TRAITEMENT MEDICAL
Le traitement médicamenteux ou médical proprement dit vise à éteindre l'infection et à tarir les sources de la suppuration : il comprend plusieurs moyens. Néanmoins il ne faut pas oublier qu'un certain nombre d’abcès guérissent spontanément ou par des thérapeutiques médicales dont l'efficacité paraît tout au moins douteuse.
Nous avons vu qu'il était difficile d’en apprécier la fréquence : rares sont les statistiques qui permettent de fixer la proportion des cas heureux et encore sont-elles comme la plupart des statistiques bien sujettes à caution :
Wesler dit (33 p. 100), Kully (40 p. 100), Graham (25 p. 100), Kindberg (20 p. 100).
Nous pouvons citer pour mémoire : la publication à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris du
PARTS 29 juin 1929, de Boidin et J. Fontaine, au sujet de grands abcès pulmonaires au cours d’une affection trainante à staphylocoque, guéris spontanément. Une autre publication à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris du 15 décembre 1928 d’Eschbach, d’un abcès du poumon guéri par évolution spontanée ; et encore cette autre publication à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, du 28 juin 1929, de Bezançon, Chevalley et Oumansky au sujet de cinq cas de suppuration pulmonaire à guérison apparente, rapide, au cours de lépidémie de grippe.
À la période initiale, le traitement est purement symptomatique. Les médications symptomatiques var. rieront forcément d’un malade à l’autre, allant des potions expectorantes, pour faciliter la respiration, aux injections d'huile eucalyptolée (cinq centimètres cubes) pro die (sous la peau), pour combattre la fétidité, aux hypnotiques, aux opiacés, surtout si le sympôme douleur s’exagère.
Il faudra naturellement avoir égard à l’état général, soutenir un cœur qui défaille, veiller à l’alimentation, à la diurèse, avoir peut-être recours aux médications dites « leucogénétiques >» comme les injections de métaux colloïdaux, aux différents « chocs » thérapeutiques.
Certains médicaments sont peut-être à signaler d’une façon plus particulière,
La teinture d'ail tout d’abord, dont l'usage s’est répandu dans la gangrène pulmonaire à la suite
d’une communication du professeur Læper. Elle est
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à conseiller dans toutes les suppurations putrides et paraît à tout le moins avoir une action non négligeable sur la fétidité. On la donnera à la dose de XX à XL gouttes par jour. Dans nos observations des malades du service de M. le Professeur Achard il a toujours été prescrit de la teinture d’ail, à la dose habituelle, indiquée ci-dessus ; les résultats obtenus en ont été en général satisfaisants.
Aux médications générales anti-infectieuses comme les métaux colloïdaux, plus efficace nous paraît être la trypaflavine. Si elle n’a pas tenu les promesses qu'on avait fait miroiter à nos yeux dans l’endocardite maligne et les septicémies, elle n’en reste pas moins un médicament précieux dans beaucoup d’infections graves. On l’emploie à la dose de O0 gr. 20 à 0 gr. 40 en solution à 2 p. 100, en injections strictement intra-veineuses, car la moindre goutte dans le tissu cellulaire sous-cutané, provoque d’intolérables douleurs et parfois une escarre interminable.
D’après Kindbers, elle ne présente aucun inconvénient et n’entraine en particulier aucun phénomène < de choc ». Il ne faudrait pas trop lui demander et en espérer une guérison véritable. Elle semble avoir ses indications majeures dans les rechutes où elle peut améliorer les indications chirurgicales.
[ ne faut pas non plus oublier de signaler le nouveau traitement des abcès du poumon par les injections intra-veineuses d’alcool à 33 % dans le sérum physiologique de Landau, de Varsovie, à la dose de
10 à 15 centimètres cubes pendant 10 ou 15 jours.
Nous signalons la publication du professeur Laignel- Lavastine et P. Georges, à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, du 1* juillet 1932, sur le traitement, par les injections intra-veineuses d’alcool à 33 % des suppurations pulmonaires, à types d’abcès putride d'emblée avec polynévrite. Ces auteurs signalent une grande amélioration. Par contre E. Sergent et Rist font des réserves et des critiques.
Nous relevons dans le bulletin de la Société Médicale de Nancy, avril-juin 1932, une communication de Simonin et Mlle Kunñks, qui, après avoir essayé sans succès les arséno-benzènes et la sérothérapie, ont traité un abcès gangréneux par des injections intra-veineuses d’alcool à 33 %, quotidiennes, au nombre de douze.
Très rapidement la fétidité des crachats a disparu, et la fièvre a baissé, les signes d’auscultation se sont atténués, l’image radioscopique s’est améliorée et l’état général s’est remonté. C’est là une technique à connaître et à appliquer dans une éventualité analogue.
Enfin, signalons certaines indications diététiques, comme la réduction des liquides, qui, poussée à l’extréme, sous le nom de cure de soif, a connu une certaine vogue en Allemagne. La cure de soif, préconisée par Singer, Dorendorf, Roth, et de Colard et Maroy, de Bruxelles, consiste à réduire les boissons du malade à cinq cents ou même deux cents grammes
par jour, et à ne permettre les fruits qu’en très petite
quantité.
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Cette réduction de liquides est, en général, bien supportée. Le malade élimine de cinq cents à mille grammes d'urine dans laquelle on ne trouve ni acétone, ni trace d’azotémie. On a py voir à la suite de cette cure, la fièvre, l’expectoration et la fétidité diminuer, puis disparaître et la guérison survenir.
L'hyposulfite de soude, à la dose de 3 à 4 grammes est susceptible d’agir sur la fétidité des crachats et d'amener quelques résultats.
Le goménol, l’eucalyptol, injectés sous la peau, auraient théoriquement, tout au moins au cours de leur élimination par l’appareil respiratoire, un rôle de désinfectant.
L'uroformine injectée par voie intra-veineuse (Kopter), arrivant d’une manière particulièrement rapide aux capillaires bronchiques, aurait une action élective sur les microbes pulmonaires.
Quand l’abces est confirmé, les traitements que l’on peut essayer sont : la sérothérapie, la bactériothéra-
pie, la chimiothérapie.
La sérothérapie sera surtout employée dans les gangrènes pulmonaires ou dans les abcès putrides, dont la flore anaérobie est abondante et disloque violemment la gélose profonde. Si elle ne guérit pas ces abcès, elle limite assez souvent les dégâts. On injecte 40 à 60 centimètres cubes de sérum anti-gangréneux mixte de l’Institut Pasteur, sous la peau ou dans les muscles de la cuisse, tous les jours, durant 8 à 10 jours.
Il s’agit d’une médication de choc, non spécifique,
dont il faut s'abstenir chez les sujets âgés et dont les résuitats sont hypothétiques. Les mêmes remarques et les mêmes restrictions, s'appliquent au sérum anti-pneumo ou streptococcique.
La vaccinothérapie se fait sous forme de stockvaccins et d’auto-vaccins globaux de un milliard de germes par centimètre cube et par injections souscutanées à doses croissantes de 1/2 à 2 centimètres cubes. Elle constitue un traitement exempt de réactions violentes et débilitantes, et l’on peut y recourir d’une facon habituelle, sans toutefois se faire d’illusion sur sa spécificité ou son efficacité. Cependant nous pouvons citer : un cas d’abcès du poumon de Dussert guéri par la vaccinothérapie. Un autre cas du professeur Lereboullet, Lelong et Benoist, publié à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, 11 juillet 1930 : abcès du poumon à staphylocoque doré, chez un nourrisson ; auto-vaccinothérapie : vomique, guérison. Un troisième cas du professeur Bezançon, Jacquelin et Célice, que nous relevons dans la Presse Médicale du 26 janvier 1927 : abcès du poumon à staphylocoques dorés, guéri après auto-vaccinothérapie. Un quatrième cas. de Weissenbach, publié à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, du 1 avril 1927 : abcès du poumon, à streptocoque, d’origine dentaire probable. Guérison sans intervention chirurgicale après auto-vaccinothérapie. Un cinquième cas, d’Abadie et Dufau que nous relevons dans le Bull. et Mém. Soc. de Chir. de Paris, 1921 : abcès
du poumon avec gangrène, guéri par auto-vaccin.
La chimiothérapie anti-infectieuse fait appel : 1° au novarsénobenzol intraveineux, à la dose de 0 gr. 15 à 0 gr. 30 et même parfois davantage à des intervalles de deux à quatre jours. Soit encore de faire prendre le stovarsol ou le tréparsol, par la bouche (2 à 3 comprimés). On a signalé surtout en Allemagne des guérisons. Cette médication est indiquée dans les cas d’abcès riches en spirilles et dans les gangrènes massives. Pratiquement, on n’a pas toujours obtenu de ces traitements un résultat décisif ; mais leur rôle adjuvant n’est pas niable et en les utilisant avec prudence, on évitera les accidents généraux qui peuvent leur être imputés (hémoptysie). On a constaté que l’action sur létat général était heureuse ; sur l’expectoration parfois apparente et sur la fétidité, nulle.
Le professeur Achard et Soulée, dans une communication à l’Académie de Médecine du 5 mars 1929, ont publié le cas d’un abcès aigu du poumon rapidement guéri : Bacilles fusiformes et spirochètes dans l’expectoration. Traitement par l’arsénobenzol. Roth et Ungar ont publié (Polsk Gaz. Lekarska, 1929) un cas d’abcès du poumon guéri par l’arsénobenzol. Nous relevons dans les archives Méd. et Chir. de l'appareil respiratoire, en mars 1929, un cas publié par Urioste, Sarno, Tiscornia, d’abcès gangréneux du poumon guéri par le néosalvarsan intrabronchial. Un autre cas de Vialard et Paponnet publié à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, le 9 mars 1928, d’amibiase pulmonaire pure, à rechutes, guérie par lémé-
tine, le stovarsol et le tréparsol. Enfin, un quatrième:
DL cas de Rahier publié à la Société Clinique des H6pitaux de Bruxelles dans la séance du 11 janvier 1930, d’un abcès pulmonaire traité avec succès par l’arsenic à haute dose.
Voici à l’appui de ces considérations générales de thérapeutique médicale, le résumé de trois observations prises dans le service de M. le Professeur Achard à l'Hôpital Cochin. A ces trois malades, nous avons fait un traitement arsénical. Dans l’observation II nous y avons associé la sérothérapie anti-gangréneuse.
L'observation I nous révèle la présence de nombreux spirilles ; par contre, dans les observations II et III nous ne trouvons pas de spirilles. Dans ces trois cas, nous obtenons trois guérisons. Le rôle adju-
vant de la médication arsenicale est indéniable.