‹ Considérations générales sur l'origine et la formation des asphaltes: et de leur emploi commeChapitre 7 sur 23 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

îpttloérieation et trituration

DE L'ASPHALTE (i).

Pour employer l'asphalte tel qu'on l'extrait des mines, il faut lui faire subir deux

(i) Les différents modes de fabrication et d'emploi de Tashalte, aussi bien que tous les spécimens des travaux dont nous arlerons dans ce chapitre et celui qui le. suivra, sont appliqués

préparations, l'une de pulvérisation et l'autre de trituration ; cette dernière operation convertit l'asphalte en mastic.

Voici comment on doit procéder:

1® Pulvérisation.

La pulvérisation s'obtient à froid au moyen d'un broyeur, et par la chaleur au moyen de la décrépitation.

Pour la pulvérisation à froid, le système le plus généralement accepté est celui d'une meule en pierre ou en fonte, manœuvrant dans des conditions égales à celles appliquées au broiement du plâtre, des briques, de la pouzzolane, etc.

Pour aider à ce travail, l'asphalte devra être concassé en morceaux de 4 à 6 centi*

k tous les besoins de l'usine que la Compagnie des mines dm Val-de-Travers a fait établir à Paris , avenue de Thôpital Saint- Louis, no Z.

Cette usine est toujours visible pour les personnes qui désirent prendre des renseignements sur les travaux d'asphaltes.

*ïiètres cubes, et l'appareil de la meule sera muni d'un racloir et d'un râteau, au '^oyen desquels on prévient l'agglutination de l'asphalte qui tend toujours à s'at- *^cher aux parois de la meule et gênerait * action de celle-ci.

Gomme autres moyens de broyeurs, on pourrait encore employer des cylindres en fonte de fer, ou de moulins à noix en fer ; ïnais ces deux procédés ne sont applicalles qu'aux asphaltes d'une nature sèche €t peu bitumineuse.

La décrépitation, ou pulvérisation par la chaleur, s'obtient au moyen de grands fourneaux montés en briques, au centre desquels on pose sur voûte une forte plaque en fonte, de telle sorte, qu'au moyen d'une distribution bien entendue du calorique dans l'intérieur du fourneau, cette

plaque n éprouve pas de coups de feu.

Dans le cas de certaines exigences, la décrépitation peut s^obtenir encore par l'emploi des petits fourneaux dits d'application.

Dans l'un et l'autre cas, il faut concasser l'asphalte en moyenne grosseur, avant que de le mettre dans les fourneaux que l'on couvre aussitôt qu'ils sont remplis, pour empêcher l'évaporation du bitume que contient l'asphalte, et de plus, afin de précipiter la dissolution au moyen des vapeurs produites par la matière ellemême.

Après une demi-heure d'un chauffage modéré, pour prévenir la calcination, on commence à remuer la matière et à l'écraser avec des maillets en bois, puis, suivant le degré de dissolution, on continue cette

manœuvre jusqu'à ce que la pulvérisation bien apparente permette de procéder an tamisage.

Pendant qu'ils seront encore chauds, les grabons qui n'auront pu être tamisés devront être battus fortement avec la batte en bois (figure 8) et repassés au tamis jusqu'à leur pulvérisation complète.

L'expérience nous a appris que la pulvérisation à froid est de beaucoup préférable à la décrépitation; ce dernier procédé enlève à l'asphalte une partie de son bitume et l'en appauvrit d'autant, car la décrépitation ne peut se produire qu'en employant un excès de chaleur qui altère le bitume en chassant les huiles volatiles et en laissant un dépôt de charbon ; en un mot, il est impossible de faire une décrépitation complète sans brûler la matière.

Dans les deux procédés de pulvérisation à froid ou à chaud, on emploiera , pour le tamisage de la poussière, des tamis de dix mailles au pouce.

2" Trituration.

La trituration de Tasphalte est un& main-d'œuvre à laquelle on ne saurait apporter trop de soins, car, de ces soins, dépendent la qualité du mastic, et par conséquent le plus ou moins de perfection d^ ses applications.

Pour convertir la poussière d'asphalte en mastic, il faut indispensablement ajouter à cette poussière une quantité de bitume minéral (1) qui devra être proportion-

(1) En conservant ici le nom de bitome minéral an produit extrait des mines de Bastennes, nous consacrons à Fosage, afin de nous faire comprendre des hommes pratiques auxquels ce chapitre et le suivant s'adressent particulièrement; ear, poitf nous, le bitume de Bastennes ne cesse pas d'être un produit v^étal, comme ses congénères du Val-de-Travers, Seyssel, ete., etc.

née à la qualité originaire de Fasphalte, cest-à-dire qui sera plus ou moins consi* dérable, selon que lasphalte sera lui-même plus ou moins riche en qualités bitumineuses.

Cette addition doit encore être relative à la nature du travail auquel sera destiné ce mastic. Car, pour les applications où l'élasticité est nécessaire, la dosedubitume devra être plus forte; le contraire aura lieu pour les surfaces fermes et dures. Le dosage variera également pour les cas dans lesquels le mastic sera appliqué comme ciment.

Les différences dans les quantités de bitume à ajouter à la poussière d'asphalte, sont autant de nuances appréciables à Imtelligence de l'ouvrier, et qui lui permettent^ pendant que s'opère la tritura-

tion , de modifier en plus ou en moins la quantité de bitume qui est à ajouter.

Maisy quelle que soit la qualité originaire de l'asphalte, il est positif que l'addition du bitume devina toujours être plus considérable avec de la poussière provenant de la pulvérisation à chaud, qu'avec celle obtenue de la pulvérisation à froid.

On comprend aussi que la dépense , occasionnée par ce dernier procédé, est naturellement moins coûteuse que celle du procédé de la pulvérisation à chaud.

Ces conditions établies, voici comment on doit procéder à ce qu'on appelle vulgairement la fabrication du mastic.

Si Ton opère dans une chaudière à feu nu, d'une capacité à contenir 1,000 kilogrammes de poussière provenant du procédé à froid, on commencera par y faire

fondre le bitume minéral, dans les proportions de 4, 5 ou 6 p. 0/0 du poids ci-dessus indiqué, suivant la qualité de mastic qu'on voudra avoir, et suivant aussi la qualité de l'asphalte qu'on aura à traiter.

Si Ton emploie de la poussière décrépitée à chaud, et dans la même chaudière à feu nu, on mettra 2 p. 0/0 de bitume, en plus, sur les dosages ci-dessus.

Si l'on opère dans une chaudière close, à agitateur, de la forme dont il sera parlé plus loin, on retranchera 1 p. 0/0 sur chacune des différentes quantités que nous Amenons d'indiquer.

Le mastic, pour être fait dans de bonnes conditions, et devant contenir 14 à 16 p. 0/0 de bitume, y compris celui qu'on a ajouté, on se basera nécessairement sur la quantité que contiendra l'asphalte lui-

— il« —

même, pour y fisiire laddition convenable.

Pour mettre le bitume en liquéfaction, il faut faire un feu doux, afin de n en point altérer la qualité ; amené à l'état liquide, on met dans la chaudière la poussière d asphalte bien sèche (afin de n'avoir point d'eau à évaporer ) , par doses de 25 kilogrammes environ, que l'on étendra avec soin sur le bitume, en brassant constamment pour empêcher que la pâte ne brûle et n'adhère aux parois de la chaudière en contact avec le feu, et que, dans la masse du mastic, il ne se forme des mottes de poudre d'asphalte qui, dans ce cas, ne seraient point soumises à la cuite et rendraient le mastic imparfait.

Dès qu on commence la mixtion, il faut augmenter l'intensité du feu de telle sorte que la température de la pâte soit aa

moins de 180 degrés et 210 au plus.

La charge de la chaudière terminée, il est indispensable de laisser le tout sur le feu au moins une heure et demie, sans arrêter un instant le brassage pour que la dernière poussière mise ait le temps de se fondre et de s'incorporer dans la masse.

Si, dans le cours du brassage, on aperçoit une vapeur rousse, il faut se hâter d'arrêter le feu et brasser vivement au fond de la chaudière, car c'est un indice que la matière brûle.

On reconnaîtra par une vapeur blanche qui se dégage de la matière que celle-ci est arrivée au degré de cuisson voulu, et tout aussitôt on devra procéder à la vidange de la chaudière.

Lorsque la cuisson du mastic est terminée, on le coule dans des moules formés

par des planchettes eu bois, ou mieux encore par des plaques en tôle de 80 centimètres de long, droites pour une face des pains et cintrées aux deux extrémités, afin que les angles des pains soient arrondis.

Pour que la pâte qui est très-chaude n adhère pas aux moules, il faut enduire ces plaques à l'intérieur avec de la terre glaise ou du blanc délayé dans de l'eau et répandre légèrement au fond de la poudre d'asphalte.

Cette dernière opération terminée, on devra laisser les pains se refroidir pendant au moins dix heures, sans les sortir des moules.

En indiquant une chaudière de la contenance de 1,000 kilogrammes, il est bien entendu que ce chiffre n'est point arbitraire, et qu'il est parfaitement facultatif

d opérer dans des chaudières de 200 à 2,000 kilogrammes, pourvu que ces chaudières soient en fonte ou fer battu, et en observant, pour tous les cas, les conditions des dosages de la poussière et du bitume, comme celles de chauffage et de cuisson.

Toutefois, nous pensons que la trituration à feu nu dans une chaudière de la capacité de 1,000 à 1,200 kilogrammes est plus complète, parce qu'au moyen de la spatule (j%. 4 ) l'ouvrier chargé du brassage emploie sa force sans trop de fatigue et rend son brassage plus continu, condition absolue pour bien faire.

Nous avons dit plus haut que nous aurions à parler de l'emploi des chaudières closes, à agitateur, pour la fabrication du mastic. Nous le pouvons d'autant plus

facilement que M. Baboneau en a fait récemment établir trois qui fonctionnent dans trois des usines delà Compagnie dont il est le gérant.

Soit, une dans l'usine de Paris, avenue de THôpital-Saint-Louis, 3 ;

Une dans l'usine de Pontarlier (Doubs) ;

Une dernière enfin dans l'usine de la Presta, près Travers (Suisse).

Le résultat de ce système d'application à la fabrication du mastic est tellement satisfaisant, que M. Baboneau s'occupe en ce moment de l'étendre aux autres usines de la Compagnie, dont une à Hambourg,

une à Chavaroche, une à Brème.

La chaudière dont nous parlons est de forme allongée et cylindrique, en deux parties, dont l'inférieure est complètement

enveloppée dans le corps du fourneau, établi en briques, sur lequel elle est montée. Elle est entourée de carneaux pour la circulation de la chaleur qui enveloppe régulièrement les parois du fond et des côtés de la chaudière.

La partie supérieure, qui lui sert de couvercle, est surmontée d une trémie au moyen de laquelle on distribue dans la chaudière l'asphalte en poussière.

A Tune des extrémités de ce couvercle (celle vers le foyer) est fixé un tuyau en tôle qui conduit toutes les vapeurs produites pendant la fabrication dans le foyer, dont elles alimentent la combustion. Le tirage des vapeurs passant par ce tuyau est tel, que, pendant toute la durée de la fabrication du mastic, la chaudière ne laisse échapper aucun atome de vapeur.

Aa centre de la diaudière est placé horizontalement, dans le sensde sa longueur, on art>re sur lequel est fixé un certain nombre de palettes, lesqudles, en tournant doucement et mécaniquement, agitent continuellement la poussià^ et le bitume, de Ëiçon que le mélange se fait bien plus intimement qu avec les brasses à main employées dans les chaudières à feu nu, parce que, dans ces dernières, la chaleur y est moins régulière et moins continue, et qu'il faut forcément ^re la part de la fatigue de l'ouvrier et même celle de la négligence qu'il peut apporter dans son travail.

En outre, dans les chaudières à feu nu, il faut presque le double de temps demandé pour la cuisson, à cause de la sur-* face de la matière, sans cesse en contact

avec l'air extérieur, qui lui occasionne, par révaporation , une perte de bitume qu'on peut évaluer au moins à 1 p. 0/0.

Quant à la charge de la chaudière^ on doit y procéder dans les mêmes conditions que pour celles à feu nu; et, pour que le travail soit aisé et facile, il faut préférer, dans ce système, une capacité de 1 2 à 1 ,500 kilogrammes de matière.

Page 1