‹ Considérations générales sur les animaux fossiles de PikermiChapitre 2 sur 4 · SE · texte numérisé non relu

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Des formes intermédiaires que présentent les mammiféres fossiles.

J'arrive au sujet qui a été le but constant de cet ouvrage, l'étude des formes intermédiaires.

Pour fonder la paléontologie, c’est-à-dire pour prouver que les êtres, aujourd’hui fossiles, ont vécu avant les espèces actuelles, et ne peuvent se confondre avec elles, il à fallu faire ressortir leurs caractères distinctifs : ceci a été le plus beau titre de gloire de Cuvier. Pour montrer que, non-seulement ils ne sont pas identiques avec les êtres vivants, mais qu'à chaque époque géo-

(4) Comte de Saporta, Etudes sur la végétation du Sud-Est de la France à l’époque terliaire, 1'° partie, p. 9.

(2) M, Gras a développé des arguments en faveur de la doctrine des déplacements dans sa Destriplion géologique du département de Vaucluse (Note sur les rapports des faunes fossiles avec l'âge des terrains, p. 351, in-8, Avignon, 1862).

logique ils ont eu un aspect particulier, on a dû encore insister sur les différences qui existent entre eux : Alcide d'Orbigny est un de ceux qui ont le plus contribué à mettre ces différences en relief.

Ainsi, à l’origine, les plus grands paléontologistes furent entraînés par la force même des choses à considérer dans la série des vieux habitants du globe les lacunes qui séparent plutôt que les traits qui unissent, Analystes d’un talent mcomparable, ils ont rapidement révélé un monde de merveilles, mais de merveilles isolées. ;

Cependant, un plan à dominé l’histoire du développement de la vie; il y a dans la nature quelque chose de plus magnifique que la variété apparente des formes, c’est l'unité qui les relie. Grâce aux recherches paléontologiques qui se font de toute part, des êtres dont nous ne comprenions pas la place dans l’économie du monde organique, se montrent à nous comme des anneaux de chaînes qui ‘elles-mêmes se croisent; on trouve des passages d'ordre à ordre, de famille à famille, de genre à genre, d’espèce à espèce. Je parlerai plus loin des résultats philosophiques que la découverte des formes intermédiaires permet d’entrevoir. Ce que je veux pour le moment, c’est constater ces formes ; on les a niées, on les a crues peu nombreuses; il importe de nous fixer à leur égard. Pikermi est particulièrement favorable pour leur étude, parce que les débris de cet ossuaire sont accumulés avec une telle abondance qu'il est souvent possible de baser les comparaisons sur la plus grande partio des pièces du squelette; si, par exemple, on n’avait que le crâne du singe de Grèce, on ne saurait pas que cet animal participait du macaque en même temps que du semnopithèque, et, si l’on ne connaissait que les cornes du Tragocerus, on ignorerait qu’il a plus de rapports avec les antilopes qu'avec les chèvres. J'ai cité dans le cours de cet ouvrage une multitude d'espèces intermédiaires; comme ces indications sont disséminées, je vais les récapituler :

On n'avait pas, à l'époque où écrivait Cuvier, découvert de singes fossiles, et par conséquent il était naturel de supposer que les singes actuels n’ont pas de liens avec les animaux anciens. Depuis Cuvier, on a signalé quatorze (1) espèces fossiles ; la plupart sont mal connues; pourtant ce qu’on en possède suflit pour apprendre qu'elles ne s’éloignent guère des espèces vivantes. Le mésopithèque de Pikermi est celle sur laquelle nous avons les données les plus complètes ; or on a vu (2) qu'il ne présentait point de caractères nouveaux, mais seulement une asso ciation de caractères différente de celle qui s'observe dans les espèces modernes ; entre lui et les singes de l'Inde, il ya un air de famille; on dirait que les semnopithèques ont emprunté son crâne, et que les macaques ont emprunté ses membres.

Le carnivore (3) appelé Simocyon (Metarclos) a des canines de chat, des prémolaires et des carnassières de chien, tandis que la forme de ses mandibules et de sa tuberculeuse inférieure marque des tendances vers la famille des ursidés; avec l’Amphicyon, l'Hemicyon, l’Arctocyon, il est destiné à relier cette famille à celle des canidés, qui en est bien distincte de nos jours.

La Promephitis (k) établit dans la famille des mustélidés un chaînon entre les genres très-carnivores comme les martes, les

(4) Il faut ajouter aux espèces de singes que j'ai mentionnées un Cebus et deux espèces de Jacchus, indiqués dans les cavernes du Brésil. M. Gervais a décrit des dents recueillies aux environs de Montpellier qu’il éroit pouvoir distinguer de celles du Semnopithecus monspessulanus ; il les attribue à un macaque (2° édition de la Zoo!. et Pal. franç.). On doit retrancher de Ja liste des singes le Macacus (Eopithecus) eocænus; M. Owen, d’après de nouveaux matériaux, pense que les pièces figurées sous ce nom appartiennent à un suidé du genre Hyracotherium (Ann. and Magaz. of nat. hist., série I, vol, X, p. 240, 1862). M. Rütimeyer a trouvé dans l'éocène d'Egerkingen trois dents qui, selon lui, proviendraient d’un quadrumane, le Cœnopithecus lemuroides (Hocœnce Süäugethiere aus dem Gebiet der Schweizerischen Jura, p.88, pl. V, fig. 87; 88, Zurich, 1862).

(2) Pages 19 et 29 de cet ouvrage.

(3) Pages 39 et 41,

(4) Pages 48 et 51.

CONSIDÉRATIONS GENÉRALES. 35 zorilles, les putois, et les types moins carnivores tels que les loutres et les moufeties.

Le gisement de Pikermi (4) a procuré trois espèces de viverridés (Zctitherium) : la première si voisine des civettes actuelles que M. Lartet et moi l’avions d'abord classée parmi ces carnassiers ; la seconde qui s'éloigne davantage des civettes pour se rapprocher des hyènes; la troisième qui ressemble encore plus à une petite hyène. Réciproquement, j'ai découvert des espèces de la famille des hyénidés qui indiquent quelque propension vers les viverridés, l’une par ses tuberculeuses (Hyænictis), l’autre par ses prémolaires (Lycyæna). Enfin, à côté de ces animaux mi-civettes, mi-hyènes, on en voit un qui est intermédiaire entre les espèces du genre hyène ; il est singulièrement voisin de l’Ayène brune (sauf cependant le moindre talon de sa carnassière supérieure); ses dents du haut rappellent l'hyène rayée, et ses dents du bas l’hyène tachetée. Si l’on joint aux espèces de Pikermi celles qui sont déjà connues à l’état fossile ou à Pétat vivant, on remarque que les lacunes se comblent à mesure que les découvertes se mulüplient; je m'en suis aperçu en considérant le tableau suivant où quelques espèces ont été disposées d’après l’ordre géologique (2) :

(4) Pages 64, 89 et surtout page 400.

(2) Dans ce tableau et ceux que l’on trouvera plus loi, jai joint par des barres les espèces dont l’enchaînement m’a le plus frappé. Un astérique placé entre deux espèces signifie que, malgré des lraits de ressemblance, la lacune qui les sépare est encore considérable. Les fossiles que je connais trop imparfaitement n’ont pas été mentionnés. Ceux dont la détermination est douteuse sont suivis d’un point d'interrogation. J'ai été parfois embarrassé pour découvrir quels sont les animaux auxquels une espèce se lie davantage; un même mammifère peut avoir des rapports avec plusieurs types ; par exemple, il y a presque autant de raisons pour ranger l’Hyopotamus et le Rhagatherium avec les dichobunidés que pour les mettre près des suidés. 11 est bien entendu que mes tableaux ont un caractère essentiellement provisoire ; chaque pas de la science les modifiera ; telle espèce, qui, dans l’état actuel de nos connaissances, semble très-proche d’une autre, nous paraîtra plus éloignée, quand, au lieu de raisonner sur une mâchoire isolée, nous raisonnerons sur toutes les parties du squelette ; au contraire, des animaux que nous pensions distincts seront rapprochés. Les ouvrages où j'ai puisé le plus de renseignements sont ceux de MM. Owen,

Falconer, Rütimeyer, Lartet, Gervais, Pictet, Pomel et Leidy; j'ai d’ailleurs étudié les pièces originales de la plupart des espèces que je cite.

£po ÿ ue

«æcluelle .

Quaternaire.

Pleëstocène d

Pliocène .

Miocène

AMC DEEE EE =

Hyæna Striatx

Hyœna maculata Hyæœnax És : du sud de l'Asie, d'Afrique. d'Afrique. du nord de VAfrique.

Hyœnx maculato | de San Teodoro (Sicile ]. H yænx priscæ | ù | :

| 1 Lunel-Viel.

Here speleeoc uiel- Vie de Kirkdale.

| Hycæna Hyœna | brevirostris intermedix ?

| de Sœinzelles. de Sauvzelles.

Hyœna Perriert Hyorsn Ar Vel ILE sis de Perrier. à A ÈS AN .

Hyæncx eximiæ de Pikermt.

| Hycœænictis gi'æcæ de Pikermi.

| Ictithertunr hipparionum de Pikermi

| Ichitleriun robustum des Pikermz.

La délimitation des espèces de chats vivants embarrasse les zoologistes, car elles sont nombreuses, et plusieurs ont des caractères peu tranchés. En outre, on a déjà signalé à l’état fossile : dans le miocène moyen de Sansan, les Felis hyænoiïdes, pardus ?, media, pygmæa; dans le miocène supérieur d'Eppelsheim, les Felis prisca, ogygia, antediluviana; dans celui de Pikermi, quatre espèces, l’une moindre que lelion, une égale à la panthère, une plus pelite que la panthère, une un peu plus forte que notre chat sauvage; dans le pliocène de Montpellier, le Felis Christolii; dans celui de Perrier, les F'elis arvernensis, pardinensis, brachyrhina, issiodorensis, brevirostris; dans le crag rouge d'Angleterre, le

Felis pardoides ; dans le terrain quaternaire, les Felis spelea, antiqua, engiholiensis, lyncoides, minuta. Je ne mentionne que les chats d'Europe; on en a rencontré également en Asie et en Amérique. La plupart de cesespèces ne présentent point de particularités saillantes, elles rentrent dans les types connus, et on les a déterminées surtout d’après leur taille ou leurs proportions ; il n’y a point de raisons pour qu’on n’en trouve pas encore un grand nombre. Comment donc parviendra-t-on à distinguer les espèces et les variétés, alors qu'aux formes vivantes, déjà difficiles à classer, il faudra joindre toutes les formes fossiles?

Depuis les travaux de Cuvier, l'étude des proboscidiens s’est étrangement compliquée; elle a révélé des passages entre des formes différentes en apparence. On à vu (1) que le Mastodon Pentelici de Pikermi ajoute un intermédiaire entre les espèces de mastodontes les plus éloignées, telles que celles des trilophodons et des tétralophodons. Afin de faire ressortir les transitions que l’on commence à constater parmi les proboscidiens, j'ai dressé le tableau qui va suivre. Pour le composer, je me suis principalement servi des publications de Falconer et des collections du British Museum. L'abréviation Tr., signifiera trilophodon ; Te., tétralophodon ; In., intermédiaire entre trilophodon et tétralophodon; Pen., pentalophodon; St., stegodon ; L., loxodon : E., euelephas :

(4) Page 148 de cet ouvrage.

Epoque Elephas [L] Elephas [E.] indicus actuelle. africanus d'Afrique. de l'Inde.

Élaghes PA Re Rae + er © Mastod de San Teodoro Elephas Elephas Columbi [Tr]° Mastod . [ Sicile ]. mert- [E] de Georgie Elephas Quater- |Hum- [In] Mastodon dionalis arme- et de Mexico. init ape boldli andium [Tr] cle en :de Tin ohioticus Elephas vallée de Lx Elephas AY Sibérie, al Fe de riscus de lx province antæquus Le Ce LE l'Ohio, dela vallée de T'amise. d'Erzeroum. de la vallee lx ‘T'amise dela T'amise.

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L # du du forest bed du Norfolk.

locene forest-bed du Norfolk | N du Norfolk. et de S'Prest. Elephas [E] antiquus | | du lorest-bed du Norfolx.

Mastodo (F Mast. [Tr] Te ñ Eleph. [L] A Pandionis: arvernensis Mastod. Eleph. [L] mert- Élephas Plio- OR A de Perrier, [Tr] insignis priscus dionalis [E] éene |, a LT Nostelk, Borsont de Lx de du crag du namadicus re On. de Dusino. de Nebudie Rome Norfolk eE dela Nerbudoa. F1: l'Astesan, | gnano . és sr Arno /5].

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Most sas [Mastodon Élephas iL [Te] lensis | suivant M'Glft] planifrons peri- des M* des M'$ des M! Elephas [St] bombifrans Te mensis ne Sewalik.. Sewalik . des M Sewalik. Mivcéne |Masod… | de Moue re Da . Périm | RTS FÉGLETES rite d de Ta | FEU , DANAIIL ; Mustodon [Te] Longi- \ Elephas [St] gautesæ des M° Sevalik.. rostris d'Eppelsheim. \ \ Elephas [St] Gliftu [Mastodon suivant Mastodon [Jn.] M! Gift ] d'Ava, des ME Séwalik. Pentel : | entelicr | de sh + \ Mastodon [Te] latidens d'Avx.

À \ D M stedon l'Fr. rustidens ù / - ; L PRE nv ii Mastodon [Tr] Furiceitsis Mivcéne de Zurich ct de Font-Levoy.

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