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administrations, les tribunaux étant dans les villes, c'est dans les villes seulement qu'on peut acquérir les connaissances, ou faire les années de surnumérariat exigées avec raison pour arriver aux diverses fonctions publiques; la distribution de la majeure partie du milliard appartient donc aux habitants des villes. Ainsi l'article du pacte fondamental qui déclare les Français également accessibles à tous les emplois est une illusion , puisqu'en réalité la jeunesse des campagnes qui ne reçoit pour son instruction qu'un millième du budget, en est, pour ainsi dire, exclue.
L'administration sans doute fait ouvrir des cours publics et gratuits de sciences, de dessin, etc., mais dans les villes seulement; elle impose par leur éloignement des conditions difficiles à remplir par les enfants des cam pagnes, qui ne peuvent aller aux écoles que tardivement et à grands frais, chercher une instruction d'ailleurs presque inutile pour la direction des travaux de l'agriculture et des manufactures.
Comparons le sort, des familles de deux frères ayant chacun un capital décent mille francs, l'un résidant dans une ville, et l'autre à la campagne; le premier, dont la fortune, ordinairement placée en rentes sur l'Etat, n'est atteinte par aucune contribution directe, pourra donner une éducation soignée à chacun de ses en fa ni s; ses fils,àdix-huitans, réuniront les connaissances nécessaires pour ctiv admis dans la marine, l'armée, la magistrat me et
Jes autres services publics. Le second frère ne retirera de ses domaines que quatre mille francs de revenus au plus, dont il faut retrancher les contributions directes et indirectes, les pertes causées par des saisons rigoureuses ou par les frais des récoltes souvent de peu de valeur; il se trouvera hors d'état d'envoyer ses fils en pension dans une ville éloignée. La loi imposera également aux enfants de l'un et de l'autre l'obligation d'être militaires. S'ils suivent cette carrière, les uns arriveront à des grades supérieurs après dix ou douze ans de service; tandis que les autres n'obtiendront que difficilement, dans le même temps, le grade donné aux premiers en sortant des écoles.
Plus on approfondit ces graves questions, plus on reconnaît qu'en France les habitants des campagnes sont comme les ilotes des habitants des villes; que tout est charge pour les uns, tout est faveur pour les autres.
Compulsons les almanachs, les cadres de l'armée, de la marine, le tableau des fonctionnaires, des administrations, la liste des pairs de France, des députés, etc., nous trouverons que dans les premiers emplois, sur six places, cinq deviennent le patrimoine des habitants des villes, et à peine une seule est-elle obtenue par un propriétaire résidant à la campagne.
Cette inégalité est plus frappante encore dans la répartition des fonds destinés aux travaux publics.
Les sommes consacrées à l'ouverture et à la ré-
para lion des routes royales , des ponts, des canaux, des ports de mer, sont prélevées sur les impôts publics, c'est-à-dire, un sixième est acquitté par les villes, et cinq sixièmes par les campagnes, et cependant l'emploi n'est pour ainsi dire profitable qu'aux villes, et surtout aux villes principales, où toutes les grandes communications viennent aboutir.
Une législation sage et généreuse, qui rendrait les divers arrondissements du royaume solidaires, et tendrait à déverser sur les cantons pauvres l'excès des ressources des contrées les plus riches, captiverait les suffrages de tous, et mériterait la sanction publique. Malheureusement, le contraire a lieu; les arrondissements pauvres sont les plus écrasés par les charges, et chaque année, la presque totalité de leurs revenus nets, que les impôts enlèvent avec rigueur , est répandue avec prodigalité sur les départements les plus riches.
Le tableau que nous avons dressé de l'étendue, de la population, de la longueur des routes, des sommes accordées à chaque département, des contributions directes qu'ils acquittent, des fonds auxquels ils auraient droit par leurs contributions directes dans la répartition de vingt millions consacrés aux routes, justifie ces observations et montre que la communauté d'intérêts entre les départements tourne au profit des plus riches et à la ruine des plus pauvres.
Si nous comparons les divers arrondissements et les divers cantons d'un même département,
nous retrouvons la même inégalité, la même violation des principes de justice.
11 suffira pour s'en convaincre d'examiner la carte de France. On remarquera que dans la distribution des routes royales on a sacrifié les départements éloignés aux départements du centre; et, dans chaque département, les cantons frontières aux chefs-lieux. Nous avons indiquèrent neuf surfaces de j5o lieues carrées chacune environ, ou ensemble 16,000 lieues carrées dont les bords sont à plus d'une lieue de toute route royale. Ainsi plus de la moitié de la France paie la moitié des dépenses annuelles d'entretien des routes et des ponts, sans profiter directement des avantages que les communications procurent.
On voit encore que les contrées placées aux limites de deux départements ont toujours été négligées , et ne sont comptées que dans la répartition des impôts.
En remontant aux causes, nous expliquerons facilement ces résultats.
Lorsque la France fut divisée en départements, les provinces mieux administrées, moins imposées, plus riches, et par cela même représentées par des députations plus nombreuses, obtinrent que les impôts établis fussent continués ou répartis d'après les bases jusqu'alors adoptées; il y eut ainsi distribution arbitraire ou inégale des charges et des faveurs; les départements riches firent supporter par les autres une partie de leurs contingents, et ré-