XXX
gJèrcfït à leur profit les lois de douane, le classement des routes, et surtout la répartition du nombre des députés. Les départements qui n'avaient droit, par leur étendue et leur population, qu'à six députés , en ont obtenu sept ou huit, et les départements qui devaient en avoir quatre ou cinq ont été réduits à trois ou quatre. De même, dans chaque département, les arrondissements les plus riches sont mieux représentés au conseil général, et par cela même beaucoup moins imposés que les arrondissements en montagnes ou pauvres.
Les inconvénients d'un pouvoir central se font surtout remarquer dans la répartition des fonds pour les routes. Le gouvernement prend à sa charge trente-deux millions de mètres ou huit mille lieues de routes royales, et affecte à leur réparation annuelle environ vingt millions; en distribuant par département ces longueurs dans le rapport combiné de la population et de l'étendue, et ces sommes, d'après les contributions directes, le département de l'Aisne, par exemple, qui n'aurait droit qu'à un entretien de /|68,6o3 mètres de longueur de route, et à une somme annuelle de 343,710 fr., obtient 49^917 mètres et 389,999 ^rpar an; il en est ainsi des départements de l'Ardèche, des Ardennes, de l'Aube, du Cantal, du Gers, du Loiret, de la Lozère, de la Marne, de la Haute-Marne, de la Meuse, de la Moselle, de la Nièvre, de Seine-et-Marne, qui ont tout à la fois, et plus de longueur de routes entretenues que leur
VWIj
contingent, et plus de fonds qu'ils n'en donnent pour ce service.
Comment le département du Jura pourrait-il être plus long-temps condamné à payer chaque année pour les routes royales 104,354 fr, , et à ne recevoir que 1 16,659 fr., lorsque dans cette contrée montueuse les routes mal tracées ont une pente d'un douzième, d'un dixième, d'un huitième, et sont presque impraticables pendant six mois d'hiver? Le Jura devrait-il être appelé à payer une portion des 800,000 fr. alloués chaque année extraordinairement au département de la Gironde, le plus favorisé par la richesse du sol et des habitants, et par ses établissements maritimes? Des répartitions aussi inégales, aussi injustes, des fonds affectés aux routes départementales ont de même lieu dans chaque département entre les arrondissements.
Si nous passons des routes aux canaux, les rapprochements analogues conduisent à des contrastes plus surprenants et montrent mieux les inconvénients de la distribution actuelle des fonds. En général les ouvrages de navigation ne s'établissent encore que dans les contrées basses, dans les vallées fertiles, et c'est pour enrichir davantage ces cantons, où tout abonde, qu'on impose extraordinairement les pays de montagne, où tout manque, où l'on ne peut ouvrir que difficilement deslignes navigables, et où nulle amélioration notable n'aété exécutée.
XXXllj
Les dépenses publiques faites dans les ports étant prélevées en partie sur les cantons éloignés des côtes, contribuent sans compensation à augmenter l'état de leur misère. La moitié de la France qui paie la moitié des sommes consacrées à la marine, aux colonies, est dans l'impossibilité de communiquer avec les ports, et de profiter des sacrifices imposés pour le service du ministère de la marine.
Al'inégalité des distributions se joint presque toujours l'erreur dans les applications des fondspublics.
Un projet gigantesque séduit le gouvernement; on suppose que la gloire de l'État est intéressée au succès; on sacrifie à entamer, à continuer des entreprises de luxe , les fonds qui eussent suffi à fé conder plusieurs arrondissements en adoptant un système meilleur ou plus juste de distribution.
Avec les 20 millions dépensés à Cherbourg, ville isolée par des montagnes escarpées, où nul canal n'arrive et ne saurait arriver, vingt départements auraient déjà les communications qu'ils réclament inutilement, etqu'ils n'obtiendront jamais en continuant la marche suivie.
Si nous passons des communications à entretenir, aux ouvrages à terminer, l'impossibilité de satisfaire maintenant à des dépenses indispensables nous montic les inconvénients du mode adopté , et nous conduit heureusement à un meilleur système réclamé par beaucoup d'hommes d'Etat, et justifié par l'expérience des peuples les plus civilisés.
Les tableaux dressés avec soin par département