CHAPITRE XVI
De la disparition du numéraire.
Tous les économistes qui ont dirigé leur attention sur les relations de commerce qui se sont établies entre nous et les Arabes, ont reconnu que l’argent que nous leur donnons en échange de leurs produits est enlevé à la circulation.
La Commission d’Afrique était pénétrée de cette vérité , et elle l’exprimait avec énergie dans les termes suivants : « On a souvent parlé de re- » lations de commerce à établir avec les Arabes ; » mais les Arabes produisent peu et très-mal. » L’argent qu’ils gagnent sur nos marchés n’y v revient jamais. Ce qu’ils en dépensent est
» employé à acheter des armes et de la poudre, » dont ils se servent contre nous (1). »
On évalue à six ou sept millions (2) ce qu’ils retirent des bœufs et des brebis qu’ils nous vendent annuellement.
D’après M. Blanqui, Sa somme que les Arabes ont fait disparaître de la circulation , depuis la conquête de 1830, s’élève à plus de trente millions.
Ce qui est digne de remarque, c’est que cette manie de thésauriser existait, il y a deux mille ans, chez les Numides, comme elle existe aujourd’hui chez les Arabes. C’est là une nouvelle preuve que les habitudes et les mœurs des peuples du nord de l’Afrique n’ont été ni altérées, ni modifiées par vingt siècles.
« Les Arabes (disait Montesquieu en 1746) » étaient autrefois ce qu’ils sont aujourd’hui, » également adonnés au négoce et au brigan-
» dage . Ils vendaient beaucoup et achetaient
» peu. Ils attiraient à eux l’argent des Romains (3)... » On peut mettre en question s’il fut avantageux » aux Romains de faire le commerce de l’Arabie
(1) Rapport de la Commission, p. 51.
(2) M Leblanc de Prébois.
3) Pline, 1. VI, ch xxvm.
» et des Indes. Il fallait qu’ils y envoyassent leur » argent; et ils n’avaient pas, comme nous, la » ressource de l’Amérique, qui supplée à ce que » nous envoyons (4). »
Montesquieu ajoute qu’une des raisons qui fit augmenter chez les Romains la valeur numéraire des monnaies, c’est-à-dire établir le billon, fut la rareté de l’argent , causée par le transport continuel qui s’en faisait hors de l’Europe .
Cette disparition du numéraire pourrait , dans la suite, présenter de graves inconvénients. Il est de notre devoir d’appeler sur cet état de choses la sollicitude du Gouvernement, qui seul a le moyen d’y apporter remède.
(1) Montesquieu, Esprit des lois, 1. XXI, ch. xii.
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