SUR L’ÉTAT DK LA MÉDECINE
plus loin. Peut-être trouvera-t-on que nous nous sommes beaucoup appesanti sur quelques points; peut-être aussi nous reprochera-t-on quelques répétitions de détails ; nous avons cru ne pas pouvoir en trop dire sur un sujet aussi important, sur un sujet qui est toute la médecine; il fallait donc, pour lever tous les doutes, entrer très-avant dans la question, et discuter jusqu’aux moindres détails théoriques.
Si nous avons été assez heureux pour nous faire bien comprendre, nous aimons à penser que tout lecteur reconnaîtra avec nous que la théorie de l’irritation est une erreur, que lesmaladies ne sont point des congestions morbides déterminées par une exaltatiou vitale, mais bien des altérations d’humeurs, déterminées par des troubles fonctionnels.
Cela posé, comment doit-on combattre les maladies ? quelle est la meilleure méthode générale de traitement? et d’abord, recherchons comment peut s’opérer la guérison ; cette appréciation peut nous conduire aux indications thérapeutiques.
Pour comprendre quelque chose dans le rétablissement de la santé, il faut observer ce qui
se passe dans les guérisons spontanées, c’est-àdire , dans les guérisons qui s’opèrent en l’absence de tout traitement et par les seules ressources de la nature.
Dans les guérisons, voici ce que l’on observe; la maladie, pendant un certain temps, semble faire des progrès,les jours du malade semblent de plus en plus compromis ; il arrive quelquefois à un tel état de dépérissement qu’on s’attend à chaque instant à le voir succomber; puis tout-àcoup et au moment où l’on désespère le plus, tout change, un mieux se manifeste et s’accroît à chaque instant; le malade guérit et quelquefois très rapidement.
Que s’est-il passé? une cause menaçait la vie, qu’est-elle devenue? car de quelque manière que l’on considère une maladie, on ne peut la concevoir sans une cause qui tend à détruire la vie, ou, si l’on aime mieux, à détruire cet ensemble de fonctions qui constituent la vie. D’une autre part, l’action vitale présente une somme de résistance plus ou moins grande, cela ne peut être méconnu; à mesure que la maladie se prolonge, cette résistance doit diminuer, Routes les fonctions nutritives étant plus ou moins suspendues,
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altérées; si donc la cause morbide conservait la même intensité, la vie devrait nécessairement s’éteindre; mais loin de là: dans le moment où elle semble s’échapper, souvent on la voit se ranimer; donc la cause morbide a perdu de sa puissance, elle a disparu ; mais comment, par quel moyen cette cause a-t-elle pu être détruite, en l’absence de tout traitement, souvent en l’absence de toute nourriture, et dans des conditions très-défavorables? Il faut bien admettre ici une résistance vitale, une pu issance médicatrice organique; il faut bien accorder que la vie s’est débarrassée de la cause morbide, soit en l’usant, la décomposant, soit en l’expulsant; et ce qui vient à l’appui de cette opinion, c’est que souvent le mieux se manifeste après une crise expulsive, après une forte sueur, des vomissemens, ou un dévoiement.
De ces faits nous devons tirer cet enseignement, que pour aider à la guérison des maladies, il fsfut agir pour diminuer la puissance du mal, aider la vie à lui résister, et surtout ne rien faire qui puisse diminuer sa force de résistance. Or, tout ce qui ne serait point utile pour diminuer le mal, ou soutenir les forces vitales, serait nui-