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CHAPITRE III

PONCTIONS DES INSECTES.

Nous avons déjà insisté sur le rang élevé que paroît devoir occuper la classe des insectes dans l’échelle des êtres, qu’il nous suffise de rappeler ici que, sous le rapport de l’animalité, ou pour ce qui constitue essentiellement l’être vivant et animé, les insectes viennent immédiatement après les animaux vertébrés , puisqu’ils ont un tronc articulé , supporté par des membres articulés , et qu’ils jouissent de toutes les espèces de mouvement ; que , relativement à leur masse , ils le manifestent à un degré tel que plusieurs se transportent sur la terre, dans l’air, dans l'eau et à sa surface , avec la plus grande rapidité ; qu’ils sont doués également de la faculté de percevoir vivement et à distance, au moyen des organes des sens, la plupart des qualités des corps, et peut-être plus et mieux que nous ne pouvons les apprécier nous-mêmes; que, chez eux, les organes de la respiration , répandus par tout le corps, sont mis en contact avec les humeurs, pour les rendre propres à l’excitation de la vie, ce qui compense et peut-être dépasse en énergie le défaut de la circulation : de sorte que les organes de la nutrition .et leur complément, ceux de la génération, ne sont pas moins énergiques ni moins parfaits que ceux des crustacés, des annelides, des mollusques et des zoophytes.

Les Movvzmevs dans les insectes, quoique très-variés, ont exigé ppu de complication : comme les parties de leur corps sont, en général, très-symétriques, on retrouve à gauche ce qui s’observe de l’autre côté, de sorte que, sous ce rapport, l’étude de la moitié de leur corps donne l’idée de la partie correspondante. Ensuite, quant au tronc, la tête et ses annexes, ainsique les parties de la bouche et les antennes, sont seules très-mobiles. Les trois régions du thorax sont mues

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en totalité par les membres, et elles servent plutôt de point d’appui qu’elles ne déterminent le transport. Enfin, les anneaux de l’abdomen sont en général articulés les uns sur les autres de la même manière, de sorte que les muscles de l’un des segmens se retrouvent à peu près les mêmes sur les segmens qui précèdent et sur ceux qui les suivent.

La plupart des articulations s’opérant en ginglyme ou en charnière, deux muscles ont suffi pour les produire : un extenseur, en général plus petit, et un fléchisseur ou adducteur, beaucoup plus volumineux. Ces muscles sont toujours placés à l’intérieur ou dans la cavité des articulations, de sorte que les pièces cornées des membres, par exemple, sont des étuis pour les muscles : absolument comme on le voit dans les pinces des homards et des écrevisses, qui sont tres-propres à servir de démonstration dans ce cas.

Les muscles des insectes offrent cette difficulté dans leur étude, qu’ils ne sont réellement circonscrits et distincts que par leur insertion ou par la terminaison de leurs fibres sur un tendon solide ou prolongement articulé de la pièce qu’elles doivent mouvoir. Comme il n’y a point de vaisseaux ni de tissu tomenteux cellulaire dans les insectes, ces fibres ne sont pas liées entre elles, et quand elles sont séparées de leur insertion ou de leur attache fixe, elles restent flottantes comme des houppes, ce qui rend leur étude fort difficile. Dans les insectes mous, comme dans les orthoptères, tels que les sauterelles; dans les diptères, mais surtout dans les larves et les chenilles, cette étude est beaucoup plus facile. Lyonnet, dans son beau Traité sur l’anatomie de la chenille du cossus, a donné d’excellentes figures de ces organes du mouvement; on retrouve également des descriptions et des dessins exacts des muscles, dans la Bible de la nature de Svirammerdam. Nous-mêmes nous nous sommes livrés à cette étude , et nous avons consigné, dans le premier volume de l'Anatomie comparée de M. Cuvier, les recherches que nous

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avons joinfts à celles de ce savant, lorsqu’il a bien voulu nous associer à ses travaux et à la pifblication de cet ouvrage, auquel nous croyons devoir renvoyer le lecteur pour de plus amples détails.

Sensibilité. Les Insectes sont évidemment doués d’un système nerveux, et ce système est absolument le même que celui qu’on retrouve dans les crustacés et les annelides. Il consiste dans une moelle nerveuse assez homogène, composée le plus souvent de douze ganglions ou renflemens successifs, placés à la file les uns des autres, dans toute la longueur du corps, depuis la tête jusqu’à l’extrémité opposée du tronc. De ces renflemens partent constamment deux nerfs qui vont se joindre au renflement suivant, et de plus d’autres nerfs, en nombre variable, qui partent en irradiant pour se rendre dans tous les organes circonvoisins, et qui sont d’autant plus gros ou plus alongés que ces organes sont eux-mêmes plus développés ou plus éloignés du ganglion. Ces renflemens principaux sont généralement disposés ainsi : le premier, qui a été regardé comme un cerveau, est situé dans la tête, au-dessus de la bouche et de l’origine du conduit des alimens ; outre les filets qu’il fournit aux diverses parties de la bouche, qu’il est inutile d’examiner ici, il en envoie de plus gros aux yeux, aux antennes, et deux en arrière, qui lient le premier ganglion au suivant. Ces deux filets embrassent constamment l’œsophage, et lui forment ainsi une sorte de collier que les alimens doivent traverser. La série des autres ganglions reste alors sous les intestins et dans la partie inférieure du corps. Il y en a trois dans la poitrine : un pour le prothorax, qui donne les nerfs des pattes de devant ; un pour le mésothorax, qui fournit les nerfs des ailes supérieures ou des élylres, et ceux des pattes moyennes; enfin, dans le métathorax, le ganglion correspondant, qui est le quatrième de la série, fournit les nerfs des ailes inférieures et des pattes postérieures. Chacun d’eux donne les deux filets qui établissent la série

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des renflemens ; arrivés dans l’abdomen , cette %érie offre autant de renflemens qu’il y a d’anneaux, et ces ganglions fournissent les nerfs des muscles, ceux qui accompagnent les vaisseaux à air, les viscères génitaux, digestifs et sécréteurs.

On conçoit que les larves ont les nerfs autrement disposés; cependant ce sont absolument les mêmes que ceux qui se manifesteront dans l’insecte parfait, avec cette différence, par exemple, que les renflemens ou les ganglions s’éloignent les uns des autres ou se rapprochent, suivant que la larve, de courte qu’elle étoit, comme celle du fourmilion, donne un insecte alongé, ou bien que d’une larve alongée, comme de celle du scarabée ou du hanneton, il en provient un insecte beaucoup plus court.

Il n’y a pas le moindre doute que les parties dont nous venons de parler, ne soient les instrumens par lesquels l’insccte perçoit ses sensations, et que ces filets nerveux ne transmettent dans les organes la sensibilité dont ils sont doués, en liant entre elles toutes les parties du corps. Des expériences positives l’auroient démontré, lors même que l’analogie n’eût pas été évidente. Mais il s’agit d’examiner maintenant comment les insectes perçoivent les sensations : nous allons successivement exposer les notions acquises sur les organes des sens dans ces animaux.

Vue. Les yeux existent évidemment dans tous les insectes parfaits, etmême dans les larves qui sont obligées d’aller chercher elles-mêmes leur nourriture. Quant à celles qui se développent au milieu de leurs alimens, si elles y ont été déposées par leur mère, et quant aux espèces qui sont condamnées à vivre dans une obscurité profonde où l’on ne peut supposer que la lumière arrive jamais, on n’observe pas chez clics les instrumens de la vision.

Nous avons déjà dit que beaucoup d’insectes avoient deux sortes d’yeux ; j.° ceux qu’on nomme lisses ou stemmates, dont le nombre varie et dont les usages réels ne sont pas

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encore bien connus, quoique, par analogie, on les croie propres à la vision, puisque les araignées, les scorpions, les faucheurs n’en ont pas d’autres; 2° les véritables yeux, dont la surface est à facettes ou à réseau, ce qui leur donne une organisation très-compliquée. Quand on examine, en effet, la superficie de ces yeux à la loupe, et quelquefois à la vue simple , comme dans les papillons, les demoiselles, les mouches, les taons, on voit qu’ils sont taillés de manière à présenter beaucoup de petits tubercules ou de plans div ersement combinés, qui paraissent former autant de cornées ou de petits objectifs, c’est-à-dire, de premières lames, que doivent traverser les rayons lumineux émanés de la surface des objets. Chacun de ces petits plans est distingué de ceux qui l’avoisinent par des lignes ou des sillons, sur lesquels il n’est pas rare d’observer des poils.

Quand on enlève ainsi l’ensemble de cette cornée générale, et qu’on l’applique à l’objeçtif d’un microscope, après l’avoir nettoyé ou débarrassé de la matière colorante qui semble former autant d’iris et de trous pupillaires qu’il y a de plans divers, les objets vus à travers se répètent autant de fois qu’il y a de facettes. On présume que les apparences des corps se peignent ainsi dans les yeux des insectes, qui sont toujours immobiles ou adhérons à la partie solide de la tête. On voit se rendre de très-gros nerfs optiques dans ces yeux. Leur teinte varie beaucoup ; car il en est de noirs, de blancs, de jaunes, de verts, de bleus, de rouges; enfin, de toutes les teintes et de toutes les nuances, souvent même avec l’éclat métallique de l’argent , de l’or et du cuivre. Cette matière colorante est une sorte de membrane choroïde, dans laquelle on distingue autant de cellules qu’il y a de facettes, et dans chacune de ces cellules, ainsi que Swammerdam l’a décrit dans sa Bible de la nature et représenté à la planche XX de cet immortel ouvrage, on voit parvenir un filet nerveux de la masse optique, 11 est

fonctions des insectes.

évident, d’après les expériences de Delahire , insérées dans les Mémoires de l’Académie des sciences de Paris, tome X, page 609 et suiv., et d’après les recherches de Stancari de Bologne , que les yeux sont, chez les insectes, organisés de manière à leur faire percevoir l’image dés corps; car, quand les yeux sont couverts d’un enduit opaque, quand leur surface est altérée par quelque caustique ou par un instrument tranchant , et lors même qu’elle n’est couverte que d’une poussière très-fine, l’insecte est aveuglé et va se heurter contre tous les corps, s’il ne s’élève pas verticalement dans l’atmosphère , comme cela arrive aux oiseaux sur lesquels on fait la cruelle expérience de les aveugler ou de leur obscurcir les yeux subitement. Leuwenhœck a reconnu 3181 facettes dans l’œil d'’un scarabée , 8000 sur celui d’une mouche. Dupuget, dans ses Observations sur la structure des yeux des divers insectes, imprimées à Lyon en 1706, a compté sur l’œil d’un papillon 1732 5 facettes. ,

Ouie. Touslès naturalistes sont persuadés que les insectes sont doués de la faculté de percevoir les sons ou les ébranlemens de l’air, puisque plusieurs en produisent dans les circonstances de la vie où il leur devient important de se manifester réciproquement leur existence. Le chant de la cigale, le bruissement des sauterelles et la stridulation des criquets, le grognement des courtilières , le bourdonnement des abeilles, le tintement des cousins, le piaulement des syrphes, le tic et tac des psoques, le tapotement des vrillettes, et tous ces bruits, ces strideurs, ces frémissemens, ces oscillations, ces murmures des criocères, des leptures, des capricornes, des donacies, des ateuches, des blaps, des sphinx, sont certainement destinés à être perçus par un organe spécial; mais on en ignore le siège dans les insectes : c’est peut-être parce qu’on a voulu par analogie en rechercher l’existence vers la tête. Jusqu’ici on n’a établi que des conjectures à cet égard. Il faut avouer que tout porte à croire que les insectes per-

çolvent les sons; mais on ne sait pas encore où réside chez eux l’organe destiné à en transmettre l’idée ou l’image.

Odorat, Quant à l’organe de l’odorat, quand on réfléchit à la nature même de cette perception , on est étonné que les physiologistes aient voulu, par une idée d’analogie peu réfléchie , trouver vers la tête des insectes l’instrument destiné à arrêter les odeurs et à en apprécier les qualités. Que les mammifères, les oiseaux, les reptiles soient organisés comme l’homme, sous le rapport de l’olfaction, cela devoit être, puisque tous respirent par des poumons, et que l’air qui pénètre dans leur corps pour cet usage n’y peut parvenir que par une seule route, qui est la double entrée des narines: c’est sur ce passage forcé, et à l’orifice même, que l’essai de la qualité de cet air doit être fait, pour que l’animal soit averti du danger de l’admettre ou de la nécessité de le repousser.

Les odeurs ont en effet la plus grande analogie avec les saveurs. Elles consistent matériellement dans les particules des corps tenus en suspension, les unes dans les gaz, les autres dans les liquides. Les fluides élastiques dissolvent continuellement les corps à leur surface ; ils se chargent par cela même de quelques atomes de leurs parties constituantes, et ils les retiennent ainsi suspendues dans une sorte de dissolution, disposés à les abandonner lorsqu’elles auront plus de tendance à s’unir à d’autres substances. Dans quelques eirconstances les corps très-volatiles, et souvent par cela même très-odorans, prennent momentanément la forme de vapeurs ou de gaz non permanens, qui jouissent de la plupart des propriétés de l’air ou des fluides élastiques avec lesquels ils se mêlent. C’est donc sous ce point de vue, et comme des corpuscules gazéifiés ou des fluides aériformes, que l’on doit étudier la manière d’agir des odeurs.

Transmises nécessairement par l’air, qui est leur seul véhicule, les odeurs tendent à pénétrer avec lui dans le corps de l’animal ; arrêtées, sur leur passage , dans une sorte de

fonctions

bureau de douane où elles doivent être promptement visitées et analysées, elles sont mises là en contact avec une surface humide, avec laquelle elles ont quelque affinité : elles s’y combinent aussitôt; mais en même temps elles touchent et avertissent de leur présence des nerfs distribués sur ces mêmes parties, qui reportent au cerveau, dont ils sont le prolongement, l’action chimique ou physique, en un mot, la sorte de sensation qu’ils dénotent ou que peut^-être ils ont éprouvée.

Les odeurs sont donc , comme toutes les autres sensations physiques, une sorte de toucher, dans lequel le corps, quelle que soit sa nature, vient au-devant de l’organe et se transporte sur la seule partie de l’animal où son action puisse manifester toutes ses propriétés. En dernière analyse, toutes nos sensations se réduisent ainsi, ou à une taction passive, c’est-à-dire à l’action d’être touché ; ou à un tact actif, qui nous donne la faculté de porter notre corps , ou quelques parties de notre corps, sur la surface des objets, pour en apprécier quelques qualités.

Par cette admirable disposition nous éprouvons l’action de la plupart des corps. C’est ainsique la lumière, fluide impondérable, qui se modifie si diversement à la surface des objets, en transmet l’image dans l’œil, en s’appliquant exactement sur le nerf de la rétine ; que la matière de la chaleur ou le calorique se met en équilibre avec notre corps, s’y applique ou s’en échappe, en manifestant ainsi sa présence ou son défaut ; que les vibrations communiquées aux corps se transmettent, soit directement par le contact, soit par l'intermède de l’air ou des gaz, à une petite quantité d’air renfermée dans l’un de nos organes, avec laquelle elles se mettent en harmonie parfaite , pour faire apprécier les sons et produire l’audition; que les matières, enfin, qui sont susceptibles de se dissoudre dans les liquides, viennent manifester leurs qualités sur la région de l’animal où elles avoient le plus grand besoin

rONCTIONS EES INSECTES.

d’êfre appréciées avant de parvenir dans l’intérieur de son économie, puisque la saveur est une des qualités de l’aliment.

En dernière analyse, tous les organes des sens sont constitués par des appareils chimiques ou physiques, véritables éprouvettes où des nerfs aboutissent, pour faire naître à l’instant même l’idée complète de la perception et de la sensation réelle.

Nous avions besoin d’entrer dans ces détails physiologiques pour exposer nettement comment on conçoit que se fait dans les insectes la sensation des odeurs.

Il est bon de rapporter d’abord des faits qui prouvent que les insectes jouissent de cette sensation.

Il semble que la nature, en douant de l’existence cette innombrable quantité d’êtres destructeurs, ait eu pour but de les employer à faire disparoître les tristes restes des êtres organisés privés de la vie, afin de rendre plus tôt à la masse générale les élémens qui les composent, pour en former promptement de nouveaux par un cercle continu de créations et de destructions.

Pour parvenir à ce but, elle a, pour ainsi dire, intéressé à ses travaux tous les êtres qu’elle destinoit à cet emploi important, en leur donnant des goûts et une manière de vivre analogues aux fonctions qu’ils étoient appelés à remplir; et, afin de porter ici, comme dans toutes ses œuvres, la perfection à son plus haut degré, elle a doué ces animaux d’une sensation toute particulière et propre à leur genre de vie.

C’est par le milieu même dans lequel ils habitent, que les insectes sont avertis de la présence des corps qui peuvent servir à leur nourriture : l’air, en se chargeant des émanations odorantes qui s’en dégagent continuellement, va porter dans l’organe respiratoire toutes les molécules qu’il tient en suspension ; il devient ainsi le guide invisible de l’animal qui cherche 3 subvenir à ses besoins.

FONCTIONS DES INSECTES

Les premiers observateurs de la nature n’avoient point suivi avec l’attention convenable le mode de décomposition des êtres organisés. Voyant paroître presque subitement des insectes destructeurs, des larves, ou, comme ils le disoient, des vers , dans les cadavres , ils les regardoient comme le produit de la corruption. Il n’y a pas deux siècles que Rédi prouva , par des expériences concluantes, que les vers y étoient déposés par des mouches et d’autres insectes ailés, et que ceux-ci avoient été attirés par ce qu’on nommoit l’instinct sur les corps qui se décomposoient : c’est ce qu’on observe maintenant tous les jours.

C’est ainsi qu’on voit arriver de toutes parts des insectes sur le résidu des alimens qui ont été soumis à l’action digestive. Tels sont particulièrement les bousiers, les sphéridies, les escarbots, les staphylins, les mouches, qui soulèvent ces matières, les perforent, leur font présenter plus de surface à l’humidité, au dessèchement, à la dissolution, en les dispersant ou en les étendant sur un plus grand espace. Tels sont encore les nécrophores, les boucliers, les dermestes, les anthrènes, les ptines, qui paroissent principalement appelés à attaquer et à détruire les matières organiques animales privées de la vie.

On refusoit à ces insectes l’organe de l’odorat; mais on les supposoit doués d’une vue si perçante qu’elle suppléoit à ce défaut. Quelques expériences cependant peuvent combattre cette opinion et en faire adopter une tout-à-fait opposée.

Certaines fleurs prennent une odeur fétide et cadavéreuse tellement prononcée , qu’on y voit arriver, lors de leur plus grand épanouissement, un très-grand nombre d’insectes qui vivent ordinairement dans les matières animales soumises à la décomposition putride. C’est ainsi que les spath es de la serpentaire {arum dracunculus), les corolles de la stapélie variée, se trouvent souvent couvertes ou remplies de sylphes, d’escarbots, delà mouche delà viande et autres insectes, qui vien-

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nent non-seulement dans l’espoir d’y trouver leur nourriture, mais même pour y déposer leur progéniture. Peut-on se refuser ici à l’évidence, et ne pas reconnoître, d’abord, que ces insectes ont été trompés par leurs organes de la vision; qu’ensuite ceux de l’odoration ont produit non-seulement le mouvement volontaire ou le transport de l’insecte vers le lieu où se volatilisoient les molécules odorantes, mais que, de plus, trompé par cette sensation illusoire, l’insecte a été jusqu’à déposer ses œufs sur une matière que son odorat seul lui avoit indiquée comme propre à recevoir ces dépôts précieux ? ^

Ne voit-on pas les abeilles, les guêpès, les sphinx, les papillons et tous les insectes qui se nourrissent du suc des végétaux ou du nectar des fleurs, arriver en grand nombre vers la plante qui le produit, aussitôt qu’il en découle ou que les pétales sont ouverts ?

C’est encore en vain qu’on chercheroit à expliquer ici cette attraction , ce mouvement, par la sensation visuelle de l’insecte : car, malgré le soin des fleuristes, qui enveloppent leurs tulipes dans des châssis de toile; malgré ceux de l’épicier, dont le miel est caché par les douves du baril qui le renferme, l’insecte arrive, averti par l’odeur, et fait toutes les tentatives possibles pour parvenir vers le lieu d’où elle émane directement.

Les insectes jouissent donc du sens de l’odorat. Mais dans quelle partie de leur corps réside l’organe propre à cette perception ? Il est probable que cette sensation s’opère chez eux, comme dans tous les autres animaux, par l’organe respiratoire. Mais , dans les insectes, comme nous allons bientôt l’exposer, la respiration a lieu par des orifices nombreux qui correspondent à la plupart des anneaux du corps, excepté à la tête. On nomme stigmates, ces ouvertures, qui toutes aboutissent aux trachées ou aux vaisseaux à parois élastiques, toujours remplis de l’air ambiant, qui y arrive sans doute

fonctions des insectes.

chareé de tous les corpuscules odorans, comme chez les autres animaux. Mais ce gaz pénètre-t-il ainsi dans le lacis des vaisseaux aériens ? ou bien dépose-t-il ces molécules à l’entrée même des stigmates ? C’est ce qu’il est difficile de décider, quand on n’éprouve pas soi-même cette sorte de sensation; car certainement nous n’aurions aucune idée de la fonction admirable de la membrane pituitaire des animaux, si nous n’éprouvions pas évidemment la sensation des odeurs, et si, dans certaines circonstances appréciables, nous n’étions pas privés de l’olfaction. ‘

Godt. On conçoit aisément que les insectes ont la faculté de distinguer les saveurs. On a cru long-temps qu’elle résidoit dans les palpes, parce que ces parties de la bouche sont continuellement en mouvement et appliquées sur tous les points de l’aliment, à mesure qu’il est divisé et broyé par les mandibules et les mâchoires. On étoit porté à cette idée, parce que, dans un très-grand nombre d’espèces, l’extrémité des palpes se renfle, se ramollit et devient comme vésiculeuse; c’est encore à cause de cette particularité que quelques physiologistes ont émis l’opinion que l’organe de l’odoration pouvoit siéger dans cette partie. Cependant les palpes n’existent pas dans un très-grand nombre d’insectes, ou bien ils sont très-courts et ne peuvent en aucune manière servir à cet usage. Il vaut mieux présumer que les saveurs se manifestent chez les insectes, comme dans la plupart des animaux, dans l’intérieur même du canal digestif, et principalement à son origine ou dans la bouche. Chez tous, en effet, les alimens pénètrent, ou sous la forme liquide, comme dans les insectes suceurs, les diptères, les hémiptères, les lépidoptères, beaucoup d’hyménoptères; ou ils sont liquéfiés par la

1 Nous avons extrait ces details, relatifs à l’organe de l’odorat, d'un Mémoire qne nous avons publié sur cet objet en l’an V ( 1796), Magasin •Bcyclopédique, tome II, p. 435 et suiv.

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salive que l’animal unit aux particules qu'il détache et qu’il broie avec les mâchoires pour les porter sur le prolongement de la lèvre inférieure, qui porte à l’intérieur le nom de langue ou de languette (b’gula) , parce qu’elle en remplit les fonctions. 11 se rend, en effet, vers cette partie, des nerfs trèsdistincts. Lyonnet les a représentés parfaitement dans son Histoire anatomique de la chenille des cossus. Ainsi, c'est dans la bouche que l’on doit supposer le siège de l’organe du goût, dont les insectes sont certainement doués, puisqu’ils recherchent ou abandonnent certaines sortes d’alimens après en avoir opéré la dégustation.

Le toucher, dans les insectes, paroît être l’un des sens les moins développés. Ce n’est pas que ces animaux soient privés de parties propres k être mises en contact avec les différens points de la surface des corps; mais ces parties sont généralement couvertes d’üne peau dure, souvent cornée, et qui se refuse par conséquent à une application immédiate, comme l’exige l’appréciation des qualités tangibles des corps. D’ailleurs, l’idée de la température plus ou moins élevée, de la mollesse ou de la solidité, de la masse ou de l’étendue en longueur, largeur et épaisseur, ne peut pas être facilement acquise par l’insecte au moyen du toucher. Les organes que l’on suppose destinés à cet usage dans les insectes, sont d’abord les anten«es. 11 est vrai que ces sortes de cornes , surtout lorsqu'elles sont alongées et formées d’un grand nombre d’articulations, semblent être des espèces de tentacules que l’insccte met continuellement en mouvement pour explorer sa route et pour connoître les obstacles : c’est ce que l’on voit dans les sphèges, les ichneumons, les chiysides, qui ont les antennes, comme on le dit, très-vibratiles; c’est ce qu’on observe encore dans les capricornes et la plupart des xylophages, dans les crée* phages, comme les carabes, les cicindèles : mais dans d’au* très insectes les antennes sont formées par un simple poil ou par quelques anneaux très-courts. A quoi serviroient ce*

PONCTIONS DES INSECTES.

antennes dans les mouches,les cigales, les demoiselles? Secondement, on a cru pouvoir attribuer aux palpes cette même faculté du toucher ; mais ces palpes, à la vérité trèsmobiles dans les insectes màcheurs, sont à peine en rudiment ou tout-à-fait nuis dans les insectes suceurs, comme les hémiptères , et leur forme est tout-à-fait changée.

Enfin, les tarses sont certainement les parties les plus propres à donner à l’insecte l’idée de la nature des corps sur lesquels ils s’appliquent. Ils offrent, en effet, chez la plupart une assez large surface spongieuse qui, dans les mouches, les chrysomèles, les capricornes, peut facilement s’adapter à la superficie du corps. Chez d’autres, comme dans les hémiptères, les hyménoptères, ces tarses sont en général alongés, composés d’articulations très-mobiles. Enfin, dans les araignées, les faucheurs et beaucoup d’autres aptères, ces tarses sont évidemment des instrumens qu’ils emploient pour explorer la solidité et la nature des corps sur lesquels ils vont se transporter.

NuTRiTioir. Tels sont les organes des sensations dans les insectes : étudions maintenant, chez ces animaux, la fonction nutritive.

Nous avons déjà vu que quelques insectes se nourrissent de matières liquides, et qu’ils sont dits suceurs; tandis que d’autres, attaquant les substances solides, sont obligés de les diviser, de les humecter, de les broyer, et qu’à cet effet ces insectes sont munis de mandibules et de mâchoires à l’aide desquelles ils écrasent et réduisent en pulpe leurs alimens, et qu’on les nomme , dans ce cas, màcheurs. Les insectes, comme tous les êtres animés, tirent les élémens de leur nutrition des corps organisés ou des matières qui ont été déjà empruntées par d’autres êtres vivans à la nature brute ou inorganique ; mais les modes de l’alimentation sont extrêmement variés, comme nous allons brièvement l’exposer ici.

FONCTIONS DES INSECTES

Il faut d’abord savoir que très-souvent le genre de nourriture varie extrêmement, dans une seule et même espèce d’insecte, aux diverses époques de sa vie. Telle espèce est carnassière ou se nourrit du suc des animaux, dans son premier âge, qui devient ensuite herbivore; telle autre, au contraire , est forcée de se nourrir d’abord de débris de végétaux, qui, par la suite, ne pourra se sustenter qu'avec les humeurs pu les parties solides des animaux. Quelques-uns également pourront, pendant un temps de leur existence, absorber ou sucer leur nourriture sous forme liquide, et, par conséquent, sans la mâcher; tandis que, dans d’autres circonstances, les parties de la bouche ayant changé de forme, ils n’attaqueront que les solides. Il y auroit à rapporter ici un si grand nombre d’exemples de ces modifications, que nous nous contenterons d’en citer quelques-uns des plus remarquables.

Les hydrophiles, qui dans leur premier âge sont ce qu’on appelle des vers assassins , qui attaquent et sucent les têtards des reptiles, les petits poissons, les mollusques, les insectes mous, et qui, sous leur dernière forme, ne recherchent plus que les plantes aquatiques et les feuilles à demi décomposées des végétaux qui tombent dans l’eau, nous présentent un cas évident d’un zoophage qui devient phytophage : il en est de même des anthrènes, des téléphores, etc. D’un autre côté, les larves des fourmilions sucent leur proie sans la mâcher , et l’insecte parfait a la bouche parfaitement organisée pour broyer les alimens. En sens inverse, ne voyons-nous pas les chenilles des lépidoptères, comme le ver à soie, ron<rer et mâcher les feuilles; tandis que les papillons, les bombyees ne peuvent que sucer le nectar des fleurs avec leur langue ou trompe , qui se roule en spirale? Ces différences de mœurs et de conformation dans les parties de la bouche sont toujours liées avec d’importantes modifications dans les autres organes digestifs.

FONCIIONS DES INSECTES.

Tous les insectes sont doués d’une sorte d’instinct qui les porte à déposer leurs œufs, ou les germes de leur progéniture , dans le lieu qui leur présentera une nourriture plus facile , ou bien les parens pourvoient d’avance aux besoins de la famille qui doit leur succéder. Quelques-uns, comme les abeilles, les fourmis, les termites, travaillent en commun à la nourriture des petits, et leur préparent une pâtée dont les molécules ont été soumises à une sorte de préparation digestive,^ comme le font les oiseaux et surtout les pigeons. Toutes les familles des plantes, et leurs parties diverses, deviennent l’aliment de certaines espèces d’insectes, qui sucent ou dévorent les racines, les tiges, les feuilles, les fleurs, les différentes parties des fruits ; d’autres recherchent les animaux , vivent à leur surface, dans leur intérieur : chaque espèce semble être attachée à telle ou telle race, ou attaquer quelques animaux pendant leur vie ou après leur mort.' Citons, par exemple, les œstres, les hippobosques, les mélobosques, les tiques, les puces, les poux, les ricins, les cousins, les taons, les stomoxes, les asiles, les araignées, les demoiselles , les carabes , les cicindèles , les staphylins, les téléphores, les coccinelles, les mantes, les punaises, les rédiives, les notonectes , les naucores, etc., qui sucent ou rongent les animaux pendant qu’ils vivent encore ; tandis que d’autres les détruisent après leur mort, ou s’attachent à leurs dépouilles dans toutes les circonstances possibles, dans l’eau, dans la terre ou dans l’air : tels sont, entre autres, les dermestes, les boucliers, les nécrophores, les nitidules, les anthrènes, les ptines , les nécrobies, les blattes, les teignes , etc. Quelques-uns se développent dans l’intérieur même des animaux vivans, comme les larves d’œstres, d’échinomyes, de mouches, de conops , d’ichneumons, de chalcides, de sphéges, etc.

Quant aux organes de la nutrition, ils varient non-seulement dans les dififérens ordres, mais même sous les formes

diverses que les insectes prennent lorsqu’ils subissent leurs métamorphoses.

On distingue parmi les organes digestifs, la bouche, l’œsophage ou le conduit qui s’étend de la bouche à l’estomac , l’estomac même, le tube digestif ou canal intestinal et ses annexes, tels que les canaux salivaires, pancréatiques, biliaires, qui ne forment pas chez les insectes de véritables glandes sécrétoires.

Comme la conbguration des parties de la bouche, ou la conformation des org nes destinés à saisir et à absorber les alimens, présente les plus grandes variations, et que les naturalistes, depuis Fabricius, ont mis à cette étude la plus grande importance, nous croyons devoir présenter ici quelques réflexions physiologiques, qui mettront le lecteur à portée de juger lui-même de la nature de la question qui est aujourd’hui en litige parmi les entomologistes.

Toutes les fonctions sont liées chez les êtres vivans : aussi remarquons-nous dans les animaux, que le moindre changement qui survient dans un organe important, entraîne nécessairement avec lui des modiflcations évidentes sur d’autres parties qui paroissent très-éloignées lorsqu’on ne saisit pas les rapports qui les font nécessairement coopérer au même but, qui est la conservation de l’espèce. Entre plusieurs exemples frappans que nous pourrions produire à l’appui de cette vérité, citons-en un qui puisse être facilement conçu par tous nos lecteurs.

Le chat est un animal destiné à se nourrir de chair : toute son organisation le démontre. Supposons cet animal, dont les pattes , dans l’état sauvage , sont terminées par des ongles crochus, rétractiles et distincts, se trouvant tout à coup avoir toutes les griffes réunies et enveloppées dans une seule pièce de corne, arrondie en devant, tronquée en arrière, en un mot, dans un véritable sabot, semblable à celui du cheval. Bien certainement ce malheureux animal, lorsqu’il

fonctions des insecte*.

aura faim, courra, par instinct ou par un désir dépendant de la nature même de son organisation, sur les animaux vivans, dans le dessein de se nourrir de leur chair; mais, arrivé près d’eux, prêt à les dévorer .... comment va-t-il s’y prendre pour les attaquer ? Sa masse n est pas assez considérable , ses membres assez longs, assez étendus, pour que, d un coup de pied ou par une ruade , il puisse exterminer sa victime. D’un autre côté, pourra-t-il attaquer directement, et sans danger pour lui-même , des animaux comme des belettes, qui chercheront à défendre leur vie? Non, sans doute, puisque son museau court et arrondi ne porte que des dents incisives foibles, et deslaniaires trop peu alongées pour qu’elles agissent puissamment. Voilà donc cet animal forcé de périr, parce qu’il n’a pu saisir ou entamer sa nourriture.

Supposons cependant que cet animal se résigne à retirer des végétaux les sucs qui peuvent servir à sa conservation , a son développement , ou à la réparation de ses organes. D’abord, ses lèvres ne sont pas assez alongeables pour saisir la sommité des herbes ; il faudra qu’il mange, la bouche de côté : puis ses dents incisives sont trop petites, trop courtes et trop peu solides pour couper ou arracher ces végétaux : enfin ses dents molaires ne peuvent servir qu’à les couper très-grossièrement, et non à les réduire en pâte. Accordons même que cette nourriture peu succulente parvienne dans l’estomac, et voyons si elle suffira aux besoins de cet animal. Les herbivores ont, en général, une panse énorme ; le plus souvent ils ont quatre estomacs : or dans l’herbivore , de notre façon, le tube intestinal est très-resserré ; sa capacité peut contenir à peine , proportion gardée, le dixième du volume des alimens que mange un cheval, par exemple. Notre chat herbivore n’est donc pas plus heureux sous le rapport des organes de la digestion que sous celui des instrumens de la locomotion. H faut nécessairement qu’il périsse, ou plutôt

il est absolument et physiquement impossible qu’il existe un être vivant organisé de cette manière.

Linnæus paroissoit avoir bien réfléchi sur cet objet, lorsqu’il proposa sa classification des mammifères établie sur la présence, le nombre et la forme des dents. Cette méthode a rapproché les genres d’une manière très - naturelle, et a été très-utile aux progrès de la science, puisqu’elle a servi à établir des familles ou des ordres bien distincts, comme les carnassiers, les rongeurs, les ruminans, etc.

Frappés de l’avantage de cette étude, les naturalistes qui sont venus après Linnæus ont voulu chercher à appliquer ces principes à d’autres classes du règne animal. Fabricius, digne élève du professeur d’Upsal, s’est spécialement occupé de ce genre de travail, relativement aux insectes, en établissant un système entièrement fondé sur la considération des parties de la bouche , qu’il nommoit instrumenta cibaria. C’étoit en 1776 ; mais, déjà en 1762 , de Géer avoit commencé à publier un ouvrage très-savant dans lequel l’étude des parties deda bouche avoit déterminé la majeure partie des quatorze classes dans lesquelles il rangeoit les insectes; et Scopoli, en 1763, avoit employé des caractères tirés de ces mêmes organes , pour établir plusieurs ordres et un trèsgrand nombre de genres, surtout parmi les insectes qui n’ont que deux ailes et chez ceux qui en sont tout-à-fait privés.

Il n’est point en effet d’organes qui exercent une influence plus directe sur l’économie animale que ceux de la bouche. Aussi l’entomologiste de Kiel, en examinant ces parties dans beaucoup d’espèces que Linnæus avoit cru devoir ranger dans le même genre, a-t-il eu occasion d’établir des divisions très-bonnes et bien tranchées. Mais, entraîné par ce faux précepte de son maître, que dans tout système d’histoire naturelle il falloit tirer les caractères d’une seule et même partie, il a porté cette étude à un point extrême de recherches fines et trop minutieuses, qui lui ont fait perdre

fonctions 6ES INSECTES.

tout le mérite qu’elle avoit véritablement pour l’établissement des divisions premières d’un système. En effet, on a poussé si loin cette recherche des formes, dans des parties ■très-petites en elles-mêmes, qu’on a saisi les moindres variétés qu’elles offroient pour en former des caractères qu’il étoit impossible de comparer, puisque les genres qui sembloient le plusse rapprocher par les parties de la bouche, étoient cependant fort éloignés par la forme du corps, par celle des membres, des antennes, et surtout, ce qui est la pierre de touche de toute bonne méthode, par la maniéré de vivre. Que le lecteur veuille bien comparer avec le système des Éleuthérates de Fabricius, les caractères tirés des parties de la bouche dans les genres Brontes, Trichie et Bruche, et dans ceux de l’Ips et de l’Hydrophile : il appréciera bientôt la justesse de nos observations.

Quoi qu’il en soit, les parties de la bouche, dans les insectes^ étant réellement les premiers instrumens de la digestion, il est très-important de les étudier au moins d’une manière générale ; car le genre dé vie de l’animal s’y trouve, pour ainsi dire , inscrit et dénoté d’avance. Celui qui est destiné à manger des solides, a dû être pourvu des armes ou des instruinens propres à les attaquer, à les entamer; au contraire, pour celui qui est réduit à humer des liquides, il ne faut qu’un simple tube avec les moyens propres à y faire arriver les humeurs dont il doit se nourrir. De là deux divisions principales parmi les insectes, et sous ce rapport, comme nous l’avons dit, il y a des insectes màcheurs et des insectes suceurs ; cependant il est une troisième classe de ces animaux chez lesquels on oj^erve réunis les organes de la mastication et ceux de la succion , et qui paroissent par conséquent être mixtes.

Mais poursuivons l'étude des organes de la nutrition et en particulier de ceux de la digestion. Nous avons indiqué les parties delà bouche : au fond se trouve une ouverture qui est

le commencement du canal digestif; c’est une sorte de gosier ou d’arrière-bouche plus ou moins musculaire et dilatable.

L’œsophage vient immédiatement après l’arrière-bouche. C’est un canal plus ou moins alongé et étroit, suivant que l’insecte a le corselet, ou les trois pièces qui forment cette région du corps, plus étendu de devant en arrière. Il est constamment embrassé à son origine par deux cordons nerveux, qui proviennent du premier renflement de la moelle épinière contenue dans le crâne, et que l’on regarde comme le cerveau. C’est au-dessous de lui, et ensuite dans toute sa longueur, que l’on distingue les trois ganglions suivans de la série des nerfs noueux, qui se trouvent ainsi au-dessous des intestins, tandis que, dans tous les animaux à vertèbres, la moelle de l’épine est située au-dessus ou en arrière dans la cavité vertébrale : l’œsophage est musculeux, et les fibres contractiles qu’on y observe, sont principalement disposées en longueur. 11 est vrai qu’étant sujet à se dilater partiellement, pour laisser passer le bol alimentaire, pour ainsi dire calibré par la cavité du pharynx, il doit offrir des rides quand il n’est pas rempli. Au surplus, d’après la remarque de M. Marcel de Serres, qui a donné un %ès-bon Mémoire sur le tube intestinal dans les insectes Mémoire qui a été imprimé dans les Annales du Muséum en i 8 i 3 ), les fibres circulaires de l’œsophage sont beaucoup moins visibles que dans cette partie du canal qu’on regarde comme le duodénum.

L’estomac, dans les insectes, varie beaucoup, et par sa forme, et surtout parle nombre des poches ou des renflemens qu’il présente. Ainsi, il y a un véritable gésier ou une poche musculaire et fibreuse dans les insectes qui avalent goulûment : leurs alimens sont pour ainsi dire broyés à l’intérieur, après avoir été ramollis soit par la bouche, soit par leur séjour dans l’œsophage, qui constitue alors une sorte de jabot.

Quelquefois ce gésier est garni à l’intérieur d’écailles ou de lames de corne tranchantes ou dentelées, et on l’observe-

ainsi dans les espèces carnassières, comme dans les herbivores ; cependant ce gésier n’existe que chez les insectes mâcheurs.

L’estomac est tantôt simple, ôii n’offre qu’une légère dilatation de l’oesophage, dont il est à peine distinct; chez d’autres insectes il est membraneux et très-dilaté : tels sont en particulier ceux qui, sous leur dernier état, ne font que pomper le nectar des fleurs, comme les abeilles, les papillons. Chez d’autres suceurs , mais qui ne pompent que les humeurs animales, comme les zoadelges parmi les hémiptères, on trouve un estomac simple encore , mais à parois musculeuses.

Le tube intestinal est d’autant plus étendu , et surtout plus long, que l’insecte dans lequel on l’observe est moins carnassier. C’est une observation qui est commune au surplus à tous les animaux. Les espèces qui se nourrissent de matières végétales, sont obligées d’en ingérer une grande quantité pouf en obtenir une alimentation égale; car, sur un poids donné, il y a infiniment plus de matière alibile ou nourrissante dans une substance animale, que dans celles que contiennent les plantes ; aussi les lapins, les ruminans, tels que la vache, le mouton , par e^^ple, ont-ils le ventre plus volumineux et les intestins plus longs que le loup, les belettes, les lions, etc. Au reste j ce cas général est démontré par quelques circonstances propres à la vie des insectes ; ainsi les larves du grand hydrophile noir sont carnassières, et leur tube intestinal n’a guères que la longueur totale du corps. L’insecte parfait est herbivore : ses intestins, roulés en spirale, offrent plus de quatre fois la longueur de la larve. Les têtards des grenouilles nous offrent un exemple, en sens inverse, d‘im animal herbivore qui devient zoophage.

On distingue dans les intestins la portion qui vient immédiatement après l’estomac, ou les estomacs (car souvent il se compose de plusieurs poches), et la portion qui avoisine l’anus. La première est regardée comme un duodénum, et

l'autre comme le rectum. Quelquefois, prés de l’origine du duodénum, il y a des sortes d’appendices ou de prolongemens, en forme de cul-de-sac, qu’on nomme alors des cœcurns, dans lesquels on trouve souvent une humeur qu’on a regardée comme une sorte de bile ou de suc pancréatique, parce qu’il y aboutit en effet des fîlamens qui paroissent appelés à opérer une sécrétion d’une humeur propre à la digestion.

La bile proprement dite paroît être fournie par un appareil de filamens beaucoup plus longs et plus grêles, qui constituent une sorte de houppe, qui aboutissent quelquefois à un canal cholédoque commun, ou qui se rendent chacun isolément au canal digestif, qu'ils perforent en s’y terminant.

Le rectum, ou la dernière portion du tube intestinal, aboutit à l’anus, ou plutôt à l’orifice commun, qu’on peut appeler le cloaque : on y remarque des fibres circulaires qui y forment une sorte de sphincter. On y observe en outre des lignes saillantes, qui y forment des côtes variables qui probablement déterminent la forme que prennent les matières excrémentitielles lorsqu’elles sortent du corps de l’insecte. Cette diversité de forme est surtout notable dans certaines larves ou chenilles, comme dans celles des sphinx, des bombyces, qui dénotent ainsi leur présence sous les branches des arbres ou des arbrisseaux qu elles dévorent.

Consultez principalement sur cet objet le Mémoire de M. Marcel de Serres, déjà cité, et qui a été publié dans le vingtième volume des Annales du Muséum, et l'article III de l’Anatomie comparée de M. Cuvier, tome IV, pages 112 et suivantes.

Quant à la nutrition en elle-même, il n’y a pas le moindre doute qu’elle ne s’opère au moyen des alimens qui doivent fournir aux organes non-seulement les moyens de se réparer, mais surtout de s’accroître et de remplir leurs fonctions. Mais comment s’opère cette absorption ? C’est une question qui n’est pas encore complètement résolue. M. Cuvier a ex-

posé les raisons qui font croire que cette absorption, dan» les insectes, s’opère par une sorte d’iinbibition, parce qu’ils sont privés d’organes circulatoires, ou de vaisseaux lymphatiques , artériels et veineux. 11 est vrai qu’il arrive à cette opinion par des indications négatives; mais il y est tellement conduit par l’analogie, que ses raisonnemens deviennent une sorte de preuve concluante. Nous allons présenter ici un extrait de son travail à ce sujet, tel qu’il est consigné dans les Mémoires de la société d’histoire naturelle de Paris, tome I.", page 54.

Il est de fait qu’on n’observe aucun vaisseau sanguin dans les insectes : on n’en connoît qu’un, qui est une sorte de canal régnant le long de la partie moyenne du dos dans toutes les régions. On le voit très-bien dans les chenilles, surtout chez celles qui ont le corps ras, comme le ver a soie , le cossus : on y distingue une sorte de mouvement alternatif de systole et de diastole, ou de dilatation et de contraction, qui semble passer de la tête à la queue; mais on n’a jamais pu y observer des branches ou des racines qui y apportent un fluide liquide ou qui en sortent.

D’un autre côté, quand on sait de quelle manière s’opère, dans les insectes, la respiration , on ne voit pas une aussi grande nécessité, que chez les autres animaux, delà présence d’un agent central de la circulation, ni de canaux propres à porter les humeurs vers le lieu où l’air vient se mettre spécialement en contact avec les humeurs nutritives. C’est ce que nous chercherons à développer par la suite. Enfin, par cela même qu’il y a dans les animaux doués de la circulation, des vaisseaux artériels et veineux, ou qui viennent du cœur et qui s’y rendent, on conçoit qu’il existe chez eux des glandes conglomérées, destinées à opérer les sécrétions; ainsi le foie, le pancréas; les glandes parotides, salivaires ^ les testicules, etc. Mais cela devoit être autrement dans les espèces privées de la circulation; aussi n’y a-t-il pas de

FONCTIONS DES INSECTES. 45

glandes destinées à ces fonctions. Ces organes sécréteurs sont formés de filamens nombreux et distincts, qui plongent au milieu même du fluide nourricier dont ils doivent emprunter les matériaux, pour les travailler chacun suivant son mode et opérer ainsi les sécrétions.

Voilà comment il faut, dans l’état actuel de la science anatomique et physiologique, croire que la nutrition s’opère chez les insectes. C’est par la porosité du tube intestinal que les matériaux les plus propres à l’alimentation se séparent de la masse ingérée; leur division est telle, qu’ils forment alors une sorte de vapeur dont les molécules, peut-être encore plus fluides que les liquides, sont absorbées vraisemblablement sous la forme de gaz, que contiendroient alors les nombreuses trachées dont le tube intestinal est couvert.

Cependant d'autres sécrétions s’opèrent encore dans les insectes; mais le mode de cette séparation des humeurs nous est à peu près inconnu. Nous savons, par exemple, que l’acide produit par les fourmis, et qui est analogue à celui du vinaigre, est dégorgé par l'insecte; que plusieurs autres animaux de la même classe vomissent ainsi à volonté ou dégorgent quelques matières, soit fétides, soit nuisibles, au moment où elles se croient en danger. C’est ainsi que les boucliers, les carabes, les larves et les chenilles, rendent, par la bouche, une humeur dégoûtante ; que d’autres, comme les cétoines, les blaps, laissent sortir du cloaque quelque liqueur fétide; que les méloës,Ies chrysomèles font suinter de leurs articulations une sorte d’huile d’une odeur désagréable ; que les coccinelles font exhaler, du bord de leur corselet, une humeur jaunâtre d’une grande volatilité et d’une saveur amère; que plusieurs larves, comme celles de la chrysomèle du peuplier, les chenilles des papillons podalire et machaon , celle du bombyce vinule ou queue-fourchue font sortir des tubercules, des tentacules, de la surface desquels s’exhale une humeur particulière ; que les staphylins

ponctions des insectes.

font également saillir de l’anus deux vésicules qui transsudent une liqueur acide et très-odorante ; que chez les brachins qu’on nomme fum.ant et pétard, il s’échappe de l’anus, à la Volonté de l’animal, un gaz acide, produit par une liqueur contenue dans deux vésicules ; que d’autres portent des odeurs plus ou moins fortes : ainsi l’hémérobe aux yeux d or, au moment du danger, exhale une odeur d’excrémens humains,lespentatomesetles punaises, des émanations toutes désagréables; tandis que les capricornes, lescicindèles, les fourmilions et plusieurs autres insectes des sables, portent une sorte d odeur suave d’ambre ou de rose. C’est dans cette catégorie des sécrétions qu’il faut également ranger les fils déliés que produisent les hydrophiles , quelques ichneumons qu’on nomme à coton, la plupart des chenilles des bombyees, et en particulier celle du mûrier, qui donne la soie. Les sécrétions de la laque, de la cire; l’humeur de l’aiguillon de la guêpe et des abeilles ; celle de la trompe des réduves, des naucoresj la liqueur phosphorique des scolopendres , de la fulgore porte-lanterne, des taupins phosphorescens et noctiluque , des lampyres vers - luisans ; la graisse qui se sécrété dans le corps des larves pour l’époque où aura lieu la métamorphose sous l’état de nymphe, offrent encore un autre mode de sécrétions. On conçoit qu’il nous est impossible d’entrer ici dans ces détails , que nous avons dû cependant indiquer.

Passons maintenant à l’étude de la Respiration chez les insectes. Nous avons déjà eu occasion de parler des orifices par lesquels l’air pénètre dans le corps des insectes. Nous savons que ces ouvertures, qu’on nomme les stigmates ou les spiracules,sont à peu près au nombre de seize à dix-huit, correspondant chacun à l’un des côtés des segmens du corselet et des anneaux de l’abdomen. Ces stigmates sont l’origine des trachées ou des vaisseaux aériens, dont la structure est l’une des plus singulières. La plupart sont formés d’une lame mince, élastique, contournée en spirale sur elle-même, de

FONCTIONS DES INSECTES

manière à former un tube continu; et, pour en donner une idée fort exacte, qu’on se figure l’un de ces fils d’or, d’argent ou de cuivi • , tirés à la filière, et aplatis ensuite comme ceux dont on se sert pour en former les galons. On sait que ces fils métalliques ne font que recouvrir un autre fil de soie ou de matière végétale, de manière à le masquer complètement. Si l’on soumet un fil de galon ainsi disposé à l’action du feu, la matière végétale ou animale se brûle, se réduit en cendre, et cette cendre peut sortir par les deux extrémités du tube, qui reste alors creux et formé d’une lame spirale , dont les tranches sont parfaitement en rapport les unes avec les autres ; telles sont les trachées chez la plupart des insectes. En effet, si l’on en tire une à l’aide d’une petite pince, dn la voit se détordre ou se défiler, et, abandonnée à elle-même, elle tend à reprendre sa disposition en spirale. C’est à cette propriété qu’est due leur aptitude à former des tuyaux élastiques, se soutenant par eux-mêmes, et restant toujours propres à recevoir l’air, qui y pénètre, à ce qu’il paroît, par sa propre pesanteur et par sa fluidité extrême.

Ces canaux aériens sont en général cylindriques dans une certaine étendue de leur longueur; cependant il en est qui sont comme étranglés d’espace en espace, et qui forment alors comme des vésicules plus ou moins renflées, arrondies, ovales ou sphériques. Les larves ont des trachées, comme les insectes parfaits; mais il s’opère dans ces organes, à l’époque de la transmutation ou de la métamorphose , un changement presque aussi remarquable que celui qui a lieu dans le reste du corps. Quelques insectes aquatiques, en particulier, ont une manière de respirer tout-à-fait différente sous les trois états de larves, de nymphes et d’insectes parfaits.

On voit dans un grand nombre de diptères, lorsqu’ils sont encore sous l’état de larves, les orifices des trachées groupés diversement vers les derniers anneaux du corps. Chez les

roNCTXONS DES INSECTES.

larves des mouches armées ou stratiomys, par exemple , on remarque une sorte d’aigrette formée de poils barbus, comme ceux qui couronnent les semences des pissejalits, des scorzonères et autres plantes composées : c’est au centre de cette aigrette, comme huilée, que s’observe l’orifice respiratoire. Dans les larves et les nymphes des libellules ou demoiselles, le mode de respiration est surtout singulier. L’eau pénètre dans leur rectum par une sorte d’inspiration : il est probable qu’elle abandonne là le gaz oxigène qui s’y trouve combiné. On voit, en effet, dans l’épaisseur des parois de cet intestin lin grand nombre de trachées, qui représentent cinq grandes feuilles ou nervures de feuilles composées de petites trachées qui se rendent dans quatre troncs principaux, dont deux, plus gros encore, se subdivisent dans toutes les parties du corps. On rend sensible à l’œil ce mode de respiration des larves dont nous parlons, en les laissant séjourner pendant quelques minutes dans une eau colorée, puis en les transportant dans une autre eau très-limpide : à chaque mouvement d’expiration l’eau sort colorée de l’anus, après avoir lavé les tuniques de l’intestin. D’ailleurs, l’animal emploie ce mode de respiration pour faciliter son transport ou son mouvement dans l’eau, en profitant delà résistance que le jet sortant de l’anus éprouve sur la masse du liquide ; le corps de l’insecte , s’appuyant ainsi en arrière, avance du côté opposé , où est la tête. Dans les larves des éphémères, dans celles des phryganes, des cousins, des tourniquets, il faut avouer qu’il semble exister de véritables branchies, toujours en mouvement quand l’animal respire. C’est une sorte d’anomalie pârmi les insectes, qui mérite une attention toute particulière , surtout dans les éphémères , si, comme Sw-^ammerdam l’a pensé, ces insectes ont en outre la faculté de féconder les œufs après qu’ils sont séparés du corps de leur mere ; ce qui est une analogie marquée avec les poissons et quelques xeptiles batraciens.

FONCTIONS DES INSECTES

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Il résulte des recherches anatomiques, que, comme les insectes n’ont ni cœur ni vaisseaux, ce n’est pas le sang qui va chercher l'air, mais l’air qui se porte partout où se trouvent les humeurs; de sorte que , par le fait, le résultat est le même, puisque les deux fonctions s’exécutent réellement comme deux nombres qui sont multipliés indifféremment l’un par l’autre et qui donnent le même quotient.

D’après les expériences de M. Vauquelin, insérées dans les Annales de chimie, tome XII, page aya , il a été constaté que l'oxigène est nécessaire à la respiration des insectes; que ce gaz est absorbé ; que l’acide carbonique est dégagé, et que la matière de la chaleur se développe dans cette opération animale.

Quoique la température des insectes soit à peu près la même que celle de l’atmosphère, il faut avouer qu’on ne la connoît pas positivement : d’une part, parce qu’il est trèsdifficile de l’observer et de l’estimer, et que, de l’autre, le corps de l’insecte est bientôt mis en équilibre avec les matières qui l’environnent. Cependant on a observé que les insectes qui vivent en société, et surtout, dans nos climats, les fourmis et les abeilles, lorsqu’elles sont réunies , développent une température presque égale à celle de l’homme, si elle ne la dépasse pas. Un thermomètre, placé pendant l’hiver au centre d’une ruche, y reste constamment élevé à 28 à 50° Réaumur; et quand on excite ces insectes, leur respiration devient plus active, et ils développent alors presque subitement une température qui monte à deux ou trois degrés au-dessus de celle qu’ils marquaient d’abord.

Nous allons parler ici de la voix des insectes, quoique réellement les sons produits par ces animaux ne puissent pas toujours être attribués à l’air qui sort de leur corps. En traitant du bourdonnement dans les abeilles, nous avons exposé quelques faits qui semblent porter à croire que peut-être la vibration conununiquée à l’atmosphère est due à l’éjiraiile-

FONCTIONS DES INSECTES

ment de l’air qui sort des stigmates du corselet; et en parlant, au commencement de cet article, de la faculté auditive , nous avons exposé quelques faits entomologiques relatifs aux dift'érens bruits que les insectes produisent. La plupart sont dus à des frottemens ou des vibrations rapides, communiqués soit aux corps voisins, soit à certaines parties conformées de manière à représenter des cordes ou des membranes ; aussi a-t-on dit, en parlant des insectes : Animalia muta, nisi alio proprio instrumenta sonora. Les uns font mouvoir la tête sur le corselet, ou celui-ci sur les élytres, comme les capricornes, les criocères : d’autres font vibrer les anneaux de l’abdomen contre l’extrémité libre de ces mêmes élytres; tels sont les trox, les ateuches. Chez quelques-uns c’est un bouquet de poils roides, comme une brosse qui frotte contre un corps solide; c’est ce qui a lieu dans les blaps : d’autres frappent fortement le bois qu’ils rongent, avec quelques parties de la tête, comme les taupins, les vrillettes; chez les cigales mâles, c’est une sorte de tambour ou d’écaille concave, sous laquelle roule un cylindre garni de cordes saillantes : ceux-ci, comme les mâles des sauterelles, des criquets, font résonner quelques parties de leurs élytres en les croisant rapidement, ou en les agitant avec les jambes, comme les cordes de certains instrumens résonnent sous l’archet qui les frotte, etc.

Génération. Après avoir étudié dans les insectes les organes du mouvement et des sensations qui établissent la vie de rapport ou de relation dans ces animaux, nous avons fait' connoître, d’une manière générale, les parties qui servent à la nutrition ou à l’augmentation de volume du corps de l’insecte, et à la réparation des matériaux qu’il emploie pour exécuter ses fonctions ; nous avons traité en particulier des organes de la digestion, de la respiration , de la voix et des sécrétions. 11 nous reste à parler de celle de ces sécrétions qui est la plus importante . puisqu’elle donne aux êtres vivans

FONCTIONS DES INSECTES

la faculté de 'reproduire d’autres individus en tout semblables à eux-mêmes ou destinés à le devenir : nous allons donc faire connoître les organes de la génération dans les insectes.

Tous les insectes proviennent d'autres individus absolument semblables à eux, et dont ils se sont séparés d’abord sous forme à'aufs, c’est-à-dire que ce germe a été déposé, avec une certaine quantité de nourriture appropriée à son premier âge, dans une coque membraneuse plus ou moins solide. La configuration de ces œufs, et la manière dont ils sont pondus et disposés, chacun selon les besoins futurs, sont des plus admirables. Il en est de mous, et d’autres dont la coque acquiert quelquefois une très-grande solidité. Les uns sont agglomérés, collés les uns aux autres, réunis par des pédicules communs ou distincts; il en est de sphériques, d’ovales, de cylindriques, de plats, de déprimés, de comprimés, de prismatiques , d’anguleux, etc. ; quelques-uns sont enveloppés de matières protecti’ices propres à en éloigner les ^ animaux qui en seroient avides : ce sont tantôt des odeurs, des pointes acérées, des liqueurs corrosives, des enveloppes serrées et impénétrables, ou d’autres moyens astucieux et trompeurs que la femelle a mis en usage pour garantir sa progéniture, jusqu’à les couvrir de son propre corps, qui se dessèche et les protège comme un bouclier, ainsi qu’on le voit dans les cochenilles. On conçoit aussi que la couleur de ces œufs varie beaucoup selon les espèces et l'époque depuis laquelle ils ont été pondus, parce qu’alors le germe développé communique ses teintes aux membranes qui les recèlent. Quelques-uns de ces œufs éclosent dans l'intérieur du corps de leur mère : c’est ce qui arrive à ceux des pucerons dans certaines époques de l’année, à ceux de la mouche bleue de la viande , des hippobosques ; enfin , chez tous les insectes dits, pour cela même, ovovivipares.

Le plus souvent les sexes sont distincts et séparés, ou sur,

fonctions des insectes.

des individus différens; les uns sont mâles, et les autres femelles. Le nombre des individus de l’un et de l’autre sexe est en général à peu près le même; cependant il en est quelques-uns qui sont condamnés dès l’enfance à n’avoir jamais les organes sexuels complètement développés. Quand cette anomalie existe, ce sont les femelles qui sont ainsi privées des organes sexuels, au moins apparens, et on les dit alors neutres ou mulets : c’est ce qu’on observe dans quelques genres d’hyménoptères, principalement dans les fourmis, les guêpes, les abeilles, et dans quelques névroptères ou hémiptères, coiqme les termites, les pucerons. 11 est cependant rare que les insectes d’une même espèce vivent par paires ou en monogamie. Le seul besoin de la fécondation les rapproche pour un temps très-court ; le mâle périt peu de temps après l’accouplement, tandis que la femelle survit jusqu’apres la ponte. Nous avons déjà dit qu’il sembloit qu’il n’y avoit que les sucs élaborés dans le jeune âge de l’insecte qui pussent servir à l’œuvre de la génération; car, aussitôt que ces animaux ont pris leur dernièi’e forme, et qu’ils ont acquis le pouvoir de donner ou de recevoir le fluide qui transmet la vie, ils s’accouplent, pondent et meurent. Les mâles sont en général plus petits que les femelles : ils sont plus sveltes, plus brillans èt mieux colorés; la forme des antennes, des ailes, et surtout l’extrémité de l’abdomen où résident les organes sexuels et les instrumens destinés à placer les œufs dans les circonstances les plus favorables à leur développement, offrent sauvent de notables différences.

Ainsi les mâles des fourmis, des cochenilles, des pucerons , de quelques coléoptères herbivores, sont excessivement petits de taille, si on les compare avec leurs femelles. Les antennes des bombyces, celles des rhipiphores, des taupins, sont beaucoup plus développées dans les mâles; les ailes du bombyce disparate, du tau, de l’étoilée, n’ont presque pas de rapports avec celles des femelles ; quelques-unes des fe*

FONCTIONS DES INSECTES

inelles sont même tout-à-fait sans ailes , comme dans notre espèce de lampyre , dite à cause de cela ver luisant.

Chez la plupart des insectes les organes sexuels sont placés à l’extrémité de l'abdomen; elles font le plus souvent saillie au dehors dans les males, quelquefois aussi chez les femelles. Dans quelques espèces, cependant, comme dans les demoiselles et les araignées, les parties sexuelles femelles sont autrement disposées que celles des mâles.

Nous ferons connoître, au cinquième chapitre, toutes les particularités les plus remarquables que développent les insectes à l’époque où les deux sexes sentent la nécessité de se manifester réciproquement, ou de se faire connoître le besoin impérieux de la reproduction et de la conservation de l'espèce , en s’adressant à tous les sens : les uns en produisant des bruits particuliers; d’autres, en développant des effets de lumière pendant l’obscurité des nuits ; plusieurs en exhalant des odeurs qui manifestent au loin leur présence, et qui attirent ainsi les deux sexes l’un vers l’autre par une sorte de véhicule ou de guide invisible.

L’acte de la reproduction s’opère dans les insectes par le rapprochement des sexes et par le contact plus ou moins prolongé des organes, qui se pénètrent de manière que la liqueur prolifique ou séminale peut aller vivifier les œufs, dont les rudimens préexistent dans les ovaires ; le plus souvent ce sont des organes mâles, solides et cornés, qui sont introduits dans le cloaque de la femelle. Ces organes mâles consistent ordinairement dans des pièces qui se présentent d’abord avec peu de volume, mais qui, s’écartant bientôt, non-seulement permettent aux parties molles de se porter plus avant, mais qui, en outre, se renversent ou s'accrochent de manière que la séparation des deux individus ainsi accouplés ne peut plus s’opérer, à moins que les parties ne soient restituées dans leur situation primitive, ce qui n’arrive que lorsque la fécondation est complète.

fonctions des insectes.

La configuration des organes mâles et femelles varie trop , non-seulemeht dans les ordres, mais même dans les genres et les espèces, pour que nous essayions d’en présenter une idée générale. Nous dirons seulement que chez les mâles on trouve des vaisseaux spermatiques très-nombreux et fort gonflés avant l'accouplement; que ces vaisseaux, qui ont douze ou quinze fois la longueur du corps , sont pliés et repliés sur eux-mêmes, de manière à occuper une grande partie de la cavité de l’abdomen : ils aboutissent quelquefois à un réservoir commun, à des vésicules séminales qu’on a comparées à des prostates, à des épidydimes , à des canaux déférons, qui se rendent plus ou moins médiatement à une sorte de pénis ayant pour fourreau les écailles cornées qui font l'office de gorgeret dilatateur.

Dans les femelles, outre l’orifice destiné à recevoir les organes du mâle , il existe souvent des instrumens qui facilitent la ponte ou la manière diverse dont les œufs doivent êtî^e déposés. La vulve s’ouvre dans le cloaque; c’est là qu’aboutissent les oviductes : ce sont des canaux très-prolongés, comme les vaisseaux spermatiques, mais beaucoup plus gros. On y distingue les œufs, qui sont d’autant plus développés, qu’ils sont plus près du canal commun qui les mène dans le cloaque : c’est le plus souvent dans ce canal commun qu’ils reçoivent la glu ou l’humeur visqueuse qui sert à les fixer ou à les suspendre par des pédicules quelquefois très-alongés, comme on l’observe dans les œufs des hémérobes. 11 est des insectes qui pondent tous les œufs à la fois, comme deux grappes, c’est ce qui arrive aux éphémères; mais le plus souvent ces œufs passent successivement, un à un, par l’orifice du cloaque. Les pondoirs ont tantôt la forme de couteaux, de sabres, de scies, de gouches, de vrilles, de perçoirs, desondes : c’est ce qu’on observœ dans les sauterelles, les grillons, les mouches à scie, les ichneumons, les chalcides, les évanies, les leucopsides, les nèpes, les panorpes, quelques trichies, lespriones, les cossus, etc.

fonctions des insectes.

Le mode même du rapprochement des sexes est déterminé par la configuration générale du corps, ou par la position des organes sexuels. Le mâle est ordinairement placé audessus de la femelle, qui est plus grosse. La puce, les éphémères, dit-on, et quelques autres, font seuls exception. Quelquefois les mâles ont les pattes de devant plus alongées, comme on l’observe dans les clytres, quelques scarabées : ou leurs tarses sont très-dilatés en devant, et garnis de houppes, de lames ou d’écailles, pour adhérer sur le corps de la femelle qui est trop lisse, comme on l’observe dans les mâles des hydrophiles, des dytiques, des crabrons ; et c'est alors aussi qu’on remarque quelquefois une différence notable dans les élytresdes femelles, qui sont sillonnés en long ou en travers, tandis que ceux du mâle ne le sont pas. La position des organes sexuels a aussi déterminé de singuliers modes d’accouplement. Dans les libellules, par exemple, le mâle saisit la femelle par le cou, ou ^dans l’interr'alle de la poitrine avec la tête, au moyen de deux crochets qui font l’office de tenailles et qui sont placés à l'extrémité de sa queue : il s’e^ole ainsi avec elle, et la force de venir appliquer son ventre contre sa poitrine , ou à la base de son abdomen, qui loge là les organes sexuels. Dans les araignées le mode de fécondation est encore plus singulier, les organes du mâle étant situés dans les palpes, et ceux de la femelle à la base de l’abdomen, au-dessous des pattes. Dans l’acte de l’accouplement le plus souvent les insectes restent tranquilles et immobiles; d’autres continuent de marcher ou de voler ; quelques-uns, comme les hannetons, prennent une position singulière, le mâle restant presque renversé sur le dos : dans les bombyces, comme dans les vers à soie, les têtes du mâle et de la femelle sont en sens opposés, et ce rapprochement dure plus ou moins de temps; il exige des journées entières, ou il s’accomplit en moins d^une seconde. Nous croyons même que les éphémères n’ont pas de véritable accou-

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plement, mais que les mâles fécondent les œufs dans l’eau, après la ponte.

L’histoire des changemens qui surviennent chez les insectes, depuis l’instant où ils sortent de l’œuf jusqu’à celui où ils sont aptes à reproduire leur espèce ou à propager leur race , doit trouve.' ici sa place. Chez la plupart des insectes ces changemens sont de trois sortes ; on les nomme, dans leur ensemble, la transmutation ou la métamorphose. Le premier état de l’insecte , lorsqu’il sort de l’œuf, est celui de larve ou de chenille; le second est celui de chrysalide, de nymphe, de pupe ou d’aurélie; enfin, sous le dernier état, l’insecte est accompli : il est, comme on le dit, parfait ou déclaré; c’est ce qu’on a nommé aussi Vimage, ou l’insecte reproduit [imago revelata).

Les métamorphoses des insectes ont été connues imparfaitement par les anciens. On voit dans beaucoup de passages d’Aristote, qu’il savoit que plusieurs insectes, et il nomme en particulier les papillons, les abeilles, provenaient de chenilles , de vers ; mais ce n’est guères que depuis les recherches de Swammerdam , de Rédi et de Goedaert, que ces transformations ont été bien connues, et que la reproduction des insectes a été expliquée comme elle devoit l’être.

Outre les mutations notables dans la forme que subissent les insectes dans les trois états qui suivent leur sortie de l’œuf, ils changent souvent de peau ou d’épiderme, et souvent cet épiderme est d’une tout autre apparence que celui qui lui succède, ce qui donne encore à l’insecte un autre aspect; c’est ce qui arrive à la chenille du mûrier, dite ver à soie: lorsqu’elle sort de l’œuf, cette chenille est velue; dans les mues suivantes, elle a le corps ras ou sans poils; mais sa teinte varie beaucoup. Il en est de même dans un grand nombre d’autres larves.

Fabricius, dans sa Philosophie entomologique, a consacré une section entière à l’exposition des modifications de la

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Si

métamorphose dans les insectes. Depuis cet auteur, la science a fait de grands progrès, et M. Latreille en particulier a publié sur ce sujet des observations très-judicieuses, dont nous donnerons une analyse après avoir présenté celle du travail de Fabricius, qui met parfaitement sur la voie.

Ainsilalarve, qu’on nomme quelquefois chenille ou ver, est l’enfance de l’insecte dès le moment où il sort de l'œuf. Cette larve, toujours stérile, est molle, très-vorace; elle se dépouille à mesure que sa peau ne peut plus suivre le développement de ses organes. A sa dernière mue, la lar\œ prend le nom de pupe , de nymphe, de chrysalide ou d’aurélie ; c'est^ dit Fabricius, l’adolescence de l’insecte : il ne croît plus ; il se durcit; quelquefois, ou dans quelques cas, cette nymphe est immobile, et, pendant ce repos, elle acquiert plus de consistance.

Fabricius distingue cinq ordres de métamorphoses, d’après les modifications de formes et de mouvemens de la larve et de la nymphe.

Dans la première métamorphose, qu’il nomme complète, à laquelle il rapporte les araignées, les scorpions, les pinces, les cirons, etc., il n’y a pas de différence entre les larves, les nymphes et les insectes parfaits.

11 rapporte au second ordre de métamorphose, qu’il nomme demi-complète, les demoiselles, les punaises, dont les larves ont six pattes et sont agiles, ainsi que les nymphes, qui ont de plus des rudimens d’ailes.

Au troisième ordre, qu’il appelle métamorphose incomplète, il rapporte les coléoptères, les hyménoptères, qui proviennent de larves motiles, et qui produisent une chrysalide à pattes distinctes , mais repliées et immobiles.

Les lépidoptères , qui ont des larves ou chenilles avec des pattes, et agiles, dont la chrysalide est couverte d’une enveloppe commune qui prive les pattes du mouvement, mais sur laquelle on distingue cependant la forme de la

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tête, du corselet et du ventre, sont rapportés au quatrième ordre de métamorphose, qu’il nomme obtectée.

Enfin, les diptères forment un cinquième ordre de transmutation, qu’il appelle coarctée, parce que la larve apode, annelée et mobile, se change en une nymphe qui paroît apode et qui est toujours immobile , et parce qu’il se forme en dehors une enveloppe qui ne permet de distinguer aucune partie du corps.

M. Latreille distingue trois sortes de métamorphoses : i.“ celle qu’il nomme ébauchée, 2.“ la demi-métamorphose, et 3 ." la métamorphose complète.

Dans les deux premiers modes, l’insecte n’éprouve de transmutation que dans les organes du mouvement, dans les ailes ou les pattes ; la larve , la nymphe , sont toujours actives, et l’insecte parfait conserve les mêmes habitudes.

C’est le troisième mode de métamorphose qui offre le plus d’intérêt ; car l’insecte parfait et sa larve n’ont réellement aucun rapport de formes : la nymphe ne se nourrit plus et reste immobile, soit qu’elle ait les membres libres et distincts, soit qu’elle reste, comme on le dit, emmaillottée; et cette sorte de maillot prend la forme d’une momie , lorsqu’on aperçoit les linéamens des pattes, des antennes, des yeux, etc. ; ou bien elle est en forme d’œufs, et alors on ne voit qu’une sorte de peau ou de coque arrondie.

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