‹ Considérations générales sur l'origine et la formation des asphaltes: et de leur emploi commeChapitre 3 sur 23 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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Nous avons maintenant à étudier si l'asphalte est un minéral dont l'existence serait antérieure à celle des substances organiques, ou si sa génération est étran-

(1) Du grec âa^aXîJIo) je fortifie.

gère aux végétaux et aux animaux pris à rétat fossile.

Ici, nous devons l'avouer, la science nous fait défaut pour éclairer une question presque délaissée par elle. Nulle part nous ne trouvons trace d'un travail sérieux et continu sur la nature et l'origine des produits que nous cherchons à connaître. C'est donc au moyen de l'analogie et par la seule induction des faits naturels ou physiques , que nous serons amenés à formuler des hypothèses dont le champ nous est ouvert, et dans lequel nous avons pris pour nous guider la science pratiqué d'un esprit éclairé, M. Armand (1), chimiste habile, esprit analytique, et auquel, nous nous faisons un devoir de le reconnaître, nous devrons, en grande partie, les

(1) Ancien professeur à Técole des sciences appliquées.

théories toutes nouvelles contenues dans ce chapitre.

Prenons donc, avec lui, Thypothèse vers laquelle les esprits sérieux convergent aujourd'hui.

Aux premiers temps, le globe est liquéfié par le feu ; les corps les plus réfractaires sont fluides; daiitres sont réduits en vapeur; d'autres ont la forme des gaz; d'autres enfin ont dû être changés en une substance plus subtile encore, mais inappréciable pour nous.

En quel point de ces couches concentriques, ordonnées d'après leur pesanteur spécifique et leur degré de volatilité, [)lacerons-nous le carbone?

Lorsque par un refroidissement lent et régulier la terre a été couverte d'une croûte solide et cristallisée, chacune des substau-

ces minérales a dû rester à la place qu'elle occupait pendant la fusion; or, dans le compte fait des roches qui constituent les terrains primitifs, on ne rencontre nulle part le carbone cristallisé ni même amorphe. En songeant à la quantité prodigieuse de ce corps répandu dans la nature, ce n'eût pas été beaucoup de constater parmi des masses considérables de gneiss ^ de micaschiste y àe granit ^ etc., le moindre fragment de carbone. Le diamant n'est point d'origine ignée; depuis quelque temps, les meilleurs esprits reconnaissent qu'il s'est formé par la voie humide.

En effet, il est difficile de concevoir à une température, ou les terres les plus réfractai res fondent, la présence du charbon sans qu'il réduise un grand nombre d oxydes, en fournissant l'acide carbonique.

Cela posé, si l'on veut substituer au car- I)one pur un carbure d'hydrogène retenant en dissolution un excès de carbone, matière volatile en partie, à une température moyenne susceptible de réduire la plupart des sels métalliques en le décomposant, il faut renoncer à voir l'asphalte figurer au nombre des minéraux qui composent les terrains primitifs.

Mais si , en étudiant cette hypothèse , ainsi que nous venons de le faire, l'explication demeure incomplète, on peut, en poussant ces considérations plus loin, chercher si, malgré les obstacles, le bitume ne peut pas se produire autrement.

Nous avons considéré la matière en fusion, sans nous demander quelle avait été, en définitive, la cause de sa liquéfaction, c'est-à-dire si ce phénomène s'est

produit par un foyer ardent, par un système étranger à notre globe , ou bien si cetteimmensechaleura eu pour résultat des combinaisons chimiques, au moment où les éléments ont été rapprochés entre eux sous l'action de cette force appelée gravitation.

Certes, cela étant, à l'époque où tous les corps simples se précipitaient vers un centre commun d'attraction , les métaux , les métalloïdes et les gaz, les uns avec les autres, dans la génération des terres, des sels; des acides, de l'eau, ont dû dégager une chaleur que rien ne peut mesurer. Eh bien! le carbone réduit en vapeur n'aurait point fourni un hydrogène carboné, ou si cela eût été pour un moment, les oxydes métalliques, déjà formés, l'eussent détruit aussitôt et ramené à l'état d'eau et d oxyde carbonique.

Nous devons donc chercher la production de Fasphalte et de ses congénères dans la fermentation souterraine des matières organiques enfouies par quelque bouleversement : il n'a réellement pas d'autre origine.

Ainsi le gisement le plus profond de bitume se trouvera donc dans les couches ^qui renferment les premières traces de substances organisées de débris d'animaux et de végétaux, c'est-à-dire dans le grès houiller, le grès intermédiaire, etc.

Ainsi donc, à l'époque de formation des minéraux^ point de trace de matière bitumineuse^ aucun indice qui révèle son existence.

Mais lorsqu'on s'élève des roches primitives aux terrains qui renferment des débris organiques et altérés par le feu ,

seulement alors, on rencontre le bitume, lasphalte, dans des couches enveloppant ces dépôts fossiles. Ce qui n'est plus un doute, c'est que ces débris proviennent de végétaux antédiluviens; comparés avec le

bitume ou l'asphalte, on voit qu'ils ont une commune origine, les mêmes éléments, en proportion variée, il est vrai, mais selon que chacun d'eux représente tel ou tel produit de l'organisation végétale.

Des forêts arrachées de leur fondement par la tourmente diluvienne, roulées en amas dans le creux des vallées, recouvertes de vase, de terre, de gravier qui se déposent des eaux après l'agitation, ont éprouvé une décomposition particulière , subi une fermentation en dégageant assez de chaleur pour fondre leur masse.

Tous les phénomènes qui résultent de

Faltération de la matière végétale par le feu et à l'abri de lair se sont produits, les conséquences ont dû être les mêmes :

Facide carbonique, le gaz des marais, le gaz olétiant, les huiles empyreumatiqnes, les goudrons, un charbon hydrogéné mêlé de substances terreuses , des pyrites , etc.

Maintenant, pour expliquer la génération de certaines substances désignées sous le nom de bitume, d'asphalte, de succin, de pétrole, etc., etc., qui paraissent n'avoir point d'autres causes d'existence que celles de matières pyrogénées, il suffit de

suivre par degrés les diverses métamorphoses de la matière organique décomposée par le feu en vase clos.

La couche environnant la masse de végétaux humides, remplie encore de tous les principes élaborés par leurs tissus, fera

fonction de vase distilla toire et les couche» inférieures celle de récipient.

TiC foyer de chaleur sera dans tous les points de cette masse et sa force croîtra avec l'échauffement, car, composée de vé* gétaux verts, retenant encore l'air atmosphérique dans leurs pores, comprimée sous le poids de la couche qui s'étend sur elle, cette masse ne tardera point à l'échauffer; les liquides mucilagineux, sucrés, mêlés aux substances albumineuses, commenceront la fermentation.

Des variétés d'alcools, d'acides volatils entraînés avec Veau en vapeur pénétreront les premiers dans les parois de la couche enveloppante. La masse s'échauffera de plus en plus , se dilatera ; les résines , les baumes, la cire dissous par les. huiles essentielles, de nouveaux acides formés.

couleront^ arriveront, à leur tour, à la place des premiers produits en les chassant plus loin. La chaleur s'augmentant par degrés, le ligneux lui-même fondra et toutes les matières empyreumatiques, se dégageant de la masse pâteuse, iront se confondre avec les résines, les cires, etc., poussant devant elles les portions les plus fluides de celles-ci. Les huiles, plus solubles dans les gaz à ce point* de température, seront portées à des distances plus considérables où, refroidies, elles se déposeront. Les résines ne s'uniront point aux goudrons sans éprouver elles-mêmes une atteinte profonde dans leur constitution.

Cette modification sera aussi variée que la chaleur apportée par les goudrons, et

comme ces divers phénomènes peuvent être simultanés, il arrivera que toutes ces

matières se trouveront mêlées et confondues au moment du départ, pour se séparer ensuite, en gardant réciproquement quelques-uns de leurs principes.

La fermentation terminée, la masse non volatile se refroidit, devient solide sous un état cristallin plus ou moins confus.

D'autres altérations changeront encore par l'action lente et prolongée de l'air, de l'eau et du temps.

Une source filtrant jusque vers un de ces dépôts composés de pyrite en excès et de charbon bitumineux, l'eau abandonnera ces éléments avec violence, la terre, déchirée sous l'effort des gaz comprimés, donnera passage à des matières enflammées au contact de l'air, et un volcan se sera dressé.

Si ces pyrites se trouvent en faible par^

tie, ces dépôts exhaleront, sans explosion, un mélange de gaz de marais, de gaz oléfiant, d'acide carbonique et d'azote.

Si ces pyrites manquent presque entièrement, il s'opérera un dégagement d'acide carbonique, qui, s'il a lieu dans une source^ constituera des eaux acidulés.

Au moment de la pénétration de ces matières dans les couches environnant l'un de ces dépôts, les choses se sont accomplies dans un ordre régulier.

Dans une étendue où la plus forte température a été au centre, le degré de fusion de ces corps, de leur volatilité, différant pour chacun d'eux, ne permet point qu'ils soient confondus après le refroidissement. IjCS matières, volatiles à une faible chaleur, marquent en leur lieu de situation l'extrême limite de cette expansion ;

mais celles qui, plus fixes, n'ont fait que, pour ainsi dire, couler, désignent le terme inférieur.

Les acides et les alcools se sont dissipés, par la suite, dans l'atmosphère, ou auront été entraînés par les eaux de filtration.

Les huiles se seront déposées dans des bassins. TiCs résines, mêlées aux cires et aux goudrons, aux huiles et aux acides en une infinité de proportions, auront constitués les roches bitumineuses en formant ciment avec les argiles et les calcaires. Ou bien ces mêmes substances, exemptes de parties terreuses, se sont déposées dans les cavités, d'où l'eau aura été éliminée par elles au moment de leur fluidité. De là seront dérivées la plupart des résines et des cires fossiles.

Cependant, des révolutions postérieu-

res ont aussi bouleversé ces roches, mêlé ces divers éléments et transporté ces matières loin du lieu où elles ont été produites, leur donnant un gisement qu'il ne faut pas exclusivement consulter pour connaître leur origine.

Nous ne savons s'il nous sera pardonné d'avoir, dans ce qui précède, réduit aux proportions de l'alambic et du creuset, la grande scène diluvienne dans les résultats appréciables qu'elle a amenés; mais on nous tiendra compte , nous l'espérons du moins, d'avoir emprunté à la science analytique de l'habile chimiste (jue nous avons nommé, la lumière qui manque encore aux calculs hypothétiques et, peutêtre, trop philosophiques de la géologie.

C'est donc dans les subdivisions des terrains secondaires, dont nous avons par-

lé, que se trouvent les asphaltes dans des conditions de position similaires aux couches houillères ou ligniteuses, dont ils semblent être une dégénérescence plus avancée, et liés par une affinité intime avec les calcaires qu'ils ont altérés en les imprégnant de leur substance; c'est dans cette double combinaison que l'asphalte coîistitue un corps pesant, gras, insoluble et fusible, dégageant une odeur aromatique très-prononcée dont la nature décèle une origine résineuse.

Pour nous, l'asphalte est donc un végétal fossile, dont les masses bouleversées par les grandes causes qui, à différentes fois, ont amené la dislocation du globe, ont été soumises à l'action incandescente de leurs propres substances et qui, entrées en fusion, sont venues modifier la nature

des calcaires sur lesquels elles reposaient avant leur disparition de la surface de la terre et que les mêmes causes avaient entraînés avec elles.

De là , les parties de lignites dont l'asphalte offre parfois des traces mal éteintes; de là, aussi, l'action des huiles essentielles que la fermentation dégageait sur les calcaires qui l'enveloppaient et dont il absorbait quelques-uns des éléments constitutifs ; de là , enfin , les causes qui , dès le point de départ de l'humanité , ainsi que nous le verrons bientôt, ont fait considérer l'asphalte comme l'agent le plus puissant de solidité et de durée dans son emploi comme ciment natureL

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