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DES MOYENS QUE LES INSECTES EMPLOIENT POUR CONSERVER LEUR EXISTENCE

La connoissance des moyens que les insectes mettent en usage pour se soustraire aux dangers qui menacent constamment leur existence , est une des parties les plus intéressantes de l’étude de ces animaux.

La nature , toujours prévoyante et habile conservatrice de ses œuvres, n’ayant pas accordé aux insectes la force nécessaire pour résister à la rapacité de leurs nombreux ennemis, elle y a suppléé par une variété de moyens qui attestent, là comme partout, la fécondité de ses ressources.

La célérité dans la fuite , l’astuce qui produit une illusion trompeuse ou une aversion momentanée, garantissent le plus souvent ceux de ces animaux que les circonstances obligées de leurs mœurs mettent dans l’impossibilité de la défense. C’est ainsi qu’en établissant un ordre de dépendance nécessaire entre le plus fort et le plus foible ou le moins adroit, le juste rapport dans la propagation de tout ce qui est doué de la vie est assuré de la manière la plus admirable.

Nous ne pouvons mieux faire connoître ces moyens de défense que mettent en usage les insectes, qu’en parcourant dans chacune des classes les genres et les espèces qui nous offrent à cet égard des particularités remarquables.

Le premier genre que nous observerons sera celui des opatres (pl. i 3 , n.° 4), que Geoffroy nommoit ténéhrions. Les deux espèces qu’on appelle gris et sablonneux, se trouvent dans les lieux arides , couverts de sable terreux , d’argile ou de poussière : elles sont garanties par des élytrès durs, qui, en se repliant sous l’abdomen, l’embrassent et le défendent. Leur corselet est échancré eu devant pour recevoir la tête ; il est en outre rebordé sur les côtés, ce qui lui donne une plus grande

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solidité. Cette conformation, cette sorte de bouclier, de cuirasse protectrice , paroîtroit devoir suffire à l’insecte comme moyen de défense\ Cependant il y joint la ruse, et rien ne pourroit alors le déceler que ses mouvemens, qu’il sait suspendre et arrêter brusquement au moindre danger. Voici l’astuce dont il fait usage : il jouit de la faculté de faire adhérer sur ses élytres les particules les plus déliées du sol qu’il habite ; couverte ainsi de poussière, dont la teinte varie suivant les localités, la masse de son corps se confond et se perd par Tuniformité de la coloration. C’est une sorte de déguisement sous lequel il vit en sûreté.

Parmi le grand nombre d’espèces de la famille des insectes à élytres qui se nourrissent de proie vivante et que l’on a nommées créophages, nous indiquerons deux especes de brachyns, le crépitant et le pétard (pl. i, n.° 5 ). Ils habitent ordinairement les endroits humides, vivent sous les pierres et sont très-communs, se réunissant en grand nombre en une sorte de famille. Leur nom spécifique provient du son qu ils font entendre par une propriété que nous allons indiquer.

Quand l’insecte est saisi, ou lorsqu’il se croit en danger de l’être , il fait entendre un petit bruit, et l’on voit sortir, au même instant, de dessous sesélytres, une vapeur blanchâtre, d’une odeur acide. Souvent cet effet, produit par un seul individu de la famille pénétré d’une crainte salutaire , détermine tous les insectes de la même tribu à en faire autant; alors toutes les crevasses de la terre qui les recèle fument et représentent autant de petits volcans.

Quelques essais tentés sur la nature de cet acide nous ont fait connoître qu’il n’existoit dans le corps de l’insecte que dans un état liquide. Quel est donc ce singulier acide ? Quoique très-caustique, il est contenu dans des parties animales vivantes, et il ne les détruit pas ! Y est-il sous un état particulier de combinaison ? ne devient-il acide que par le contact d’un gaz qui se combineroit avec l’oxigène de l’air ?

Voilà des questions à soumettre aux expériences des physiciens et des chimistes.

Sous le point de vue de leur conservation, la plupart des coléoptères aquatiques, comme les dytisques ( pl. a , n. 1,3,4)» les hydrophiles, les tourniquets, ont été singulièrement favorisés par la nature, puisqu’ils sont doués tout à la fois des mouvemens propres à la plupart des quadrupèdes , des oiseaux et des poissons. Ces facultés sont de véritables moyens de défense , puisque tous leur servent, au moins successivement, à fuir les ennemis qui les poursuivent sur la terre, dans l’air ou sous l’eau. Ils évitent la poursuite des animaux terrestres, en se confiant à l’air, à l’aide de leurs ailes, qu'ils déploient dans l’atmosphère ; ils se dérobent à la voracité des volatiles, en s’enfonçant dans l’eau par la disposition de leurs pattes postérieures, dont la forme et les mouvemens sont ceux des meilleures rames ; enfin, ils échappent aux habitans des eaux, en se retirant sur la terre.

Mais ce n’étoit pas assez que la conservation de l’insecte fût assurée’sous l’état parfait j la larve nue, n’ayant pour défenses que ses mandibules, est aussi obligée d’user d’artifices pour se soustraire à la voracité de ses nombreux ennemis.

Aussitôt qu’elle se sent saisie par quelque oiseau aquatique ou par quelque poisson, son corps, dont les anneaux étoient distincts et rapprochés par les muscles, devient flasque et mollasse; il s’alonge : sa peau, âpre, coriace et couverte de boue, s’abandonne aux inflexions diverses, cède aux tiraillemens, résiste imperturbablement aux piqûres, aux déchirures légères, sans manifester le moindre signe de vie , et ressemble à celle d’un cadavre dans un état de demi-putréfaction, probablement dans le but de dégoûter la convoitise des animaux qui ne dévorent que des proies vivantes.

Lesmalachies ou cicindèles à cocardes (pl.g,n.'‘y) sont, ainsi que leur nom l’indique, de petits coléoptères dont toutes les parties sont très-molles. Ils fourniroient, par cela même, une

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