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CHAPITRE XVII

!.a Restauration voulait abandonner Alger.

Lorsqu’en d819, le congrès d’Aix-la-Chapelle fit signifier au dey d’Alger, par une escadre composée de vaisseaux français et anglais , qu’il eût à mettre un terme à ses pirateries, le dey répondit insolemment à cette sommation , en déclarant qu’il ferait la guerre à toutes les Puissances qui ne traiteraient pas delà paix avec lui.

Ce fut donc une des plus glorieuses expéditions des temps modernes , que celle qui affranchit le monde du tribut que des pirates avaient imposé à toutes les nations.

La plus belle page de l’histoire de la Restauration est, sans contredit , la conquête d’Alger.

La destruction de la piraterie et la liberté des mers, qui en ont été la conséquence, méritent la reconnaissance des peuples civilisés.

La gloire qui rejaillit sur la Restauration est d’autant plus grande, que Sébastien , roi de Portugal, avait péri dans ses entreprises sur l’Empire de Maroc; que Philippe II n’avait pas été plus heureux que Charles Quint, dans ses tentatives sur Alger ; et que Louis XIY, quoique triomphant en Europe, fut obligé d’évacuer l’Afrique.

Mais on peut ajouter avec certitude que la Restauration , après avoir noblement vengé l’offense commise envers la nation française, n’avait nullement la pensée d’occuper le nord de l’Afrique. C’est là une question qui a été l’objet de fréquentes discussions. Nous allons donner quelques preuves à l’appui de notre assertion. Ces preuves seront puisées dans les faits.

Toute l’artillerie d’Alger, au nombre de dixsept à dix - huit cents pièces , avait été enlevée immédiatement après la conquête de 1830 , et transportée en France (1).

(1) Procès-verbaux de la Commission d’Afrique , p. 329 et 333.

Il a fallu, plus tard, et sous le Gouvernement de Juillet, faire transporter de nouveau ces pièces en Afrique , ou en envoyer d’autres de Toulon.

Bone et Oran avaient été évacués sous la Restauration.

On avait fait sauter une partie de la citadelle de Mers-el-Kébir ; et , sous le Gouvernement de Juillet , on a été obligé de reconstruire les fortifications que l’on avait démolies après la conquête.

Ces faits n’étaient que la conséquence des engagements pris par la Restauration envers les Cabinets étrangers , et surtout envers l’Angleterre; engagements formellement exprimés dans la lettre que M. le prince de Polignac écrivit, le 12 mai 1830, à M. le duc de Laval, ambassadeur de France à Londres, et qui est ainsi conçue:

Paris, le 12 mai 1830.

Le prince de Polignac au duc de Laval.

« Au moment où la flotte qui porte en Afrique » notre armée s’éloigne de France , le Roi v éprouve le besoin de faire savoir à ses alliés » combien il a été sensible aux témoignages d’in-

» térêt et d’amitié qu’il en a reçus dans les graves v circonstances qui ont précédé le départ de l’ex» » pédition qui se dirige contre Alger. Sa Majesté » a, invoqué leur concours avec un entier aban- » don. Elle a traité pour ainsi dire publiquement » une question qu’elle s’est plu à rendre com- » mune à toute l’Europe. Ses alliés ont répondu » à sa confiance , et ils lui ont donné une appro- » bation et des encouragements dont le souvenir » ne s’effacera jamais de son esprit.

» Pour répondre à leur conduite loyale etbien- » veillante , Sa Majesté désire aujourd’hui leur » présenter de nouveau , au moment du départ » de la flotte française, l’objet et le but de l’ex- » pédition qu’elle envoie contre la Régence » d’Alger.

v Deux intérêts qui sont distincts par leur » nature , mais qui se concilient dans l’esprit du » Roi , ont motivé les armements qui se sont » faits dans nos ports. L’un concerne plus par- » ticulièrement la France : c’est de venger l’hon- » neur de notre pavillon , d’obtenir le redresse- » frient des griefs qui ont été la cause immédiate » des hostilités ; d’assurer nos possessions contre » les agressions et les violences dont elles ont » été si souvent l’objet, et de nous faire donner une » indemnité pécuniaire qui puisse , autant que

» î’élat d’Algerle permettra, diminuer pour nous » les dépenses d’une guerre que nous n’avons » pas provoquée. L’autre, qui touche à la chré- » tienté tout entière, embrasse l’esclavage, la » question de la piraterie et celle des tributs que v l’Europe paie encore à la Régence d’Alger.

» Le Roi est fermement résolu à ne pas poser » les armes et à ne pas rappeler ses troupes » d’Alger que ce double but n’ait été atteint et » sulïîsamment assuré, et c’est pour s’entendre » sur les moyens d’y parvenir en ce qui concerne » les intérêts généraux de l’Europe, que Sa Ma- » jesté a fait annoncer à ses alliés, le 42 mars » dernier, son dessein de se concerter avec eux dans » le cas où le Gouvernement actuellement existant à » Alger viendrait à se dissoudre au milieu de la lutte » qui va s’engager. On chercherait alors en commun » quel serait l’ordre de choses nouveau qui! serait con- » venable d’établir dans celte contrée pour le plus grand » avantage de la chrétienté. Sa Majesté doit, dés » ce moment, donner l'assurance à ses alliés » qu’elle se présenterait à ces délibérations prête » à fournir toutes les explications qu’ils pourv raient encore désirer, disposée à prendre en » considération tous les droits et tous les inté- » rets, exempte elle-même de tout engagement antérieur, libre d’accepter toute proposition qui

« serait jugée propre à assurer le résultat indi*- » qué, et dégagée de tout sentiment d’intérêt » personnel. Et le cas prévu par Sa Majesté pou- » vant se réaliser très-prochainement, si la Pro- » vidence daigne protéger nos armes, le Roi in- » vite, dès cet instant, ses alliés à donner à ce » sujet des instructions éventuelles à leurs am- » bassadeurs à Paris.

» Vous voudrez bien , monsieur le Duc , en » adresser particulièrement l’invitation à lord » Aberdeen ; et, si ce Ministre le désire, vous » pouvez lui laisser une copie de la présente dé- » pêche.

» Signé le Prince de Polignac. »

Le Gouvernement de Juillet ne crut pas que la conservation d’une terre que nos soldats venaient d’arroser de leur sang pût dépendre de toute autre volonté que de celle de la France. Le pays a été unanime pour approuver celle détermination.

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