‹ Considérations générales sur l'état de la médecineChapitre 3 sur 10 · SUR · texte numérisé non relu

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avait, pour des consultations , des réunions de médecins; ceux-ci, comme de nos jours, étaient peu charitables les uns envers les autres; ils se jalousaient, se dénigraient. Il paraît aussi que les malades étaient peu reconnaissans des soins qu’on leur donnait; car Hippocrate lui-même se plaint de leur ingratitude. Enfin, la médecine se pratiquait alors comme de nos jours, et beaucoup de pages des écrits de ce grand homme semblent avoir été inspirées par ce que nous voyons aujourd’hui.

Je pense donc qu’on n’est pas dans le vrai, quand on représente le médecin de Cos comme le créateur de l’art médical. Il a dû rehausser cet art, l’illustrer, lui faire faire des progrès ; mais dire qu’il en est le fondateur , cela nous paraît exagéré. La médecine, telle qu’elle est arrivée jusqu’à nous, est l’ouvrage de tous les siècles, de toutes les générations qui se sont succédé; et le plus grand mérite d’Hippocrate est peut-être d’avoir transmis à la postérité les connaissances de son époque. Qu’on ne croie pas toutefois qu’il entre dans notre pensée de vouloir rabaisser la gloire d’un homme que nous regardons comme un des plus grands génies de l’antiquité , et pour la mé-

moue duquel nous professons la plus grande vénération. Nous ne v oulons qu’exprimer ici noire opinion sur la part qu’on lui attribue dans le perfectionnement de l’art médical. On n’est pas dans le vrai, nous le répétons, en disant qu’avant lui il n’y avait pas de médecine, et nous nous appuyons sur ce qui est rapporté dans ses propres écrits; car la vie d’un homme, quelque génie qu’on lui suppose, serait insuffisante pour produire la millième partie des connaissances qu’ils renferment. Et d’ailleurs, qu’on le remarque bien, Hippocrate ne donne pas comme siens les moyens qu’il indique. Nous ne sachons pas, du moins, qu’il en présente aucun comme ayant été introduit par lui dans la science.

Quelle que soit, au reste, la part que l’illustre descendant des Héraclides ait pu avoir dans le développement des connaissances médicales, nous voyons que de son temps il n’existait aucun système prédominant; lui,du moins, n’avait aucune théorie exclusive, et la preuve, c’est que tous les auteurs de système qui ont paru depuis ont pu s’appuyer de quelques passages de ses écrits. Toutefois, quoiqu’Hippocrate n’eût aucune méthode de traitement général exclusive, et qu’il

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fût ce que nous appelons éclectique, il est évident pour nous que sa tendance était vers l’humorisme. En effet, il veut que dans tout travail critique on aide la nature, et qu’on expulse les humeurs dépravées. U considère les crises comme des réactions exagérées des forces vitales, pour expulser ou détruire le principe morbide qui menace la vie. Or, comme toutes les crises se résument par des évacuations plus ou moins abondantes, soit au moyen de sueurs , d’éruptions, de vomissemens, ou par les déjections alvines, etqu’Hippocrate regardait ces évacuations comme favorables, il faut en conclure qu’il les supposait chargées du principe morbifique, de la cause du mal. C’est bien là certainement faire de l’humorisme, c’est admettre implicitement l’altération des humeurs.

Ainsi donc les partisans de l’humorisme peuvent s’appuyer d’autorités puissantes et respectables, pour prouver que celte opinion de l’altération des humeurs n’est point nouvelle, et qu’elle était bien certainement dans la peusée d’Hippocrate, et de plusieurs praticiens de son temps. Plus tard nous trouvons Galien, Boerj* haave, etc., qui parlent aussi quelque part de

l’altération, de la dépravation des humeurs. Mais à quoi bon des citations ? Il importe peu de savoir si ce que l’on dit a déjà été dit ; mais si l’on est dans le vrai. En effet, lorsqu’on aurait démontré qu’Hippocrate était humoriste , qu’est-ce que cela prouverait? Ses ouvrages ne renferment-ils aucune erreur? C’est mal procéder que de partir des opinions des autres pour fixer la sienne , et c’est pour avoir procédé ainsi, pour avoir admis comme vraies des idées que la pratique n’avait point éprouvées, mais seulement parce que c’étaient les idées d’hommes considérables, quêtant d’erreurs se sont propagées. Nous n’entendons pas dire, toutefois, qu’on doive négliger les travaux de ses prédécesseurs, non plus que de ses contemporains; nous en conseillons l’étude, au contraire ; mais une étude critique, n’admettant aucune opinion que l’expérience n’a pas démontrée exacte. Cette marche est d’ailleurs la seule rationnelle, la seule qui puisse garantir de l’erreur, et tout nous prescrit le devoir de n’en pas suivre d’autre. Comment, en effet , admettre des idées à priori, en présence de l’instabilité, de l’inutilité même, si bien démontrées, de tous les moyens imaginés jusqu’à présent, lorsqu’on voit

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qu’aucune méthode n’a pu encore résister à l’épreuve delà pratique, lorsqu’on voit les écoles toujours agitées des mêmes controverses , comment ne pas être en défiance contre toute idée nouvelle, et ne point la soumettre au creuset de l’expérience avant de prononcer sur sa valeur?

Le doute philosophique que nous conseillons est un devoir pour le médecin ; tout ce qui s’est passé jusqu’à ce jour, et ce qui se passe encore sous nos yeux, commande de plus en plus une sévère critique avant d’admettre aucune théorie: en effet, l’humorisme contre lequel on a tant crié, qui a été l’objet de tant de sarcasmes, dont aucun médecin, il y a peu d’années encore, n’eût osé prendre la défense, l’humorisme trouve aujourd’hui des partisans parmi les gens de l’art; tandis que le solidisme qui semblait le terme de toutes les améliorations , de tous les perfection nemens scientifiques, est attaqué vivement à son tour, et perd faveur tous les jours. Ainsi le solidisme et l’humorisme, entre lesquels la science oscille depuis des siècles, se trouvent encore en présence, pour se disputer la supériorité.

Tandis qu’au Collège de France un savant professeur démontre le danger des saignées, et fait

voir que par le seul fait des émissions sanguines, on détermine l’altération du sang, et, par conséquent, delà masse des humeurs, un autre praticien, jeune encore, soutient, dans les brillantes leçons cliniques qu’il fait à la Charité, l’efficacité des saignées coup sur coup.

Que penser d’une pareille controverse entre des hommes justement recommandables? N’estce pas une chose désolante qu’un pareil désaccord sur le point le plus important de la science, sur le meilleur moyen de protéger la santé, la vie de l’homme? Et malheureusement il est à craindre que nous ne soyons condamnés à voir longtemps encore se prolonger ces désespérans débats entre le solidisme et l’humorisme; car en médecine il est difficile d’apporter à l’appui de ses opinions,des preuves bien évidentes, bien positives.

A ces obstacles, il faut ajouter les dispositions de l’homme a créer des systèmes, et la facilité avec laquelle il se passionne pour ses créations. La passion l’égare souvent à ce point, qu’il regarde ses créations systématiques comme des vérités démontrées, et ne peut rien voir qu’au travers du prisme qui donne aux objets les cou-

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leurs qui flattent ses idées. Tout ce qui les contredit est repoussé sans examen. Voilà l’homme de tous les temps et de tous les lieux, voilà le plus grand des obstacles à la transmission, à la propagation des vérités.

Mais ce qui a surtout rendu tout progrès impossible, et toute recherche inféconde, c’est que jusqu’à ce jour on a entièrement négligé le point le plus important de la question; on s’est mal posé le problème, on ne l’a pas embrassé dans son ensemble; enfin on a voulu élever un édifice avant d'avoir reconnu le sol sur lequel il devait poser, avant de s’être assuré des fondemens. Aussi qu’est-il arrivé ? aucune construction n’a pu tenir debout, toutes se sont écroulées.

Nous tâcherons d’éviter cèt écueil, et de combler le vide que nous signalons ; nous suivrons pour cela une autre marche que celle suivie jusqu’à présent; nous commencerons par étudier le sol sur lequel nous devons bâtir, afin de donner une base fixe et solide à l’édifice qu’il s’agit d’élever.

Ainsi avant de nous occuper des maladies, qui ne peuvent être, en définitive, que des troubles fonctionnels, que des altérations des actés vi-

taux, îious étudierons ces actes dont l’ensemble constitue la vie. Nous nous livrerons à cet examen sans aucune préoccupation théorique, nous bornant à enregistrer les faits, à les rassembler poulies présenter au lecteur. Il verra comme nous à laquelle des deux théories, du solidisme ou de l’humorisme, conduira cet examen, et quelleconclusion ou en devra tirer.

La maladie est pour nous un phénomène vital anormal. Ce phénomène se révèle par plusieurs effets; mais nous ne pouvons en découvrir la cause prochaine. Il en est de la maladie comme de beaucoup de phénomènes naturels, que nous connaissons dans leurs effets seulement. Le calorique, par exemple , quel est-il pour nous? un phénomène : nous le connaissons dans ses effets que nous sommes même parvenus à modifier d’une manière heureuse, pour notre utilité ou notre agrément; mais notre ignorance reste la même sur la cause de cet étrange et admirable phénomène.

Ainsi donc, quoique nous ne connaissions pas la cause du calorique, nous pouvons cependant le modifier dans beaucoup de ses effets ; en cela nous sommes plus heureux que pour le phéno-

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mène maladie; car il en est peu, pour ne pas dire point, que nous puissions modifier avec la précision que comportent les effets du calorique. Que conclure de là, sinon que nous ne connaissons rien ou peu de chose dans les maladies ; quelle est, en effet, celle que nous soyons sûrs de modifier d’une manière certaine? nous n’en connais-? sons pas.

On peut donc dire que tous ces phénomènes symptomatiques auxquels nous attachons tant d’importance, ne sont pour nous que la traduction souvent très-obscure, très-trompeuse, des modifications vitales qui constituent la maladie; et pourtant, c’est sur cesrenseignemens que nous nous déterminons; mais aussi que d’insuccès!

Il résulte de ce que nous venons de dire que nous ignorons complètement le rapport qu’il y a entre le signe ou symptôme qui révèle un dérangement de santé, et la nature de la modification vitale qui constitue ce dérangement; par exemple, connaît-on cette maladie appelée Anasarque?

sait-on pourquoi le tissu cellulaire s’infiltre, saiton quelle est la modification vitale qui amène cet épanchement de fluides quelquefois si consi-r dérable ?

Pourquoi dans le Coryza les sécrétions nasales sont-elles modifiées? pourquoi,à la suite d’un refroidisssement, les sécrétions des plèvres le sontelles aussi? Tout ce que l’on dit pour expliquer ces phénomènes n’est qu’hypothétique, conjectural; nous ne connaissons point ces maladies; nous pouvons en établir le diagnostic, c’est-àdire que nous pouvons indiquer les lésions organiques, et cela même assez exactement; nous pouvons aussi, dans beaucoup de cas, établir le pronostic avec assez de précision; mais pour ce qui est du rapport des altérations vitales aux symptômes; pour ce qui est de savoir pourquoi telle influence détermine telle modification, nous ne pouvons le dire.

Et qu’on le remarque bien, le plus souvent nous ignorons complètement la cause des troubles fonctionnels que nous observons ; ainsi quelle est la cause de l’Anasarque, de l’Ictère, etc.? On remarque quelquefois dans l’Anasarque des troubles de la circulation et de la respiration, et souvent l’on attribue la maladie qui nous occupe à des altérations organiques des appareils respiratoire et circulatoire; mais ce ne sont là que des présomptions, puisque tous les sujets

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qui présentent les mêmes troubles de circulation ou de respiration ne sont point affectés d’Anasarque.

Il y a donc, comme on le voit, bien des choses qui nous échappent dans les maladies. Nous ignorons tout-à-fait le rapport de la cause à la modification vitale. Or, comme ce serait de l’appréciation des rapports de la cause à l’effet, que l’on pourrait déduire les moyens thérapeutiques, c’est-à-dire que ce serait en connaissant pourquoi telle influence ou telle circonstance détermine telle modification vitale, qu’on pourrait rationnellement déduire le moyen propre à modifier ou à neutraliser l’effet de la cause morbide, et à ramener à leur type normal les fonctions vitales troublées, et que ces connaissances et ces renseignemens nous manquent; comment pourrionsnous être certains de nos moyens thérapeutiques? Gomment pourrions-nous savoir d’une manière positive quels sont les modificateurs que nous devons employer ?

Tant que nous ne connaîtrons pas mieux les maladies, nous resterons dans l’incertitude sur les moyens de les combattre, et la cause de l’incertitude que nous signalons ici est, comme nous

l’avons démontré, dans l’imperfection de nos moyens d’investigation ; car il ne faut pas perdre de vue que nous ne pouvons avoir de connaissances réelles, positives, qu’à l’aide de l’expérience, de l’analyse. Toutes les fois que ces moyens d’investigation nous sont refusés, il y a toujours de l’incertitude dans nos théories, dans l’appréciation des phénomènes qui sont l’ohjet de nos études, et c’est précisément le cas des études médicales, Cependant nous agissons; mais sur quelle donnée? D’après le jugement plus ou moins rationnel porté sur les phénomènes que nous observons; mais c’est toujours avec doute, incertitude; jamais nous ne sommes certains que le moyen que nous mettons en usage est bien celui que réclame l’état maladif que nous combattons. Nous n’avons même pas toujours l’assurance qu’il ne sera pas nuisible. Par exemple, dans la maladie appelée catarrhe vésical, on a tout essayé ; eh bien! nous le demandons, de tous les moyens mis en usage, en est-il un qui soit déduit de la connaissance parfaite de la maladie? Non certainement; il n’en est pas un dont l’emploi soit fondé sur la connaissance du rapport de son action à l’effet qu’on veut produire.

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En effet, le catarrhe vésical est considéré comme une modification vicieuse des fonctions de la muqueuse vésicale: cette membrane, dans le cas dont nous parlons, est supposée sécréter en grande quantité une matière glaireuse, muqueuse, etc., ce qui n’est point encore prouvé; car ces mucosités pourraient être fournies par une modification des urines; mais en admettant que la muqueuse vésicale soit le siège dê *cette sécrétion morbide, il resterait à déterminer quelles sont la nature et la cause de cette altération sécrétoire, et quel est le moyen de la ramener à son état normal.

Voilà le problème à résoudre; mais la solution en est bien difficile : et comment en serait-il autrement? tous les termes nous manquent, tout nous est inconnu. En effet que savons-nous ici? nous savons qu’une fonction est troublée; nous sommes avertis de ce trouble par des signes qui caractérisent suffisamment cet état morbide; mais qu’est-ce que cette maladie? quelle est l’espèce de modification éprouvée par les organes? et quel est le modificateur propre à rétablir la fonction vitale troublée, altérée? nous n’en savons rien ; nous ne pouvons répondre à aucune

de ces questions. Or, comme on le voit, tous les termes du problème manquent, comment le résoudre?

Et qu’on le remarque bien , nous avons pris pour exemple une maladie des mieux connues quant à son siège et au résultat visible de la modification vitale. Mais il est des maladies bien plus obscures, et pour lesquelles, par conséquent, l’incertitude dans les moyens de traitement doit être bien plus grande encore. Que savons-nous , en effet, touchant les maladies dites nerveuses, rhumatismales, goutteuses, les fièvres intermittentes, etc.? nous ne pouvons même pas assigner le siège de ces maladies; comment pourrions-nous déterminer l’indication ? car, encore une fois, pour être rationnel, le traitement doit être une déduction bien ou mal raisonnée de la connaissance qu’on a de la maladie, et de la propriété attribuée au moyen que l’on veut employer pour la combattre; mais lorsqu’on ne sait rien, quant à la nature de la maladie, quant à son siège,comment, nous le répétons, en déterminer le traitement ?

Dans l’état de nos connaissances, nous pouvons dire en général qu’il n’est pas un médica-

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ment dont l’emploi soit fondé sur une connaissance parfaite de son action sur les organes, et de l’effet qu’on veut produire. Toute notre thérapeulique n’est au fond qu’ernpirisme; et peut-il en être autrement? Sait-on même l’effet qu’on veut produire sur les organes, pour rétablir les troubles fonctionnels qui caractérisent la maladie que l’on combat? Ne sachant pas positivement ce que c’est que la maladie, comment saurait-on la modification à opérer pour la guérir?

Cependant, malgré notre incertitude sur le choix des moyens, nous agissons, mais en tâtonnant, et sans être assurés du résultat; nous agissons, parce qu’en présence du danger on ne peut rester inactif : semblables à l’homme, qu’un grand péril menace, quoiqu’il ignore comment il pourra l’éviter; il s’agite, cependant, et se tourmente, pour s’en préserver.

Nousfpensons avoir suffisamment démontré que, dans l’état de la science, il n’était pas possible d’arriver à une appréciation exacte des maladies, que nous considérons, quelle que soit d’ailleurs leur nature , comme des troubles fonctionnels, comme des modifications vicieuses des actes vitaux.

Nous entendons par actes vitaux tous les phénomènes spontanés qui ont lieu dans la matière douée de vie, et par lesquels elle se distingue, se différencie de la matière brute.

Pour bien concevoir les fonctions vitales il faudrait connaître les instrumens actifs au moyen desquels elles s’exécutent; mais ces instrumens échappent à nos sens, et leur existence s’induit des faits.

Quoique notre œil ne puisse pas pénétrer dans ces laboratoires vivans où la matière est mise en œuvre et reçoit l’animation, il est impossible de méconnaître leur existence, tous les produits organiques l’attestent; et il est évident pour nous que les dérangemens de santé sont dus aux dérangemens qui surviennent dans ces laboratoires, dans ces fabriques de la vie, si cette expression est permise; c’est-à-dire, que la bonne ou la mauvaise santé dépend de la manière dont les actes de la vie s’opèrent. C’est là, c’est dans ce travail modificateur et vivificateur de la matière, qu’il faut chercher le point de départ de tous les troubles de la santé. C’est à la bonne ou la mauvaise fabrication des produits nécessaires à l’entretien de la vie, qu’il faut attribuer la santé ou la maladie.

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Nous pensons donc qu’avant d’étudier les maladies, il faut étudier les actes vitaux; puisque ce sont les altérations de ces actes qui constituent les maladies. Mais, comme nous l’avons déjà dit, dans l’état de la science, il n’est pas encore donné d’apprécier en quoi consistent les modifications morbides observables.

En présence des altérations qu’éprouve la santé, nous ressemblons à l’ouvrier inexpérimenté qui reçoit le produit d’un appareil chimie que. Supposons que chargé de recueillir l’acide sulfurique à mesure qu’il s’écoule du laboratoire où il se forme, cet ouvrier remarque tout-à-coup une altération dans le produit; il sera évident pour lui qu’un changement se sera opéré dans le travail, mais il lui sera impossible de dire en quoi consiste ce changement, s’il ignore les conditions dans lesquelles se forme l’acide sulfurique, si son œil ne voit clairement les agens qui prennent part au travail, et s’il ne connaît parfaitement les élémens qui doivent entrer dans la composition du nouveau corps. Sans ces connaissances , il lui sera impossible d’apprécier la cause du changement et d’y remédier. Il en serait de même de celui qui voudrait rétablir le jeu d’une

machine dont il ne connaîtrait point le mécanisme.

Ces comparaisons, quoique grossières, par rapport à la vie, peuvent cependant aider à faire comprendre notre pensée et trouver quelque analogie avec les troubles de la santé : supposons une affection des voies urinaires; les urines, au lieu de présenter leur état naturel, laissent déposer des matières terreuses ou muqueuses : eh bien! nous le demandons, avons-nous plus de données pour apprécier la cause de ce changement des urines, que n’en a cet ouvrier ignorant qui voit un changement dans le produit chimique qu’il est chargé de recueillir? Nous ne pouvons pas plus voir dans le laboratoire de l’urine, que le manœuvre dont nous parlons ne voit dans l’appareil où se forme l’acide sulfurique. Notre ignorance sur les causes de l’altération des urines sera donc égale à la sienne, touchant le produit qu’il recueille ; et tout ce que nous ferons pour ramener les urines à leur état normal sera déduit de suppositions hasardées, et de pures hypothèses.

Ce que nous venons de dire désaffections des voies urinaires, nous pourrions le dire de plu-

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sieurs autres maladies, du Choléra, par exemple : quelle est, nous le demandons, la cause de ce changement, quelquefois si subit, dans les déjections alvines? Quelles sont les sécrétions qui ont éprouvé les premières altérations? Et dans l’lctère, que se passe-t-il dans les sécrétions du foie, ce grand laboratoire de la bile? Il nous est imposble de répondre à ces questions d’une manière positive. Tout ce que nous pouvons dire, c’est ce que dira l’ouvrier qui surveille une machine qui se dérange et dont il ne connaît pas le jeu; c’est ce que dira celui qui reçoit l’acide sulfurique altéré; le travail est dérangé; mais quelle en est la cause? voilà la grande question.

Quoique la cause du dérangement de la santé nous échappe, lorsque ce dérangement est accompagné d’une altération observable, dans quelques produits organiques, on doit d’abord chercher le siège du mal dans l’organe qui est présumé fournir le produit altéré. Ainsi, dans l’altération des urines, dans l’Ictère, on devra supposer que le travail des reins et du foie est modifié vicieusement. Nous verrons plus loin ce que l’ on d 0 it penser des causes prochaines de ces troubles fonctionnels; pour le moment, nous

n’avons voulu que démontrer combien, d’après l’enseignement des écoles , et les idées reçues, il était impossible de comprendre quelque chose aux maladies.

Et pourtant, c’est une opinion généralement admise, que de nos jours les connaissances en histoire naturelle, en anatomie, et en physiologie, laissent peu de chose à désirer, quoique l’expérience dépose tous les jours de leur insuffisance pour l’appréciation des maladies. Que savonsnous en anatomie et en physiologie? Nous connaissons les dispositions que le scalpel peut découvrir à nos sens, et les grands assemblages fonctionnels que forment les instrumens les plus grossiers de la machine : ainsi, nous connaissons une partie des instrumens des appareils urinaire, de la circulation et de la respiration, etc. Mais ce que nous savons à cet égard ne nous apprend rien sur la formation du sang et des autres fluides qui cheminent dans les mille conduits que renferment les corps organisés, non plus que sur la formation de l’urine, etc. Que voyons-nous dans ces appareils ? Des organes passifs, disposés pour recevoir et transporter des produits; mais les instrumens vraiment actifs et créateurs de ces

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produits , les organes qui sont le siège des actes vitaux, du travail delà vie, si nous pouvons parler ainsi, ces instrumens-là nous échappent,ainsi que les actes au moyen desquels ils opèrent toutes ces décompositions et recompositions qui constituent, en dernière analyse, le phénomène Vie.

Il suit de ce que nous venons de dire que, dans l’état de la science, les études anatomiques et physiologiques ne peuvent fournir que des renseignemens très-incomplets sur les maladies internes. En effet, quels renseignemens peut-on tirer de la connaissance que l’on a de l’appareil urinaire, pour les maladies de cet appareil (i), un catarrhe, une rétention d’urine ; et quelle donnée obtiendra-t-on de la connaissance de l’appareil aérien pour une affection tuberculeuse du poumon ? Ce que nous savons en anatomie et en physiologie nous permettra d’établir plus exactement le diagnostic de quelques maladies , quant au siège et aux lésions de tissu qui les accompagnent quelquefois; mais c’est là tout; pour ce qui est de la nature et de la cause de ces maladies, nous n’en pouvons rien conclure,

(1) Nous rappelons ici que nous exceptons les maladies chirurgicales.

parce que nous ne savons rien sur les actes vitaux, sur le mode de vie de la matière, et que nous ignorons, par conséquent, en quoi consistent les modifications vicieuses du travail de la matière vivante.

Jusqu’à ce jour, on s’est borné, pour l’étude des corps animés, à les classer, en les divisant d’après leur organisation -, mais on n’a jamais cherché à se rendre compte des actes au moyen desquels la matière douée de vie se sustente, et comment la matière brute est transformée en matière animée. On verra plus tard que ce point de la science, qui doit d’abord frapper l’attention, et qu’on a tant négligé, dans la pensée, sans doute, qu’il était impossible d’y rien voir, on verra, disonsnous, que ce point est d’une haute importance pour l’appréciation de la nature des maladies.

Lorsqu’on a étudié l’homme anatomiquement et physiologiquement, tel qu’on l’enseigne dans les écoles, que sait-on pour remédier aux maladies, aux fièvres intermittentes, aux rhumatismes, à la goutte, etc.? Nous ne voulons pas dire toutefois qu’on doive négliger ces études. La chirurgie, cette partie si importante de la médecine, est tout entière dans les connaissances

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anatomiques et physiologiques desquelles on a déduit des méthodes de traitement qu’il eût été impossible de trouver sans elles. Ainsi, sans la connaisance. de la circulation, la ligature des artères serait restée très imparfaite; mais quelle est la méthode de traitement rationnellement déduite des connaissances dites médicales? je n’en vois aucune et cela ne doit pas étonner; en effet, qu’on remarque bien comment procède la chirurgie; ses moyens de traitement sont fondés sur des connaissances réelles, comme pour les hernies les luxations, la ligature des artères. Mais pour les maladies dites internes , avons-nous des connaissances assez exactes pour en déduire un traitement rationnel? assurément non; il n’est pas une maladie que nous connaissions assez pour pouvoir en conclure le traitement; qu’on choisisse la plus simple en apparence, le Furoncle, par exemple, que nous considérons comme une affection interne, et qu’on nous dise si ce qu’on sait sur cette maladie fournit des indications vraiment rationnelles pour son traitement.

En voyant une hémorrhagie, nous sommes certains qu’un vaisseau est ouvert, et nos connaissances anatomiques et physiologiques nous

fournissent un moyen assuré d’arrêter l’écoulement du sang. Nous procédons ainsi logiquement , rationnellement ; c’est- à - dire, que les moyens que nous employons sont déduits de l’état et de la nature des choses, et de la connaissance exacte que nous en avons.

Mais lorsqu’il s’agit des maladies internes, ainsi que nous l’avons déjà dit, et de celles que nous croyons le mieux connaître, nous tombons dans le vague, le conjectural; il arrive ici ce qui arrive pour tous les phénomènes dont on ne peut apprécier la cause; pour l’expliquer, on se jette dans le champ des hypothèses, dans ce champ si vaste, où il est si facile de s’égarer : là, privé de guide, et ne trouvant aucune roule jalonnée, chacun se dirige au hasard,interprétant les faits qui appellent son attention d’après la tournure de ses idées et la portée de son esprit; qu’on s’étonne, après cela, de l’instabilité de nos méthodes, et de leur insuffisance pour le traitement des maladies.

Est-il possible d’arriver à un plus haut degré de perfection, est-il possible d’opposer aux maladies des moyens plus certains que ceux qu’on leur a opposés jusqu’à présent? En d’autres

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termes, peut-on espérer une méthode générale plus puissante que celles imaginées jusqu’à ce jour? nous le croyons et nous pensons qu’avec une meilleure direction dans les études on peut arriver à une meilleure appréciation des phénomènes vitaux, et des altérations que ces phénomènes peuvent éprouver. Or, ces connaissances touchant les actes vitaux et leurs modifications seraient autant de données pour l’appréciation des maladies, et des moyens de les combattre; c’est-à-dire que connaissant mieux les fonctions delà matière animée, on serait moins incertain sur le choix des moyens propres à rétablir les troubles qu’elles éprouvent, et à les ramener à leur état normal.

Mais pour atteindre ce but, il faut mieux connaître la matière organisée , il faut mieux connaître la vie; et pour cela il ne faut pas se borner à étudier des muscles,des os,des vaisseaux,etc.; il faut tâcher de comprendre comment ces instrumens fonctionnent et quel est leur mode de vie; il faut enfin pénétrer plus avant dans tout ce qui concerne la matière organisée, pour comprendre en quoi consistent les actes vitaux , en quoi consiste la vie proprement dite.

Nous n’entreprendrons pas de définir la \ie ; comment définir ce qu’on ne connaît pas ?

La vie n’est qu’une abstraction, un être phénoménal, elle n’existe pour nous que dans la matière, que là où nous voyons certaines modifications, certains phénomènes; nous regardons comme brute, comme privée de vie, la matière qui ne présente aucun de ces phénomènes que nous appelons vitaux.

Mais cette distinction que nous établissons entre les corps doués de la vie et ceux qui en sont privés, n’est que relative à la perfection de nos sens; car nous n’avons aucun autre moyen d’éprouver l’état de la matière, et de reconnaître si elle est ou n’est pas animée; nous ne pouvons dire d’une manière absolue s’il y a ou non de la vie dans l’atome où nos sens n’en peuvent découvrir aucun signe.

Quoi qu’il en soit* tous les corps qui frappent nos sens se trouvent naturellement divisés en deux grandes séries, les corps organisés ou animés, et les corps bruts ou inanimés.

11 n’est pas aussi facile qu’on pourrait le penser de fixer la limite qui sépare les deux séries dont nous venons de parler; pour déterminer

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cette ligne de séparation, nous n’avons que nos sens, instrumens bien grossiers, comparés aux ouvrages de la nature. Ne sait-on pas, qu’armé d’instrumens, notre œil distingue des êtres là où l’œil nu ne peut rien voir ? Ainsi donc, avec des sens plus parfaits notre univers serait plus étendu, nous distinguerions des actes vitaux qui nous échappent, et nous placerions dans la série des corps organisés des corps qui nous semblent privés de vie.

Quoique nous ne puissions pas nous flatter de saisir les actes vitaux partout où ils existent, nous pouvons affirmer cependant que toutes les modifications de la matière se rapportent aux deux séries, aux deux états que nous venons d’indiquer, c’est-à-dire, à l’état de vie qui semble n’être que temporaire, de transition; et à l’état brut, auquel revient toujours la matière.

C’est de la première série de ces êtres, c’est-àdire de celle des êtres organisés, que nous avons à nous occuper ici.

Le principal caractère de/la matière animée, c’est le mouvement spontané; mouvement attesté par plusieurs phénomènes qui n’appartiennent qu’à la matière douée de vie, et qui révèle

pour nous une puissance, une force intelligente, qui préside au développement, à la conservation des êtres. Quelle est cette force, cette puissance? nous ne pouvons le dire; mais son existence est incontestable.

En recevant la vie, la molécule matérielle reçoit la puissance de résister à l’action des agens extérieurs, de manière à se soustraire aux affinités chimiques qui tendent sans cesse à l’entraîner dans des combinaisons nouvelles. Cette résistance dure autant que la vie, ou peut-être serait-il plus exact de dire que cette résistance constitue la vie, qui semble n’être que la résultante de deux forces qui se disputent la matière.

De tous les mystères de la création, l’animation de la matière est sans contredit le plus incompréhensible, celui qui étonne le plus l’imagination. Par quelle admirable et inexplicable combinaison la matière brute est-elle transformée en matière vivante? Comment nos organes peuvent-ils s’approprier des corps étrangers et leur communiquer la vie? Nous n’en savons rien.

Ceux qui prétendent tout expliquer par les propriétés de la matière, disent que l’animation n’est qu’un phénomène de chimie vivante, le résultat

SUR l’état de la médecine.

de décompositions et recompositions; mais c’est exprimer le fait par d’autres termes, sans l’expliquer; du reste, quelque supposition que l’on fasse, quelque hypothèse qu’on adopte, comme on n’a jamais pu, à l’aide des élémens fournis par l’analyse chimique, reproduire aucune matière organisée, on sera toujours forcé d’admettre qu’il y a dans la matière vivante autre chose que ce que fournit l’analyse. Il y a un levain, un principe vital, qui échappe à nos recherches, et qui, combiné avec les élémens que nous connaissons, donne toutes les variétés vivantes. De quelle nature est ce principe, ce levain qui, en s’emparant de la molécule matérielle, pour la faire vivre temporairement d’une vie individuelle, la soustrait aux lois universelles de l’attraction et des affinités, et quelle est la cause qui la fait retomber, cette molécule, sous l’empire de ces grandes lois? Nous n’entreprendrons pas d’expliquer ces phénomènes, qui resteront sans doute à jamais inexplicables. Nous observons seulement que sous l’influence de causes que nous ne pouvons comprendre, la matière modifiable à l’infini revêt des formes déterminées, présente des individus groupés par famille, ayant une durée limitée, et passant

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