SUR I.’ÉTAT DE LA^MÉDECINE
traduit à nous et dont les modifications vicieuses constituent pour nous les maladies. Or, pour bien comprendre les fonctions vitales, il faut les étudier autrement qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour.
Nous avons dit plus haut que la vie n’existait pour nous que là où nous voyons certains actes, certains phénomènes qui tous ont pour objet le travail nutritif. Ce travail s’opère sur des matériaux très-variés, au moyen d’appareils organiques qui varient selon les espèces. Mais quelle que soit l’espèce qu’on observe, la fin de tous les phénomènes vitaux sera toujours la nutrition, sera toujours de rendre les substances nutritives propres à s’animaliser, à s imprégner de la vie.
L’observation apprend que toutes les substances 11e conviennent point également pour l’alimentation, quoique l’aliment proprement dit soit un; mais il faut que cet aliment soit uni avec certains principes qui varient selon le levain vital de chaque espèce. Il y a donc des choix que tous les animaux savent faire, lorsqu’ils sont libres. S’ils ne peuvent choisir, s’ils ne peuvent se procurer les alimens qui leur conviennent le plus, ils souffrent, ils languissent; parce que la nutrition se fait mal. Il en est de même si.
ayant des substances alimentaires convenables, quelques circonstances organiques ou externes viennent troubler le travail digestif et d’élaboration.
Un grand nombre de causes et de circonstances peuvent gêner la nutrition et faire languir la vie ; mais quelles que soient ces circonstances, l’effet est toujours une altération dans les produits du travail nutritif. Or, comme tous ces produits sont liquides et destinés à se combiner avec d’autres liquides de l’économie, pour s’assimiler et se transformer en notre propre substance, on voit que d’une modification vicieuse des fonctions nutritives résulte une altération plus ou moins grande de tous les fluides de l’économie et de toutes les fonctions en général, et, par suite, une mauvaise composition de nos tissus.
Le monde extérieur est le réservoir où tous les êtres organisés vont puiser les matériaux dont ils ont besoin. Ces matériaux sont modifiés et rendus assimilables par le travail des appareils organiques.
Chez les animaux un peu élevés dans l’échelle, et chez l’homme en particulier, les substances
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alimentaires sont introduites d’abord dans une cavité appelée estomac, où elles subissent le premier temps de la digestion 5 de là elles passent dans les intestins proprement dits.
Quoique nous n’ayons aucun moyen de suivre le travail digestif, et d’apprécier les changemens successifs qu’éprouve la matière alibile avaut d’arriver à l’état parfait de matière assimilable, nous pouvons dire, cependant, que chez tous les êtres organisés en général, les modifications qu’éprouvent les substances alimentaires ont pour objet de rendre la molécule alibile de plus en plus assimilable, de la faire participer de plus en plus de la substance, de la nature de l’être dans la composition duquel elle doit entrer5 car il ne faut pas croire que la molécule brute puisse être transformée brusquement en matière organisée; ce n’est que peu à peu qu’elle s'imprégne du levain de la vie, quelle se transforme en matière organique et s’anime.
Les produits de la digestion qui doivent servir à la nutrition, c’est-à-dire, les molécules assimilables, sont puisées dans le tube digestif, par des bouches que nous appelons absorbantes, et portées dans le torrent de la circulation : mais il ne
faut pas entendre par torrent de la circulation, l’appareil sanguin seulement; avant d’arriver dans cet appareil, les produits de la digestion en traversent un autre dans lequel ils s’épurent et s’animalisent de plus en plus, puis arrivent enfin dans le système sanguin.
Le sang, chez l’homme, est donc le résultat de tout le travail de la nutrition; c’est à cet état, c’est par l’intermédiaire de la circulation sanguine, que l’atome assimilable est présenté à l’atome vivant, pour recevoir le sentiment, la vie; car à l’état de fluide circulant, quoique animalisé, quoique participant de la matière animale, la matière ne vit point encore, elle n’est point organisée, ne jouit d’aucune fonction, elle ne sent point. Mais lorsqu’elle est entrée dans la composition de nos organes, et fait partie de notre fibre, c’est alors qu’elle vit, qu’elle est active, et peut réagir sur le monde extérieur; enfin c’est à l’état de fibre qu’elle fait réellement partie de notre substance, qu’elle est douée de sentiment.
C’est, en définitive, la fibre proprement dite qui constitue l’être doué de vie; c’est la fibre qui forme le tissu, le canevas de nos organes, et l’examen des êtres organisés démontre que tout
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est disposé pour la sustentation de celte fibre qui est le siège de la vie. Les liquides qui la baignent constamment lui fournissent les élémens de nutrition et l’humidité nécessaire au jeu des organes; les liquides ont sans doute encore d’autres usages que nous ne pouvons apprécier.
Quoi qu’il en soit, il résulte des détails dans lesquels nous sommes entrés, que la conservation de la santé dépend du parfait accomplissement des actes vitaux nutritifs. Poursuivant notre examen, nous allons rechercher quelles sont les circonstances qui peuvent troubler ces actes et déterminer les maladies.
Un être bien conformé, pourvu de tout ce qui lui est nécessaire pour fournir à ses besoins, usant avec réserve de ses facultés, et autour duquel rien ne changerait, cet être ne devrait jamais avoir la santé troublée, il ne devrait éprouver que les dérangemens que l’âge amène.
Mais telle n’est pas la condition de l’homme; il est exposé à des privations, il est intempérant et dominé par des passions; ses rapports avec le monde extérieur sont extrêmement variables; en effet, rien n’est fixe, rien n’est stable ici bas; à côté de ces lois immuables qui règlent l’ordre si
parfait que nous admirons dans la nature, tout change, et à chaque instant f les corps les plus durs sont soumis à des modifications incessantes, causées par les mouvemens du monde extérieur. Comment des organes aussi fragiles et aussi impressionnables que ceux de l’homme pourraientils conserver un état constant, entourés comme ils le sont de tant et de si puissantes causes de perturbation ?
Les influences externes ne sont point les seules causes de maladies; les dispositions individuelles, soit physiques, soit morales, sont aussi des sources très-fécondes de dérangemens fonctionnels. Ce sont surtout les passions qui multiplient pour l’homme les causes de maladies. Ses rapports avec le monde réel ne sont rien en raison de ses rapports avec le monde idéal, avec le monde qu’il se crée, et dans lequel il est exposé à des tempêtes cent fois plus furieuses et plus subites que dans le monde réel. Aussi l’homme est-il de tous les animaux le plus sujet aux maladies.
On s’est de tout temps beaucoup attaché à rechercher la cause des maladies, espérant que cette appréciation pourrait faire trouver les
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moyens de les combattre. Cette conclusion, qui paraît juste et rationnelle à priori, n’est exacte que sous le rapport hygiénique; mais sous le rapport thérapeutique proprement dit, on s’est beaucoup exagéré les avantages qu’on pouvait retirer de la connaissance des causes de maladies, puisque, selon les dispositions individuelles inappréciables, la même maladie peut naître de causes très-diverses, et la même cause peut déterminer des maladies bien différentes.
Nous n’entendons pas, toutefois, que l’on néglige de s’éclairer sur toutes les circonstances qui ont accompagné la maladie, et qui ont pu favoriser son développement; ces renseignemens pouvant fournir des indications hygiéniques trèsutiles et qui souvent suffisent pour amener la guérison ; nous voulons dire seulement, que sous le rapport thérapeutique, la connaissance des causes morbides n’a pas toute l’importance qu’on lui suppose. Nous regardons aussi comme trèsinutiles toutes ces divisions des auteurs, qui ne reposent en général que sur des subtilités de langage, sur des distinctions scolastiques.
Ceux qui croient que l’action des médicamens doit varier en raison de la cause du mal se trom-
petit beaucoup; pour que cette opinion fût fondée sur quelques probabilités, il faudrait connaître la cause du mal, ce qu’on ignore presque toujours; connaître le moyen de la neutraliser sans nuire aux organes, ce qu’on ne connaît pas ; enfin il faudrait pouvoir saisir cette cause et mettre le médicament en sa présence; eli bien! quel moyen avons-nous pour satisfaire à ces conditions?
aucun; l’état de la science ne permet même pas des conjectures tant soit peu probables.D’abord, les causes de maladies sont le plus souvent inconnues, et le plus grand nombre, comme nous le verrons tout à l’heure, ne sont point de nature saisissable, n’existant que dans un rapport d’équilibre, n’étant, si je puis ainsi m’exprimer, que circonstantielles. Où saisir, par exemple, la cause d’une maladie déterminée par une vive émotion de peine ou de plaisir, ou par une brusque variation de température ?
Et quant aux causes que nous appellerons matérielles, aux virus proprement dits, où sont-ils? comment les atteindre ? Lorsqu’une cause délétère a pénétré dans l’économie, s’est combinée avec quelque partie de notre être, comment l’enlever à ses combinaisons ? Quel est le corps,
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quelle est la substance à employer à cet effet ? Voilà des questions auxquelles il est tout-à-fait impossible de répondre. Par analogie avec ce qui se passe dans nos laboratoires de chimie, lorsqu’il s’agit de poisons connus, on administre les substances avec lesquelles on sait que ces poisons formeront des composés sans action sur l’économie; ainsi, comme contrepoison de l’acide sulfurique, on donnerait un lait de chaux, de la magnésie, ou même une solution de savon. Ces moyens sont sans doute très-rationnels, et s’ils pouvaient être employés assez tôt, ils auraient certainement de bons effets; mais le plus souvent ils sont administrés trop tard, et lorsque déjà l’acide est combiné avec les tissus qu’il a désorganisés. Ainsi dans les cas même les plus favorables, nous ne possédons aucun moyen d’empêcher les effets de la cause morbide.
Qu’on ajoute à ces considérations qu’il est des substances dont l’action est tellement prompte qu’il paraît physiquement impossible de leur trouver d’antidote : ainsi l’acide prussique ; en supposant même qu’on ait un contrepoison de cette substance, les effets sont si prompts que tout secours est inutile.
On sait avec quelle activité agit le venin de la vipère; eh bien! nous le demandons, comment arrêter les effets de ce poison ? A peine est-il introduit dans la plaie qui a servi à l’inoculer, qu’il est emporté dans le torrent de la circulation où il n’est plus en notre pouvoir de le saisir.
Quant aux substances qui agissent plus lentement, et par leur introduction dans l’estomac, nous ne sommes guère plus heureux; jusqu’à ce jouronn’apu diminuer les effets de quelques-unes autrement que par l’expulsion, lorsqu’on a pu l’opérer assez à temps ; ainsi quoique nous connaissions bien l’alcool, nous n’avons aucun moyen certain d’en neutraliser les effets; on a, dans ces derniers temps , préconisé l’ammoniaque pour combattre l’ivresse; mais cette substance est bien loin de jouir de l’efficacité qu’on lui attribue, comme antidote des liqueurs fermentées.
Ce que nous avons dit des difficultés de saisir le venin de la vipère, nous pouvons le dire de tous les virus, de toutes les causes d’épidémie, de tous les miasmes délétères, dont l’air est le véhicule. Pour peu qu’on réfléchisse, on comprendra combien sont fausses toutes les idées qu’on s était faites sur les moyens de combattre les
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causes morbides; on peut dans quelques cas s’y soustraire, les écarter; mais nous ne possédons aucun moyen certain de les neutraliser. Ce n’est donc point à la cause seulement, mais aux altérations qu’elle a produites, mais à la maladie proprement dite, qu’il faut, le plus souvent, adresser les moyens thérapeutiques.
Que de remèdes inutiles et souvent nuisibles, dont on fatigue les malades, parce qu’on ne sait pas ce que sont les maladies, et qu’on ne comprend pas comment s’opèrent les guérisons! La multiplicité des médicamens n’est fondée sur aucun principe scientifique, ni même sur aucune observation empirique; cette multiplicité est le résultat de l’insuccès des moyens mis en usage jusqu’à ce jour; c’est le témoignage irrécusable du vague et de l’incertitude dans lesquels la science s’est traînée jusqu’à présent. Sur quoi, nous le demandons, est fondée la distinction des moyens anti-scrofuleux et anti-scorbutiques?
cette distinction est tout-à-fait erronée.
Il est probable que l’efficacité des médicamens, que leur propriété médicatrice, repose sur un mode d’action uniforme, toujours le même, quelle que soit la substance, plutôt que sur une
propriété spéciale et relative à la nature de la maladie; c’est-à-dire que pour être médicament, il faut qu’une substance jouisse d’une certaine propriété, la même pour toutes, sans égard pour les maladies; de même que pour être aliment, il faut que toutes les substances jouissent d’une certaine propriété qui est d’être assimilable, et transformable en notre propre substance. Nous reviendrons, du reste, sur cette question, lorsque nous nous occuperons de la meilleure méthode générale de traitement; c’est alors qu’on pourra juger jusqu’à quel point est juste ou hasardée l’idée que nous laissons échapper en passant, de l’unité d’un principe médicamenteux, quelle que soit d’ailleurs la maladie, comme de l’unité d’un principe nutritif. Revenons aux causes, et recherchons comment elles agissent.
Les causes morbides, en général, présentent cette différence remarquable, que les unes ont une existence réelle, indépendante de toute circonstance de rapport, tandis que d’autres n’existent au contraire que dans un rapport d’équilibre entre les agens extérieurs et l’état de nos organes. Les premières, que nous pouvons appeler physiques, sont saisissables, puisqu’elles
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sont matérielles, et si elles échappent à nos investigations, c’est que nos moyens, pour les sah sir, sont trop imparfaits; mais leur existence n’est pas moins réelle; ainsi, quoique nous ne puissions pas constater l’existence des miasmes épidémiques dissous ou suspendus dans l’atmosphère, on ne peut nier leur existence.
Les secondes causes, que nous ne savons comment désigner, sont insaisissables, matériellement parlant; elles sont fugitives, et n’existent que dans leur action, que dans leurs effets; un exemple nous fera mieux comprendre : une personne a été saisie par le froid, ayant le corps en sueur; elle se trouve affectée de Pneumonie; où est la cause ? comment la saisir ? comment lui adresser des médicamens? Vouloir la combattre, n’est-ce pas comme si l’on voulait combattre la cause d’une violence, d’une blessure ?
La distinction que nous cherchons à rendre sensible n’est point idéale, elle est bien réelle; il y a certainement une grande différence entre les causes dites matérielles, les virus, par exemple, qui agissent en quelque sorte comme des réactifs, en se combinant avec quelques élémens de nos fluides; et les autres causes que j’appellerai cir-
coristantielles , qui n’existent que dans l’état de rapport de nos organes et des agens extérieurs.
Une autre remarque à faire sur les causes en général, c’est que les unes sont passagères, et les autres permanentes. Cette distinction est trèsimportante dans le traitement des maladies; eu effet, dans le cas d’une cause permanente, la guérison serait souvent impossible, si le sujet restait dans les mêmes conditions; tandis qu’il suffira souvent de le soustraire à l’action de la cause morbide, pour voir la santé se rétablir. De même, lorsqu’il s’agira d’une cause passagère, les soins hygiéniques et de régime suffiront souvent pour obtenir la guérison.
Toutes les causes, quelles qu’elles soient, viennent de deux sources; des dispositions individuelles, soit physiques, soit morales, et. de nos rapports avec le monde extérieur; de là des causes internes et des causes externes.
Chacune de ces deux classes se subdivise en deux sections. Nons allons parler d’abord des causes internes, que nous divisons en physiques et en morales.
Les causes physiques, que nous pouvons aussi appeler matérielles, sont tous les vices de con-
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formation, les mauvaises dispositions organiques. Parmi ces causes, il en est qui déterminent né* cessairement des maladies, et qui menacent la vie plus ou moins prochainement; d’autres ne causent des maladies que dans certaines circonstances : ainsi une mauvaise conformation de la poitrine ou des voies aériennes, une disposition vicieuse des centres circulatoires, auront peu d’influence chez une personne menant une vie paisible et sédentaire et qui n’est point exposée à de grandes fatigues, aux intempéries, ni à de vives émotions ; tandis qu’elles compromettront plus ou moins l’existence chez une personne placée dans des conditions opposées.
De même, si l’on suppose une mauvaise conformation des organes génitaux, la santé n’en sera point affectée pendant l’enfance; mais à la puberté ce vice d’organisation pourra réagir sur la santé générale plus ou moins fortement, selon le tempérament du sujet.
Les causes morales, si fécondes en maladies graves, et qui semblent le partage exclusif de notre espèce, dépendent de nos dispositions affectives. Pour bien se rendre compte de cet ordre de causes, il faut se représenter l’homme
comme un composé de deux êtres; l’un dont tous les besoins, toutes les sensations se rapportent au inonde réel et matériel ; tandis que l’autre ne semble vivre que d’illusions et de créations souvent chimériques. Les besoins de l’être matériel sont assez limités; ils se bornent à ceux de la nutrition, et à tout ce qui a pour objet la conservation de l’espèce et des individus ; mais les besoins de l’être moral sont sans bornes ; aussi sont-ils insatiables.
Le système nerveux est le siège de la vie morale ; la vie physique, la vie purement matérielle, a son siège dans l’appareil digestif ou nutritif, dont font partie tous les appareils splanchniques, et le système ganglionnaire.
Ces deux ordres de système, de la vie morale et de la vie matérielle, sont tellement unis que l’un ne peut subsister sans l’autre. L’un est l’ensemble de tous les instrumens nécessaires à l’accomplissement des fonctions conservatrices de l’espèce et des individus; l’autre combine et règle tous les actes de la vie de relation, en transmettant, au moyen de ses nombreux conducteurs, les ordres de la volonté, et distribue partout cette influence nerveuse, ce fluide indispensable à la
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vie. On sait que la vie cesse promptement dans les parties privées de communication avec les centres nerveux, et que par une section dans la portion cervicale de la moelle, on arrête les phénomènes vitaux aussi subitement que les phénomènes électriques, en supprimant la communication entre les deux pôles d’une pile.
Ainsi dans notre espèce les fonctions du système nerveux sont immenses ; c’est dans ce système que se trouve le siège des facultés les plus sublimes, celles qui distinguent l’homme des autres espèces, ou plutôt l’homme est tout entier dans ce système, le reste n’est que la brute.
A quoi tient l’influence de l’homme moral sur l’homme physique ? Comment se fait-il qu’un son, la vue d’un objet, portent le désordre dans la vie animale et dans la vie intellectuelle ? Dans l’état de la science, il est difficile de donner de ces faits une explication satisfaisante; mais on peut dire que les sensations impriment à la madère nerveuse un certain ébranlement, par suite duquel le mouvement du fluide vital est modifié. Si les sensations sont trop vives, les impressions nerveuses sont plus profondes, et peuvent aller à ce point que la sécrétion, la transmission
du fluide nerveux soient tout-à-fait interrompues.
Quoi qu’il en soit, le retentissement des impressions morales est considérable, et de là résultent beaucoup de maladies graves.
Il est des maladies qui ne semblent point appartenir aux dispositions organiques, mais que nous ne pouvons cependant rapporter à des causes externes, attendu qu’elles ne paraissent pas frapper indistinctement tous les sujets placés dans les mêmes conditions hygiéniques; mais semblent au contraire affecter particulièrement certaines familles ; je veux parler du Rachitisme et des Scrofules, deux maladies qui font tant de ravages, surtout dans les premières années de la vie, et qui viennent peut-être de la même cause, dont l’action se modifie avec l’âge, et selon certaines dispositions individuelles et hygiéniques. Quoiqu’il en soit,ces maladies doivent être considérées comme tenant à un vice de cause interne, à unr germe ou levain congénial. On ne peut expliquer autrement pourquoi des enfans nés de mêmes parens succombent tous du Rachitisme dans la première enfance, ou sont plus tard couverts d’engorgemens scrofuleux. Nous dirons, dans une autre partie de cet ouvrage, ce
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que nous pensons du traitement de ces maladies.
Les causes externes se divisent aussi, comme nous l’avons dit, en deux classes ou sections; savoir, celles dites matérielles; ainsi des alimens mal sains, un air vicié, etc., et celles dites cir constantielles, qui n’existent que dans des rapports d’équilibre entre l’état de nos organes et l’état des agens extérieurs : ainsi, les variations de température, un changement dans l’état élec* trique de l’atmosphère et dans S d’autres agens ; car nous ne connaissons point encore notre monde extérieur. Indépendamment des élémens de l’eau et de l’air, proprement dits, jusqu’à ce jour, trois agens qui ne sont peut-être, comme le pensent quelques savans, qu’une modification du même principe, ont été distingués, le calorique, la lumière et l’électricité ; voilà tout ce que nous connaissons du milieu dans lequel nous vivons. Sans doute ces trois agens ne sont point les seuls qui entrent dans la composition de notre atmosphère; il contient probablement d’autres élémens, d’autres principes qui nous échappent, et qui cependant nous affectent et peuvent être des causes très-actives, très-fécondes de maladies.
Quelle que soit au surplus la nature des causes qui portent le trouble dans les fonctions vitales, toutes ces causes se rapportent aux deux grandes sources que nous avons indiquées, savoir : à l’état et à la disposition de nos organes , et à nos rapports avec le monde extérieur; il n’y a pas d’autres sources de maladies.
Comment agissent les causes morbides, quelles modifications résultent de leur action ? Voilà ce qu’il importe de déterminer.
En nous rappelant ce que nous avons dit des actes vitaux, il nous sera facile d’expliquer l’action des causes morbides, et de concevoir les modifications qu’elles entraînent; mais il ne faut pas oublier qu’il est bien rare qu’une maladie soit due à une seule cause; presque toujours plusieurs concourent à son développement, quoique d’ordinaire les malades ne parlent que de la circonstance qui accompagne ou détermine l’explosion de la maladie, s’il est permis de parler ainsi. Ils ne tiennent pas compte des dérangemens qu’ils éprouvaient avant, et qui venaient de causes souvent bien différentes et bien plus actives que celle à laquelle ils attribuent la maladie.
Quelles que soient la source et la nature d’une
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cause morbide, son effet sera toujours un trouble fonctionnel; et de ce trouble résultera toujours nécessairement une altération de produit; c’està-dire que le produit de la fonction troublée ne jouira plus des mêmes propriétés dont il jouit, lorsque la fonction s’accomplit normalement.
Qu’on suppose une cause interne, un vice de conformation gênant les fonctions de quelques organes; il résultera de cette, gêne un trouble suivi d’altérations des produits fonctionnels.
Si la cause est morale, la réaction sera en raison de son intensité ; on sait combien les affections morales ont d’influence sur la santé en général. Eh bien ! comment peut agir cette influence, et quel peut être son résultat? Assurément son premier effet ne peut être une lésion de tissu, ce ne peut être qu’un trouble fonctionnel; et ce trouble porte particulièrementsurles fonctions nutritives. D’autres fonctions peuvent être troublées avant ou simultanément ; il se peut que les premiers effets de l’influence morale soient une altération dans quelques sécrétions importantes ; mais nous ne pouvons en avoir conscience, tandis que nous ressentons souvent presqu’instantanément les dérangemens du tube digestif. Et du reste, que
d’autres fonctions éprouvent ou non du trouble avant celle de la nutrition , cela ne change point la question, cela ne contredit point ce principe fondamental, savoir : que le résultat de toute fonction troublée est toujours nécessairement une altération dé ses produits.
D’après ce que nous venons de dire, il doit rester bien démontré que l’effet d’une cause interne, soit physique, soit morale, est en définitive une altération des produits fonctionnels.
Nous allons voir que les causes externes, quelles qu’elles soient, produisent absolument le même effet, quoiqu’elles diffèrent beaucoup des causes internes.
Le point de la science qui nous occupe en ce moment nous semble si important, que nous ne croyons pas pouvoir trop insister sur les détails qui se rattachent à la manière d’agir des causes externes ; car mieux on comprendra l’action de ces causes, mieux on appréciera leurs effets.
Nous avons divisé les causes externes en deux classes; dans l’une nous rangeons les causes qui consistent en un principe matériel, un virus, un venin, qui agit sur nos fluides comme un réactif, en les modifiant, les décomposant.
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L’autre classe comprend les causes immatérielles pour nous, et qui consistent seulement dans un rapport de l’état de nos organes avec l’état des agens extérieurs.
Les causes de la première classe sont saisissables, au moins par la pensée ; ainsi la respiration d’un gaz ou de miasmes délétères, l’introduction, par une voie quelconque, d’un virus, d’un venin, dans l’économie.
Dans tous ces cas, le trouble des fonctions résulte de la présence d’un principe dont les affinités sont en désaccord avec la vie de nos organes, et tendent à des combinaisons destructives de celles qui constituent notre existence.
Les poisons les plus actifs n’attaquent point la vie par des lésions de tissu, mais par la modification des liquides; peut-être en est-il qui s’attaquent au principe vital même, avec lequel ils se combinent. Cette explication semble la seule qui puisse rendre raison des effets si foudroyans de l’acide prussique.
Quoique nous ne puissions pas nous rendre compte d’une manière satisfaisante de l’effet des poisons, et notamment de ceux qui ne laissent sur les organes aucune trace de leur passage, en
réfléchissant aux effets du venin de la vipère, et d’autres venins animaux ou végétaux, il reste bien démontré pour nous quelesaccidens déterminés par ces agens toxiques ne sont point dus à des lésions de tissu, mais bien à l’altération des liquides.
Une preuve du peu d’influence que les lésions de tissu exercent sur la vie, lorsque ces lésions ne sont point dues à un principe vénéneux réagissant sur les fluides, et n’ont point leur siège dans un organe essentiel à la vie, ce sont les blessures avec perte de substance considérable, les grandes amputations, quelquefois sans réaction sur la santé générale. Pourquoi cela? parce que les fluides sont restés sains ; mais versez sur les plaies un mauvais levain, un réactif, qui agisse sur les fluides, les décompose, quelque légère que soit la blessure, on verra aussitôt se manifester des accidens plus ou moins redoutables.
Ce que nous venons de dire des poisons, des virus , nous le dirions de toutes les autres causes externes de la première classe, de la mauvaise alimentation, des professions insalubres, des excès, etc. Ces causes n’auront pas des effets aussi
sur l’état dé la médecine.
prompts que les virus, les poisons; mais elles détermineront toujours plus ou moins subitement des troubles fonctionnels, dont le résultat définitif sera toujours une altération des liquides.
Les causes externes de la deuxième classe agissent en modifiant la fibre, en changeant son état de vitalité; un exemple nous fera mieux comprendre :
Qu’on suppose un grand et brusque abaissement de température; à l’instant toutes les fonctions sont modifiées, par suite du resserrement de la fibre, et de la diminution des pertes parla transpiration; il y a trouble, perturbation dans tous les actes vitaux. L’équilibre peut se rétablir sans qu’il y ait maladie proprement dite; mais il se peut aussi que la vie soit compromise par une affection de poitrine, ou d’autres accidens.
Dans cet exemple, choisi à dessein, comme le plus favorable à la théorie de l’irritation, la maladie peut être locale : ainsi le poumon peut s’engorger; mais cet engorgement ne résulte pas d’une irritation primitive, ce n’est point une «ongestion inflammatoire. La Pneumonie déterminée par un refroidissement est une maladie de cause mécanique; le poumon s’engorge, para?
que la circulation se trouve trop subitement ralentie par le resserrement brusque de la fibre dans quelques organes ; l’engouement du poumon n’est point le résultat d’un appel de fluides; mais d’obstacle à leur cours; c’est un véritable épanchement causé par la rupture des vaisseaux pulmonaires. Du reste nous reviendrons bientôt sur cette maladie, en parlant de l’inflammation.
Nous pensons en avoir dit assez sur l’effet des causes morbides: nous arrivons maintenant au point de la question, le plus important, le plus controversé, et que nous n’avons encore fait qu’effleurer, savoir : quelle est la nature des maladies.
Il résulte de la discussion dans laquelle nous sommes entré, que le point de départ de toutes les maladies est presque toujours une altération des fluides, et dans tous les cas n’est jamais une inflammation congestive. Pour qu’au début la maladie soit toujours une irritation locale, une lésion inflammatoire des tissus, il faudrait que l’action de la cause morbide portât toujours sur les solides, comme font les substances caustiques ou corrosives; mais d’après ce que nous avons
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dit des causes, les choses ne peuvent point se passer ainsi : comment, par exemple, concevoir que les causes internes déterminent une lésion primitive, inflammatoire; et parmi les causes externes, quelles seraient celles qui pourraient agir de manière à produire primitivement une irritation congestive? Nous ne voyons pas que ce puisse être les causes insaisissables, que nous appelons matérielles, et dont l’action doit se porter d’abord sur les liquides qui sont le véhicule, et si l’on peut parler ainsi l’excipient, à l’aide desquels ils pénètrent et sont reçus dans l’économie; et dans les cas de causes accidentelles, d’ailleurs assez fréquens, lorsqu’un caustique ou quelque violence externe agit sur nos tissus, nous ne voyons pas encore de congestion, comme nous le démontrerons tout-àl’heure.
Veut-on faire une autre supposition, et dire que l’influence morbide porte d’abord sur l’organe du sentiment, sur la fibre, et que le trouble fonctionnel résulte de l’impression fibrillaire? nous acceptons cette explication comme rigoureuse, comme l’expression des faits : mais nous ne voyons pas qu’on puisse en déduire ration-