‹ Considérations générales sur l'état de la médecineChapitre 4 sur 10 · Z,2 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

Z,2 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

par des états communs à tous les êtres organisés, qui sont de naître, croître, se reproduire, et cesser de vivre. Voilà l’histoire de tous les êtres animés; et nous nommons ainsi tout ce qui est doué de vie, soit végétal, soit animal.

Les personnes qui ne veulent admettre que ce qui tombe sous les sens repousseront, nous 1e savons, toutes les suppositions qui se rattachent à l’existence de quelque chose d’immatériel, et qui échappe à nos moyens d’investigation. Pourquoi, diront-elles, admettre quelque chose que nous ne pouvons saisir nulle part?

Pour raisonner logiquement, il faut s’en tenir à ce qui frappe les sens: aller au-delà, c’est sortir de l’observation, c’est tomber dans le psyçologisme, ce n’est plus de la philosophie.

Il n’est pas difficile de répondre à ce raisonnement que l’on présente comme très-péremptoire, et de démontrer qu’il n’est rien moins que philosophique ; en effet, les sens ne sont point seulement affectés par la matière proprement dite, ils le sont aussi, et surtout, par les phénomènes qu’elle présente. Les matérialistes rapportent ces phénomènes aux propriétés de la matière qui peut se modifier à l’infini, selon les

SUR l’état de la médecine. ho

circonstances, selon certaines conditions; ainsi, la matière pense, disent-ils, parce qu’elle a la propriété de penser.

Mais qu’entend-on par propriété de la matière? Si l’on veut seulement dire que les changemens, les modifications qu’elle éprouve, sont dus à la propriété qu’elle a d’être modifiée, on est dans le vrai ; mais si l'on entend que l’atome matériel, restant le même dans sa composition chimique, et dans ses rapports avec le monde extérieur, peut présenter des phénomènes variés, c’est alors qu’on est dans l’erreur. Tout changement, toute modification dans l’état d’un atome, suppose l’action d’un agent extérieur; il serait absurde d’admettre une modification sans modificateur. Or, tout ce que l’on peut dire des changemens que l’on observe dans les corps, c’est que la matière a la propriété d’être modifiée, sous l’influence des modificateurs externes. Sans modificateur il n’y aurait pas de changement. Ce qu’on désigne par ces mots : circonstances, conditions, qu’est-ce autre chose, que des causes modificatrices ?

Qu’on ne vienne pas dire que les modificateurs sont connus, et qu’on ne les nie pas; mais

l\U CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

qu'ils n’agissenl sur les corps, soit organisés, soit inorganisés, qu’en favorisant la combinaison des élémens matériels; qu’ainsi tout se réduit à obtenir les conditions favorables aux formations organisées.

La chimie est arrivée à connaître et à reproduire presque tous les composés inorganiques, tandis qu’elle n’a pu encore reproduire aucun composé organique. Il faut donc penser que toutes les conditions nécessaires à ces formations ne sont pas connues ; il entre probablement dans ces composés quelque principe qui nous échappe; et la matière organisée contient quelques élémens de plus que ceux fournis par l’analyse. La fibre, par exemple, n’est pas seulement la matière que nous connaissons, de même que le fer aimanté n’est pas seulement du fer ; car quoiqu’il ne fournisse à l’analyse chimique que ce que nous connaissons sous le nom de fer, il est évident qu’il y a autre chose, lorsqu’il jouit de la propriété magnétique. Dira-t-on que cette propriété appartient au fer ; mais ce métal n’est pas toujours magnétique; il jouit donc, dans certaines circonstances, de propriétés qu’il n’a pas dans d’autres; donc il n’est pas toujours dans le

sur l’état de la médecine. 45

même état ; et s’il n’est pas toujours dans le même état, c’est qu’il n’est pas toujours sous l’influence des mêmes modificateurs. Ces conséquences sont forcées.

Au point où sont arrivées les connaissances exactes, positives, il n’est pas possible de rapporter au fer seul les phénomènes magnétiques; tous les savans pensent qu’ils sont dus à un agent encore inconnu, qui joue un rôle peut-être plus grand qu’on ne pense dans les phénomèpes vitaux.

Quoi qu’il en soit, nous pensons qu’il y a dans les corps organisés autre chose que ce que nous appelons matière; nous pensons que ces,corps sont le résultat de l’union d’un principe, que nous appellerons vital, avec la matière proprement dite.

Dans quelles proportions se font les combinaisons de la matière avec le principe vital, et quèlles sont les circonstances qui favorisent ces combinaisons? Nous ne pouvons répondre à ces questions; caries circonstances qui semblent favoriser le développement de quelques êtres empêchent le développement de quelques autres, et frappent même de mort des êtres déjà formés.

4(j CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Cependant, relativement à la température, il est des limites au-delà desquelles il ne peut se former aucun être organisé.

Une autre remarque, c’est que tous les êtres tirent leur origine d’êtres semblables; ce qui suppose la préexistence des germes; en a-t-il toujours été ainsi? Il en est qui pensent que nonmais c’est encore ici une de ces questions sur lesquelles on peut avancer tout ce que l’on veut. Toutes les hypothèses sont permises, lorsque les faits qu’on veut expliquer se refusent aux analyses, aux démonstrations.

Quelques matérialistes prétendent que les êtres organisés ne sont arrivés que progressivement au degré de perfection où nous les voyons; ainsi, d’après eux, l’homme aurait pu être dans leprincipe,un mollusque, un zoophyte, et encore moins que cela; le chênes aurait commencé par un byssus, un lichen ; cela est-il vrai ? toutefois, cela n’est pas -vraisemblable, d’après ce qui se passe sous nos yeux.

On conçoit des suppositions qui reposent suides analogies; c’est-à-dire, que l’on conçoit que par l’analogie on explique des faits inconnus par des faits connus; mais lorsqu’on vient nous faire

sur l’état de la médecine. Ul

des suppositions en opposition avec tout ce que l’on connaît, en désaccord avec tous les faits observés et observables, on peut regarder ces suppositions comme les rêves d’une imagination en délire. Quoi! lorsque nous voyons la nécessité des germes, et d’autres conditions pour la reproduction des êtres, lorsque nous les voyons tous tirer leur origine d’êtres semblables, on viendra nous dire qu’autrefois il n’en était pas ainsi, que les êtres se développaient sans germe \ mais si cela est arrivé, et dans un temps où, de l’aveu des matérialistes, les circonstances n’étaient point aussi favorables au développement des êtres organisés qu’elles le sont aujourd’hui, comment se fait-il que nous ne voyons point de ces formations spontanées, ni aucune transformation, aucun passage d’une espèce dans une autre?

En voyant la persistance des espèces, on s’étonne vraiment de pareilles suppositions. Comment, nous le demandons, concevoir que des mollusques puissent se transformer en quadrupèdes ou en oiseaux?

Dira-t-on aussi que ce penchant irrésistible qui porte les sexes à s’unir est dû aux propriétés de la matière, qu’il n’y a là aucune intention, et que

c’est le hasard qui a mis un attrait si vif dans leur rapprochement? Que de choses il y aurait à dire sur de si absurdes suppositions !

Sait-on pourquoi tous ces rêves creux ? pour rendre raison de l’origine des êtres, et en particulier de l’homme, auquel on ne veut pas accorder une création directe; c’est-à-dire, qu’on ne veut pas admettre que l’homme ait été créé d’un seul coup, à l’état d’organisation que nous lui voyons, parce qu’alors il faudrait admettre un créateur, une puissance créatrice, intelligente ; parce qu’enfin il faudrait admettre dans l’univers autre chose que de la matière, ce que ne veulent pas reconnaître les esprits qui se disent forts, et qui trouvent plus rationnel, plus philosophique, de tout rapporter à la matière.

Ainsi, malgré tous les faits qui frappent nos sens, et qui démontrent la nécessité des germes ou levains, pour la conservation des espèces, il en est qui trouvent plus raisonnable de supposer que le chêne, qu’on ne peut obtenir aujourd’hui sans un gland, doit son origine au hasard, à une circonstance fortuite, plutôt qu’à touteautrecause; ils regardent comme absurde et niaise toute supposition qui admet dans les phénomènes de la

SUR l’état de la médecine.

vie, des causes immatérielles, c’est-à-dire, des causes qui échappent à nos sens. Mais est-elle plus satisfaisante l’hypothèse par laquelle ils accordent à la matière la puissance de s’animer, de s’organiser, de prendre des formes variées et déterminées; est-il un esprit tant soit peu judicieux qui puisse se contenter d’une pareille explication? et nous avons peine à croire que les matérialistes eux-mêmes en soient aussi satisfaits qu’ils le paraissent.

Quoi qu’il en soit, nous ne voyons pas que l’hypothèse en vertu de laquelle ils rapportent toutes les modifications vitales aux seules propriétés de la matière, expression d’ailleurs vide de sens, nous ne voyons pas, disons-nous, que cette hypothèse soit plus raisonnable, plus vraisemblable que la supposition d’une cause créatrice, toute puissante, intelligente. Nous n’en dirons pas davantage sur ce sujet dans la crainte de soulever contre nous les matérialistes, et de nous voir accuser de spiritualisme ; notre proposition se réduit à celle-ci : la matière organisée présente des phénomènes que ne présente pas la matière non organisée, il y a donc quelque chose de plus ou de moins dans l’une que dans l’autre.

Pour nous la matière animée n’est pas seulement de la matière, de même que l’aiguille aimantée n’est pas seulement du fer ; dans l’être organisé, la matière est sous l’influence d’un principe, d’un agent qui la rend propre à certaines modifications, à certains phénomènes, comme sous l’influence du magnétisme le fer se trouve propre à produire des phénomènes qu’il ne peut présenter sans le secours de cet agent.

Pour nous donc, la matière organisée résulte de la combinaison-, de l’union delà matière proprement dite avec un agent, un principe, que nous ne connaissons pas, qui émane d’une source que nous ne pouvons comprendre.

Au surplus, pour le but que nous nous proposons dans cet écrit, il importe peu de savoir si les phénomènes qui caractérisent pour nous l’état de vie dépendent, comme affectent de le dire les matérialistes, de circonstances fortuites, ou d’une cause spéciale-; déterminée, intelligente; mais il importe beaucoup de bien comprendre et de bien apprécier la nature et la fin de ces phénomènes, ainsi que la nature et la cause des modifications qu’ils éprouvent; puisqu’en définitive ce sont ces modifications qui constituent.

SUR L'ÉTAT BE LA MÉDECINE. Si

comme nous l’avons déjà dit, les dérangemens de santé, les maladies. Eh bien ! l’observation nous apprend que les rapports de la matière animée avec le monde extérieur diffèrent beaucoup de ceux de la matière inanimée. L’état, la durée des corps bruts ne paraissent point soumis, comme les corps organisés, à des relations impérieuses d’échange avec le monde extérieur ; il y a, entre celui-ci et les corps animés, des rapports tellement nécessaires qu’ils ne peuvent éprouver le moindre changement, sans que les corps en ressentent quelques modifications.

Qu’on change seulement les conditions dans lesquelles un être organisé s’est développé, aussitôt il éprouve quelques modifications, et qu’on supprime entièrement ses rapports avec le monde extérieur, le corps se désorganise, la vie s’éteint; c’est-à-dire, que l’agent, le principe vital, abandonne la matière qui retombe aussitôt sous l’empire des grandes lois qui régissent tous les corps de la nature. Et plus les êtres organisés sont élevés dans l’échelle, plus leurs rapports avec le monde extérieur sont indispensables; ainsi, les mammifères ne pourraient être privés de ces rapports pendant les plus courts instans, sans que

la mort ne fût imminente. Les reptiles, au contraire , peuvent être privés d’air assez long-temps sans périr.

Que sè passe-t-il donc dans les rapports des corps organisés avèc le monde extérieur qui rend ces rapports aussi nécessaires, aussi indispensables?

L’observation de tous les instans démontre, que ces rapports ont pour objet de fournir à la vie les matériaux de sustentation et les principes d’excitation dont elle a besoin. Car, bien différens des Corps bruts, les corps organisés dépensent constamment, c’est-à-dire, si nous pouvons parler ainsi, que la vie use la matière et qu’il lui en faut sans cesse de nouvelle, sinon elle s’éteint comme le feu qui manque d’aliment.

Ainsi, d’après ce que nous venons de dire, l’être doué de vie n’est point libre, indépendant dans l’univers ; il tient au monde extérieur par des rapports qui sont comme autant de canaux, de voies de communication, par lesquelles il reçoit ce dont il a besoin, et lui renvoie ce qui lui est inutile.

Ce qui est surtout remarquable dans les phénomènes vitaux, c’est que la matière animée soit

sua l’état de la médecine. 53

douée d’assez de puissance pour enlever au monde extérieur les matériaux qui lui sont nécessaires , leur communiquer la vie, et les transformer en sa propre substance, en détruisant les combinaisons dans lesquelles sont retenus les corps dont elle s’empare, pour les entraîner dans de nouvelles compositions vitales. Ces matériaux sont mis en œuvre et modifiés au moyen d’organes convenablement disposés; mais quel est l’architecte qui préside à tous ces travaux , qui en surveille l’exécution? Comment s’opèrent ces transformations si diverses de la matière? Comment des animaux se nourrissant des mêmes substances présentent-ils, non seulement dans leur forme, mais encore dansleurs produits, de sigrandes différences? Comment se fait-il enfin que sur le même sol croissent tout à la fois des plantes vénéneuses et d’autres dont tous les produits sont agréables et bienfaisans? Voilà autant de questions auxquelles, dans l’état de la science, il est impossible de répondre ; car ce ne serait point y répondre, de dire que chaque espèce animale ou végétale est douée d’un mode de vie qui lui est propre, et contient des principes qui donnent à tous ses produits un caractère particulier.

Les différences que présentent, dans leurs propriétés physiques et chimiques, les êtres organisés , nés et développés dans les mêmes conditions, nourris des mêmes substances, prouvent encore que l’animation n’est point un effet matériel et purement fortuit. Ces faits démontrent la présence de germes et de levains différens, décèlent une intention, une volonté ou une intelligence qui règle l’ensemble de tant de phénomènes, dont le plus simple en apparence confond tontes nos pensées.

Il serait sans doute important, pour le but que nous nous proposons, de connaître les circonstances causales de toutes les modifications que nous observons dans la matière organisée ; mais les moyens nous manquent pour de telles appréciations. Tout ce que nous pouvons voir des phénomènes de la vie et de ce que nous appelons fonctions, n’est que le résultat sommaire des actes vitaux. Quant aux actes eux-mêmes, nous l’ayons déjà dit, notre œil ne peut percer le voile qui couvre ce travail de la vie, et il ne sera sans doute jamais donné à l’homme de saisir l’instant où la molécule brute reçoit Fanimation.

Quoique nous ne puissions pas suivre la nature

sun l’état de la médecine. '55

dans ce mystérieux travail et apprécier tous les changemens qu’éprouve la matière avant d’être transformée en notre propre substance, nous pouvons affirmer cependant que -tous les actes fonctionnels ont pour objet la préparation, l’élaboration des matériaux de sustentation, et l’expulsion des matières usées qui, ne pouvant plus servir à la vie, doivent être rejetées hors de l’économie. Ce travail, qui est toute la vie, se passe dans les parties les plus déliées, atome à atome. Chaque partie, aussi ténue qu’on puisse l’imaginer, est un centre d’opération, une espèce de laboratoire; et cela n’étonnera pas, si l’on fait attention qu’il existe des animaux d’une organi sation très-compliquée, qui ne sont visibles qu’à l’aide d’instrumens qui grossissent prodigieusement les objets, et dans lesquels les fonctions de la vie sont aussi actives, aussi complètes que dans des êtres plus grands; c’est-à-dire, que toutes les fonctions nutritives se font chez eu£ comme chez les plus grands animaux, atome à atome. Or, qu’on estime, si on le peut, même par la pensée, la ténuité des atomes qui composent de si petits individus.

Mais ce qui nous frappe surtout d’étonnement:

et d’admiration, c’est que, dans ces animaux microscopiques, l’intelligence se trouve aussi développée que dans des êtres que nous regardons comme plus parfaits. En effet, ces petits êtres se livrent des combats comme les grands animaux et comme l’homme; pour saisir leur proie, ils rusent comme tous les animaux. 11 v a donc, dans ces êtres qui nous échappent et que l’imagination seule peut saisir, de la pensée, de l’intelligence pour régler la vie de relation.

Nous demanderons aux phrénologistes si c’est ici seulement la matière qui pense. Eux qui mesurent l’intelligence, la pensée, à la masse de matière, comment expliqueront-ils le développement de l’intelligence dans ces petits êtres? Ils prétendent que la supériorité intellectuelle de l’homme, sur lés autres animaux, vient de ce que, relativement à la masse du corps, la masse cérébrale est plus grande que dans les autres espèces. C’est comme si l’on disait, en d’autres termes, que la masse cérébrale doit être en raison des masses musculaires dont elle doit régler les mouvemens. Ainsi, le cerveau qui, placé sur un petit corps, donnerait un homme de génie, ne ferait qu’un homme ordinaire, placé sur un

sur l’état de la médecine. 57

grand corps. Quoique le nain de Walter Scott ait déjà dit cela, nous avons de la peine à comprendre que la quantité de matière cérébrale qui suffit à un corps de cent livres, ne suffise plus à un corps de cent vingt ou cent cinquante.

Nous ne nions point que le cerveau ne soit le siège des facultés intellectuelles; nous croyons que c’est là, que c’est dans cet organe, que se règlent et se coordonnent nos déterminations; mais ce que nous ne croyons pas, c’est que l’intelligence soit en raison du rapport de la masse de matière cérébrale à la masse du corps; on ne voit pas comment un gros corps pourrait neutraliser l’action de l’organe intellectuel. Nous ne pensons pas, par exemple, que la différence d’intelligence qui existe entre le mouton et le chien tienne à la différence des rapports entre la masse du corps et la masse cérébrale de ces animaux.

Quand on voit l’araignée dresser de si admirables embûches, pour arrêter sa proie et la saisir avec tant d’habileté, lorsqu’elle est engagée dans ses filets, il est impossible d’admettre que l’intelligence soit en raison de la masse de l’organe où nous en plaçons le siège. Il y a, dans le travail

de ce petit animal, des dispositions qui exigent un ensemble de vues et de combinaisons qui étonnent, sous le rapport de l’intelligence qu’elles supposent; et notre étonnement augmenterait probablement encore, si nous pouvions nous mettre en rapport avec ces espèces d’êtres, de manière à apprécier tous les motifs de leurs déterminations. Nos lacs pour la pêche et la chasse ne sont, après tout, que l’imitation des pièges de l’araignée; et les fosses que nous creusons pour nous rendre maîtres des grands animaux, sont aussi employées par un bien petit insecte pour saisir sa proie.

J^a supériorité intellectuelle de l’homme vient moins de sa masse cérébrale, que de l’usage qu’il lui a été donné d’en faire. Du reste, chaque espèce est organisée de manière à remplir sa destination, c’est-à-dire, de manière à pouvoir se nourrir, se reproduire, se défendre des attaques extérieures. Tout est pour cette fin et pour cette unique fin, excepté chez l’homme; lui seul, de tous les animaux, ne se contente pas de pourvoir à sa conservation et à celle de son espèce ; les besoins de se nourrir et de se reproduire ne sont, en quelque sorte, qu’accessoires pour lui;

sur l’état de la médecine. 59

il a des besoins qui le préoccupent bien plus que le soin de sa conservation. Que conclure de cela ? La destination de l’homme est-elle autre que celle des êtres à la tête desquels il se place? On est vraiment tenté de le penser, en voyant combien il diffère de tous les êtres auxquels il commande ici bas. Quelle que soit l’espèce à laquelle on voudrait comparer l’homme intellectuel, la différence est immense, ou plutôt il n’y a pas de comparaison à établir.

En créant des êtres en apparence plus parfaits les uns que les autres, que s’est proposé l’auteur de la nature ? Y a-t-il eu de sa part quelque préférence ? les êtres que nous regardons comme plus parfaits, ont-ils été appelés par le créateur à de plus hautes destinées? Ainsi les êtres que nous plaçons au bas de l’échelle et qui nous semblent n’être qu’une grossière ébauche, doivent-ils être considérés comme des créatures disgraciées, comparées à Phomme qui semble une œuvre de prédilection ? Quelle distance de Phomme à un mollusque; et pourtant qui oserait dire que celui-là est plus favorisé que celui-ci ? En considérant la situation de l’homme dans ce

bas monde, en voyant les misères qui l’assiègent, il est impossible de le regarder comme un être privilégié, malgré la supériorité de son organisation. En effet, toujours ses besoins dépassent les moyens de les satisfaire. En est-il de même des êtres moins parfaits en apparence ? nous l’ignorons; mais nous pensons que l’être est plus ou moins malheureux, selon qu’il a plus ou moins de besoins.

Ici nous n’avons point en vue la destinée de l’homme dans un autre monde; nous ne parlons que de son passage dans celui-ci ; et nous demandons s’il est plus heureux que les êtres sur lesquels il paraît avoir l’avantage de la raison? Il est difficile de répondre à cette question ; mais à en juger par ce que nous connaissons des maux qui pèsent sur notre espèce, et semblent épargner les autres, on peut dire que, si nous avons sur les autres animaux quelques avantages, nous les payons bien chèrement.

Nous avons dit précédemment que la matière animée était douée de la propriété d’enlever au monde extérieur les élémfens de sustentation qui lui sont nécessaires, pour remplacer cequ’ellp

sur l’état de la médecine. 61

rejette comme inutile ou usé; voilà ce qui s’opère dans toutes les molécules animées; cette opération est la nutrition proprement dite.

Pour bien comprendre l’opération par laquelle la molécule animée s’empare d’une molécule nutritive pour se l’assimiler et la transformer en sa propre substance, il faut se représenter tous les matériaux de sustentation à l’état d’extrême division, distribués dans toute l’économie, au moyen de conduits subdivisés à l’infini et présentés à chaque atome vivant sous la forme qui lui convient, soit liquide, soit gazeuse.

Les moyens nous manquent pour suivre cette opération vitale; une fois les matériaux alimentaires introduits dans les organes digestifs, nous ne pouvons même plus avoir conscience des modifications qu’ils éprouvent; mais ce que nous savons des dispositions organiques , et ce que nous pouvons conclure des phénomènes vitaux appréciables, démontre suffisamment que la nutrition a lieu comme nous le concevons par la pensée; c’est-à-dire, que la nourriture est portée à chaque atome doué de vie par les ramifications si nombreuses, si subdivisées, du système sanguin. Tout n’est que canaux , conduits ,

dans la matière organisée; la fibre est constamment humectée, baignée par les fluides qui lui arrivent parle système circulatoire ou au moyen de l’imbibition ; enfin, chaque atome, aussi ténu qu’on le suppose par la pensée, est le point de départ et l’aboutissant de plusieurs voies d’absorption et d’excrétion, c’est-à-dire, que chaque atome reçoit et rend incessamment.

Que sont nos dissections, nos études anatomiques et physiologiques, en présence de ces fonctions vitales que la pensée seule peut concevoir?

Il n’entre point dans le plan que nous nous sommes tracé, de décrire l’appareil digestif, ce serait sortir de notre sujet ; d’ailleurs les connaissances anatomiques ne sont pas indispensables pour l’intelligence de ce que nous avons à dire. Nos considérations sur la vie, sur la nutrition qui est pour nous toute la vie, s’appliquent non seulement à l’homme, mais à toute la matière animée.

L’échange incessant qui a lieu entre la matière organisée et le monde extérieur, cet échange au moyen duquel l’être reçoit ce qui lui est nécessaire et rejette ce qui lui est devenu inutile ou nuisible, suppose la mobilité, le mouvement;

SUR L’ÉTAT de la médecine. 63

sans cette condition, la nutrition serait impossible. Le mouvement est donc le propre de la matière animée; l’atome doué de vie ne peut rester en repos; le repos, c’est la mort, le mouvement, c’est la vie.

Mais pour que ce mouvement insensible ait lieu dans les moindres atomes vivans, il faut que ceux-ci soient libres, et pour être libres, il faut qu’ils soient en quelque sorte liquides ou presque liquides. Sans cette condition on ne concevrait pas la possibilité du mouvement vital, au moyen duquel s’opèrent toutes les absorptions, décompositions et recompositions organiques. En effet, comment, concevoir la vie, dans des parties qui seraient à un état de solidité tel qu’il n’y ait pas de mobilité possible dans les molécules qui les composent? Qu’on n’oublie pas, d’ailleurs, que le jeu de la vie use la matière qui a besoin d’être renouvelée incessamment, la même molécule ne pouvant entretenir la vie que pendant un temps déterminé. Cette opinion , au reste, n’est pas nouvelle; depuis long-temps déjà on a pensé que les molécules qui composent nos organes, même les os, sont renouvelées au bout d’un certain temps; on rapporte, à cet égard, des expé-

riences faites au moyen de matières colorantes , pour démontrer le renouvellement de là matière osseuse. Quoique nous n’ayons pas répété ces expériences, il est pour nous hors de doute que la matière de nos.organes se renouvelle, et que la vie, ou le phénomène Vie, est le résultat de l’union d’un principe inconnu, insaisissable, avec la matière; mais comme celle-ci ne pourrait fixer longtemps le principe vital, celte matière est organisée de telle façon que des atomes nouveaux peuvent remplacer incessamment les atomes usés qui sont rejetés incessamment.

Pour que ce grand acte de la vie s’opère, il faut donc, comme nous l’avons dit, que toutes les molécules de matière soient libres, mouvantes les unes sur les autres, et à un état de division extrême; sans cela les fonctions nutritives seraient impossibles; car le renouvellement, le remplacement des molécules matérielles usées, constitue la nutrition proprement dite. Fournir au corps des matériaux pour le nourrir, c’est lui fournir de quoi remplacer ce que la vie a usé, et cette opération, nous le répétons, exige la mobilité, la liberté des molécules les unes sur les autres. Cette condition est remplie par l’état des organes

sur l’état de la médecine. 65

pendant la vie : car il ne faut pas juger de la consistance des parties qui composent l’animal, par leur consistance après la mort.

Ce travail vital, par lequel l’atome vivant se combine à l’atome nutritif, ne doit pas être confondu avec l’acte de préhension, au moyen duquel tous les êtres organisés se pourvoient de matériaux alimentaires. La nutrition proprement dite s’opère sur les matériaux préparés à recevoir la vie-, elle a lieu dans les parties les plus ténues, atome à atome; c’est une véritable combinaison, par laquelle les élémens alibiles, convenablement élaborés et déjà animalisés, sont entièrement transformés en matière vivante et reçoivent le sentiment, la vie.

L’acte de préhension , au contraire , est cette opération par laquelle la matière organisée enlève au monde extérieur les matériaux d’où , au moyen de diverses préparations, elle extrait les élémens nutritifs. La préhension des alimens n’a lieu qu’à des intervalles plus ou moins longs.

La nutrition proprement dite est un travail continu. L’atome animé absorbe incessamment des molécules nouvelles pour remplacer celles qu’il rejette incessamment. Si, par suite de ma-

ladie ou manque d’alirnens, les matériaux nutritifs sont insuffisans ou de mauvaise nature, la vie languit, parce qu’elle est mal sustentée. L’atome vivant se combine avec des élémens de plus en plus altérés, la fibre s’appauvrit, perd de son énergie, les fluides s’altèrent, s’usent, n’étant plus alimentés; enfin,lorsque cet état se prolonge, la vie tend de plus en plus à s’échapper, il semble que la même matière ne peut la fixer que pendant un certain temps.

Ce que nous venons de dire est connu de tout le monde ; on sait avec quelle rapidité marche l’amaigrissement du corps dans les maladies ou dans la privation d’alimens; mais surtout dans les maladies ; parce que dans ce cas les fluides étant altérés, viciés, la vie ne trouve plus de molécules saines. Dans l’abstinence, au contraire, l’appauvrissement est moins rapide ; parce que les fluides ne s’altèrent que peu à peu et par suite de l’abstinence. Dans ce cas l’alimentation qui a lieu par la respiration pulmonaire et cutanée, est profitable, arrivant dans des fluides sains, surtout dans les premiers temps de l’abstinence.

Le mode d’alimentation varie beaucoup dans les êtres organisés, tant sous le rapport de la

sur l’état de la médecine.

nature des alimens, que par la manière de se les procurer, de les appréhender. Chez les espèces qui n’ont qu’une existence en quelque sorte végétative, l’être semble puiser toute sa nourriture dans l’atmosphère, au moyen de son enveloppe externe. Mais dans les espèces pourvues d’un estomac, et notamment chez l’homme, l’alimentation se Fait par des moyens plus compliqués.

[^animal est averti du besoin de prendre des alimens par une sensation instinctive, qüi devient de plus en plus pressante , à mesure qu’il tarde davantage à la satisfaire.

Ce mode d’alimentation , comme on le voit, réclame le concours de la volonté, par conséquent le jugement: car tous les alimens ne conviennent pas, il faut choisir, et tout choix suppose un raisonnement. La préhension a donc besoin du concours des facultés intellectuelles. Tous les êtres sont pourvus à cet égard , 1 la nature a donné à chaque espèce toute l’intelligence, toute la sagacité nécessaires. Ce sont surtout les espèces qui vivent de leurs chasses, qui étonnent par leur intelligence et leur habileté.

Dans quelques espèces le besoin de nutrition

semble s’arrêter, et cesse de se faire sentir pendant des intervalles plus ou moins longs; mais ce temps d’abstinence se passe dans un repos absolu:comme on le voit chez plusieurs reptiles, chez les marmottes et d’autres animaux dormeurs.

Ces animaux, pendant leur sommeil léthargique, ressemblent aux végétaux pendant le repos de la végétation; tout échange entre l’animal et le monde extérieur semble avoir cessé; toutes les fonctions nutritives paraissent suspendues (i); la vie sommeille : mais à son réveil, la nutrition recommence aussitôt : car ces deux choses sont inséparables, la vie et la nutrition ne sont qu’une seule et même chose, physiologiquement parlant.

Le phénomène que nous appelons Vie est donc une suite de combinaisons du principe vital, avec des matières nouvelles, enlevées au monde

(1) On dit que la marmotte s’endort grasse et s’éveille maigre; et l’on attribue l’amaigrissement à la continuation de la nutrition qui a lieu aux dépens de la matière graisseuse mise en réserve. Comment concevoir que la nutrition fasse maigrir? et qui indique que la nutrition s’opère? y a-t-il des excrétions ? d’un autre côté tous les animaux dormeurs ont-ils des provisions de graisse ?

sur l’état de la médecine. 69

extérieur, au moyen d’instrumens animés que ce même principe s’est créés avec la matière.

L’existence, la conservation de chaque être, est donc subordonnée à la nutrition, et la nutrition a besoin incessamment de matériaux alimentaires. Ceux-ci doivent être de bonne nature et en quantité suffisante. Il faut, en outre, des organes convenablement disposés pour les élaborer, les préparer à l’assimilation. Lorsque toutes ces conditions existent, les fonctions vitales s’exécutent bien, il y a santé; lorsqu’ily manque quelque chose, il y a trouble dans les fonctions vitales, il y a maladie, c’est-à-dire , qu’il y a souffrance ; parce que tous les besoins nutritifs ne sont point satisfaits , ou le sont avec des matériaux qui ne jouissent pas de toutes les propriétés que réclame le mode de vie des organes dans la combinaison desquels ils entrent.

Il est, pour chaque être organisé, un mode de vie, une manière d’être qui dépend non seulement de son organisation, du levain ou ferment qui a fourni le principe vital, mais les circonstances dans lesquelles l’être se développe impriment à chacun des atomes qui le composent un mode d’action particulier. Qu’on change ces cir-

constances, le mode d’action de la molécule vivante sera changé; elle assimilera ou rejettera plus ou moins; son action moléculaire, ses mouvemens seront modifiés, ainsi que tous ses produits. Ce résultat est important à remarquer, car c’est lui qui constitue réellement la maladie; en effet tous les actes vitaux ayant pour fin la préparation des matériaux nutritifs, si ces actes sont modifiés , leurs produits léseront aussi et le seront d’autant plus que l’être sera plus élevé dans l’échelle. Ainsi, chez l’homme, qui est spécialement l’objet de nos recherches, les moindres troubles dans les fonctions vitales pourront avoir beaucoup d’influence sur la nutrition ; car chez lui le travail nutritif est très-long, très-compliqué, les sympathies nombreuses,par conséquent les réactions très-étendues; de telle sorte que les moindres modifications, les moindres troubles auront toujours un grand retentissement, à cause des nombreux rapports que tous les organes ont entre eux.

Il faut remarquer aussi que les matériaux nutritifs ne se composent pas seulement, selon toutes les apparences, de l’élaboration immédiate des alimens puisés dans le monde extérieur,

sur l’état de la médecine. 71

mais de la combinaison de ces matériaux élaborés avec des produits excrétés par les organes. On conçoit que si ces produits étaient vicieusement modifiés, il en résulterait des produits nutritifs de mauvaise nature. Il faut bien savoir que dans toutes ses œuvres, la nature est avare de temps et de matière, elle utilise tout. Ainsi les êtres organisés sont disposés de manière que ce qui est rejeté d’un atome, après l’avoir sustenté, peut encore servir à un autre atome ; c’est-à-dire, que beaucoup de produits sont utilisés avant d’être rejetés de l’économie. Ainsi la bile, qu’on peut regarder comme un produit fourni par l’épuration que le sang subit dans le foie, ne doit pas être considérée comme un produit inutile, et devant être rejeté immédiatement de l’économie; la bile est utilisée dans la digestion, dans l’élaboration des alimens.

Eh bien! supposons que sans être de mauvaise nature, les matériaux qui fournissent la bile ne jouissent pas des propriétés qu’ils doivent avoir, ou que le foie soit affecté de quelques lésions ou troublé dans ses actes vitaux fonctionnels ; la bile sera modifiée et cette modification réagira sur la digestion: car il est probable,comme nous

l’avons déjà dit, que ce fluide n’est pas inutile à la digestion.

Nous pourrions en dire autant d’un autre produit : toutes les modifications vitales entraînent d’autres modifications plus ou moins grandes dans les matériaux nutritifs, soit que les produits modifiés servent ou ne servent pas au travail digestif.

Le trouble d’une fonction réagit de deux manières sur les autres fonctions; en fournissant un produit altéré qui amènera des modifications vicieuses dans la formation des produits dans la composition desquels il entrera; ainsi de l’altération des sécrétions hépatiques résulteront non seulement des matériaux viciés, altérés, mais des fluides mal épurés; car les matériaux qui fournissent la bile n’ayant pas été dépouillés de tout ce qui devait leur être enlevé pour former la bile, reporteront, dans le torrent de la circulation, desélémens dont ils auraient du être débarrassés.

Ce que nous venons de dire de la bile, nous pouvons le dire de l’urine. Une altération dans la sécrétion des reins aurait l’inconvénient de fournir non seulement une urine viciée, qui pourrait

sua l’état de la médecine. 73

produire des graviers, altérer les conduits et les réservoirs qu’elle traverse ou dans lesquels elle séjourne ; mais le sang ne serait pas dépouillé de tout ce qui doit lui être enlevé dans les reins pour former l’urine; il resterait donc chargé d’élémens étrangers, d’élémens qui pourraient porter le trouble dans d’autres fonctions.

Il résulte de ce que nous venons de dire qu’une fonction ne peut être troublée, sans que d’autres le soient consécutivement. Si la cause du trouble d’une fonction n’est que passagère, l’équilibre peut se rétablir promptement: mais si cette cause est permanente , quelque faible que soit l’altération qu’elle entraîne dans les fonctions, par suite de sa permanence, la santé, la vie même, sont toujours plus ou moins compromises.

Il y a donc pour conserver la santé des conditions indispensables. Ces conditions sont des organes sains, bien disposés, des élémens nutritifs de bonne nature et en quantité suffisante, l’absence de toute cause perturbatrice.

Nous appelons élémens nutritifs, les matériaux élaborés par les actes vitaux, et prêts à recevoir l’animation. Car la qualité des matériaux assimilables ne dépend pas seulement de laqua-

lité desalimens; ceux-ci pourraient être de bonne nature et cependant donner de mauvais matériaux nutritifs : il suffirait pour cela d’un trouble dans les fonctions digestives.

Si l’atome assimilable n’est pas de bonne nature et en quantité suffisante, la combinaison qui en résultera avec nos organes présentera dans son action vitale des modifications incompatibles avec la santé. Il y aura trouble, car tout changement dans le jeu, dans le mode de vie de nos organes, est un trouble , un dérangement de la santé.

Nous insistons sur ces détails qui paraîtront peut-être minutieux et inutiles à quelques personnes ; pour nous ils sont de la plus haute importance , et c’est pour les avoir trop négligés qu’on a méconnu si long-temps les maladies; car quelque théorie qu’on adopte, on sera toujours forcé de convenir que la maladie est une altération vitale, un trouble, une perturbation dans un acte fonctionnel. Eh bien! comment concevoir ces troubles, ces dérangemens, si l’on ne comprend pas en quoi consiste ce que nous appelons actes vitaux, si l’on ne conçoit pas en quoi consistent les actes au moyen desquels la vie se

Page 1