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des efforts extraordinaires. Toute chance de succès serait ôtée par une restriction que la jalousie souhaite et voudrait commander.
Il nous semble juste et avantageux à l'Etat et aux compagnies, que des ingénieurs du gouvernement aient la faculté d'être conseils et directeurs de grandes entreprises, lorsque cette tâche ne demande que le temps dont ils sont maîtres de disposer.
Dans l'évaluation des services, la loi n'a dû demander à chacun que le travail à exiger d'un homme de force moyenne ayant une famille et des devoirs à remplir; il est donc évident que celui qui, par amour de son métier, reste libre de tout soin, peut disposer de deux ou trois fois plus de temps. Il faut que celui qui, plus favorisé de la nature, a sacrifié en outre sa jeunesse et sa fortune pour acquérir quelque supériorité, ait la liberté d'exercer ses talents. Si on refuse au mérite toute chance de récompense, le dévouement paraîtrait un mécompte, tout germe d'émulation et de capacité extraordinaire serait détruit. Ces vérités sont maintenant si bien établies, qu'il paraît inutile de combattre les objections. Mais le concours d'un ingénieur doit-il être seulement facultatif? Le gouvernement doit-il exiger que les associations et les compagnies ne présentant des projets et n'en dirigent l'exécution que sous la garantie d'un îngénieur des ponts et chaussées de leur choix? Nous regardons cette obligation comme néees
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saire dans l'intérêt des actionnaires, du public ci de L'État Nous citerons à l'appui de notre opinion les leçons de l'expérience.
Presque toutes les entreprises tentées en France dans le dernier siècle , sans le concours des ingénieurs des ponts et chaussées, ont ruiné les actionnaires et retardé la prospérité publique, malgré les faveurs souvent obtenues par des compagnies. Beaucoup d'exemples nouveaux confirment ces résultats.
Abandonner les travaux à l'ardeur des compagnies, sans l'intervention des propriétaires, sans le concours des ingénieurs, ce serait encourager des entreprises hasardeuses qui rendent impossibles les améliorations les plus indispensables. Il paraîtra évident à ceux qui ont quelque notion des canaux, qu'un canal mal tracé, abandonné ou sans valeur , empêchera pour toujours une entreprise facile qui eût enrichi toute une contrée.
Un ingénieur des ponts et chaussées n'est pas infaillible; mais on en compte plus de trois cents qui joignent maintenant une profonde instruction à une grande expérience; si l'association choisit mal , c'est à elle à courir les chances de responsabilité.
L'Etat a un double intérêt qu'une compagnie ne fasse pas une entreprise ruineuse; les pertes sont supportées par le pays, ôtent surtout la confiance, etsiispendenl le cours de la prospérité publique; un ingénieur exercé les préviendrait.
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Sous un autre point de vue cette condition est une justice. L'organisation générale des ponts et chaussées, conforme à celle du génie, de l'artillerie, de la marine, des avocats, des médecins, doit -être ou conservée ou modifiée avec toutes les autres. Si l'on accorde à toute personne d'exercer les fonctions d'ingénieur sans avoir subi les épreuves, les concours prescrits par les lois et les ordonnances, il faut alors que les ingénieurs des ponts et chaussées aient réciproquement la faculté d'être officiers supérieurs du génie, de l'artillerie , de la marine, puisqu'ils ont satisfait, et avec distinction , aux mêmes examens.
Pour appuyer cet affranchissement total de l'administration , on dira que quelques personnes, sans être ingénieurs, ont autant et plus de talents que beaucoup d'ingénieurs ; mais Jean-Bart , Vauban, pris hors des rangs de la marine royale et du génie militaire, ne pourraient plus arriver au grade d'enseigne et de capitaine du génie; les plus éloquents orateu rs des chambres n'auraient pas droit de plaider au barreau ; le médecin le plus habile sans diplôme ne peut exercer cet art.
De nouvelles dispositions générales sont sans doute possibles, peut-être même fort utiles ; mais on a cherché à balancer les avantages et les inconvénients par la législation existante ; il faut de nécessité la modifier dans son ensemble ou la conserver dans ses détails.
Si le nombre des ingénieurs paraît trop faible ,
si on vent étendre la faculté du choix donné au\ associa lions , on peut chaque année doubler le nombre des élèves admis à l'École polytechnique ; tout est disposé pour les recevoir, et il paraît que le petit nombre des élèves admis tient à des particularités qu'on ne saurait justifier.
La clause imposée aux associations de ne présenter des projets que sous la garantie d'un ingénieur choisi par elles, donnerait la facilité de prévenir ou de lever les obstacles qui ont excité leurs plaintes et compromis le succès de leurs entreprises.
Pour établir les avantages de cette disposition , il. faut comparer l'usage suivi à la législation proposée.
Le gouvernement ou une compagnie présente un projet, l'adjudication est ordonnée ; le cahier des charges prescrit aux adjudicataires de soumettre aux administrations de plusieurs départements les détails des travaux, et les modifications qu'ils proposent; il est évident que la compagnie n'a aucune garantie que les projets des ouvrages les plus urgents, ainsi soumis au contrôle d'un très grand nombre de personnes, soient définitivement adoptés dans un délai de plusieurs années.
Les concessionnaires sont forcés de faire approuver les changements, et d'attendre que toutes les formalités prescrites pour les ouvrages de l'Etni aient été remplies; il en résulte nécessairement des retards, de l'incertitude même : chaque ingénieur
ayant une opinion différente, quelquefois con^ traire sur les divers systèmes , la compagnie doit suivre des pensées souvent opposées à ses intérêts et à l'opinion de l'ingénieur-directeur. Un tel contrôle décourage les compagnies, excite leurs réclamations , et éloigne les associations les plus honorables.
Puisqu'il y a urgence et nécessité d'ouvrir de grands ateliers, et de lever les obstacles qui repoussent les associations et les compagnies , il nous semble qu'il faut les affranchir de tout contrôle de détail , de toute surveillance journalière. Lorsqu'une loi ou une ordonnance concédera un canal ou un chemin , les actionnaires doivent être autorisés à exécuter leur contrat sous la garantie donnée par un cautionnement, et par la responsabilité d'un ingénieur relativement à l'art. Une compagnie n'aurait plus alors à redouter les discussions, les entraves; elle serait maîtresse de son entreprise dans les limites de la loi.
Ces dispositions obligent évidemment d'accorder les concessions à perpétuité , ce qui est d'ailleurs conforme à l'intérêt public et à l'intérêt du pays traversé par la ligne nouvelle d'un canal ou d'une route.
Ces bases arrêtées, nous indiquerons la marche à suivre pour arriver au traité à passer par les compagnies, et à la parfaite exécution et réception des travaux.
Le gouvernement veut confier à l'intérêt parti-
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c'ulier le perfectionnement des rivières navigables et l'ouverture des eanaux et des chemins neufs. Pour concéder les rivières , il engagera les associations et les compagnies à faire dresser des projets par des ingénieurs; il mettra l'entreprise en adjudication, et avec rabais sur la réduction des droits de navigation. La compagnie concessionnaire devra indemniser les auteurs du projet, d'après une base invariable fixée d'avance; afin de prévenir les décisions arbitraires, les discussions ruineuses entre les compagnies, le découragement et le discrédit des entreprises.
Les nouveaux chemins ou canaux pourraient être donnés sans adjudication et à perpétuité aux associations de propriétaires du pays ou aux capitalistes qui appelleraient à eux ces propriétaires et s'engageraient à exécuter et à bien entretenir les ouvrages à leurs frais et périls.
Le conseil général des ponts et chaussées serait chargé non seulement d'examiner, comme maintenant, les projets de canaux et de route, de déterminer les directions à suivre , les modifications à faire, les dimensions à donner; mais aussi de discuter les observations , les oppositions et les résultats des enquêtes ordonnées dans le pays traversé parles lignes de communication. Il devrait aussi dresser les cahiers des charges des adjudications ou concessions, les projets d'ordonnance et de loi, et donner des avis sur toutes les questions relatives à l'art et à l'interprétation des traités.
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L'approbation des projets ayant été accordée après avoir satisfait à toutes les conditions prescrites par les lois et règlements, toute latitude serait laissée à la société exécutante; ce serait à elle seule à accepter avec l'ingénieur de son choix toutes les chances des travaux. Les ingénieurs de l'association seraient libres de tracer, de changer, d'exécuter sans le concours des ingénieurs des lieux et de l'administration , qui ne recevrait plus de réclamations, quels que fussent les résultats des entreprises. Le gouvernement, libre de tous soins, de toute responsabilité, appellerait le pays à prendre seulement part au succès que les compagnies n'obtiennent que par les avantages publics.
L'intervention d'un ingénieur attaché à une association sert donc tout à la fois à affranchir l'administration des vérifications, des contrôles et des chances, et la compagnie des inconvénients d'une telle surveillance qui amène nécessairement des discussions, des retards, et souvent la ruine de l'entreprise.
Le danger à éviter n'est pas de faire des traités trop avantageux aux compagnies, mais bien d'empêcher, de retarder môme ces traités par des formalités interminables et arbitraires. G est donc sur cette pensée qu'il faut s'arrêter et revenir sans cesse ; la France souffre , et tout adoucissement général ne saurait arriver que par un grand ensemble de travaux. Ce but, vers lequel il faut tendre, sera
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atteint en peu de temps, en déclarant, 1 8 que la concession des canaux et des chemins neufs sera donnée à perpétuité, sans adjudication , aux associations qui par suite d'affiches et d'annonces publiques , se formeront de tous les souscripteurs qui se présenteront; û° que la concession du perfectionnement des rivières navigables et flottables sera de même accordée à perpétuité, mais par adjudication publique, le rabais portant sur les droits proposés, et avec obligation pour la compagnie adjudicataire de rembourser une indemnité à celle qui a donné les premiers projets; 5° que les plans seront dressés et signés par un ingénieur des ponts et chaussées.
Lorsque deux compagnies auront présenté des projets pour une même rivière, elles seront autorisées à nommer chacune trois ingénieurs qui décideront sur les droits respectifs, concurremment avec trois ingénieurs désignés par le directeur-général des ponts et chaussées.
Lorsqu'une seule compagnie aura dressé les projets à ses frais, elle aura la faculté de^désigner trois ingénieurs pour examiner ses droits et les défendre au conseil général.
On éviterait ainsi les réclamations des compagnies qui prétendraient ètie injustement repoussées, et les inconvénients de l'influence des personnes qui, préoccupées d'anciens systèmes, s'opposeraient à des essais nouveaux , sans lesquels nul progrès, nulle découverte n'est possible.