‹ Considérations générales sur les monstres comprenant une théorie des phénomènes de la monstruositéChapitre 2 sur 4 · II. Cl-A-ssification et Nomenclature · texte numérisé non relu

II. Cl-A-ssification et Nomenclature

Porter son attention sur les Monstres pour les réserver à titre de

E ièces de cabinet, pour provoquer » surprise ou les offrir comme un objet de spectacle , fut de peu de durée ; car l’étonnement cesse par le retour des mêmes faits , comme l’intérêt des spectacles s’use parla jouis-

(i) V. sur celle méthode et ses règles le discours préliminaire du tome second de notre Ptiilosopliie anatomique , principalement les derniers jraragraplies.

sauce. On vit donc alors les Monstres comme un sujet d’instruction. Mais il fallut d’abord établir ce qu’ils étaient : on se prit ainsi à les décrire. Cependant ces êtres paradoxaux n’arrivaient ordinairement qu’à des médecins plus exercés dans la pratique des accouchemens qu’occupés à de véritables recherches scientifiques, et de plus les Monstres n’apparaissaient qu’à d’assez longs intervalles. Comme il n’existait ni antécédent, ni modèle à suivre, les faibles travaux qui furent successivement publiés restaient sinon inconnus , du moins indifférens à chaque auteur. Chacun donc s’abandonna à ses propres inspirations ou le plus souvent aux impressions que le sujet se trouvait fournir. En définitive , ou vint à décrire un grand nombre de défauts de conformation , à signaler les modifications les plus variées de l’organisation régulière.

Or il arriva que ces travaux, bien qu’isolés les uns des autres, eurent quelques résultats communs : ils se rencontrèrent dans deux idées qui devinrent dominantes.

1®. Le mot Monstre avait changé d’acception; car on ne l’employait

P lus que pour rappeler un état de organisation frappée de perturbations et viciée par l’excès, l’altération ou le défaut de certains organes.

Cela étant, tout Animal se maintenant partout dans des rapports d’ordre et d’harmonie et naissant sous les mêmes conditions que ses parens, était l’opposé de celui-là, et formait rêtre’normal, quand un Monstre se définissait par des qualités contraires:

un Monstre par conséquent était cet être normal, que diverses perturbations dans le développement de certains organes altéraient quelque part et rendaient vicieux sur un ou plusieurs points. Bonnet exprima cette idée dans la définition suivante :aün Monstre, a-t-il écrit, est une prodiiclion organisée, dans laquelle la conformation, l’arrangement ou le nombre de quelques-unes des parties ne suivent pas les règles ordi-

naires. » C’était étendre celte définition jusqu’aux plus légères anomalies ; mais en voyant comment de réelles monstruosités et de simples variétés se suivent dans un ordre continu et insensiblement gradué, on trouve que le vice apparent de la définition de Bonnet disparaît devant un examen physiologique. Cependant Andral fils, dans son excellent article Monstruosité du Dictionnaire de médecine, rejette dans une classe à part tous les vices peu considérables de conformation qui persistent après la naissance. « Il désigne sous le nom de monstruosité toute aberration congéniale de nutrition ; d’où résulte, pour l’être qui la présente , une conformation d’un ou de plusieurs de ses organes dififérens de la conformation qui appartient à son existence extra-utérine, à son espèce, ou à son sexe. »

a®. En parcourant tous les travaux sur les Monstres , chaque description qu’on en a donnée, on croit s’apercevoir que le nombre des difformités est infini, pouvant à peu près s’étendreTà tous les points profonds ou superficiels des organes.

Dans leur article Monstruosité du grand Dictionnaii'e de médecine, les professeurs Chaussier et Adelon en ont pris cette opinion ; a Insistant sur la bizarrerie de tant d’apparences diverses, on est jeté dans des différences sans fin, ont dit ces savans professeurs, en sorte qu’il faudrait décrire tous les genres de Monstres qui ont paru, puisqu’il n’en est aucun qui n’offre quelque chose de spécial. » Des travaux aussi nombreux , des diversités aussi considérables ont fait désirer d’y introduire de l’ordre. Les Monstres peuvent-ils être classés? On ne s’est point fait préparatoireraent cette question , qu’on aurait nécessairement fait suivre de recherches sur la meilleure méthode de ranger ces productions ; mais ou y a de suite voulu appliquer les procédés des naturalistes qui distribuent les Animaux en ordres, genres et espèces. Cependant y avait-il parité?

Un Animal est un être à part, bien isolé , parfaitement circonscrit eu égard à toulcs les conditions de son existence. Eu peut-il être de même d’un Monstre ? D'après ce que nous avons dit plus haut, c’est un être bien conformé dans le plus grand nombre de ses organes, et vicieux dans le surplus; un être qui a résisté à sa tendance pour une parfaite et prédestinée construction : un tel être vicieusement établi est ainsi le contraire de l’être normal.

Que de questions secondaires dépendent de cet énoncé ? Car confondrez-vous les parties conservées dans l’état régulier avec celles transformées par des altérations désordonnées ? Il devient alors difficile d’adopter pour des Monstres ainsi composés une classification qui s’étende aux divers Animaux. N’embrasserez-vous au coutralre que les faits mêmes de la monstruosité ? Il ne vous reste que des qualités négatives peu propres à fournir des éléinens pour un édifice. Dans ce ui fut entrepris, on se régla d’après es idées à priori dont quelquesunes donnent avec quelque bonheur de premières coupes. Bonnet et Blumenbach divisèrent les Monstres en quatre classes; les uns, parce qu’ils possédaient en organisation au-delà du type ordinaire ; d’autres, parce qu’ils étaient restés en deçà; ceux-ci à cause d’altérations dans la structure des parties ; et ceux-là en raison de connexions interverties. Buffon fit preuve de goût en écartant celte dernière considération , et en restreignant à trois l’ancienne subdivision : mais depuis, Meckel, d’accord sur ce point avec Buffon , adopta pourtant une quatrième classe qu’il composa des sujets hermaphrodites. Ceci était bien loin de pourvoir à tous les besoins : puis, en admettant qu’il y eût quelque parité avec les procédés des naturalistes, de telles coupes pouvaient tout au plus correspondre aux divisions primordiales, au moyen desquelles les Animaux vertébrés sont partagés en qua-

tfc classes; elles pouvaient servira (lis- résulte par exemple des consideiratingucr des sÿslèmes organiques aussi lions, qu’il met en avant et qui se dissemhlables entre eux que le sont rapportent à de certaines proportions les groupes dits Mammifères, Oi- des parties ou de tout l’ensemble du seaux, Reptiles et Poissons ; mais ces corps; mais l’exécution ne fut pas partages faits de haut rendaient tou- heureuse. En effet la petitesse du tefois nécessaire pour chacun des corps entier caractérise ses Microsogroupes un arrangement de subdivi- mies, la petitesse d’un seul membre sion, qui permît de poser les élémens ses Microméiies, le contraire ou l’excaractéristiques de chaque sorte de cès de volume du corps ses Macrosomonstruosité en particulier. On a cru mies , le trop de grandeur d’un seul dans ces derniers temps qu’étendre membre ses Macromélies, l’absence les données déjà introduites dans la d’un membre ses la multipli-

sclence, que multiplier les premières cation du corps entier ses Folysodivisions , ce serait adopter pour les mies, etc. Le docteur Breschet a re- Monstres un mode de classification pris et étendu cette méthode au mot analogue à celui pratiqué pour les Déviation organique, dans le sixième êtres de la zoologie. Mais combien au volume du nouveau Dictionnaire de contraire on s’éloignait du but! Ce médecine. A la première vue, cette n’est pas tout que (l’emprunter à une nouvelle classification, qui est fondée langue morte des racines, que d’ar- sur plusieurs sortes de subdivisions river sur les faits avec des mots et qui s’étend à tous les cas présumés grecs : en faire un signe pour un possibles , promet de mieux saisir nombre quelconque de combinaisons chaque fait particulier ; mais loin deque l’on distingue et que l’on établit là , nous devons en convenir : puisàpriori, ce n’est pas suivre la mé- que, quand cette classification parthode des naturalistes : c'est imagi- court plusieurs degrés, qu’elle desner un cadre à l’avance qui appelle cenddes généralités, et que , chemin les faits disponibles selon une règle faisant, elle signale quelques condiquelconque et voulue arbitrairement, tions organiques, elle n’en vient et qui en délaisse le plus grand nom- point au but principal d’une classihre , lesquels y appartiennent par la fication , lequel est finalement l’éliaison des faits. La différence est nonce net et précis d’uu être en manifeste; les naturalistes, au dé- particulier : elle arrive au dernier but de leurs recherches, ne descen- terme des subdivisions pour apprendent jamais des hauteurs de leur dre qu’il est définitivement une telle sujet jusqu’aux faits particuliers; sorte d’affection susceptible de modimais partant de conditions acquises fier le sujet normal. Mais un Monstre sévèrement touchant chaque être en comprend le plus souvent jusqu’à six particulier, ils remontent de l’espèce à huit de ces sortes d’affections. Les au genre, du genre à l’ordre et de signalerez-vous toutes parles six ou l’ordre à la classe ; et c’est quand ils huit noms grecs créés ad hoc et ont successivement groupé des faits qui expriment chacune d’elles? 11 isolément et soigneusement exami- le faudra bien sans doute; car vous nés, qu’ils voient d’ensemble tous vous êtes privé du droit de vous en les êtres du même rang, et qu’ils ju- tenir à une seule considération, dès gerit des hautes conditions qui en que toutes les conditions organiques établissent les communs rapports. qu’expriment vos dénominations se Ce qu’on a fait pour les êtres de la trouvent cumulées dans le même monstruosité est tout le contraire, être. Cent mots grecs, dont plusieurs Ainsi Malacarne admet seize classes avaient déjà des équivalens dans la (le Monstres; on trouve que de sages science , comme par exemple le tercombinaisons de son esprit avaient Ta.Qhypodiaslématocauliecp\\e,%xhedMd'abord formé ses motifs, comme cela coup trop long et qui n’est ' pas

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plus clair que l’ancien mot hypospadias, ne sont qu’une suite de formes inutiles à apprendre et d’ailleurs trop difficiles à retenir pour remplacer dans des descriptions les termes simples et ordinaires, dont chacun dans sa langue trouve abondamment et sans efforts à faire usage. Ainsi, qu’on place les uns après les autres les noms suivans , Acéphalo^ carpie, Acéphalodaclylie, Symphysodaclylie , Macrodaclylie et plusieurs autres , on énoncera bien moins clairement les conditions organiques d’un Monstre Acéphale , que si l’on se borne à l’emploi de la phrase suivante et correspondante :

Un tel Monstre est sans tête, sans hras , et se distingue encore par les doigts de ses pieds réunis et volumineux. *

Si tous ces essais de classification n’ont été qu’une apparente et défectueuse imitation des procédés des naturalistes, c’est qu’on a toujours négligé l’idée - mère d’une pareille question ; c’est qu’il n’est venu à l’esprit de personne de se demander, s’il devenait possible de ramener chaque Monstre à P idée abstraite d'un être de la Monstruosité. Leibnitz, dans ses Nouveau.v Essais sur CEntendement humain, page 270 , discute ce point, a On devra , dit-il, déterminer si les Monstres forment réellement une espèce distincte et nouvelle; et cependant, ajoute-t-il, un Monstre sera nécessairement de son espèce , si la nature intérieure d’aucune autre ne s’y trouve; car que l’on ne s’arrête point à la naissance, c’est aux marques intérieures à prononcer. » Ainsi ce grand philosophe est conduit, par la rigueur de ses raisonneraens, à exclure l’une des deux indications que l’on consulte pour juger de l’essence des espèces , celles de la race et de la forme , quand, ce qui a lieu chez les Monstres , ces indications se contredisent, et à préférer les notions de la forme, seules propres à exposer ce qui est , à celles de l’origine, décevantes et trompeuses dans les déviations orga-

niques. Nous sommes arrivé, non spéculativement, mais par uneétudii approfondie et directe du sujet, aux mêmes conséquences ; nous y voyons concourir deux ordres de considéra tions.

1®. Qu’y a-t-il à conserver et à éliminer dans l’examen d’un Monstre? Ainsi qu’on l’a vu plus haut, un Monstre est un être régulier dans la plus grande partie, et irrégulier dans la moindre partie de ses organes. Là où le Monstre est dans la règle, sa condition d’un être à part et normal se fonde sur une certaine somme d’organes dans des rapports donnés, et, nous le supposons, parfaitement connus : là , au contraire, où il s’écarte de la règle, c’est une autre somme d’organes dans des rapports fort compliqués , inconnus et qu’il convient de rechercher. Voilà par conséquent deux parts distinctes , bien qu^associées dans le même être, bien que, par une sorte de génération , l’une dépende de l’autre.

Cependant qui vous empêcherait de saisir ces distinctions? pourquoi n’en profiteriez-vous pas pour simplifier votre problème ; pour , à l’instar des géomètres, éliminer ce qui est connu, et pour vous en tenir enfin aux seules choses de la monstruosité, lesquelles au fond constituent l’uiiiue sujet de vos recherches? Nous ne einandons que ce qui est tout naturellement indiqué et universellement pratiqué dans de certaines affections pathologiques. Car est-il question de décrire tous lès phénomènes morbides d’un ulcère, on s’en tient aux considérations du ti.ssu nouvellement transformé, et il ne vient à l’esprit de personne de comprendre tout le reste du sujet normal parmi les élémens d’un pareil travail, quoique l’être régulier soit la gangue et qu’il ait fourni la matière de la déviation morbide. Les Monstres ne diffèrent en effet de l’exemple que nous invoquons ici, que, parce que, à leur égard, la déviation organique date du développement fœtal et qu’elle • se trouve embrasser une plus grande

^(£ndue de la péi'ipliéric de l'être.

Pour présenter notre idée sous une image grossière, mais qui parle nettement aux sens, nous comparerons les laits de la monstruosité aux faits de pourriture qui attaquent les fruits pulpeux. Si les phénomènes de la

f iourritnre suivent une marche réguière et indépendante de la nature des fruits générateurs, il est inutile de revenir sur les gangues, poires , pommes, abricots et pêclies; il suffit d’en détacher idéalement les portions pathologiquement affectées.

On peut donc, et on doit alors , examiner à part le tissu et la composition de cette nouvelle pulpe; en définitive tous les faits à oliserver forment un ensemble de circonstances .susceptibles d’être étudiées et méditées séparément. Cependant pour que ces réflexions soient en tous points applicables aux faits de la monstruosité, il faut encore que ceux-ci soient assujettis à unemarche régulière et en quelque sorte indépendante, dont la preuve soit fournie par le retour des mêmes faits dans des circonstances données. C’est cela que nous allons examiner.

3°. Sans avoir fondé nos recherches sur les données précédentes , nous avions déjà fixé notre attention sur l’apparition fréquente de certaines monstruosités : ce retour des mêmes aberrations, en se faisant remarquer par la fixité de leurs caractères, semblait reproduire des formes aussi arrêtées que toutes celles de la zoologie normale, que les formes produites par la succession des êtres réguliers : à la place de l’organisation

} )rédestinée , d’un arrangement conbrrae au type normal, c’est un autre ordre de régularités : c’est réellement une autre création que l’on peut et opposer et comparer aux développemens toujours conditionnels de la première, à ces enlaceinens d’organes , à toutes ces formations incommutables qui composent le mouvement et qui assurent le retour périodique des productions régulières. La somme d’organes constituant les cho-

ses de la monstruosité forme ainsi une œuvre à part, bien limitée, bien circonscrite, et établie suivant certaines règles. De-là , à l’idée d’un être à part, d’une espèce établie en raison de ses marques intimes ( Leibnitz ) ou de ses propres caractères, la conclusion nous paraît logique ; mais enfin pour que cela devînt une proposition inattaquable, il fallait en outre démontrer que tous ces iapports ne tenaient point à une coïncidence accidentelle ; or l’investigation anatomique nous a donné ce fait péremptoirement. Qu'un organe tombe dans l’atrophie ou même vienne à disparaître entièrement ; tous ceux de son pourtour sont de proche en proche repoussés de la circonférence au centre ; ils s’appuient les uns suf les autres, ils entrent dans de nouvelles connexions, et donnent ainsi naissance à des composés nouveaux , à des formes insolites , enfin à du merveilleux pour notre ignorance’; à quoi en effet les espèces régulières , les seules jusqu’alors qui aient été étudiées, ne nous avaient pas accoutumé. Voilà ce que nous avons souvent observé, ce que nous avons vu dans les Jnencép/iales, chez lesquels il arrive, au système cérébrospinal, d’être remplacé par un fluide d’un volume énorme. A l’ordinaire, la pulpe contenue n’est autre qu’un simple filet médullaire renflé pardevant ; et le contenant, ou la tige vertébrale qui en suit les contours, est disposé en un étui resserré en arrière et dilaté en avant, sous la forme connue et nommée boîte crânienne.

Cet arrangement, les faits de la monstruosité qui caractérisent les Anencéphales le rendent impossible ; la poussée de la masse volumineuse du fluide, tenant lieu de la pulpe médullaire , fait que l’étui vertébral et la boîte crânienne apparaissent comme fendus longitudinalement, renversés sur les côtés et définitivement établis en table. Nous avons vu plusieurs de ces Monstres et nous en avons décrit jusqu’à dix espèces.

Nous citerons encore le cas où ce

soat des parties nerveuses olfactives qui manquent. Les yeux sont-ils privés de leur diaphragme ordinaire?

eux et toutes les parties qui s’y rapportent s’approchent au contact, et viennent se confondre sur la ligue médiane pour ne former plus qu’un seul œil : ce qui n’empêcne pas que les vaisseaux nourriciers dépendant de la carotide externe ne continuent de servir à l’accroissement de la face et du museau ; actions discordantes, d’où résultent des formes bizarres et surprenantes ; et en effet les tégumens nasaux sont prolongés et établis sous l’apparence d’une trompe. Nous connaissons l’ensemble de ces désordres ou de ces nouveaux arrangeraens , sous le nom générique de Rhinencéphale. Nous nous bornerons à la citation de ces exemples : ils suffisent pour faire voir que la monstruosité prend généralement ses motifs dans l’atrhophie ou l’hyperthrophie d’organes profonds et fondamentaux. Les diverses espèces d’une classe entière en sont donc

P areillement susceptibles , et nous avons effectivement vérifié pour les Rhinencéphales,que nous avons trouvés établ is de la même façon dans les espèces Homme, Chat, Chien, Cochon , Cheval, Brebis et Veau; mais de plus, il résulte encore de ce qui précède , qu’un ordre nouveau remplace l’ordre ancien , ou l’arrangement du type normal, c’est-à-dire qu’un ordre qui se fonde sur le concours d’organes diversement proportionnés, reproduit un autre système, et l’on peut ajouter un nouvel être.

Si l’on en doutait, c’est qu’on aurait négligé de réfléchir à ce qu’exige de combinaisons la moindre formation animale. Mais il y a mieux ; nous n’en sommes pas réduit à rendre probable la possibilité d’établir une zoologie pour les êtres de la monstruosité sur les mêmes bases qu’est fondée la zoologie des êtres réguliers ; nous n’avons qu’à rappeler ce qui a déjà reçu un commeneement d’exécution. ï)éjà en effet plusieurs genres ont été traités avec les formes et dans

l’esprit de la zoologie générale. Nous citerons les genres Anencéphale , Notencéphale, Hypérencéphale, l’odencéphale , Thlipsencéphale , Aspalosome , Hypognathe , etc. Nous avons décrit huit espèces d’Ancncé-

S haies dans le douzième volume des [éinoires du Muséum d’Histoire Naturelle , et deux de plus dans les Annales des sciences naturelles, T. vu, page 357 : ces espèces sont Jnencephalus drocensis , A. sequanensis , A. icthyaides, A. sannensis, A- mo~ sensis , A. occipilalis , A. murnia , A. perforatus e\.A. evisceralus ; les caractères du genre et ceux des espèces sont exprimés dans les formes et le langage linnéens, en même temps que figurés avec le plus grand soin. Nous renvoyons également à notre Dissertation des Hypognathes, comme à un autre exemple de l’emploi de cette méthode : on trouve cette Dissertation dans le treizième volume des Mémoires du Muséum d’Histoire Naturelle : le genre llypognathe n’est composé que des liois espèces suivantes; Hypognathus rupealis , Hypogn. capsula , Hypogn.

monocephalus. Ces travaux sont de l’ordre de ceux que les naturalistes connai.ssent sous le nom de Monographies , et l’on sait quelle importance y attachent les hommes qui s’intéressent aux réels progrès de la science. L’esprit, en se concentrant sur un petit nombre d’êtres dont les rapports et les différences sont plus facilement appréciés et discutés, saisit dans ce positif des faits jusque aux plus petites nuances. En supposant que nous ayons adopté avec quelque bonheur ce même mode pour les êtres de la monstruo>ité , viendrons-nous à conclure qu’enfin une classification des Monstres existe? Non, telle n’est, ni ne saurait être notre conclusion. Nous ne possédons encore que quelques élément pour une classification qui embrasse tous les faits : gardons-nous donc de leur demander au-delà de ce qu’ils contiennent. Mais continuons à décrire et à déterminer les- êties

fie la monsli’uosilc : multiplions à leur sujet les travaux monographiques et laissons faire au temps et à nos successeurs ; car il ne faut pas oublier que nous ne faisons qu’ouvrir cette voie , que nous sommes à peine entres clans cette nouvelle carrière. Plus tard des rapports seront saisis : on s’apercevra que de semblables caractères conviennent à plusieurs monographies : on réunira celles-ci, d’après leurs communs rapports : c’est ainsi qu’en leur temps, ces travaux seront liés par l’utile échafaudage et les ressources des classifications , que seront formés des groupes de plus en plus élevés, lës ordres et les classes ; et l’on y procédera avec d’autant plus de facilités et de certitude de succès , qu’au point de départ les faits auront été plus sévèrement établis , c’est-à-dire que les monographies de genres auront été le fruit d’observations plus attentives et plus persévérantes. Tout ce que nous pouvons conclure pour le moment , c’est que la méthode des naturalistes est applicable aux êtres de la monstruosité. Les plus grandes déviations ou les écarts qui portent sur les parties les plus essentielles, constituent les faits principaux ou les faits génériques; et les déviations au contraire qui ne modifient l’organisation normale, qu’en des parties moins liées aux fonctions de la vie, constituent des faits de deuxième ordre , ou les faits spécifiques. Ne pourrait-on traiter des Monstres que pour en présenter une sévère détermination et que pour les inscrire avec rigueur parmi les êtres de la zoologie pathologique, ces recherches ne seraient point indignes des plus grands talens •. les naturalistes, occupés de faire connaître les êtres de la zoologie normale, ne se proposent point un but plus élevé.

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