‹ Considérations générales sur l'état de la médecineChapitre 6 sur 10 · J 02 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

J 02 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

nellement une irritation locale primitive. L’impression fibrillaire résultant d’une excitation externe, c’est-à-dire d’une modification dans les agens d’excitation, cette impression de la fibre ne constitue pas la maladie proprement dite; la fibre peut rester saine dans sa texture, dans sa composition , et n’éprouver de changement que dans son mode de vie; ainsi dans le Lombago déterminé par la suppression d’une transpiration, la fibre n’est certainement pas altérée; les souffrances, quelquefois très vives, qu’on éprouve, ne sont point dues à des altérations de tissu, mais bien aux engouemens, aux engorgemens qui résultent de la perturbation trop brusque de toutes les fonctions sécrétoires, excrétoires et circulatoires.

Quoique les affections des voies aériennes qui sont la suite d’un refroidissement puissent être accompagnées de lésions de tissu, de déchirures des vaisseaux pulmonaires, ces affections ne consistent pas dans des irritations primitives, mais dans le trouble qu’éprouve la circulation et dans les accidens qui en résultent. C’est par suite de ce trouble que le poumon s’engorge et que les sécrétions pleurales sont modifiées.

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Ce n’est donc pas, comme on le croit, l’irritation qui appelle le sang vers la poitrine ; la Pneumonie n’est donc point une congestion fluxionnaire; le sang n’a pas été , comme on le dit, appelé, attiré par la surexcitation vitale : il a été refoulé;le refoulement a causé des ruptures, et le sang s’est épanché ; voilà la maladie. Cela se conçoit parfaitement; la température du corps étant élevée, toutes les fonctions sont en rapport, en équilibre avec cette température; mais si dans cet état on est exposé tout-à-coup à un air trèsfroid , qu’arrivera-t-il ? la circulation sera brusquement troublée par la contraction de la fibre dans les parties refroidies ; et comme la périphérie du corps reçoit les premières impressions du froid, c’est vers cette partie que la circulation est d’abord ralentie. Les capillaires de la peau sont resserrés et les fluides refoulés vers les organes internes qui reçoivent plus de sang qu’ils n’en perdent dans un temps donné; de là les engorgemens.

Ainsi, d’après cette explication, qui est l’expression des faits, la Pneumonie, comme nous l’avons déjà dit, est une maladie de cause mécanique; les lésions de tissu, les déchirures qui

donnent lieu aux épanchemens de sang, sont des lésions par suite de violences, et non par suite d’altération des tissus,- et c’est une erreur grave que de regarder la Pneumonie comme le résultat d’un étal inflammatoire.

Pour les partisans de l’irritation, toutes les maladies sont locales, et consistent dans une congestion déterminée par la surexcitation vitale qui appelle, qui attire les fluides et les fixe sur le point qui est le siège de l’exaltation de la vitalité. Mais qui exalte la vitalité ? qui détermine l’irritation des tissus? Il faut une cause, une épine , sans cela point d’irritation. Eh bien! nous connaissons les causes, nous savons comment elles agissent, et d’après ce que nous avons vu, rien dans les maladies ne ressemble à une irritation inflammatoire,à une altération primitive des tissus. Quelle que soit la cause qu’on imagine, on n’obtiendra pas l’état maladif qu’on veut traduire par l’expression inflammation congestive.

Nous avons bien réfléchi à la théorie de l’irritation que quelques praticiens trouvent si satisfaisante j nous avons bien médité cette théorie; nous n’avons pas trouvé qu’elle fût une repré-

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sentation fîdele des faits : nous la considérons, au contraire, comme une erreur, et nous disons que l’état qu’on veut traduire n’existe pas; c’est-àdire, qu’il n’est pas une maladie qui consiste dans une congestion inflammatoire proprement dite. Quelle est, nous le demandons, la maladie qu’on pourrait, avec quelque apparence de probabilité, démontrer consister dans un état congestionnairePNous ne disons pas, qu’on le remarque bien, qu’il n’y a pas de maladie avec gonflement, tuméfaction, comme dans le Phlegmon, le Furoncle, l’Erysipèle. Nous accorderons encore, si l’on veut, qu’il y a dans ces maladies, de l’irritation, de l’inflammation; mais nous nions qu’elles consistent seulement dans l’accumulation des liquides, sur le point qui est le siège du mal.

Il y a dans les maladies que nous venons de citer un levain, une épine, qui donne à chacune d’elles un caractère spécial. Si l’action de l’épine consistait seulement dans l’exaltation de la vitalité et dans l’appel des fluides, les maladies ne différeraient que du plus au moins, que par une accumulation plus ou moins grande des fluides; mais elles diffèrent sous des rapports bien plus essentiels : ainsi, jamais le Furoncle ne sera con-

fondu avec le Phlegmon, même par les personnes les plus étrangères à la médecine, tant ces deux maladies diffèrent; et cette différence tient à la différence des causes, car c’est la nature de la cause qui détermine la nature de la maladie.

Ainsi dans le Furoncle, la nature du venin est telle, que la guérison ne peut s’obtenir que par son expulsion ; tandis que l’on voit quelquefois le Phlegmon se terminer par résolution.

C’est qu’il y a dans le levain furonculeux un principe tout-à-fait incompatible avec la vie de nos organes, un principe que l’action vitale ne peut détruire, user; il faut qu’il soit expulsé.

Ainsi le Furoncle ne consiste pas dans une congestion ; mais dans la présence d’un levain qui, en se combinant avec les fluides, les altère, les décompose, en forme des corps étrangers.

Ce sont ces composés hétérogènes, empoisonnés, qui constituent réellement la maladie, et donnent lieu au gonflement qui se termine toujours par suppuration.

C’est bien mal comprendre les phénomènes de la vie, les actes fonctionnels, que de penser que les fluides sains se dérangent de leurs cours pour s’accumuler sur un point, attirés, par nous

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ne savons quelle force, appelée exaltation vitale. Sur quoi, du reste, repose cette assertion? Aucun fait pathologique ne dépose en sa faveur. Les gonflemens et les collections de liquides sont, en général, des épanchemens déterminés par une altération dans les sécrétions et les absorptions (i), ou par un trouble dans l’équilibre des mêmes fonctions, comme les épanchemens qu’on trouve dans les séreuses; ou bien, enfin, sont dus à des ruptures de vaisseaux, comme nous l’avons prouvé pour la Pneumomie par suite de refroidissement. On dira, nous le savons, que les modifications qu’éprouvent les sécrétions et les absorptions sont causées par l’exaltation de la vitalité; mais cette assertion est hasardée, et des plus fausses, comme nous allons le démontrer, et nous prendrons pour exemple la Pleurésie.

Les séreuses sont regardées comme les tissus les plus inflammables de l’économie ; et l’on pense que dans la Pleurésie les fluides sont attirés vers les plèvres, par l’exaltation de la vitalité que l’on suppose portée au plus haut point dans ces membranes. Eh bien ! cette explication est tout-à-fait

(1) Nous n’entendons point parler des Anévrismes, des Varices, etc.

inexacte; les choses ne se passent point comme on se plaît à le dire, et comme on l'a cru assez généralement jusqu’à ce jour; c’est-à-dire, que les fluides ne sont point attirés, appelés vers les plèvres; ils y sont refoulés, comme dans la Pneumonie, par refroidissement. Qui déterminerait, d’ailleurs, l’exaltation de la vitalité, et qui appellerait les fluides sur les plèvres? Car ses membranes sont saines et dans l’état normal, jusqu’au moment où, repoussés de la périphérie du corps, les fluides se portent vers les organes internes, les engorgent, les congestionnent. Mais, comme on le voit, le phénomène congestionnaire s’opère par un mécanisme bien différent de celui indiqué dans la théorie de l’irritation, c’est-à-dire, que les fluides np sont point attirés, appelés sur les plèvres; ils y sont refoulés.

Tel est, à notre sens, le mécanisme, si nous pouvons parler ainsi, de la Pleurésie à son début ; les choses ne peuvent point se passer autrement. Comment se forme ensuite l’épanchement pleurétique? est-ce par suite d’irritation, de surexcitation vitale? on peut à cet égard faire toutes les suppositions que l’on voudra, nous v attachons peu d’importance; car, comme nous l’avons déjà

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dit, nous ne tenons pas aux mots, mais aux choses, dans lesquelles nous cherchons à voir le plus clair possible, en nous dégageant de toute idée préconçue. Il résulte de l’examen auquel nous venons de nous livrer, que la Pleurésie n’est point une congestion inflammatoire, ayant pour point de départ une surexcitation vitale de l’organe pleural, c’est tout ce que nous nous proposions pour le moment; quant à ce qui est de déterminer comment se produit l’épanchement, on peut en donner plusieurs explications également probables : l’on peut dire que par suite de l’accumulation des liquides sur la séreuse pulmonaire , les sécrétions sont augmentées, et excèdent les absorptions; mais on pourrait dire aussi, que, par suite du refroidissement, l’absorption est diminuée ; enfin on pourrait dire encore, que, par l’accumulation des fluides sur la plèvre, les fonctions sécrétoires sont modifiées vicieusement, et que les produits altérés dans leur nature, dans leur composition, ne sont plus aussi absorbables, qu’on nous passe cette expression, de telle sorte que les sécrétions excédant les absorptions, il doit en résulter un épanchement dans le sac pleural.

Ces trois suppositions sont également soutenables, et peut-être les trois circonstances que nous venons d’indiquer concourent-elles à produire l’épanchement séreux.

Ainsi,les deux maladies que l’on regarde comme les plus inflammatoires, dans la théorie de l’irritation, la Pneumonie et la Pleurésie, sont simplement des maladies de causes mécaniques.

Beaucoup d’autres maladies classées parmi les inflammations congestives n’ont peut-être pas non plus d’autres causes qu’un trouble de circulation, qu’un obstacle au cours des fluides : ainsi l’hydropisie ascite,et surtout l’Anasarque. Et dans tous les cas, Ces maladies ne sont point des congestions, des fluxions, dans le sens qu’on donne à ces mots dans la théorie de l’irritation; l’accumulation des fluides ne se fait point dans les organes destinés à les contenir ; ce qui constitue la maladie ce sont les épanchemens, les exsudations hors des voies circulatoires, et qui peuvent être attribuées à une altération des sécrétions ou des absorptions, et même à ces deux causes réunies. Les maladies dont nous parlons peuvent avoir aussi, pour cause, une altération plus ancienne des fluides; il se pourrait que dans l’Ana-

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sarque, par exemple, l’épanchement ou l’exsudation des fluides dans les trames cellulaires fût causée par une modification que les fluides auraient éprouvée, dans leur composition. On conçoit qu’un changement dans la nature des liquides pourrait amener un trouble dans les sécrétions et les absorptions, de telle façon qu’il n’y eût plus équilibre entre ces deux fonctions, et qu’il en résultât une collection de liquides dans les lames du tissu cellulaire; de là l’Anasarque.

Quelle que soit la maladie qu’on veuille étudier, la théorie de l’irritation n’est pas soutenable; elle s’écroule et disparaît au moindre examen sérieux des phénomènes delà vie; et comment en serait-il autrement ? tout est vague etconjectural dans cette théorie; on part d’une pure hypothèse, qu’on ne peut expliquer que par des suppositions; ainsi on dit : la maladie est une congestion morbide déterminée par l’exaltation de la vitalité. En quoi consiste celte exaltation, comment la conçoit-on ? on n’a pas cru devoir en donner aucune explication ; on s’est contenté d’assertions, sans chercher à les étayer d’aucun fait théorique.

Pour ce qui est de la congestion, il est bien évident qu’on la suppose toujours formée par

les fluides naturels , sans avoir égard aux causes* c’est-à-dire, que l’on ne croit pas que celles-ci agissent autrement qu’en .appelant les fluides, sans leur imprimer aucune modification, sans les altérer; toute leur action est supposée porter sur les solides, et c’est par la réaction de ceuxci que les fluides sont appelés, attirés, et se réunissent sur le point exalté. Ainsi dans le système du solidisme, on ne considère point les causes sous le rapport de leur nature, mais seulement sous le rapport de leur intensité; on parle des modificateurs en général, sans tenir compte de leur variété, et ,leurs effets sont toujours rapportés à une action purement mécanique, qui consiste à réunir les fluides en collections congestives.

De même qu’on n’a pas cru devoir dire en quoi consistait l’exaltation de la vitalité, on n’a pas cru nécessaire d’expliquer comment et pourquoi les fluides accouraient sur le point où la vie était exaltée; et cependant, ce phénomène de l’accumulation des fluides est, pour le solidisme, toute la maladie ; il nous semble que sous ce rapport il méritait une explication théorique. Lorsqu’on avance des faits dont on ne peut démontrerl’exis-

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tence, des faits surtout qui ne pourraient avoir lieu que par le renversement, si nous pouvons parler ainsi, des lois d’après lesquelles s’exécutent les fonctions circulatoires, on devrait au moins nous dire comment s’opère ce renversement. On dit bien que, lorsqu’un point est irrité* les fluides accourent de toutes parts sur ce point et l’engorgent. Il en est même, et nous ne croyons pas être dans l’erreur, qui ont dit que c’était par une prévision de la nature que les liquides se portaient vers le point attaqué, menacé. Ce serait là une singulière prévoyance que celle qui porterait un secours le plus souvent funeste. Mais ce n’est point ainsi que les choses se passent, nous pensons l’avoir démontré d’une manière péremptoire pour la Pneumonie et la Pleurésie. Nous pourrions donner des explications aussi satisfaisantes pour les autres maladies;

Supposons le Phlegmon, que les solidistes prennent souvent comme type de l’inflammation congestive. Celte maladie n’est point une fluxion inflammatoire, la collection de liquide qui forme la tumeur n’est point le résultat d’un appel, d’une attraction de fluides, mais un dépôt. En effet, le Phlegmon est toujours une maladie sous-cuta-

née, et quelquefois logée assez profondément dans les muscles. La cause est inconnue, mais quelle qu’elle soit, cette cause a pour véhicule les liquides qui la transportent et la déposent sur les parties où nous voyons la tumeur. Ainsi ce sont les liquides qui sont d’abord le siège du levain phlegmoneux (i), cela est incontestable; mais quelle cause peut être ainsi déposée sous la peau, ou au milieu des couches musculaires? ce ne peut être qu’une cause matérielle, un venin, quelque chose enfin qui joue le rôle d’épine. Eh bien! comment peut agir cette épine que, pour faire au solidisme toutes les concessions possibles, nous supposerons non vénéneuse et sans action chimique sur les fluides, comment, disons-nous, peut agir cette épine, quels effets doivent signaler sa présence?

Beaucoup de faits analogues peuvent aider à se représenter le fait que nous voulons traduire ici. Qu’on suppose une épine enfoncée dans les tissus, il en résultera de la douleur et de la tuméfaction ; mais cette tuméfaction ne sera point due

(1) Nous parlons du Phlegmon essentiel, et non point de celui qui serait dû à une cause connue.

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à l’appel des lluides, elle sera due à un peu d’épanchement déterminé par les lésions de tissu, les déchirures produites par le corps étranger, et au trouble qu’éprouvent les parties lésées, et avec lesquelles le corps étranger est en contact : car il est bien certain que les fonctions vitales des atomes pressés par l’épine sont troublées, les sécrétions et les absorptions doivent nécessairement être modifiées ; quelle peut être cette modification ? Les partisans de l’irritation supposent qu’elle consiste dans une exaltation de vitalité; mais qu’entend-on par cette expression? quel est le phénomène auquel on donne le nom d’exaltation vitale? Veut-on dire que les fonctions de la vie sont plus actives? mais on ne voit pas comment ce surcroit d’activité vitale, dans un atome, en déterminerait l’engorgement, s’il y a seulement augmentation de travail. Supposons que le travail des Reins soit activé, qu’en un temps donné ils sécrètent davantage , cela prouve-t-il qu’ils sont congestionnés? Certainement non ; ils peuvent fournir plus d’urine et rester libres de tout engorgement; car s’ils ont reçu plus, ils ont aussi rendu plus. Cette explication, qui nous semble rationnelle, ne rendrait

point raison des prétendues congestions, e’est-àdire, qu’en admettant une augmentation de vitalité, ce que nous traduisons par augmentation du travail vital; en admettant, dis-je, cette théorie , nous n’obtiendrions pas une congestion, un engorgement.

Pour obtenir une congestion , il faudrait que les organes reçussent plus qu’ils ne rendraient : mais alors ce ne serait plus une augmentation du travail vital, ce serait, au contraire, une diminution , une suspension plus ou moins grande de ce travail; chaque atome n’élaborant pas,ne se débarrassant pas, en proportion de ce qu’il recevrait, s’engorgerait: mais dans ce cas les actes vitaux seraient troublés, altérés; les fluides, les matériaux de nutrition, d’excrétion, etc., ne subissant pas assez vite les opérations qu’ils devraient'subir, stationneraient plus long-temps qu’ils ne le devraient. Voilà comment on peut concevoir que se formerait un engorgement, et l’on voit que l’expression, exaltation vitale, serait bien impropre pour rendre la cause, la force qui accumule les fluides; car d’après ce que nous ; venons de dire, ceux-ci ne seraient point appelés, attirés, ils seraient arrêtes; et c’est ce qui

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résulte réellement de la présence d’une épine. Si elle séjourne peu dans les tissus, le gonflement qu’elle a déterminé disparaît plus ou moins vite, parce que les fonctions se rétablissent; mais si le séjour du corps étranger se prolonge trop, les fluides qui forment l’engorgement s’altèrent, et passent à la suppuration.

Tels sont, en réalité, les phénomènes que peut déterminer la présence d’un corps étranger non vénéneux, et telle est la manière dont se développe le Phlegmon essentiel , avec cette différence que l’épine est un levain, un ferment morbide qui altère, empoisonne le produit de l’atome sur lequel il s’est arrêté, implanté. Ce produit, altéré par la combinaison du virus phlegmoneux, qu’on nous passe cette épithète, est repoussé par les parties saines comme ne convenant plus à la vie, et forme un noyau vénéneux qui agit de deux manières sur les parties voisines : comme corps étranger, en les gênant dans leurs fonctions d’une manière mécanique, et comme venin, en altérant les produits qui, repoussés, comme nous l’avons déjà dit, par les parties saines, forment une collection dans les tissus. Ce dépôt de matière hétérogène entraîne l’altéra-

tion des organes qu’il a envahis, par la compression à laquelle il les soumet, puis encore par son influence chimique, comme corps de mauvaise nature. C’est alors que la douleur se fait sentir plus ou moins forte, selon la nature du virus; car il est de petites tumeurs quelquefois trèsdouloureuses, tandis qu’on en voit de très-volumineuses qui ne causent aucune douleur; ce qui prouve bien que toutes choses égales d’ailleurs, cette douleur n’est pas seulement due à la compression.

La matière altérée qui forme la tumeur doit être considérée comme frappée de mort, et comme devant passer à la suppuration (i); et c’est encore là où se montre l’inexactitude de la théorie dé l’irritation, et où se révèle la puissance médicatrice de l’économie. En effet, comment se fait-il que les tissus en contact avec des matières suppuréesrestent sains, et ne se congestionnent

(1) Malgré tout ce que disent les auteurs, nous avons bien de la peine à croire que le Phlegmon essentiel puisse se terminer autrement que par suppuration. Nous comprenons que des tumeurs, placées peut-être à tort parmi les Phlegmons, disparaissent sans suppuration ; mais nous ne pouvons concilier ce mode de terminaison avec l’idée que nous nous faisons du Phlegmon essentiel.

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