RANG QUE LES INSECTES OCCUPENT
ques réflexions physiologiques qui nous semblent propres à fixer le rang que ces animaux paroissent devoir occuper dans la série des êtres vivans.
On sait que certains êtres combattent ou modifient les lois générales par lesquelles semblent être uniquement régis les autres corps de la nature, appelés inertes par opposition. Les phénomènes qui sont le résultat de chacune de ces luttes, dépendent évidemment de l’action de plusieurs appareils d’organes ou d’instrumens dont les êtres ont été spécialement pourvus à cet effet. Cette manière d’exister, cet ensemble de forces, qui distinguent certains corps delà matière inerte et qui leur donnent la faculté de résister aux lois constantes de la nature, lesquelles tendent continuellement .à les détruire et à faire rentrer dans la masse commune des élémens les matériaux qui les composent, a été appelée la puissance vitale, ou en un mot la vie. C’est un terme de convention par lequel on exprime une suite d’actions très-différentes les unes des autres , quoique concourant généralement à un seul et même but, qui est la conservation de l’individu ou de sa race.
Les physiologistes ont appelé fonctions chacune des actions principales de la vie, opérées par des systèmes d’organes ou par des séries d’instrumens souvent tout-à-fait différons les uns des autres dans leur structure et dans leur mécanisme, ;aiai$ concourant au même but, de sorte que les fonctions représentent les actions principales des organes , les opérations dont iis sont chargés, ou les emplois dont ils s^cquiltent, et pour lesquels ils existent dans les êtres vivans.
Les fonctions semblent se rattacher à deux séries de phénomènes. A la première se rallient les organes qui donnent aux êtres qui en sont doués deux facultés remarquables : i.” celle de se reproduire ou d’engendrer des individus semblables à eux ; -4° celle de s’accroître ou de se développer çn s'incorporant d’autres substances qui participent pour un
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temps limité à l’action de la vie. A la seconde série de phénomènes se rattachent, i.° tous les moyens accordés aux êtres vivans pour changer de lieu à volonté en tout ou en partie, ou la faculté de se mouvoir ; 2.° tous les instrumens à l’aide desquels les êtres vivans perçoivent ou éprouvent l’action, que Ips autres corps peuvent exercer sur eux par leurs qualités.
Telles sont les quatre grandes fonctions que l’on désigne sous les noms de nutritive, de génératrice, de locomotrice et de sensitive.
La nutrition et la génération s’opèrent, chez certains êtres organisés, indépendamment des autres fonctions. C’est, pour ainsi dire, un mode plus simple d’existence. S’il est moins compliqué, il donne aussi moins de facultés aux êtres qui, par cela même, sont obligés de rester ou de se développer dans l’endroit même où leurs germes ont été déposés, et qui ne peuvent point aller à la découverte ou à la recherche de leurs alimens.
Les facultés de sentir et de se mouvoir ne sont jamais isolées dans les êtres vivans, puisqu’ils sont constamment obligés de se reproduire et de se nourrir ; de sorte que les corps ainsi organisés sont réellement plus compliqués, car ils réunissent à la fois quatre grandes fonctions ou les deux sortes, de vie.
On peut donc dire que, matérisllemenl, les organes qui animent certains êtres, qui leur donnent les moyens ou la faculté de changer de lieu en tout ou en partie, de percevoir les qualités des corps qui les environnent et d’être sensibles à toutes ou à quelques-unes de leurs propriétés ; qu’en un mot les organes de la sensibilité et du mouvement caractérisent les animaux et les distinguent des végétaux, qui sont condamnés à vivre dans les mêmes lieux et les mêmes circonstances que les individus dont ils font partie.
De plus, ces organes de la motilité et de la sensibilité ont
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évidemment modifié les modes des deux autres fonctions principales. Ainsi, par cela même qu’un être animé peut changer de lieu en tout ou en partie , et de son propre mouvement, il devra, si le milieu dans lequel il est appelé à vivre n’est pas liquide, ou si d’autres êtres n’ont pas pourvu d’avance à sa nourriture; il devra, i.° aller au devant des alimens, les introduire dans une cavité intérieure où se trouvent les pores absorbans, c’est-à-dire, l’origine des conduits destinés à porter dans toutes les parties de son corps les matériaux liquides propres à sa nutrition ; 2.“ à l’aide de certains instrumens construits de manière à lui dénoter les qualités des corps, attirer ou repousser ces matières, s’en approcher ou les fuir; 3 .° il faudra que l’être animé porte directement, et sous forme liquide, le produit des organes mâles de la génération dans le lieu même et souvent dans l’intérieur du corps d’un autre individu, où se trouvent déposés les germes, comme par un excès de nutrition.
Ces principes établis comme des vérités de fait, suivonsen les conséquences , et nous trouverons ainsi les moyens de développer les clémens de la classification naturelle des animaux.
S’il demeure constant que la présence des organes du mouvement et des sensations caractérise suffisamment les animaux, il est certain que plus ces facultés seront développées, plus ils s’éloigneront des végétaux , et réciproquement en sens inverse. Or, ce plus ou moins de développement se fait aisément reconnoître.
Supposons des êtres animés, doués de la faculté de se reproduire par germes, par boutures , par caïeux ; de se dessécher et de reprendre toutes leurs facultés et les caractères de la vie par l’influence de l’humidité , de la lumière et des autres agens de la nature ; ne pouvant vivre que dans les liquides; souvent fixés dans un point de l’espace, au milieu même de leur nourriture, que plusieurs absorbent par
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des pores extérieurs; ne développant de mouvemens qu’avec lenteur : voilà certainement des animaux qui auront les plus grands rapports avec les plantes.
"Vous ne trouverez chez eux ni nerfs distincts, ni organes des sens, à l’exception du toucher passif; ni tube alimentaire ou digestif; ni appendices articulés, destinés aux mouvemens ; ni organes distincts pour la respiration. Ils formeront pour vous la dernière classe des animaux, les Zoo- FHYTEs, en avouant cependant que celte classe renferme beaucoup d’animaux qui, par leur mollesse et leur ténuité, se soustraient à nos recherches anatomiques dans la plupart de leurs organes.
Viendront ensuite des animaux condamnés, pour la plupart , à vivre dans l’eau , où ils ne manifestent que des mouvemens lents, souvent à peine perceptibles: privés, par cette circonstance, de plusieurs des organes du sens, quoique munis de nerfs très-distincts ; ayant, en général, le cor^s très-mou', mais le plus souvent protégé par des coquilles ou des croûtes calcaires ; n’ayant jamais de membres articulés; offrant tantôt un mode de génération semblable à celui des plantes, tantôt la triple complication d’un sexe distinct, individuel, ou de deux sexes réunis dans le meme individu , soit comme hermaphrodites, soit comme androgynes : tels sont les Mollusques.
Ceux qui suivent ne sont pas beaucoup plus parfaits. Condamnés pour la plupart à vivre dans l’eau ou dans un milieu . constamment humide et obscur, ils sont privés de presque tous les organes des sens. Leur corps se divise, il est vrai, en anneaux qui se prêtent facilement à la locomotion; mais il n’est pas muni de ces appendices articulés qui constituent des membres. Leurs nerfs sont bien distincts et noueux; de chacun des renflemens des radiations de filets se rendent aux organes et s’y terminent. Les sexes sont le plus souvent réunis. Ce sont les Vers.
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Les êtres qui appartiennent aux deux classes suivantes, ont le tronc formé de leviers distincts et articulés, et muni de membres ou d'appendices latéraux destinés aux mouvemens divers , suivant leur manière de vivre. Ceux qui habitent dans l’eau , ont des organes appropriés à cette sorte d’existence; ils ont des poumons aquatiques, feuillets vasculaires , qu’on nomme des branchies • ce sont les Crustacés.
Chez les autres, qui respirent l’air, ce fluide élastique pénètre dans les diverses parties du corps par des ouvertures nombreuses qui aboutissent à des tubes aérifères qu’on nomme trachées; quoique privés des organes de la circulation, ils sont cependant plus animés que tous les êtres précédemment indiqués; car ils sont doués de la vue, del’ouie, de l’odorat, du goût et du toucher. Leur corps est composé d’une tige centrale à pièces mobiles. Ils jouissent de tous les modes de transport dans l’eau et à sa surface , sur la terre et dans l’air, et sous le rapport des instrumens de la vie destinés à la nutrition et à la génération , ils sont aussi parfaits que les animaux d’un ordre plus élevé. Tels sont les Insectes, dont nous nous occupons.
D’après ces considérations, nous proposerions la définition suivante de l’insecte parfait, c’est-à-dire, lorsqu’il a acquis sa dernière forme par l’eSet de son développement.
Animal sans vertèbres ; à tronc, ou partie moyenne du corps articulé en dehors ; muni de membres articulés, et respirant par des stigmates, qui sont les orifices des trachées intérieures.
Tous ces caractères, comme nous allons l’indiquer brièvement, distinguent la classe des insectes de celles auxquelles on doit rapporter les autres espèces d’animaux.
Le défaut d’os intérieurs ou de vertèbres est un caractère essentiel, qui se joint cependant à un assez grand nombre d’autres, qu’on pourroit, comme celui-là, nommer également négatifs, parce qu’on ne les retrouve pas dans les insectes : tels sont l’absence d’un cœur et des vaisseaux destinés à la cir-
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culation; le défaut d’organes distincts, isolés, propres à la respiration, comme les poumons et les branchies, etc. : et ces caractères sufSsent pour faire distinguer cette classe de la zoologie d’avec les quatre premières, auxquelles on rapporte les Mammifères, les Oiseaux, les Reptiles et les Poissons.
Les articulations que l’on distingue dans la partie centrale du corps ou dans le trdnc, éloignent les insectes des Mollusques et de la plupart des Zoophytes.
Les membres articulés, situés sur les parties latérales et le plus ordinairement au nombre de six , peuvent servir à faire distinguer les insectes d’avec les Vers ou les Annelides, comme la présence des stigmates, qui sont les orifices des trachées, les fait reconnoître d’avec les Crustacés, qui respirent par des branchies, tandis que les insectes, sous l’état parfait, en sont constamment privés.
Après avoir déterminé le rang que les insectes paroissent devoir occuper dans l’échelle des êtres, et après avoir précisé les caractères qui les distinguent d’avec les autres animaux, nous pouvons nous livrer à l’étude de leur conformation, de leur structure et de-leurs fonctions.