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CHAPITRE XIV

De la colonisation civile.

Ce que les partisans de la colonisation ont de mieux à faire dans l’intérêt de leur système, c’est de nous prouver que les produits de nos possessions africaines ne sont pas les mêmes que ceux de la métropole, et que les sacrifices que la colonisation nous imposera nous délivreront des tributs que nous payons à l’Inde et à l’Amérique; mais si, pour nous jeter dans les dépenses énormes et incalculables de la colonisation, on nous fait entrevoir qu’après avoir vaincu mille obstacles et traversé mille dangers , nous obtiendrons du blé, du vin en grande quantité, de la soie, de l’huile.

du lin, du chanvre, du bétail, de la laine, le plus simple agriculteur de nos provinces ne pourra s’empêcher de faire les réflexions suivantes : Pourquoi ne pas donner pour tous ces sacrifices en argent, et pour toutes ces cultures, la préférence à la France , qui a encore tant de terres en friche, et qui, en faisant faire quelques progrès à son agriculture, pourrait si facilement doubler tous ses produits? Pourquoi tant île dépenses et tant de chances à courir pour arriver, en résultat, a une similitude de produits qui doit inévitablement créer à la métropole, en récompense de tant de sacrifices, une redoutable concurrence?... Et encore si la colonisation allait s’opérer sur un sol où un petit nombre d’indigènes, facilement refoulés dans un espace incommensurable, abandonnent le rivage aux conquérants et fuient devant eux ; mais on sait depuis longtemps que l’Arabe, insaisissable dans sa fuite, reparaît bientôt pour se livrer au pillage et à la dévastation.

C’est ici le moment de répondre à une objection que l’on a souvent présentée : Si vous vous plaignez, a-t-on dit, de ce que l’Afrique donnera des produits similaires, vous convenez par là que l’intérêt de la France n’était point d’acquérir certaines provinces, telles que la Franche-Comté, ou

toutes autres dont les productions étaient similaires...

L’objection n’est pas sérieuse.

1° Les provinces conquises augmentaient par leur accession l’étendue et la population de la France ;

2° Elles contribuaient à toutes les charges publiques, elles payaient l’impôt, elles fournissaient des soldats et doublaient la force de nos armées;

3° Les mœurs, le langage, les besoins, les habitudes, la religion, étaient les mêmes;

4° Tout était fait sous le rapport de l’agriculture. Il ne fallait pas créer des routes et tous les moyensde communication. Lespopulations étaient réunies dans les hameaux, dans les villages, dans les villes, etc.

Il y a encore une autre objection que l’on présente relativement à l’industrie séricicole.

La France, dit-on, est chaque année, pour la soie, tributaire de l’étranger pour plusieurs millions. La culture du mûrier, en Afrique, nous affranchira de ce tribut.

Je conçois ce raisonnement si le Gouvernement ne supporte pas les frais de la colonisation et laisse les plantations et les cultures à la charge de ceux qui voudront les entreprendre.

Mais il est reconnu que la culture du mûrier pourrait recevoir, dans le midi de la France, une extension immense , un développement prodigieux.

Ce n’est qu’à défaut de capitaux et d’avances que ces plantations n’ont pas lieu.

On sent, dès lors, combien il serait injuste d’obliger le contribuable, qui ne peut, faute de moyens suffisants, obtenir des produits qui prospéreraient à merveille sur son sol, à supporter des impôts pour obtenir ces memes produits dans la Régence.

Nous avons donc raison de soutenir, en résumant ici notre opinion , que le principal devoir du Gouvernement est de veiller à ce que les deniers des contribuables de France ne soient pas employés à faire en Afrique des cultures qui réussissent et prospèrent dans la métropole, et dont on couvrirait la surface de plusieurs de nos départements si on leur accordait une partie des encouragements que l’on demande pour les colons

de la Régence . Et certes, jamais l’Arabe ne

viendrait placer sa torche ou sa coignée au pied de ces plantations.

La question de colonisation civile et la question de colonisation militaire ont entre elles beaucoup de rapport et finissent quelquefois par se con-

fondre. Nous nous livrerons dans le chapitre suivant à quelques considérations qui s’appliquent à ces deux questions.

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