‹ Considérations générales sur l'état de la médecineChapitre 7 sur 10 · SUR L’ÉTAT UE I.A MÉDECINE · texte numérisé non relu

SUR L’ÉTAT UE I.A MÉDECINE

pas ? comment se fait-il que des plaies considérables ne soient pas constamment le siège de fluxions congestives? comment se fait-il, enfin, que des corps étrangers ne déterminent quelquefois aucune exaltation ; car il n’est pas rare de rencontrer dans les tissus des corps étrangers dont aucun symptôme d’irritation n’avait annoncé la présence.

Les tissus, sous l’influence des modificateurs externes, ne sont donc pas aussi inflammables que le pensent quelques praticiens, lorsque ces modificateurs ne contiennent rien de spécifique, pouvant agir comme réactif sur les fluides, et former avec quelques-uns de leurs élémens des composés impropres à la vie de nos organes. S’il en était autrement, si tout corps étranger était capable de troubler les fonctions vitales en les exaltant et déterminant de l’irritation et des congestions morbides, les plaies seraient toujours accompagnées de gonflemens congestionnaires, et la guérison serait fort difficile. D’après la théorie de l’irritation, l’on ne comprend pas comment l’exaltation vitale pourrait cesser, comment la fluxion pourrait disparaître.

Ce que nous venons de dire du Phlegmon,

nous le dirions, à plus forte raison, du Furoncle et de l’Anthrax; nous le dirions de toutes les tumeurs en général : des Loupes, du Squirrhe, des Tubercules, etc.; nous ferions voir qu’aucune tumeur n’est due à une fluxion, dans le sens de la théorie de l’irritation ; mais bien à un dépôt résultant de l’altération de la nutrition.

La plupart de ces tumeurs sont des collections de matières frappées de mort, comme nous l’avons déjà dit, et qui passent nécessairement à la putréfaction; elles se développent généralement par juxta-position; c’est un véritable dépôt de matières étrangères.

Il en est d’autres, au contraire, qui sont des productions organisées, et semblent se développer par intus-susception, telles sont les excroissances polypeuses (i) et verruqueuses, etc.; ce sont là de véritables productions parasites qu’il serait difficile d’expliquer d’après la théorie de l’irritation; ce sont des dépravations vitales, si celte expression nous est permise.

Si les maladies dont nous venons de parler et

(1) On dira peut-être que les Polypes ne sont point des tumeurs ; aussi ne les citons-nous que comme des développement contre nature.

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qui sont les plus favorables à la théorie de l’irritation, sont réfractaires à cette théorie, lorsqu’on se livre à un examen tant soit peu sérieux des phénomènes qui accompagnent le développement de ces maladies, que dirons-nous des maladies dont la cause et le siège nous échappent : ainsi les fièvres d’accès, les affections dites rhumatismales, goutteuses? etc.

D’après ce que nous venons de dire de quelques affections locales, et surtout d’après ce que nous avons dit des causes morbides, nous croyons inutile d’entrer dans aucun détail pour démontrer l’invraisemblance et la fausseté des théories du solidisme, appliquées à l’explication des fièvres et de toutes les autres maladies internes si peu connues encore.

On s’abuse sur la sensibilité de nos organes, notre fibre n’est point aussi irritable qu’on se l’imagine; qu’on observe l’effet des poisons; ceux qui agissent sur les tissus ne déterminent pas à beaucoup près des accidens comparables à ceux qui agissent sur les fluides, et qui ne laissent aucunetrace de leur passage surles solides.Les substances les plus corrosives et les plus caustiques, qui désorganisent promptement et profondément

les tissus, ne donnent jamais la mort aussi subitement que les poisons qui agissent comme réactifs sur les fluides, et peut-être sur le principe de la vie même.

L’acide sulfurique concentré et l’acide nitrique, introduits dans l’estomac, peuvent tuer par les désordres organiques qu’ils détermineront, comme ferait, par exemple, l’eau bouillante.

On succomberait à la douleur, aux désordres fonctionnels, comme on succombe à des violences extérieures, mais nullement par suite d’une inflammation congestive.

Veut-on encore d’autres exemples du peu d’influence que les lésions de tissu ont sur la vie, lorsque la cause de ces lésions n’est point un principe vénéneux réagissant sur les fluides; ce sont les plaies rongeantes, quelquefois tres-étendues, que des sujets portent pendant des temps fort longs, sans que la santé générale en soit affectée; ce sont ces blessures avec perte de substances qui guérissent quelquefois comme par enchantement. Il n’est pas rare de voir des individus mutilés, couverts de blessures, qui ont guéri sans trouble dans la santé générale. Nos champs de bataille en ont offert d’assez nombreux exemples.

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