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CHAPITRE XVIII

Opinion de Napoléon sur la Régence d'Alger

Il est rare que dans la discussion à laquelle les Chambres se livrent chaque année sur Alger, on ne parle de la Méditerranée comme devant être un lac français. C’est, depuis 1830, une citation presque obligée.

On invoque l’opinion de Napoléon comme une grave autorité pour l’occupation de la Régence. Eh bien ! on tombe dans une erreur évidente en donnant cette interprétation aux paroles du grand homme, et nous allons prouver que si l’Empereur voulait que la Méditerranée devînt un lac français,

il n’entendait parler que des points fortifiés, des positions militaires et maritimes, et non de la possession du sol.

Napoléon, sur son rocher de Sainte-Hélène, jugeait l’expédition de lord Exmouth contre Alger, lorsque, en août 1810, l’escadre anglaise, combinée avec la Hotte hollandaise, bombarda la ville, détruisit les batteries du môle et obligea le dey à accepter les propositions que lui faisait l’amiral anglais. Voici comment il s’exprimait sur les avantages que peut offrir la possession de l’Afrique Septentrionale :

« Je suis d’avis, disait-il au docteur O’ Méara ,

» que l’expédition de lord Exmouth était très- » mal combinée. Vous couriez le risque d’être » battus par les Barbares, et de perdre deux ou » trois bâtiments même étant victorieux.

» Vous avez perdu mille hommes en tués ou » blessés, et cinq ou six de vos bâtiments ont » été abîmés. Or la vie et les membres de mille » braves matelots anglais ont plus de prix et sont » d’une plus haute importance que la totalité des » États barbaresques (1). »

(1) Napoléon en exil à Sainte-Hélène , par le docteur O’Méara, Mit. de 1822, 1. 1, p 180.

Nous livrons cette opinion si précise aux méditations de nos hommes d’État.

Au reste, la lettre que Bonaparte écrivit au consul français à Alger immédiatement après la prise de Malte, le ton de hauteur, de menace et de mépris qui règne dans cette lettre, prouvent que l’opinion qu’il manifestait sur le rocher de Sainte-Hélène existait déjà chez lui en l’an vi.

Voici la copie de cette lettre.

Au quartier général de Malle , le 27 prairial an vi (lôjuin 1798'.

« Je vous préviens, Citoyen, que l’armée répu- » blicaine est en possession, depuisdeux jours, de » la ville et des deux îles de Malte et du Goro. » Le pavillon tricolore flotte sur tous les forts.

» Vous voudrez bien, Citoyen, faire part de la » destruction de l’ordre de Malte et de celte » nouvelle possession de la République au bey « près duquel vous vous trouvez, et lui faire con- » naître que désormais il doit respecter les Mal- » lais, puisqu’ils se trouvent sujets de la France.

» Je vous prie aussi de lui demander qu’il mette » en liberté les différents esclaves maltais qu’il » avait. J’ai donné l’ordre pour que l’on mît en » liberté plus de deux mille esclaves barbaresques

* et turcs que l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem » tenait aux galères.

» Laissez entrevoir au beij que la puissance qui a » pris Malte en deux ou trois jours serait dans le » cas de le punir s'il s’ écartait un moment des égards » quil doit à la République.

» Signé Bonaparte (1). »

(1 Correspondance inédite , officielle et confidentielle de Napoléon Bonaparte, t. I, p 17,

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