OBSERVATION XIV
C..., 35 ans, entre dans notre service le 26 décembre 1929 ; il nous est adressé par M. Bonneau (d’Ancenis) et par M. Gendron (de Nantes).
M. Sorieul S
À la fin de la guerre il a été opéré de sinusite maxillaire ; son sinus frontal reste atteint. En 1928, il a fait un abcès de l’amygdale.
En mars 1929, après quelques jours de malaise général avec point de côté, il fait un matin, une vomique très abondante, très fétide, mélangée de sang.
On constate un foyer localisé à droite. Dans les crachats on ne trouve que des pneumocoques.
Une série d’injections d’émétine reste sans résultat.
Une série d’accalmies et de rechutes se produisent, toujours avec expectoration très fétide.
En juin 1929, M. Gendron, consulté, prescrit un autovaccin. Aucun résultat.
En août-septembre, apparaît la déformation hippocratique des doigts ; la bronchorrhée purulente chronique s’installe.
Le 27 décembre 1929, le lendemain de l’arrivée dans notre service, nous faisons tirer une première radiogra-
phie qui montre, contre le gril costal droit en haut, une
opacité arrondie, des dimensions d’une mandarine.
Le 11 janvier 1930, M. Baumgartner opère, sous anesthésie locale ; le premier temps consiste à réséquer 8 centimètres des troisième et quatrièmes côtes, dans la région axillaire et à tamponner la plèvre mise à nu.
Le 18 janvier, deuxième temps ; ouverture du poumon, contenant du pus concret et fétide ; drain et tamponnement.
Le 17 février, la plaie opératoire est en parfait état : toute odeur a disparu ; l’expectoration est à peu près nulle. Une nouvelle radiographie montre, abstraction faite des séquelles opératoires, un nettoyage considé-
rable au siège de l’ancien foyer.
ds Le 9 mars 1930, C... quitte l'hôpital sur sa demande,
se sentant très bien, ne conservant qu’un trajet fistuleux post-opératoire, mais crachant encore du pus et conservant un peu de fétidité de l’haleine après la toux.
Le 27 mars, C.. revient dans le service ; il a eu la veille au soir, un accès de fièvre, accompagné d’une douleur vive dans la région de la cicatrice opératoire.
Le 28 mars, quelques gouttes de pus fétide, s’écoulent par la fistule.
Le 2 avril, vomique très fétide, sang et pus.
Le 5 avril, sensation de bien-être ; GC... quitte l’hôpital et revient tous les quatre jours se faire panser et recevoir une injection d’émétine. Etat général excellent ; température oscillant de 36°7 à 37°8.
Le 28 avril, nouvelle vomique.
Le 1° Mai, une nouvelle radiographie montre le retour à la première image obtenue avant la pneumotomie.
Le 27 mai et les jours suivants, écoulement abondant de pus fétide par la plaie.
Le 27 mai, on décide de recourir à l’exérèse du foyer putride. Celle-ci est faite en trois temps, avec repérage à l’aide d’un fil métallique placé, après le premier temps, au fond de la brèche. Le deuxième et le troisième temps (30 mai et 4 juin) consistent dans la résection du territoire pulmonaire entourant l’abcès, à l’aide du bistouri électrique.
Peu à peu la plaie opératoire se dégage, l’état général s'améliore, la température baisse, l’expectoration diminue.
Le 26 juin une nouvelle radiographie montre, abstraction faite des déformations costales opératoires, la dis-
parition de l’ancienne image arrondie.
Le 13 août, C... quitte le service et rentre chez lui.
Le 11 octobre 1930, il revient nous voir ; son état général est excellent ; une nouvelle radiographie confirme la guérison opératoire.
Le 29 octobre, on tire une radiographie après injection de lipiodol et l’on constate de très discrètes dislocations de larborisation bronchique dans le territoire occupé par l’ancien abcès.
Le 11 juillet 1931, C.. revient nous voir ; il est com-
plètement guéri.
Cette observation montre mieux que toute longue discussion, qu’un abcès putride peut passer à l’état chronique sans déterminer un processus d'infection broncho-pneumonique constamment extensif et progressif, sans atteindre exagérément létat général, ce qui tient peut-être au type bactériologique. Elle montre d’autre part, qu’un simple drainage opératoire — pneumotomie — n’amène qu'une gccalmie aussi trompeuse que les accalmies consécutives au drainage spontané par vomiques terminant les phases de rétention. Elle montre qu’un abcès putride, devenu chronique, ne peut être traité efficacement que par les destructions chirurgicales de tout le foyer d'infection, c’est-à-dire du territoire de broncho-pneu-
more chronique infectante et nécrotique.
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