II. — LE CONTROLE DE L'EAU
Lorsque l’eau a été découverte, captée, protégée, lorsque sa qualité a été constatée bonne ou susceptible d'amélioration, il reste encore à l’épurer, à la fournir aux troupes sous forme d’eau potable.
Ce problème a toujours inquiété les hygiénistes militaires ; on peut s’en rendre compte par le nombre de travaux qu'il suscite et que l’on trouve dans les «Archives de Médecine et de Pharmacie militaires». En campagne, il se pose d’une façon plus pressante, car il
réclame des solutions rapides et ne gênant en rien les ”
opérations militaires. Le Règlement de 1910 sur le Service de Santé en campagne a, le premier à notre connaissance, tenté une organisation de contrôle de l’eau ; il prévoit, dans chaque groupe de brancardiers divisionnaires «un nécessaire pour analyse d’eau d’alimentation » ; de même dans chaque groupe de brancardiers de corps, avec en plus pour cette dernière formation «un laboratoire portatif de -bactériologie ». Nécessaire et laboratoire sont ravitaillés par la Réserve de matériel sanitaire et la Station-Magasin. Le Règlement de 1910 ne s'était substitué à celui de 1892 que pour 10 corps d'armée au moment de la déclaration de
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guerre. Depuis, la guerre de stationnement à permis : l'extension des organisations d’analyse et d’épuration.de l’eau. Une série de laboratoires ont été créés. Maintenant, chaque groupe de brancardiers divisionnaires possède de plus un «laboratoire de toxicologie» pouvant effectuer une analyse chimique résumée de l’eau. Chaque armée est dotée d’un «laboratoire de chimie» pour les analyses plus compliquées. Les analyses chimiques auront'une importance croissante au fur et à mesure de l’avance des armées, à cause de l’empoison-. nement possible des sources. Au point de vue bactériologique, on a réalisé également de grands progrès ; chaque groupe de brancardiers de corps d’armée possède un «laboratoiré mobile de bactériologie», à dire vrai assez insuffisant. L'armée, en revanche, a un «laboratoire de bactériologie d'armée», stable, largement pourvu, qui répond à tous les besoins ; il est doté d’une voiture automobile de bactériologie, agencée comme les voitures de radiographie, permettant d'effectuer : rapidement les prélèvements éloignés, chose importante pour éviter la multiplication des germes qui fausse les résultats.
Les deux sortes d'analyse, chimique et bactériologique, ont toutes deux leur importance. Les procédés de stérilisation que nous décrivons plus loin cherchent à améliorer l’eau, surtout au point de vue bactériologique et la perfectionnent peu chimiquement. Il faudra donc rejeter d’une facon absolue de l'alimentation du soldat les eaux bonnes ou assez bonnes bactériologiquement et mauvaises chimiquement et améliorer les autres. |
Avant d'étudier l’épuration de l’eau, nous croyons utile de résumer très succintement la composition chimique et bactériologique de l’eau et d'exposer brièvement quelques procédés d’analyse PAR IÉOICEN RE et de numération des bactéries,
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Les éléments constituant l’eau sont dits normaux et anormaux.
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Les éléments normaux sont l'oxygène (6 à 7 eme. par litre), l'hydrogène, les sels minéraux : bicarbonate de chaux, carbonate de magnésie, le fer (quelques milligrammes), les sulfates et phosphates de chaux, de soude, de potasse, le chlorure de sodium, de potassium, des gaz en dissolution, notamment l’azote et l’acide carbonique.
Les éléments anormaux peuvent être, les uns tolérés s'ils ne dépassent pas certaines doses, les autres feront rejeter l’eau d’une manière absolue. De ce nombre sont l'hydrogène sulfuré ou phosphoré, les traces de sels de plomb, d’arsenic, de mercure, de cuivre, les sulfo-cyanures, l’ammoniaque, qui indique la souillure par des matières organiques ; parmi les éléments pouvant être tolérés, s’ils ne dépassent pas de trop hautes doses, on ‘trouve les nitrates, dernier terme de la décomposition des matières organiques par les bactéries nitrifiantes, les sels d’alumine et de manganèse, la silice et les silicates.
En dehors de ces éléments anormaux de nocivité inégale, il faudra tenir le plus grand compte des poisons minéraux ou organiques introduits dans l’eau. L’empoisonnement des sources est compris dans la philosophie allemande de la guerre et de fait il a été, paraît-il, souvent pratiqué. De là l'utilité des expertises toxicologiques. Nous avons vu qu’il existait, dans les G.B.D. et dans les formations centrales des armées, des laboratoires de toxicologie. Dans le Journal de Pharmacie et de Chimie, 17 mars 1917, M. Marcel Benoist détaille la composition d’un matériel permettant l'examen rapide et sur place des eaux suspectes. D'après l’auteur, les toxiques introduits criminellement dans l’eau ne peuvent être qu’en très petit nombre ;
ce sont :
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Anhydride arsénieux ou arséniates ;
Mercure (Bichlorure ou cyanure) ;
Potassium (cyanure de) ;
Ptomaïnes (alcaloïdes cadavériques) ; Alcaloïdes divers.
Les divers réactifs de ces poisons sont contenus dans une boîte facilement transportable ; le couvercle porte le tableau des essais à effectuer. Les recherches doivent se faire dans l’ordre suivant : |
Caractères physiques, recherche des métaux, évaluation des matières organiques, évaluation des chlorures, recherche des phosphates, de l’arsenic, du mercure, recherche des cyanures, enfin des alcaloïdes.
D’après M. Benoist, l’essai toxicologique d’une eau ‘suspecte pourrait être fait par son procédé en moins d’une heure.
Parmi les éléments anormaux existant ie ment dans l’eau, il faut faire une grande place aux matières organiques. Celles, végétales, venant de l’humus. ou de la tourbe, sont généralement peu nocives ; une exception doit cependant être faite pour les eaux ayant contenu des champignons. MM. Lavialle et Aubry ont prouvé que les espèces vénéneuses cédaient à l'eau . tout ou partie de leurs corps toxiques (Archives de Médecine et de Pharmacie militaires, septembre 1916). Les matières organiques animales rendent BeDÉrAIemEnt dangereuse l’eau qui les contient.
L'eau charrie une infinité de micro-organismes. En comptant les cocci, bactéries, levures, moisissures, Bonjean ne décrit pas moins, dans son répertoire, de 186 espèces dont 9 dangereuses, 23 suspectes isolément ou par leurs associations possibles ; les espèces dange- ‘reuses sont : le bacille septique, le vibrion cholérique, le-bacille typhique, le coli bacille, le bacille du charbon, le pyocyanique, les staphylocoques citrin, doré et blanc et encore ne cite-t-il pas les bacilles paratyphiques. La souillure microbienne de l’eau se fait le plus
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souvent par les matières fécales et leurs infiltrations : aussi recherchera-t-on plus spécialement les microbes
. rejetés de l’économie par le tube digestif, B. typhiqueé, cholérique, coli, ete. Du reste, nous verrons plus loin que c’est sur la numération du colibacille que l’on se base dans les laboratoires militaires pour PRICE la valeur bactériologique de l’eau.
L'analyse bactériologique de l’eau comprend la numération des germes qu’elle renfèrme par centimètre cube et leur détermination Il faut recueillir l’eau avec pureté, l’ensemencer très rapidement pour éviter la pullulation des germes. Pour faire la numération des germes, on peut employer la méthode de Miquel ou de Koch. Nous exposerons brièvement la -première. Elle
consiste en ceci : Par une série de dilutions progressives, on arrive à ensemencer des tubes de gélatine liquéfiée avec 1/10 000 de centimètre eube de l’eau à examiner, on verse les tubes sur des plaques de Pétri que l’on place à l’étuve à 25°. On compte au bout de trois jours les colonies microbiennes sur des plaques quæ Ÿ drillées, les chiffres trouvés sont multipliés par 10000, et l’on prend les moyennes entre les résultats fournis par toutes les plaques de Pétri ensemencées. Un examen microscopique permet l'identification difficile et aléatoire des germes.
On pourra chercher à favoriser le développement dans l’eau à examiner des seuls bacilles typhiques ou colibacille en employant des milieux appropriés ; on les différenciera ensuite en recherchant leurs caractères
. distinctifs. Mais tout cela est peu en honneur dans les laboratoires de la zone des armées parce que peu pratique, lent et difficile. Dans la plupart de ces laboratoires on recherche et on dénombre le colibacille ; nous avons vu que sa présence est un signe certain de contamination par les matières fécales, d’où présence possible du bacille typhique et du vibrion cholérique. Sa numération repose sur les données approximatives suivantes : on ensemence des quantités croissantes d’eau à exami-
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her ; autant de fois la plus petite quantité d’eau, qui aura donné lieu au développement du coli, se trouvera contenue dans un litre, autant on dira qu’il y a de colibacilles par litre. Exemple : On ensemence TRE 2 centimètres cubes d’eau, on trouve du coli dans les tubes contenant 1 et 2 cm. et non dans. le premier, on dira il y a au moins 1 coli par em., soit en multipliant par 1000, 1000 par litre. On appréciera et l'on fournira aux unités des données basées sur les résultats suivants :
O — 100 coli — eau bonne, mais à stériliser Rep 2 100 — 500 coli — eau douteuse.
500 et plus — eau mauvaise.
Une autre technique de numération du col, plus compliquée et plus précise, est proposée par M. Bourdet dans le Journal de Pharmacie et de Chimie (1° janvier 1917). On ensemence des échantillons d’eau de même volume en bouillon phéniqué à 1/1000. On cultive dans l’étuve à 370. On repique deux fois, toujours en bouillon phéniqué, à 1/1000. La troisième génération est ensuite ensemencée sur un mélange assez complexe de peptone lactosée (peptone 0,5, lactose non neutralisée 2). et de peptone pure non neutralisée. Deux ou’trois jours après, on ajoute le même nombre de gouttes de teinture de tournesol aux tubes de culture sur peptone-lactose et à des tubes contenant le même milieu, mais non ensemencé. Seuls les tubes devenus rouges sont notés comme ayant eu leur lactose attaquée. On cherche l’indol dans tous les tubes.
Sont considérés comme positifs pour la SE du coli, les ensemencements dans lesquels 70 à 100/100 des tubes ont montré les deux réactions : AUDE et indol.