COMBAT CNT RH LES NUMIDES ET LES ROMAINS
« Avant que l’armée ait pu se ranger en ba- » taille, ou rassembler ses bagages, ou enfin re- » cevoir aucun signal, aucun ordre, les cavaliers » maures et gétules, non point en escadrons ni » en bataille, mais par pelotons , et comme les a y rassemblés le hasard, tombent sur les soldats » romains.
» Ceux-ci, au milieu de la surprise et de l’ef- » froi général, rappellent cependant leur valeur, » prennent leurs armes, ou protègent contre les » traits de l’ennemi ceux qui les prennent. Plu- » sieurs montent à cheval et commencent à faire » face aux Numides ; c’est une attaque de bri- >> gands plutôt qu’un combat régulier. 11 n’y a ni » rangs ni drapeaux. Aux uns, l’ennemi tranche » la tête; aux autres, il perce les flancs; tels
» qui combattent vaillamment de front se trou- » vent attaqués par derrière; il n’est plus d’ar- » mes, plus de courage qui puissent les défendre;
» l’ennemi est supérieur en nombre, et lésa en- » veloppés de toutes parts. Enfin, les vieux soldats » romains, et les nouveaux qui, grâce à leur exem- » pie, savent la guerre, profitent ou du terrain >» ou du hasard qui les rapproche, se forment en » cercle, et, par là, couverts et en état de défense, » soutiennent le choc des ennemis. ...»
Ne croirait -on pas, à la description de ces combats livrés il y a près de vingt siècles, que l’on entend la lecture de la plupart de nos bulletins de l’armée d’Afrique.
A la place du général romain mettez le général français , substituez au nom de Jugurtha celui d’Abd-el-Kader ou d’un de ses lieutenants, et vous verrez que les Arabes d’aujourd’hui ont la même manière de combattre que les anciens Numides.
Aussi un de nos généraux avait -il conçu le projetde suivre, en 183G, contre les Arabes le plan d’opérations que Métellus avait adopté avec succès contre les Numides .... Mais le traité de la Tafna vint suspendre les hostilités.
Yoici le plan d’opérations de Métellus, tel que
nous en lisons 'la description dans Sulluste :
Convaincu que Jugurlha n a point laissé fléchir son courage indomptable , et que , pour les Romains , va recommencer une guerre où rien ne se fera que selon le bon plaisir de l’ennemi , où ils ne combattront qu’avec des chances inégales, où enfin la victoire leur sera souvent plus désastreuse que la défaite aux Numides, Métellus se décida à éviter les engagements et les batailles rangées pour adopter un nouveau plan d’opérations. Il se dirige dans les cantons les plus riches de la Numidie, ravage les champs, détruit les récoltes , prend les châteaux et les places peu fortifiées ou sans garnison, les livre aux flammes, etc.
Voyons maintenant, pour que la comparaison soit plus frappante, quel était le plan que le Gouvernement français avait le projet d’adopter en 183G, avant la conclusion du traité de la Tafna. « L’adversaire que nous avions devant nous ne » possédait point de centre d’action où l’on pût » aller ruiner sa puissance, et les rassemblements » dont il était le chef étant toujours plus difficiles » à atteindre qu’à disperser, les opérations mili » taires allaient prendre dès l’abord un caractère » approprié à leur théâtre. Le général français » se voyait condamné à user des moyens dont » l’emploi, devenu de jour en jour plus rare, ré- » pugne si justement à des peuples civilisés... .
» le ravage, l’incendie des moissons, la destruc- » tion de l’unique industrie du pays, l’agricul- » ture, étaient le seul moyen d’atteindre un en- » nemi qu’on s’efforçait en vain de réduire par » un choc régulier et décisif. Il fallait appauvrir,
» affamer les Arabes, et les ramener à l’obéissance » par le sentiment même de la conservation...»
(. Exposé des motifs du projet de loi présenté par le Ministre de la guerre, le 24 février 1838.)
Nous avons eu raison de le dire : que les peu » pies du nord de l’Afrique portent le nom de Numides ou celui d’Arabes , leurs mœurs sont restées les mêmes.
Et c’est à ces hommes et sur cette terre d’Afrique que nous avons envoyé des juges de première instance, des juges d’appel, des procureurs généraux , des receveurs d’enregistrement, des huissiers, etc., etc. !.. « J’ai rencontré à Koleah » (nous dit M. Blanqui dans son rapport sur l’Al- » gérie) un huissier qui venait instrumenter, la » plume sur l’oreille et le sabre au côté, en vertu » d’un dossier arabe qu’il ne comprenait pas , » mais qui était relatif à une ferme appelée » Haousch, disait-il, et appartenant à son client, » demandeur. L’interprète du camp lui apprit » que le mot liaousch, qui signifie ferme, était un » mot générique, et non pas un nom propre.
v Les litres dont cet officier public était porteur » n’exprimaient donc rien autre chose, si ce n’est » que son client avait acheté dans Koleah une » ferme qui s’appelait ferme. Voilà , il faut en » convenir, une singulière indication , etc. »
Ne devons-nous pas nous écrier ici avec Montesquieu : « C’est la folie des conquérants de vouloir v donner à tous les peuples leurs lois et leurs coutumes.
» Cela n’est bon à rien , car dans toute sorte de (jou- » vernements on est capable d’obéir. ...» (Grand, et décad. des Rom., ch. vi.)
Si Rome n’a pu ni changer, ni même modifier les mœurs des Numides, la France sera-t-elle plus heureuse à l’égard de leurs descendants ?
Réussira-t-elle dans ses projets de civilisation ?
L’entreprise est d’autant plus belle que les Arabes emploient la résistance la plus acharnée pour repousser la civilisation que nous leur apportons.
Il faudra donc les civiliser malgré eux ! . . . . Dieu veuille (si la guerre se prolonge trop) que ce ne soit pas sans eux !!!....