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agents, en relation avec tous les propriétaires, rendent de grands services.
L'intervention des ingénieurs est nécessaire, même pour les chemins vicinaux; une longue expérience nous en a souvent convaincu. Appelé à tracer des routes demandées avec instance par des communes, nous avons vu chacune d'elles, chaque habitant, solliciter une direction différente, particulière. Les uns demandaient un tracé favorable à leurs intérêts; les autres souhaitaient qu'il fût nuisible à des rivaux. C'est en ne consultant que les instruments et le terrain, c'est en ne tenant aucun comptedes passions soulevées, qu'il est possible d'arriver à une solution indépendante de toute influence. Nul homme du pays ne serait parvenu à faire adopter une des mille directions proposées, toutes combattues, et dont chacune aurait soulevé des animosités , des querelles. Des administrateurs du lieu, sans autorité, sans le secours d'une législation forte, sans obligation de décider, discutent, disputent, et n'agissent jamais.
En Angleterre chaque route, chaque portion de route, chaque bail de barrière, est soumis à l'intervention, à l'investigation, à la sanction du parlement et de la loi. Cette précaution est indispensable, mais il faudrait en France éviter les frais excessifs de ces formalités. Chaque acte du parlement coûte aux particuliers ou aux communes, au moins i2,5oo fr., et quelquefois deux fois plus, et à chaque session on en présente plusieurs centaines.
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Nous avons la conviction qu'il est nécessaire de décider qu'aucun projet de route cantonale ne doit être proposé et tracé que par un ingénieur des ponts et chaussées, avec l'intervention des cmomissaires, et mis à exécution qu'en vertu d'une ordonnance ou d'une loi.
Sur notre sol encore brûlant de nos longues commotions, toute entreprise de routes neuves qui n'aura pas la sanction du gouvernement soulèvera les passions, ruinera les capitalistes, et restera imparfaite. Mais les travaux achevés, le pays doit intervenir, et les commissaires du lieu sauront admirablement bien conserver les chemins, les réparer , et les administrer dans les limites posées par une loi prévoyante et complète.
Les conducteurs choisis dans le pays étant dirigés par les ingénieurs, parviendront à réunir les partis, par l'influence que leur donneront l'instruction et le zèle.
Les préfets, les conseils-généraux, les ingénieurs en chef des départements, contribueront aussi à lever les obstacles de localités, en faisant dominer la raison sur des rivalités passionnées, et sacrifier des prétentions injustes à l'intérêt général.
Quelques personnes pourront prétendre qu'en conservant aux ingénieurs des ponts et chaussées la mission exclusive de dresser des projets de route, on maintient un privilège, on perpétue une faveur. Mais dans un État civilisé, chaque loi or-
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ga nique est aussi un privilège. Un homme de lettres peut réunir le talent de la parole, la connaissance des lois et le zèle d'un avocat pour la défense des accusés; cependant la loi qui fixe les conditions de réception et admet chacun aux cours, exclut sans injustice l'entrée du barreau à tous ceux qui n'ont pas satisfait aux exigences. Intervertir cet ordre établi, ce serait violer la loi et lui ôter tout caractère de fixité. L'état actuel est le meilleur, seulement pareequ'il existe.
Il en est ainsi de la médecine : un homme versé dans les diverses branches de cet art ne pourrait exercer cette profession, quels que fussent sa sagacité, ses talents, son génie même, s'il n'avait pas rempli dans le temps les conditions prescrites par les règlements.
Dans l'un et l'autre cas, personne ne croit juste de réclamer contre ces dispositions.
Les ingénieurs des ponts et chaussées ont subi les épreuves voulues ont renoncé aux chances qu'offraient les autres carrières en adoptant celle de leur goût, de leur choix; ils offrent une réunion d'hommes instruits, éclairés, capables de diriger avec habileté tous les travaux qui nous manquent. Si Ton accordait à d'autres personnes le droit d'exercer des fonctions que la loi réserve aux ingénieurs des ponts et chaussées, il faudrait aussi permettre à ces ingénieurs de devenir officiers supérieurs du génie, de l'artillerie, inspecteurs des mines. Un tel changement, pour être équitable, ne
devrait être admis que généralement. Toute exception partielle serait une injustice et surtout une faute; car il serait difficile de suppléer au service de cinq cents ingénieurs dans la force de l'âge et du talent, qui ont obtenu les premières couronnes dans les concours ouverts à tous, qui ne doivent leurs places qu'à leurs talents et à leurs travaux.
Chaque association de capitalistes ayant le droit de choisir dans cinq cents ingénieurs celui qui inspirera le plus de confiance, parviendra par son intervention dans le tracé d'une route, à lever des obstacles presque insurmontables , à prévenir les discussions interminables avec les propriétaires de terres et avec les communes.
Pour les routes payées par le canton les commissaires apportent une intervention efficace; connaissant les lieux, les hommes, par une longue résidence dans le pays traversé par la ligne des projets, ils peuvent en surveiller avec utilité l 'exécution, et faire triompher la loi sur la mauvaise volonté de plusieurs. L'action est donnée par la loi, les commissaires la régularisent et la rendent possible et facile.
La route achevée est confiée, d'après le projet, aux autorités locales qui seront chargées de l'entretenir avec économie, de la conserver avec vigilance, et de la maintenir en tous temps dans le meilleur état. Les frais de réparation retombant en I rès grande partie à la charge des commissaires, tousprincipaux
(propriétaires du canton, ils auront intérêt et désir de?, s'aider de tous leurs efforts à faire le meilleur emploi de leurs propres fonds. Ainsi, toutes. les rapacités, les volontés, les intérêts, concourront à parvenir aux meilleurs moyens de réparer et d'entretenir les chemins.
La législation des routes en Angleterre ne fait point mention des ingénieurs ou inspecteurs de la partie d'art, du tracé des routes, de l'emploi des matériaux. Cependant les douze rent vingt-sept tiusts ou d'administrations paroissiales de l'Angleterre et de l'Ecosse, sans l'Irlande, ont chacun un ingénieur ou inspecteur chargé de dresser les projets, les devis, et de surveiller l'exécution des travaux d'art. Les plus célèbres ingénieurs d'Angleterre ont de semblables commissions et réunissent chacun plusieurs inspections; leur service est facile et n'exige des plus exercés que quelques jours par an pour chaque trust.
Les sommes allouées en Angleterre pour les inspecteurs ou surveillants des douze cent vingt-sept trusts sont plus que doubles de tous les appointements des ingénieurs des ponts et chaussées, et ne demandent pas à chacun le quart du travail d'un ingénieur français. Cependant il a été reconnu, par les enquêtes sur les routes d'Angleterre , que les inspecteurs des trusts, la plupart peu instruits, ne rendent pas les mêmes services que les ingénieurs de France. Les routes de la Grande-Bretagne ne sont meilleures que par l'influence du système
de barrières sur la navigation , et d'une bonne navigation sur l'état des routes; c'est donc à sa législation, à ses institutions que l'Angleterre doit cette puissante cause de prospérité. En quelques années nous pourrions obtenir les mêmes résultats : il suffit de le vouloir.
Un directeur-général et un conseil des ponts et chaussées sont également nécessaires pour juger les contestations sur les projets de routes, décider entre les tracés différents , et surtout pour préparer ou contrôler les projets de loi de concessions de travaux publics à donner aux compagnies exécutantes.
Cette vérification est de même faite en Angleterre par des comités ou commissions du parlement, où sont appelés les ingénieurs auteurs du projet.
Les commissions publient les opinions diverses, et ne présentent un projet de résolution au parlement qu'après s'être concertées avec les ingénieurs les plus célèbres et les plus expérimentés.
L'exemple même de l'Angleterre doit nous déterminer à conserver avec soin des ingénieurs versés dans les diverses branches des sciences, qui connaissent la France, et joignent une longue expérience à l'aptitude au travail, et à une instruction profonde dans les diverses branches de leur art.
L'Angleterre, il est vrai, n'a pas de conseil-général des ponts et chaussées, et de contrôles réguliers des grands projets d'entreprises publiques. H
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en résulte sans doute que le génie, sans entrave, conçoit et exécute plus rapidement, et arrive souvent à d'heureux et grands résultats; mais de même il peut se jeter avee la même facilité et fréquemment dans des écarts funestes. Les plus célèbres ingénieurs d'Angleterre, par exemple, ont conçu et suivi des systèmes particuliers et différents de navigation; chacun d'eux voulait que le sien fût exclusif, dominant, et n'est parvenu souvent qu'à le rendre isolé et mauvais.
Les uns ont prétendu que la navigation par les canaux était seule bonne; que les rivières n'étaient faites que pour alimenter les canaux; qu'on devait négliger les rivières. D'autres n'ont établi des canaux qu'en petite section; d'autres en sections plus ou moins grandes, et la plupart très différentes.
Ces conceptions isolées, opposées, ont empêché un système d'ensemble et le rendent maintenant impossible. Comme il n'existe pas en Angleterre deux canaux de même dimension , les transports se font par bateaux qui ne conviennent exactement à aucune écluse, à aucun canal, et coûtent souvent deux fois plus que si des règles générales eussent été adoptées et prescrites par un conseil supérieur.
Le mieux est un juste milicuentre une organisation qui tend à maintenir sans altération les habitudes et les méthodes anciennes, et un système d'entière liberté qiii conduit également aux améliora lions, aux découvertes et aux plus grands écarts.
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Nous avons les éléments pour éviter ces deux écueils, pour établir et mettre immédiatement à exécution le meilleur système de législation. On peut concilier la prudence avec la liberté nécessaire au génie , et donner des garanties à tous les intérêts.
Le gouvernement, en abandonnant tout pouvoir à l'administration locale, tomberait dans un inconvénient plus grave que ceux dont on se plaint: si la centralisation est funeste, l'anarchie est mortelle; elle naîtrait de l'abandon du tracé des ouvrages aux administrations locales.
En législation, comme dans la nature, le passage rapide entre deux états opposés est une révolution; par un changement brusque on replongerait le pays dans les querelles de parti. Plus la France a été agitée et divisée, plus elle est impatiente de liberté, plus la loi doit être forte et maintenir l'action du gouvernement. Céder l'autorité sans réserve au premier occupant, au plus ardent, c'est la détruire, c'est la remplacer par la violence, la perturbation; quand le pouvoir es( abandonné à tous, il n'est d'abord à personne, et il finit par appartenir au moins digne. 11 n'est peisonne qui ne se croie très habile et capable de conduire sa ville, son département. Laisser à la pétulance, à l'ambition locale la facilité de dominer, c'est anéantir l'administration , le gouvernement , et ôter aux hommes les phjs honorables toute sécurité. Il faut à tout prix créer d'abord une légis
lal.ion juste, mais inflexible; donner et conserver l'action à la loi; imposer à chacun le devoir de se rendre utile avec l'obligation de ne point franchir des limites invariablement tracées.
Dans le projet de code des routes, les commissaires auront le pouvoir de contrôler, d'aider, et nulle possibilité d'entraver, d'empiéter; les juges de paix régleront les contestations et les préviendront; les agents du gouvernement représenteront la loi, la feront exécuter.
Les ingénieurs traceront les routes sans acception de rivalités, et rédigeront des projets qui seront examinés, discutés et approuvés par des ordonnances ou par des lois; ils rendront compte des retards dans l'exécution et les réparations ; ils proposeront de suspendre les barrières lorsqu'ils auront trouvé des routes en mauvais état.
Les préfets ayant sous les yeux les rapports des ingénieurs, des commissaires dans chaque canton, décideront, termineront immédiatement, avec le concours des conseils généraux , les discussions et les difficultés de détails, et ne renverront à l'administration générale que les affaires importantes; tous les intérêts seront garantis sans tomber dans, les inconvénients des retards.