MODES
quïls illuminent ainsi le théâtre de la nature. Mais les lampyres semblent prouver évidemment le but du Créateur dans cette faculté phosphorescente. N’étoit-il pas en effet digne de sa prévoyance infinie d’accorder à un genre d’insectes dont les femelles, dans quelques espèces, sont lourdes au vol ou privées d’ailes, un moyen particulier qui pût favoriser le rapprochement des sexes? Aussi la lumière de la femelle devient-elle plus forte et plus vive a l’approche du mâle, qui lui-même se déclare dans les airs en jetant un foible éclat.Tandis que la femelle, privée d’ailes, munie de six pattes courtes qui traînent péniblement un corps alongé, rempli d’œufs, signale au loin sa présence, les mâles, agiles et légers, jouissant de la faculté de se transporter à volonté au travers des airs partout où le besoin et le plaisir les appellent, accourent de toutes parts pour la féconder ; mais, aussitôt que l’accouplement a eu lieu, ces petits insectes perdent leur brillant : il leur est alors inutile ; le but de la nature est rempli.
Nous ne pouvons pas bien apprécier la nature des odeurs que les insectes exhalent dans le temps de l’accouplement, nous les connoissons seulement dans quelques espèces; mais il est certain qu’il s’en dégage de beaucoup plus subtiles du corps des femelles, et que les mâles y sont très-sensibles. C’est ainsi que, des bombyces, tels que ie grand paon, le disparate , celui du chêne , étant enfermés dans des boîtes , on a vu les mâles arriver cependant de fort loin et venir voltiger autour de ces prisons, dont le sens seul de l’odorat avoit pu pénétrer les parois.
Tout est calculé, prévu, dans la conformation des animaux. Les insectes, comme tous les autres êtres du même règne, sont construits de manière que l’acte de la reproduction s’opère avec le moins de difficulté possible. Les organes du mâle sont enveloppés dans un étui de corne , de figure plus ou moins conique ; mais les pièces qui les
composent, sont mobiles et peuvent s'écarter lorsque l’introduction est faite. Souvent quelques-unes se renversent et font ainsi l’office de crochets qui rendent le contact intime entre les deux individus, et la séparation devient impossible sans la mutilation de l’un d'eux. Ordinairement le mâle est placé au-dessus de la femelle, à quelques exceptions prés, comme dans la puce, dans la crevette des ruisseaux et quelques autres. Quand le corps des femelles est trop lisse, comme le mâle ne pourroit alors s’y accrocher, la nature a dilaté considérablement les tarses : c'est ce qu’on observe dans les dytiques, les hydrophiles, les crabrons et quelques autres. Quelquefois encore le dos des femelles s’est trouvé sillonné dans la longueur des élytres, ou bien les pattes de devant ont été considérablement alongées : c’est ce qu’on peut observer dans les males de certains scarabées, priones, clytres, etc.
Mais ce que l’accouplement des insectes présente de plus singulier, c’est le mode même dû rapprochement, qui dépend toujours de la position des organes sexuels. Ainsi, dans les demoiselles et dans toute la famille des odonates, il faut que la femelle aille au-devant du mâle, celui-ci ayant les organes extérieurs placés à la poitrine, tandis que la femelle les porte à l’extrémité de l’abdomen. Aussi voilà ce qui se passe dans cette fécondation. Le mâle va saisir la femelle derrière le cou , au moyen des tenailles dont sa queue est armée ; celle-ci se trouve ainsi forcée de suivre le mâle partout où il l’entraîne : cédant à la force, elle s’envole avec lui dans l’espace ; car ce n’est que dans les régions éthérées que peut s’opérer un accouplement pour lequel il faut absolument que la femelle aille porter l’extrémité de son ventre vers l’origine de celui du mâle, où se trouvent les organes qui constituent son sexe.
Parmi les araignées, ce rapprochement des sexes se fait encore d’une manière plus extraordinaire. Tous deux car-
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nassiers, ils ne s’approchent qu’avec la plus grande circonspection. Ici, comme dans presque toutes les espèces, c’est le mâle qui fait les avances. Cependant, comme il est le plus foible, il doit tout à la complaisance. Ses organes sont placés dans les palpes, tandis que ceux de la femelle sont situés à l’origine du ventre, près du corselet. Il faut un consentement nécessaire entre les deux individus pour que la fécondation s’opère. Dans les bombyces l’accouplement se fait, le plus ordinairement, les têtes des insectes opposées, ou au moins la fécondation ne s’opère que lorsque ces insectes se sont retournés à la manière des chiens. Tantôt cette copulation dure des journées entières, comme on le remarque parmi les coléoptères, les bombyces : tantôt à peine les mâles ont-ils touché les organes de leurs femelles, que la fécondation a lieu; c’est ce qu’on peut observer dans les mouches.