‹ Considérations générales sur la régence d'AlgerChapitre 12 sur 20 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

IJe la colonisation dans l'Amérique.

Le Gouvernement résumait, en 1836, devant les Chambres, notre situation en Afrique dans les termes suivants : U faut considérer l’Afrique comme on a considéré l’ Amérique.

C’est, selon nous, une très-grande erreur que de vouloir comparer la colonisation de la Régence avec celle de l’Amérique.

Il y a là des différences tellement graves, qu’il suffit de les indiquer pour démontrer que la moindre comparaison ne saurait exister.

L’Amérique est couverte de forêts d’une immense étendue. Le bois est le premier et le plus

puissant moyen de colonisation. Des fleuves, des rivières, des cours d’eau servent partout à féconder le sol et à établir de rapides communications’.

Une population de quatre ou cinq cent mille Indiens sauvages, vivant du produit de la chasse, était répandue sur le vaste sol de l’Amérique. Les colons, qui s’étaient expatriés pour fuir des persécutions religieuses et qui voulaient se créer une nouvelle patrie, n’avaient qu’à se présenter pour refouler ce peuple chasseur, que cachaient et que protégeaient quinze cents lieues de forets.

Quand les Européens, ainsi qu’on l’a fort judicieusement fait observer, mirent le pied dans l’Inde et en Amérique, ils avaient sur les indigènes la supériorité du courage et des armes à feu (1).

Dans la Régence, il n’y a ni bois ni grands fleuves ; les rivières sont sans eau pendant l’été, c’est-à-dire dans le temps des irrigations. La population arabe est cinq ou six fois plus considérable que la population indienne, et surtout plus intelligente, plus audacieuse et plus téméraire.

Au delà des terres que l’on cultive ou qui peu-

( tj J\op]i'jr( do XI. Ulatiqui , 65.

vent servir aux pâturages, on ne trouve en Afrique que les sables du désert.

Nous devons ajouter qu’il n’y a pas de peuples qui soient plus attachés à la terre qu’ont habité leurs pères que ne le sont en général les Arabes, et particulièrement les Kabaïles.

Le souvenir de cette vie pastorale et guerrière, qui a tant de charmes pour eux, poursuit partout les Kabaïles que des affaires d’intérêt tiennent momentanément éloignés de leurs demeures. Ils ne trouvent le bonheur que dans la solitude de leurs montagnes; et il n’est aucun sacrifice dont ils ne fussent capables pour défendre leur pays. « Tel est, nous dit Shafer, l’empire de ce senti- » ment national, qu’il m’est une fois arrivé de » voir tous mes domestiques m’abandonner tout » à coup, sous prétexte que leur pays était en » guerre et avait droit à leurs services. » (Voyage en Barbarie y t. I, p. 39.)

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