‹ Considérations gérales sur la législation des travaux publics /Chapitre 19 sur 67 · XC1X · texte numérisé non relu

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Des lois sévères , dont l'exécution est confiée au public, préviennent les délits qui compromettraient la solidité et la durée de la chaussée ou la vie des voyageurs. On ne remarque nulle part de traces d'envahissement du sol par les riverains, de dégradation, de dépôt.

Chaque année on affecte, sur chaque route, la totalité des fonds nécessaires pour l'exécution des travaux d'entretien et des améliorations jugées utiles. Ce revenu, fourni en grande partie par les droits de barrière, ne peut être ni enlevé, ni réduit par le gouvernement, qui reste aussi étranger à ces administrations qu'à la culture du sol. Seulement son intervention devient indispensable pour le renouvellement des actes ou l'établissement de nouvelles barrières.

Le bon état des routes d'Angleterre ne doit être attribué ni à un art plus perfectionné, ni à un soin inhérent au caractère anglais, mais uniquement à la prévoyance et à la puissance de la législation toujours plus rigoureuse et inflexible dans les pays plus libres. La beauté des routes est due à une bonne navigation qui sert au transport des marchandises et d'excellents matériaux pour l'entretien des chemins, à l'intervention des associations qui exécutent à leurs frais les ouvrages neufs, et à l'obligation imposée aux propriétaires d'être arbitres pour les expropriations des terrains nécessaires à l'exécution des ouvrages.

Il existe entre ces diverses dispositions une telle

solidarité, que les unes sans les autres ne sauraient exister, ou procurer de bonnes communications. En supprimant par exemple les droits de barrière, les transports des marchandises se feraient par terre; les canaux, ne rendant plus les frais d'entretien , ne tarderaient pas à être négligés , abandonnés même; les routes deviendraient de plus en plus mauvaises, et le commerce diminuerait rapidement.

La France possède au même degré que l'Angleterre tous les éléments de richesse, des mines abondantes, des matériaux excellents, de belles rivières qui traversent les départements en tous sens.

Mais le gouvernement se réserve la propriété des canaux, des rivières et des routes. Il veut exécuter, réparer, entretenir, et ses ressources sont au-dessous des besoins.

Il laisse les rivières dans leur état primitif, sans chemins de halage, sans barrages, sans écluses, et impose des taxes sur les bateaux; tandis qu'il prend à sa charge les réparations des routes, c'està-dire une partie des frais de transport; il détourne ainsi le commerce des rivières où il est favorable à la navigation , pour le porter sur les routes. Il autorise des chargements excessifs qui brisent les matériaux, enfoncent les chaussées, et ouvrent de profondes ornières.

Les fonds des routes ne suffisant même pas à la restauration des communications commencées, on

ajourne des chemins aussi nécessaires, et réclames par les pays.

La navigation n'étant établie que dans quelques arrondissements, on ne peut ailleurs se procurer de bons matériaux; on est forcé de prendre à quelques lieues des pierres que la gelée, la pluie ou le roulage changent en boue ou en poussière.

Parceque les routes sont affranchies de tout droit, des compagnies ne epuvent entreprendre ni les chemins neufs, ni les travaux de navigation nécessaires, et sans lesquels l'agriculture et les manufactures ne peuvent prospérer.

Les ingénieurs français mettent à exécuter les chaussées le même zèle et le même soin qu'en Angleterre ; ils emploient les mêmes procédés dans beaucoup d'arrondissements, et obtiennent les mêmes résultats partout où les circonstances sont les mêmes. Ailleurs les dégradations doivent être attribuées à des gelées plus fortes, à des matériaux de mauvaise qualité, à des chargements deux fois plus lourds et destructeurs , au mauvais état de la navigation, et à l'affranchissement des routes de droit et à une dotation trois fois moindre.

La différence de l'état des routes dans les deux pays est le résultat de deux législations différentes, contraires même , do»nt l'une , récemment amendée , peut être considérée comme parfaite ; dont, l'autre, établie par un pouvoir central absolu, est incompatible avec toute amélioration générale et durable.

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Pour obtenir en France de meilleures routes, et surtout les routes qui manquent, il faut compléter le système de navigation, appeler des compagnies exécutantes, assurer les intérêts des fonds employés en canaux, en repoussant les transports sur les rivières; décider enfin que les routes seront faites et entretenues aux frais de ceux qui en profitent ou par les produits des péages.

Ainsi le rétablissement des barrières est une condition forcée et sans laquelle on ne peut espérer jamais ni bonnes routes, ni navigation complète, ni prospérité pour l'agriculture et le commerce.

La plupart des travaux des routes étant adjugés pour plusieurs années, tout changement relatif au mode d'entretien demande un délai; mais on peut établir immédiatement des barrières dans les départements qui en feront la demande. Les produits seront ajoutés aux ressources locales.

En adoptant en 1829 les dispositions proposées, des compagnies entreprendraient les communications les plus utiles; la France dans quatre ans obtiendrait un plus grand développement de navigation et de routes que l'Angleterre. Dans l'année même un million d'ouvriers maintenant sans travail par suite de la détresse toujours croissante de l'industrie agricole et manufacturière seraient employés à l'exécution de ces ouvrages.

Pour arriver cà ces résultats, il faut plutôt con sulter les besoins et les vœux des agriculteurs et des fabricants, et des départements éloignes où tout

reste à faire, que les habitants de la capitale et des grandes villes, étrangers aux spécialités, et aux vrais intérêts du commerce et de l'agriculture.

Si on se laisse séduire par des propositions d'ajournement, de tâtonnement, lorsque tout est connu , la France sera de plus en plus épuisée par l'impôt d'un milliard, et Ton verra augmenter la détresse des manufacturiers et des cultivateurs.

On demande aux ingénieurs français les routes d'Angleterre , et on repousse les moyens sans lesquels on ne doit espérer ni bonne navigation , ni belles routes, ni prospérité croissante et stable.

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