‹ Considérations d'Hygiène MilitaireChapitre 24 sur 41 · III. — EPURATION DE L'EAU · texte numérisé non relu

III. — EPURATION DE L'EAU

La bonne eau doit être protégée ; l’eau bonne chimiquement, douteuse ou mauvaise bactériologiquement,

doit être corrigée. De toutes façons, il faut purifier toutes les eaux destinées à la consommation des troupes.

Ce n’est pas chose facile. D'une part, cela nécessite un matériel compliqué, la recherche et l’étude continuelles de procédés de plus en plus simples et de plus en plus compatibles aussi bien avec la guerre de tran-

chées qu'avec la future guerre de mouvements ; d’autre

part, il faut un personnel entraîné à la stérilisation de

l'eau et, enfin, une parfaite entente entre le commande-

ment et le Service de Santé. Ces divers points ont dû être étudiés, ces diverses. questions ont dû être résolues, car une circulaire impérative du Grand Quartier Général est venue prescrire que toutes les eaux livrées à la

consommation des troupes seraient stérilisées. Il a fallu

aussi lutter avec l'insouciance traditionnelle du troupier et même avec son esprit frondeur ; combien plus

fraîche l’eau de la source que celle du tonneau à stérilisation ! L'observation des prescriptions du Service de

Santé est, à ce sujet, comme pour tous les autres directement proportionnelle à l'influence morale qu'a su acquérir le médecin et à sa bonne entente avec le commandement. Le médecin que les hommes n’aiment pas, dont les hommes se méfient, qui n’est pas soutenu, reste sans influence ; il ne faut pas oublier que la plupart des prescriptions d'hygiène militaire n’ont pas malheureusement force de loi, le soldat les accepte, mais on ne peut pas pratiquement les lui imposer. Cette digression nous conduit à parler de ce que

nous avons vu au Maroc. Avant la guerre actuelle, l’é-

puration de l’eau de consommation était obligatoire dans les garnisons marocaines depuis longtemps ; certains procédés, essayés depuis sur le front français (épuration par le permanganate de potasse, par l’iodate de soude), avaient déjà reçu leur consécration lors des campagnes marocaines. Les troupes ont été dressées en quelque sorte à ne boire que de l'eau stérilisée ; nous avons vu des soldats de métier, par ailleurs fort turbulents, se plier parfaitement à cette obligation, Quant

aux territoriaux, ils ont immédiatement compris lim portance de la question de l’eau pour leur acclimatement et leur santé. = PS

Du moment que toutes les eaux de consommation doivent être réglementairement stérilisées, il semble: rait que le choix, l’aménagement des points d’eau n'aient qu'une importance tout à fait relative. Il n’en est rien. Nous avons vu que certaines eaux pouvaient avoir des défectuosités chimiques irrémédiables, nous savons aussi que les hommes peuvent se dispenser de boire de l’eau stérilisée. La protection des points d’eau conserve donc: toute sa valeur. Nous devons ajouter que certaines phases de la guerre rendent vaines les meilleures précautions des hygiénistes ; il est fréquent de voir les tirs de barrage arrêter, pendant longtemps parfois, le ravitaillement en eau des premières lignes ; pendant les assauts ou bien pendant les terribles bombardements du début de la bataille de Verdun, des hommes ont bu de l’eau de mares sentant le cadavre. Il ne faut donc pas trop s'étonner de certaines épidé- . mies d’entérite grave, de diarrhée cholériforme, survenues dans des unités longtemps engagées et ayant pu boire de l’eau contenant des ptomaiïnes.

Conformément aux ordres du Grand Quartier Général, on a été amené à épurer les eaux destinées à la consommation des troupes. Les différents moyens utilisés dans la zone des armées comprennent des procédés mé- : caniques, physiques et chimiques. Certaines méthodes sont mixtes, é’est-à-dire utilisent des facteurs à la fois mécaniques et chimiques par exemple ; comme alors le rôle joué par les agents chimiques domine, nous les étudierons en même temps que les procédés chimiques.

De tous ces procédés, les derniers sont certainement les meilleurs ; ils sont plus simples, moins coûteux, ne demandent pas d'installations compliquées et par suite s'adaptent parfaitement aux bésoins d’une armée en campagne. Nous leur réserverons le dernier paragraphe de ce chapitre.

Page 1