‹ Considérations générales sur la classe des insectesChapitre 15 sur 39 · MODES DE PROPAGATION · texte numérisé non relu

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comme dans les plantes, des mariages singuliers, que nous pourrions rapporter à la polygamie frustranée, à la polyandrie monogynie et polygynie, à la monoécie. D’autres genres nous présentent des particularités non moins étonnantes. Les individus qu’ils renferment, conservent leurs œufs dans l’intérieur du corps jusqu’à ce que les petits, éclos, soient en état de subvenir à leurs propres besoins : tels sont les mouches vivipares, les cloportes. D’autres même ne mettent au jour leur progéniture que lorsque déjà elle a subi une première métamorphose, comme les hippobosques, les pucerons.

Le plift grand nombre des insectes ne parviennent à l’état parfait que pour vaquer au grand œuvre de la génération. Le mâle épuisé périt après quelques accouplemens ; il précipite le moment de sa mort par le nombre de ses jouissances. La femelle fécondée continue de vivre jusqu’après la ponte. Quelquefois son corps desséché sert d’enveloppe aux œufs, et de nourriture aux petits, lorsqu’ils sont éclos. C’est ce qu’on observe dans les cochenilles.

Il semble qu’il n’y ait que les sucs élaborés pendant le jeune âge ou l’enfance de l’animal, pendant qu’il étoit encore sous la forme de larve , qui puissent servir à l’œuvre de la génération; car, aussitôt que l’insecte est parvenu à l’état de perfection, il est conformé de telle manière que, sans prendre de nourriture, il peut donner ou recevoir le fluide qui transmet la vie dans les germes. Naître, s’accoupler, pondre et mourir, voilà souvent pour l’hémérobe, la frigane, la tipule, le cousin et l’éphémère, les actions d’une journée, de quelques heures.

Les parties sexuelles des insectes ne se manifestent que sous leur dernière mue. Le plus ordinairement elles sont situées à l’extrémité de l’abdomen. Chez les mâles , elles font saillie au dehors, le plus souvent; car quelques femelles présentent la même disposition. Leur forme varie selon

les espèces. Presque toujours elles sont accompagnées de crochets qui servent à rapprocher davantage les sexes, et à les retenir ainsi réunis. Les organes extérieurs de la génération, dans les femelles, sont toujours configurés de manière à recevoir ceux des mâles ou à s’y introduire, comme on peut l'observer dans quelques coléoptères et chez beaucoup de diptères.

Lorsque la voix impérieuse de la nature, qui ordonne la reproduction et la conservation de l’espèce, se fait entendre, les insectes manifestent la volonté du rapprochement des sexes ; ils cherchent à se communiquer réciproquement leurs désirs, à étendre et à faire reconnoître leur existence sur un plus grand espace. Les uns, à l'aide d’instrumens dont la nature semble les avoir tout exprès fait porteurs, et musiciens, font entendre et retentir au loin leurs chants d’amour. D’autres, en étalant pendant le jour les couleurs les plus vives, ou en faisant à volonté briller dans l’obscurité certaines parties de leur corps d’une lumière phosphorique, paroissent chercher à se faire remarquer du sexe dont ils ont besoin. Plusieurs exhalent dans les airs des émanations odorantes plus ou moins remarquables. Tous ont leurs signaux, leur langage.

C’est ainsi que dans la famille des photophyges ou lucifuges, dont les espèces ont la démarche lente, les élytres durs, soudés, et sont privées par conséquent des facultés qui permettent à un si grand nombre d’animaux de se transporter subitement vers le Heu où leurs désirs peuvent être satisfaits, presque toutes les femelles présentent un instrument d’amour très-remarquable par sa situation et le son qu’il produit. C’est un pinceau, un faisceau , une brosse de poils roides,'Situé entre le premier et le second anneau du ventre. Ces soles sont attachées à une lame de corne élastique, qui recouvre, comme une peau de tambour, une cavité très-sonore. Lorsque l’insecte, en appuyant cette

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partie sur un corps solide, lui imprime un mouvement de friction, il se produit un son très-sensible. A cet appel, on voit sortir de leurs sombres retraites et arriver de toutes parts les mâles, qui ne sont point sourds aux besoins de l’amour.

Dans des circonstances semblables et dans le même but, presque toutes les espèces des térédyles ou perce-bois, font entendre, dans l’intérieur des boiseries qu’elles rongent, un mouvement très-singulier. L’insecte, cramponné solidement par les pattes dans l’intérieur de la mine qu’il s’est pratiquée, communique à son corps un mouvement de va-et-vient très-rapide : il fait frapper sa tête ou la partie inférieure de son corselet contre le bois. Il reste ensuite quelques secondes en repos. Si aucun individu ne sort des trous voisins, il se porte à quelque distance pour recommencer le même trémoussement oscillatoire. C’est peut-être encore à cette expression du désir qu’on peut rapporter ces pulsations que produisent dans l’intérieur de nos meubles ces petits psoques, appelés vulgairement poux de bois.

Nous ne citons que ces exemples de sons produits par la vibration des corps extérieurs mis en mouvement par celui des insectes; mais d’autres espèces sont porteurs de véritables instrumensà cordes, qui peuvent fournir par euxmêmes un bruit, une mélodie particulière. Tels sont les criquets elles grylions mâles , qui, dans la saison des amours, expriment le besoin de la femelle par un frémissement particulier qu’ils communiquent à l’air. Us indiquent son approche ou son éloignement par les divers degrés de vitesse avec laquelle ils font vibrer leurs élytres membraneux et élastiques, dont les nervures longues et saillantes frottent et résonnent sur les épines qui garnissent leurs longues pattes de derrière. Les sauterelles mâles ont un organe à peu près semblable, mais beaucoup plus sonore, placé dans l’épaisseur même des élytres : celui du côté gauche est plus convexe.

et situé au-dessus de celui de la droite; sa partie moyenne présente une sorte de disque lisse, membraneux, très-tendu, sur lequel on voit seulement deux ou trois lignes saillantes, qui, frottant sur celles d’en-bas, font résonner la membrane , et produisent un son qui se fait entendre à des distances fort éloignées. Dans les cigales mâles on voit, à la base du ventre, une petite écaille membraneuse, recouvrant une cavité qui est le siège de l’organe sonore : en effet, il y a au dedans une sorte de vésicule dont les parois cornées sont marquées d’arêtes ou plis saillans, transversaux, distribués à distances à peu près égales; cette vessie est susceptible d'un mouvement de demi-rotation, et ses rides, venant à toucher l’écaille cornée qui la recouvre, produisent ce mouvement qu’on nomme improprement la voix de la icigale.

L’impatient désir de se reproduire se manifeste dans l'un et l’autre sexe; il s’adresse à tous les sens. Nous venons de voir comment il parle à l’ouie : d’autres insectes affectent l’organe de la vue. Ils font briller au loin les flambeaux de l’amour dans le silence et l’obscurité des nuits. Ce sont des fanaux phosphoriques, des télégraphes nocturnes, à l’aide desquels ils signalent au loin leur existence, et font connoître leurs besoins aux individus du sexe qui est appelé à les soulager. Quelques 'insectes des contrées brûlantes du Midi jouissent à un très - haut degré de cette propriété lumineuse. Tantôt, comme dans quelques taupins, cette clarté s'échappe de deux taches ou points situés sur le corselet; tantôt, comme dans la fulgore porte-lanterne, la lumière se produit au dehors en s’échappant au travers des parois pellucides d’un front considérablement boursoufflé. Quelques scolopendres paroissent même entièrement lumineuses pendant les nuits obscures d’un certain temps de l’année. C’est seulement à l’époque où ces insectes sont devenus propres à l’acte^de la génération, et dans la seule saison des amours,

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