V... A, 28 ans, employé de chemin de fer
Entré le 15 avril 1932 dans le service de M. le Professeur. Achard à l'Hôpital Cochin.
Il est atteint, depuis 15 jours, d’une pneumopathie droite, à début subaigu. À son entrée à l'hôpital : bon état général. Température 38°, expectoration abondante, purulente, fétide. A l’auscultation, syndrome cavitaire au tiers supérieur du poumon droit, perçu surtout dans l’aisselle. Dans le reste du poumon, nombreux râles souscrépitants. Examen des crachats. Pas de B. K., nombreux germes aérobies et anaérobies, nombreux spirilles.
Radio. -- Ombre diffuse dans le lobe inférieur droit, bien séparée du diaphragme.
Traitement. — Hyposulfite, teinture d’ail, lavemenis créosotés, 9 injections de novarsénobenzol à 0,15 et
0,30. Sérum anti-gangréneux polyvalent : 40 cmc. pen-
dant huit jours. Série d’injections d’émétine à 0,08 pendant dix jours. Enfin stock, puis auto-vaccin.
Légère amélioration, haleine et crachats moins fétides; ceux-ci ne contiennent plus de germes anaérobies, maïs les spirilles persistent nombreux. L’expectoration est très abondante.
Les signes radiologiques persistent, image arrondie dans la partie postéro-externe du lobe inférieur, avec, au centre, petit niveau liquide.
L’affection persistant sans changement pendant près de trois mois, le malade est envoyé dans le Service du D' Baumgartner à la Charité, pour une intervention chirurgicale, à la fin de juin 1932.
A cette époque, le malade crache entre 200 et 300 gr. de crachats par 24 heures.
Les radiographies faites de face et de profil, montrent, qu'il n’y a aucune amélioration sur celles faites à l'HÔpital Cochin. Une intervention est décidée, mais une poussée aiguë de congestion autour du foyer suppuré, avec ascension de la température à 40°, au début de juillet, fait surseoir momentanément à l'intervention. Celle-ci est faite fin juillet, après repérage radiographique.
Premier temps opératoire. — 21 juillet 1932. — D' Baumgartner. Position assise, anesthésie locale. Grand lambeau taillé dans les parties molles, à la partie postéro-latérale du côté droit du thorax. Résection de la pointe de l’omoplate. Toilette du feuillet pariétal de la plèvre largement mis à nu. Iodage de ce feuillet. Tamponnement à la gaze iodoformée, après mise en place d'un repère métallique sur la plèvre.
Radiographie. — De face et de profil le 23 juillet, mon-
— Ai —
trant que la voie d’abord est exactement en rapport avec la lésion pulmonaire.
Deuxième temps opératoire. — 29 juillet. — D' Baumgartner. Ponction exploratrice du poumon ramenant du pus. Ouverture au thermocautère d’une cavité anfractueuse, pleine de pus concret, située en plein poumon.
Agrandissement de l'ouverture. La plèvre est bien symphysée. Résection de toute la partie superficielle de la poche pulmonaire, qui contient de multiples petits foyers suppurés. Tamponnement à la gaze iodoformée.
Suites. — Sans incident notable. L'expectoration diminue très rapidement, 32 grammes le lendemain du deuxième temps opératoire, puis 25, 20, 10 à la fin août, enfin nulle, fin septembre.
La plaie pansée journellement se couvre progressivement de bourgeons charnus. Au mois d’octobre, au fond de la plaie, petite fistule broncho-cutanée, qui se ferme spontanément en novembre.
L'état général s’est remonté très rapidement à tous points de vue. Guérison complète au début de décembre. La radiographie montre un nettoyage complet du poumon ; il ne reste plus que quelques trainées cicatricielles au niveau de la zone opérée. Revu en excellent état en
janvier 1933.
En terminant, nous ajoutons deux intéressantes observations de M. le Docteur Baumgartner, que nous relevons dans les Archives médico-chirurgicales de l'appareil respiratoire (1930), et dans la Presse Médicale (7 octobre 1951).
ue OBSERVATION XIII
D... 37 ans, entre dans notre service le 3 janvier 1930 : il est tombé malade brusquement. Le 20 décembre 1929, donc il y a à peine quinze jours, frisson, point de côté à la base gauche, température à 40°; pneumopathie aigué. Quelques jours après, expectoration abondante, brunâtre, très fétide.
Le jour de son entrée dans notre service, nous constatons, à la base gauche, en arrière, les signes d’une collection hydro-aérique enkystée. Nous faisons tirer une radiographie le 6 janvier, qui montre, à la base gauche, uné image hydro-aérique des dimensions d’un gros œuf de poule ; en position transverse cette image apparaît tout à fait postérieure, couvre le gril costal dans le bord pôstérieur du poumon ; elle évoque l’idée d’un pyopneumothorax enkysté et concorde avec les signes cliniques. De plus, on découvre avec surprise, une seconde image hydro-aérique, du volume d’un œuf de pigeon, se projetant dans l’aire du lobe supérieur droit.
L'état général ne s’améliorant pas et l’expectoration purulente et fétide persistant, nous décidons de recourir à l’intervention chirurgicale ; mais ia présence de l’abcès du poumon droit introduit une sérieuse réserve dans le pronostic.
Le 17 janvier, M. Baumgartner intervient en un temps; la plèvre est trouvée adhérente dans toute l’étendue de la brèche opératoire ; la grande cavité pleurale étant ainsi protégée, on peut ouvrir directement l’abcès : il
s'écoule environ 300 grammes de pus extrêmement fétide.
Les jours suivants Ia température descend progressiveinent, l'expectoration diminue et la fétidité disparaît.
Le 29 janvier, douze jours après l'intervention, l’état paraît très bon ; nous faisons faire une nouvelle radio- Sraphie, qui montre, à la place de Pancien abcès du poumon droit, une simple petite tache nuageuse.
Le 15 février, une troisième radiographie, un mois après l’intervention, montre la disparition complète du petit abcès du poumon droit et la guérison opératoire du gros abcès de la base gauche.
D... quitte l'hôpital tout à fait guéri le 20 avril 1930. Nous l’avons revu le 20 octobre 1930 : sa santé est parfaite et l'examen radiologique montrait la même image de guérison que celle du 20 avril.
Cette observation contient deux constatations capitales :
1° La guérison spontanée de l’abcès du poumon droit, qui avait été une « trouvaille de radiologie ».
2° La guérison chirurgicale, par simple pneumotomie et drainage, du gros abcès putride de la base gauche, qui était superficiel et d'apparition récente.
Si la pneumotomie simple a été curative, c’est parce qu’elle a été précoce ; elle a été possible parce que
Fabcès était superficiel.