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Ces mots seuls renferment, pour le Gouvernement, la théorie et la pratique, le principe et l’application du système à suivre en Afrique.

Le principal élément de succès en fait de colonisation , existe lorsque la métropole trouve dans la colonie des produits différents de ceux qu’elle possède elle-même.

C’est ainsi que la Hollande allait chercher dans ses colonies les productions que son sol lui refusait.

C’est ainsi que l’Angleterre retire des Indes toutes les denrées tropicales qu’elle ne peut produire chez elle.

Les colonies et la métropole obtiennent des avantages certains dans un échange constant et réciproque de leurs produits. On peut dire avec raison que l’échange est le lien qui unit les deux pays , les vivifie, et accroît leur prospérité en multipliant la consommation de leurs produits respectifs.

Ce lien tend, au contraire, à s’affaiblir peu à peu, et à se relâcher entièrement, lorsque les échanges deviennent plus rares , et plus tard impossibles, à cause de l’opposition qui se manifeste dans les intérêts agricoles ou industriels de la métropole et de la colonie.

Ces principes d’économie politique se traduisent par l’axiome si connu , qu’on n’achète des produits qu’avec des produits.

Au reste , la logique des faits est la plus puissante', car les faits ont bien plus d’autorité que les paroles. Ce qui se passe aujourd’hui dans nos colonies , par suite de l’extension qu’a reçue en France la fabrication du sucre de betterave, dé-

montre combien la similitude des produits entre la colonie et la métropole peut entraîner de malaise et même de perturbation dans un Empire.

Chose singulière, et qui nous donne la preuve bien convaincante que l’on trouve des raisons à l’usage de tous les systèmes , même les plus opposés! Nous avons vu , il y a peu de temps, des orateurs et des organes du Gouvernement soutenir dans la discussion de la loi sur les sucres qu’il fallait, sinon proscrire complètement la fabrication du sucre de betterave , du moins apporter des entraves à cette industrie , parce qu’elle faisait une concurrence redoutable au sucre des colonies. Mais , lorsqu’il était question de la colonisation en Afrique, ces mêmes organes du Gouvernement voulaient que l’on obtint k Alger les mêmes produits qu’en France. . . .

Les procès-verbaux de la Commission d’Afrique, et tous les auteurs qui ont écrit sur l’agriculture de la Régence, ont établi que la culture de la vigne réussirait complètement dans nos possessions du nord de l’Afrique. Eh bien ! nous n’hésitons pas à le dire, le Gouvernement manquerait à tous ses devoirs s’il encourageait en Afrique la culture delà vigne, et s’il lui laissait prendre l’extension considérable dont elle est sus^

ccptible. Combien ne serail-il pas à déplorer que tant de sacrifices en hommes et en argent n’aboutissent qu’à appauvrir les départements vignicoles.

La France est avant tout agricole. Les intérêts de î’agricultureontélétrop longtemps négligés par le Gouvernement. Si l’on considère les sacrifices immenses qui ont été faits pour les intérêts industriels , on verra que l’agriculture a encore beaucoup à attendre de la sollicitude du Gouvernement.

On dirait que la promesse de la colonisation de la Régence (qui, si elle s’accomplissait, serait si funeste à l’agriculture de la métropole) est devenue pour chaque Ministère un moyen de popularité! . . .

En règle générale , un Gouvernement ne doit encourager dans ses colonies que les productions qui ne prospèrent pas sur le sol de la métropole, et qui peuvent devenir l’objet d’un échange, au lieu de créer un embarras et une concurrence.

Depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours , l’histoire des colonies n’a pas varié. On peut la faire 'en deux mots : soumission et obéissance tant qu’elles ont besoin de protection et de secours ; révolte ou séparation , dès que la richesse et la puissance des colonies leur prouvent

qu’il y a avantage à secouer le joug des métropoles.

Certes, il ne faut reculer devant aucun sacrifice d’hommes ou d’argent toutes les fois que la gloire ou la dignité du pays l’ordonnera ; mais lorsque le Gouvernement aura complètement satisfait à toutes les exigences de l’honneur national, il doit veiller à ce que le système d’administration ne puisse jamaisporteratteinteaux intérêts de la métropole.

Tous les intérêts doivent être pesés et conciliés. Après les questions de gloire et d’honneur, se présentent celles d’économie politique , d’agriculture , dédouanés, de produits, d’échanges et d’industrie.

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