SUR L’ÉTAT DE LA MÉDECINE
Les lésions de tissu ont par elles-mêmes peu d’influence surla santé générale, à moins qu’elles n’affectent quelques organes essentiels à la vie. Dans les autres cas, la gravité vient des accidens consécutifs, accidens qui sont en raison du siège des lésions et des dispositions morales et physiques du malade : on sait que tandis que des sujets résistent à d’effroyables mutilations, d’autres du même âge, et dans les mêmes conditions hygiéniques, succombent à de très-légères blessures.
Les solidistes rapportent tous les accidens consécutifs à des complications phlegmasiques: ainsi ils regardent les dérangemens, les troubles qui surviennent dans les voies digestives, comme des Gastrites ou Gastro-entérites; c’est une erreur grave. Comment veut-on que l’amputation de la cuisse, par exemple, détermine une inflammation de l’estomac ou du tube digestif, surtout dans un moment où le malade est soumis à un régime sévère? 11 est une explication plus rationnelle et plus conforme aux phénomènes symptomatiques qu’on observe; que voyons-nous généralement chez les blessés qui font craindre des terminaisons fâcheuses? nous voyons un moral affecté,des plaies d’un mauvais aspect, donnant
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un pus de mauvaise nalure, des chaires molles, une peau décolorée, une fièvre continue, de la diarrhée. Tous ces symptômes appartiennent à une profonde altération des fluides, et non point à un état inflammatoire. Les dérangemens qui surviennent vers les voies digestives ne sont point dus à une réaction phlegmasique ; mais bien à l’influence morale, au découragement et à la mauvaise élaboration des fluides qui se vicient de plus en plus, la nutrition se faisant déplus en plus mal ; la plupart des malades qui succombent à ces diarrhées colliquatives, à ces fontes séreuses , n’offrent à l’autopsie que des organes pâles et décolorés; et cependant les esprits préoccupés d’idées systématiques veulent trouver des signes d’inflammation, et à défaut de rougeur ils cherchent des ramollissemens; et c’est tou jours vers le tube digestif que sont dirigées les recherches; et c’est toujours sur la muqueuse de cet organe que l’on veut trouver la cause de la mort.
On se trompe fort sur la sensibilité de l’appareil gastro-intestinal, et sur ses réactions à la suite de lésions ou blessures. Les idées que l’on a sur ce point sont si peu d’accord avec les faits ,
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qu’on voit des sujets porter des tumeurs cancéreuses, dans l’estomac même , pendant des temps fort longs, sans éprouver d’autre trouble qu’un peu de gêne après le repas; et à moins que ces tumeurs ne soient placées à l’orilice pylorique, et ne ferment cet orifice, on voit quelquefois les malades n’éprouver de dérangement un peu grave que lorsque la suppuration est établie. On a même vu des malades ne succomber que lorsque l’estomac était tout-à-fait cancéreux et désorganisé. Comment accorder ces faits avec la sensibilité qu’on suppose aux organes digestifs, et avec le danger des lésions de cet organe?
Comment se tourmenter pour constater un peu de rougeur ou de ramollissement sur quelques points de la muqueuse digestive, lorsqu’il est bien démontré qu’on peut vivre de longues années avec une tumeur quelquefois très volumineuse dans l’estomac ou les intestins.
En supposant une relation entre l’accident qui aurait amené la mort, et la rougeur qu’on croirait remarquer sur les organes digestifs, que pourrait-on en conclure? Aucune observation n’autorise à penser que la mort puisse avoir été causée par les désordres déterminés par l’effet de
cette rougeur ; tout ce que l’on pourrait dire, c’est que la cause de la mort est la même que celle de la rougeur.
Qu’on introduise dans l’estomac une substance capable de déterminer les mêmes accidens qu’on produirait à la peau au moyen d’un vésicant, il n’en résulterait pas des troubles aussi grands qu’on le pense, N’a-t-on pas vu des personnes avaler des poisons corrosifs, tels que les acides sulfurique et nitrique, sans qu’il en soit résulté autre chose que quelques jours de ma* ladie. Ce tube digestif que l’on croit si sensible aux blessures, n’en présente-l-il donc jamais qui guérissent très-bien? et les anus artificiels qui s’établissent par suite de gangrène d’une portion d’intestin. Comment expliquera-t-on les faibles dérangemens de la santé générale,qui accompagnent quelquefois ces accidens locaux? cependant il y a bien là inflammation, dans lesens qu’on donne à ce mot. 11 faut expliquer le peu de troubles généraux, par l’absence d’un virus, par la non altération des fluides.
Nous pensons en avoir dit assez pour démontrer combien était invraisemblable, erronée même, la théorie de l’irritation. Nous n’irons pas