‹ Considérations générales sur l'origine et la formation des asphaltes: et de leur emploi commeChapitre 5 sur 23 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De remploi ht r^0pl)altc

DANS L'ANTIOUITÊ.

C'est sur cette dénomination de ciment naturel que nous avons maintenant à rechercher les applications d'asphalte qui ont été faites d^s la plus haute antiquité,

Aoit que nous les cherchions dans les traditions ëcrites, soit que nous les trouvions dans les faits matériels, dont les siècles les plus reculés ont laissé venir jusqu'à nous les preuves irrécusables.

Nous avons dit plus haut que lasphalte fut employé comme ciment dès le point de départ de Hnunanité, nous devons justifier une assertion qui, tout d abords peut sembler au moins hasardeuse.

Notre preuve, la voici :

Dans Tannée 1721, il parut une brochure du docteur Eirini d'Erynys, sur la découverte qui avait été faite en 1712 des mines dasphalte du Val-de-Travers en Suisse, nous reviendrons plus tard sur cette brochure et son auteur; pour le moment, citons quelques lignes de sa pré* (ace :

« Il est très-aisé de prouver que Fas- « phalte était eoimu des anciens pour un « ciment à toute épreuve et un goudron « impénétrable. Il est dit dans le livre de « la Genèse, au chapitre VI, verset 4, parce lant de larche de Noé , Bituminabis « eain bituminey vous l'asphalterez de cet « asphalte. Et au verset 3 du onzième cha- « pitre, Et asphaltus fuit eis vice cœ- (^ menti ^ et l'asphalte leur tint lieu de « ciment. »

Si la traduction du premier verset cité manque en apparence d'une certaine exactitude par l'emploi du verbe asphalter et de son substantif asphalte pour rendre bitumer et bitume^ il ressort de la traduction du deuxième verset que la première est parfaitement logique et que déjà, dans ces temps si éloignés, les noms de bitume

et crnsplmlte étaient affectés, comme de nos jours, au même produit.

Nous ne connaissons pas d origine à la fois plus authentique et plus heureuse, pour notre sujet, que cette citation d'un livre dont Tantiquité, tout au moins, ne peut ôtrc contestée.

Du reste, ces passages de la Vulgate ne sont (prune confirmation de plus de ce que pensent les géologues modernes, et ce (\\w Cuvier, leur maître à tous, a démontré dans son grand ouvrage des révolutions du globe; c'est qu'il existe une concordance parfaite entre la Genèse et les calculs géologiques relativement aux différents âges du monde. Car il résulte de toutes les données de rÉcriture et de la science, mises en regard , que les terrains secondaires »'ip par tenaient déjà à l'ancien

monde lorsque le dernier déluge vint le couvrir des couches qui forment aujourd'hui l'écorce de la terre.

Puisque nous sommes sur ce sujet, qu'un mot nous soit encore permis. Il n'est pas étonnant (jue lasphalte fût appliqué dans la première période de l'humanité, car déjà, d'après la Genèse, Craysor^ TuhaU cdin et jKrae/ avaient fait preuve de connaissances minéralogiques et métallurgiques, puisqu'ils possédaient l'art de forger des épées et des cuirasses (1).

. Si, de l'époque du déluge, nous descendons à celle des rois de Judée, devons-

(1) Toutefois, nous devons observer ici que l'histoire des arts, chez les premiers Égyptiens, semble impliquer une contradiction avec la Genèse , car , selon toutes les traditions , le fer n'était pas connu des Égyptiens , leurs armes étaient en cwvrt trempé. Parmi les métaux le fer a été le dernier trouvé et mis en œuvre. On le comprend quand on sait que les opérations métallurgiques pour le fer sont plus difficiles et plus compliquées que pour les autres métaux.

nous douter que le lac de ce pays, si abondant encore aujourd'hui en produits asphal tiques, n'ait payé son tribut à Férection des temples du vrai Dieu, comme aux temples du dieu Baal ?

Les Pharaons d'Éyypte , dans ces monuments gigantesques, destinés à faire longtemps encore Fétonnement et Fadmiration des siècles à venir, n'ont-ils pas laissé partout sur le sol , aujourd'hui désert, des fragments qui montrent Fasphalte appliqué dans de larges proportions aux fondations que couvrent ces hautes pyramides, vastes pierres tumulaires de leurs tombeaux?

Si la volonté persévérante et avide des générations qui se sont succédé, unie à Faction lente des siècles, permet d'arriver jusqu'à ces tombemix, ce ne sera qu'après

oo

avoir pareoiirn un dédale de conidors souterrains où Tasphalte se montre couvrant les murs et le sol de son enduit préservatif. Si nous soulevons le dernier couvercle du triple cercueil qui nous cache cette fille des Pharaons, c'est encore l'asphalte qui nous la montre intacte de formes. Les bandelettes qui lentourent ont été trempées dans l'huile qu'on en extrait:

l'arôme qu'elles dégagent ne laissent aucun doute à cet égard. Le corps lui-même, enduit d'une couche légère de celte essence asphaltique, nous permet encore de lire sur ces traits l'âge de cette fille des rois à 40 siècles de distance. Il n'est pas, enfin, jusqu'à cette couronne de loties déposée sur sa tête, dont les feuilles et les fleurs délicates ne doivent à l'asphalte leur con-

servation presque miraculeuse : une fleur, vivre 4,000 ans (1)!

Il est donc bien prouvé par ces faits, que les Egyptiens employaient non-seulement lasphalte dans leurs grandes con^ structions, mais qu'il entrait aussi dans les besoins particuliers de la vie où son usage était considéré comme applicable dans un grand nombre de cas.

M. Quatremère de Quincy dans TEncy* rlopédie méthodique, à l'article ardiiteclure > dit : <K Les Égyptiens employèrent <c plus d'une sorte de ciment. Le bitume

(1) Ces détails sur Toaterlure d*Qn eereaeil de momie égyptienne sont de It plus seropoleose exactitude. Dans Tannée 1828, S. A. R. Madame, dnebesse de Berry» ^oalut qa*on fit dotant elle TooTertnre d*une momie. Nous fûmes asseï heorenx pour être admis an nombre des personnes présentes.

Le eadaTre» mis à décontert » tenait dans ses mains, croisées sor sa poitrine , nn roalean de papyrus dont les caractères , traduits par M. CiMmpoBion , <iue la science n'aiait point encore perdu , disaient ([uo ce corps était celui Cune fille d'un des principaux officiers do Psammétictts.

« leur servait à la construction des citer- « nés et des ouvrages qui devaient résister (( à l'action de l'eau. Plusieurs de ces ci- (c ternes existent encore aujourd'hui , et « leur liaison jusqu'à présent inaltérée ne flc laisse aucune issue à l'eau qu'elles con- « tiennent. »

Enfin , le Dictionnaire de l'antiquité nous dit que les Egyptiens « se servaient a fréquemment de l'asphalte dans beauce coup de leurs besoins, mais surtout dans « les embaumements pour la conservation « des momies. »

Memphis, dont le nom n'est arrivé jusqu'à nous qu'entouré des mystères de son culte, et dont la tradition nous peint les monuments dans des proportions si gigantesques que le doute naîtrait, si, à quelques pas d'elles, les pyramides de

(iyséneii attestaient la rcalité; I^ïeniphis, plus qu'auciine autre ville d'Egy[)te5 avait clans ses constructions la ])hysionomie particulière que lui donnait la sévérité de son culte. Les rez-de-chanssées de chaque habitation , descendant assez profondément sous le sol, étaient à l'extérieur comme à l'intérieur enduits de couches d'asphalte pour préserver de l'humidité les diverses pièces qui les composaient.

Ecoutons maintenant Diodore de Sicile, cet historien si exact, nous parlant de la grandeur de Babylone.

Nous sommes ici en pleine histoire, et nous pourrons apprécier l'intelligence artistique et savante qui présidait dès cette époque, qui touchait de si près aux temps héroïques, à l'emploi des moyens et des matériaux nécessaires à l'édification de ces

palais grandioses, dont la description nous paraîtrait fabuleuse si l'investigation de la science et de Fart n'avait fouillé leurs débris pour les reconstituer à nos yeux. « (1) Telle est la grandeiir de Baby- « lone, bâtie d'ailleurs avec une magnifiée cence qui l'emporte beaucoup sur toutes « les autres villes que nous connaissons.

a Elle est entourée d'abord d'un fossé (( très-profond, très-large et rempli d'eau, « ensuite d'un mur dont ]'éj)aisseur est de « 50 coudées royales et la hauteur de 200.

« Il faut dire ici comment fut employée « la terre retirée du fossé et de quelle ma- « nière on construisit le mur. A mesure « que l'on creusait le fossé, la terre qui « en sortait était immédiatement façonnée

(1) Diodore de Sicile , au livre II , cliap. 4 et 5 , traduction de M. Lebas.

ce en briques, et lorsqu on en avait dispose <c un nombre convenable, on les faisait « cuire au four.

«Onbâtissaitensuiteaveclesbriqnesen- « duites d une couche d asphalte chaud an a lieu de simple argile délayée, en les dis- « posant par assises ; et entre chaque tren -

« tième assise, on introduisait un lit de « tiges de roseaux. On construisit par ce « procédé, d abord les parois du fossé et ff ensuite le mur, en continuant d'employer a le même genre de construction. On éleva « au sommet du mur et sur ses bords, deux ce rangs de tourelles à un seul étage, con- « tiguës et tournées Tune vers l'autre, laisse sant entre elles l'espace nécessaire pour ce le passage d*un char attelé de quatre checc vaux. Dans le pourtour delà muraille, on ce comptait cent portes de broîîze avec les

<( jambages et les linteaux de même métal.

a L asphalte qui servit à la construction « de ses murailles fut tiré de la ville d7s (1), <c située à huit journées de marche de Ba- « bylone , sur une rivière du même nom.

<( Cette rivière peu considérable, qui se <c jette dans TEuphrate, roule avec ses eaux « une grande quantité de morceaux d'as- « phalte. »

Cette page de Diodore, si çxplicile, si claire sur l'usage et l'emploi de l'asphalte, semble écrite dliier, car, de nos jours, on suit encore à la lettre le mode d'application qu elle indique.

M. Raoul-Rochette nous a dit avoir vu de ces briques employées aux murs de

(1) La rivière d*Is avait peut-être son lit sur une mine d'asphalte , comme le bassin de la Seine , près de Paris , qui , dans une grande partie , est formé de llgnites,

Babyloiie du temps de Sémiramis, et avoir remarqué que lasphalte qui les couvrait ne faisait qu'un corps avec ces briques d'une conservation encore intacte.

Hérodote, parle d'une autre reine, qu'il appelle Nitocris , et qui fit construire un pont sur l'Ëuphrate qui partageait la ville en deux, après avoir détourné le fleuve de son lit et l'avoir jeté dans un bassin qu'elle avait fait construire à quelques stades de Babylone. Les quais du fleuve, le pont qui unissait les deux parties de la ville, furent établis dans des conditions analogues à celles du mur d'enceinte.

Ëntin :

Ces superbes jardins dans les airs suspendus,

dont à bon droit Babylone était si fière, étaient plantés sur la partie supérieure de ses nombreux palais, disposée en 1er-

Fasses enduites d'une couche épaisse d'asphalte, sur laquelle on étendait de la terre végétale , soumise à une véritable culture, où se développaient les jeunes et vigoureux cèdres du Liban, les odorants jasmins de l'Arabie et ses belles roses dont, plus tard Byzance retirait uu parfum, encore si recherché de nos jours.

C'était surtout le palais du roi, construit îiu centre de la ville, sur un point isolé, <jui, vu de loin, donnait un aspect féeri- <|ne à la reine des cités de l'Assyrie.

Aujourd'hui, un bon bourgeois de Paris peut parfaitement se donner, à peu de frais, ce luxe merveilleux des anciens rois <le Babvlone.

Nous sommes loin d'avoir épuisé les matériaux historiques qui pourraient venir grossir le faisceau de preuves que

nous venons de grouper en témoignage de l'importance qu'occupait dans l'opinion des anciens peuples Tasphalte appliqué, comme ciment naturel y aux monuments qu'ils érigeaient.

Mais les débris de ces monuments sont rares aujourd'hui , et nous n'avons rien voulu donner aux conjectures dans lesquelles il est toujours facile de s'égarer.

Nous avons voulu , avant tout , que des exemples que nous avons cités, quelques débris oubliés par le temps , fussent une preuve, pour nous-mêmes, avant que de les offrir en preuve des assertions que nous avions à émettre.

Oui, leurs débris sont rares à ces grandes cités, autrefois royaumes florissants!

Rares à ce point, que le voyageur cherche vainement de loin, où s'élevaient la mys^

térieuse Memphis, Babylone la superbe, et que, pour en retrouver quelques vestiges, il lui faut fouiller le sol, car sa surface n'en garde pas de traces. Ces débris, que sont-ils devenus ? Ce que devient tout ce qui est matière : poussière. Peut-être cependant^ sans s'en douter, le voyageur a-t-il iux jour trouvé auprès de quelque pasteur arabe un abri fait avec quelques fragments du temple d'fsis ou du palais de Sardanapale, échappés à l'action destructive du temps; comme ce pâtre que rencontra Chateaubriand au pied du mont Hymette, dont le toit de chaume était souténu par les colonnes du Parthénon.

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