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CHAPITRE X

De la domination anglaise dans les Indes — Défense faite aux Anglais d’acquérir des propriétés.

Los partisans de la colonisation invoquent l’exemple de l’Angleterre dans l’Inde. Cet exemple est on ne peut plus mal choisi.

La compagnie de commerçants qui gouverne l’Inde n’a ni changé ni modifié l’agriculture existante.

Pour éviter toute innovation, pour prévenir tout embarras, toute complication ultérieure, elle a, dès le principe, défendu aux Anglais d’acquérir des propriétés ; elle a pris le pays comme elle l’a trouvé; elle n’a pas appelé des

étrangers à la culture des terre : en un mot, elle n’a rien colonisé. Elle s’est bornée à exiger des taxes et des tributs. C’est une compagnie de commerçants , dont la mission , contraire au titre qu’elle porte, a été de lever l’impôt sur le pays auquel elle a fait reconnaître sa souveraineté ; et l’on peut dire avec vérité qu’elle a laissé de côté le commerce pour ne s’occuper que de la perception de l’impôt.

Lorsque l’Angleterre s’empara de l’Inde, ou plutôt (comme nous venons de le dire) lorsqu’une compagnie de commerçants l’exploita à son profit, les habitants conservèrent leurs propriétés, leurs lois, leurs usages, leurs mœurs, leur religion. La souveraineté fut exercée par la compagnie, qui se réserva les échanges des produits anglais avec les produits de l’Inde. Plus tard , elle modifia ce privilège , et finit par y renoncer.

Montesquieu fait le plus grand eloge du système adopté et suivi par les Anglais.

« Les Espagnols, dit-il, regardèrent les terres dé~ v couvertes comme des objets de conquête. Des peuples » plus raffinés queux trouvèrent quelles étaient des » objets de commerce , et c est là-dessus qu’ils dirigè- » rent leurs vues. Plusieurs peuples se sont conduits » avec tant de sagesse , qu’ils ont donné l’empire à

» des compagnies de négociants , qui , gouvernant les » États éloignés uniquement pour le négoce, ont fait » une grande puissance accessoire , sans embarrasser -» l’État principal. » (Esprit des lois, I. XXI, ch. xxvii.)

Il fut expressément défendu aux Anglais d’acquérir des propriétés; et , jusqu’à ces derniers temps , les indigènes avaient seuls la faculté de posséder des terres. Encore la charte renouvelée en 1833 , en faveur de la compagnie des Indes, ne renferme-t-elle que quelques légères modifications.

Nous avons donc raison de soutenir que les Anglais n’ont pas colonisé les Indes Orientales, et qu’ils n’ont pas imposé leur agriculture à ces vastes contrées, dont les productions étaient les mêmes avant comme après la conquête. Aussi a-ton dit fort judicieusement que les Indes, pour les Anglais, étaient une possession plutôt qu’une colonie.

C’est à ces sages mesures que sont dues tout à la fois la conservation de la conquête et la prospérité de fa compagnie des Indes.

Le respect que les Anglais n’ont cessé de montrer pour les mœurs, les usages et les préjugés religieux, même les plus révoltants, n’ont pas peu contribué à affermir leur domination dans les Indes.

Il résulte des rapports faits à la Chambre des communes , en décembre 1838 , que l’horrible coutume de brûler les veuves indiennes avec le corps de leurs maris, existe encore dans toute sa force. Pendant les quatre années qui viennent de s’écouler, on ne compte pas moins de deux mille six cent dix femmes qui ont péri victimes de cette atroce superstition.

On se demandera comment il est possible que, dans un pays soumis à la domination d’un peuple civilisé, ces abominables excès puissent être tolérés. La réponse cependant est facile : les Anglais, tout-puissants pour assujettir une population de plus de soixante millions d’hommes, ne le sont pas assez pour vaincre un préjugé religieux. Dans tous les traités passés avec les indigènes, ils se sont formellement engagés à les laisser se gouverner par leurs propres lois; et l’intervention de la force dans leurs pratiques superstitieuses serait peut-être le seul outrage assez sensible pour provoquer ces peuples, doux et patients, à une révolte générale, et pourrait compromettre, sinon détruire sans retour, l’autorité de la compagnie. Il ne lui reste donc d’autres armes que celles de la persuasion et de la propagation des préceptes de la morale chrétienne. Les missionnaires s’y livrent avec un zèle digne d’éloges; mais malheureuse-

ment leurs progressent lents, et de longues années s’écouleront encore avant qu’ils puissent parvenir à détruire l’influence que les bralnnines exercent sur les crédules Indiens.

« Ces druides de l’Indostan , dit le docteur » Gilchrist, sous un air de douceur et d’humilité, » cachent la férocité du tigre. Semblables aux dé- » mous de l’enfer, ils éprouvent une vive satisfac- » lion en pensant aux nombreuses victimes que » leurs doctrines, leurs intrigues, et surtout leur » avarice ont destinées aux flammes, et dont les » riches dépouilles appartiendront à celui qui »> préside aux lugubres cérémonies....... »

Le récit du dernier sacrifice de ce genre, dont les détails curieux, trop longs pour être insérés dans cet ouvrage, reçoivent un nouveau degré d’intérêt des événements qui en ont été la suite, est extrait du rapport de sir W.-C. Malter, résident de la compagnie à Paona. Nous renvoyons nos lecteurs à la lecture de ce rapport.

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