
tion à 40 0/0 de formol, additionnée d’environ 2 litres et demi d’eau.
Pour rendre les locaux plus rapidement habitables, on peut vaporiser, après formolisation, de l’'ammoniaque qui transforme le formol en un composé inerte, l’hexaméthylène tétramine.
. En somme, la formolisation, quel que soit le procédé employé, est une opération facile surtout par la mé-
thode de Flügge.
B. Les contradictions que l’on relève dans l’opinion des auteurs sur l'emploi du formol imposent un certain scepticisme sur sa mise en pratique et les expériences que nous avons faites de ce désinfectant nous ont donné des résultats assez peu concluants ; sans doute, bien des parasites étaient tués, mais la destruction n’était pas totale ; le but poursuivi n’était donc pas complètement atteint ; en tous cas, il ne dispense jamais de l'emploi d’autres procédés, notamment des étuves à vapeur.
Nous allons étudier maintenant les procédés où la destruction des parasites est obtenue par la chaleur seule ou associée à d’autres facteurs.
Parmi les procédés où la chaleur n’est pas seule en jeu, le prineipal est la sulfuration. L'action des vapeurs d’anhydride sulfureux est assez douteuse et il semble
que ce soit l’action de la chaleur qui intervienne principalement. De nombreux appareils à sulfuration ont été proposés et utilisés sur le front français. Le plus simple est le suivant : Un tonneau de grande taille est placé verticalement, l'extrémité ouverte en haut ; une cloison à claire-voie, placée à quelques centimètres du fond, délimite un compartiment que l’on remplit d’eau ; une autre cloison est placée verticalement, également à claire-voie et divise l’intérieur du tonneau en deux
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chambres d’inégale capacité ; dans la plus petite est suspendue un récipient où se fera la combustion du soufre ; dans la plus grande et suspendus à des tringles se trouvent les vêtements à désinfecter. Cet appareil est très simple, peu coûteux et peut rendre des services ; il devrait être installé dans chaque infirmerie de cantonnement.
Les procédés qui utilisent simplement la le pour la destruction des parasites sont très nombreux. Le plus simple est certainement le repassage, proposé . dans un journal médical par le médecin d’un régiment de tirailleurs ; il consiste simplement à repasser les effets avec un fer à repasser très chaud en insistant plus particulièrement sur les doublures et les eoutures. Cette manière d’agir peut être appliquée surtout par chaque homme individuellement et ne peut guère servir pour de grandes quantités de vêtements.
On peut utiliser également pour la destruction des parasites le four à air chaud. I a rendu de grands services en Roumanie, après avoir, croyons-nous, servi à la prophylaxie du typhus exanthématique en Serbie. Il est bâti de la manière suivante : Une construction en briques (1000 briques sont nécessaires pour un four ordinaire) en forme d’arche, de 2 mètres de long, 1 m. 70 de hauteur et 1 m. 50 de largeur ; une cloison légère disposée horizontalement à 0 m.30 du sol délimite un foyer où sera brûlé du bois ; une porte de fer le ferme à sa partie antérieure ; des tringles, disposées dans le sens de la longueur, soutiennent les vêtements ; une cheminée est prévue ; latéralement est ménagé un tuyau de dégagement sur lequel on peut fixer un récipient contenant de la fleur de soufre. Le foyer est allumé ; on note le moment où le soufre entre en fusion, cela signifie que la température de la chambre de désinfection à atteint 1309 ; on maintient cette température pendant une heure ou deux ; les parasites sont radicalement détruits,