‹ Considérations médico-légales sur la délinquance des bradyphréniques post-encéphalitiquesChapitre 16 sur 28 · PAR E A · texte numérisé non relu

PAR E A

vrier 1924. Il est resté quelques semaines à l’hôpital. Peu de temps après, il a commencé ses vols.

Depuis 1924 jusqu'à novembre 1928, il a été huit fois arrêté pour vol. La première fois en juillet 1924 pour un vol de cache-col, il a été condamné par défaut à trois mois de prison et vingt-cinq francs d'amende. Deuxième vol, le 28 novembre 1924 : nouveau vol d’articles de bonneterie et foulards. Il à été, en outre, trouvé porteur de blaireaux, rasoirs, peignes, qu’il ävait dérobés. Il était le complice d’un ami qui paraît avoir été l’instigateur d’un vol.

Il fut expertisé le 5 décembre 1926 par le docteur Truelle qui nota, dans ses conclusions, l’encéphalite épidémique et conclut à l’irresponsabilité et à la nécessité de l’internement,

Interné le 12 décembre 1924, il fut mis en liberté le 25 mai 1925, à la demande de son frère qui promettait de le surveiller.

Troisième vol : le 18 novembre 1925. Trois mois de prison.

Quatrième vol : le 25 novembre 1925. Quatre mois de prison. N

Cinquième vol : le 5 juin 1927. Trois mois de prison.

Tous ces vols entraînèrent une condamnation parce que Z..., pris en flagrant délit, était l’objet d’un jugement immédiat, sans enquête.

Sixième vol : le 4 octobre 1927. Il fut condamné le 9 novembre 1927 à six mois de prison et cinq ans d’interdiction de séjour.

Septième vol : le 15 avril 1928. Vol d’un veston de cuir à un étalage. Il fut, cette fois, expertisé par le docteur Rogues de Fursac qui conclut à l’existence d’une encéphalite, à la nature pathologique des vols et à la nécessité de l’internement.

LARG À RES

Z... fut interné le 25 mai 1928. Il s’évada le 6 septembre 1928.

Huitième vol : le 10 septembre 1928. Vol à l’étalage d’un magasin de bonneterie. Condamné à huit mois de prison au Tribunal des flagrants délits, le 14 septembre 1928, il fit appel et fut envoyé à l’Infirmerie spéciale le 15 novembre 1928.

Examiné par nous à l’Infirmerie spéciale de la Préfecture de police, il présente d’une façon évidente un début de syndrome parkinsonien. Son facies est figé, inexpressif. Sa tête est immobile. Ses mouvements sont roides. Il présente à la marche une disparition des mouvements automatiques à droite. Mais il existe peu d’hypertonie et, notamment pas de roue dentée. Il y a un tremblement généralisé, des crises de grand tremblement au cours desquelles il ne peut pas tenir un verre ; un tremblement palpébral et lingual. Hémiparésie faciale droite avec fibrillation des muscles de la joue droite. Secousses myocloniques des membres inférieurs. Vivacité des réflexes tendineux. Main froide et cyanosée. Le regard est fixe. Il y a une légère exophtalmie. Les pupilles réagissent lentement et incomplètement avec une diminution de la convergence, surtout de l’œil droit. Diplopie dans la vision rapprochée. Bradyphasie. Cicatrice d’abcès froid du cou et d’un abcès de fixation de la cuisse droite.

En résumé, syndrome parkinsonien d’origine encéphalitique.

Quand on interroge Z... sur ses vols, il répond volontiers, sans réticences, d’un ton indifférent. Il a volé des objets exposés à l’étalage, presque toujours les mêmes : cache-nez, foulard, chaussettes, c’est-à-dire des objets de bonneterie qui le tentaient, nous dit-il, au début, et qu'il choisit ensuite à cause de leur revente facile. Il volait éga-

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lement des rasoirs, des peignes, des portefeuilles, jamais d’objets de grande valeur.

Il ne combinait pas ses coups. Le maximum d’habileté qu'il ait déployée était d'attendre que la boutiquière fût retirée dans son arrière-boutique. Se trouvant sans argent, passant devant un étalage, il s’emparait brusquement et maladroïitement des objets exposés. Aussi, nous dit-il, n’at-il « jamais eu’de veine ». Il a été presque toujours pris sur le fait. « Je n’étais pas assez vif. »

Au moins, au début, il regrettait ses actes. Il promettait sincèrement de ne pas recommencer. Une fois même, il est allé rendre l’objet volé. A présent, il est arrivé à une indifférence complète, faite de paresse du jugement, de la notion aussi de son irresponsabilité.

. Gette observation nous montre les caractères de ce vol pathologique. D'abord la répétition du vol. Malgré les condamnations, malgré l’internement, on note huit tentatives.

Ces vols sont stéréotypés. Il s’agit presque toujours d’articles de bonneterie, objets de peu de valeur. Et le plus souvent le malade vole sans précaution. Il se détermine brusquement. Et au début il manifestait un net regret de ses actes. Une fois même il restitue l’objet volé.

L'observation suivante, due aussi à MM. Heuyer et Le Guillant, montre chez une femme une série de vols associés à des troubles de la conduite et à des perversions.

Observation. — M" Lap... Berthe, 27 ans, a été internée à l’asile Sainte-Anne dans le service du professeur Claude après un passage à l’Infirmerie spéciale de la Préfecture de police, et le certificat suivant, rédigé par l’un de nous :

Certificat : Lap..… Berthe, 27 ans.

Mig

Troubles psychiques et neurologiques post-encéphalitiques. Encéphalite il y a sept ans. Troubles du caractère consécutifs. Irritabilité et discussions avec sa mère. Troubles de la conduite et perversions. Prostitution. Vols à répétition, sept condamnations légères, circonstances atténuantes à cause de la notion d’encéphalite. Conditions nettement pathologiques des vols, malgré les causes apparemment légitimes (misère) et l’exécution quelquefois adroitement combinée. Vagues idées de persécution d’origine interprétative ou onirique. À l’hôpital on empoisonne les malades qui toussent comme elle. Fausses reconnaissances. Pas de confusion, lenteur de l’idéation. Troubles de la mémoire. Possibilité d’un léger affaiblissement intellectuel. Syndrome parkinsonien. Hypertonie (roue dentée tardive qui apparaît une à deux minutes après la mobilisation du bras). Facies figé. Séquelles de paralysie faciale gauche avec instabilité. Tremblements et secousses musculaires des lèvres et de la joue gauche. Mouvements spasmodiques des globes oculaires. Tremblement lingual et digital. Faïblesse des réflexes rotuliens et achilléens. Asymétrie des réflexes cutanés abdominaux. Toussotement spasmodique depuis trois ans. Bâillement. Condamnée le 29 mars à six mois de prison pour vol. Appel en cours. À la prison, idées de persécution. Turbulence. Désordre. Idées de suicide. Plusieurs tentatives depuis le début de son encéphalite, avec un caractère de niaiserie pathologique. A la prison a tenté de se jeter dans un bassin sans profondeur. À l’Infirmerie a voulu s’étouffer en s’enroulant dans ses couvertures.

Cette malade avait été adressée à l’Infirmerie spéciale par la prison Saint-Lazare où elle purgeait une peine de six mois de prison pour vol. D’emblée, la malade nous dit que c’est la sixième fois qu’elle est condamnée, d’ailleurs toujours à une peine légère, car on lui avait dit déjà qu'elle

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était atteinte de maladie du sommeil. En effet, cette femme âgée de 27 ans, cuisinière et femme de chambre, qui avait été jusqu'alors normale et stable, puisqu'elle était restée trois ans et demi dans la place et qui n'avait jamais été condamnée, vint à Paris en novembre 1924. Elle quittait alors un patron dont elle était la maîtresse et elle était venue à Paris, entraînée par une amie qui avait voulu la faire entrer dans une maison publique. Au bout de sept mois, un jour où elle avait absorbé trois petits flacons d’éther, elle dormit pendant trois semaines. Elle sortit de cet état et fut transportée à l’hôpital Bichat où elle resta hospitalisée pendant un mois et demi. Pendant son séjour à l’hôpital, elle présenta des troubles oculaires, de la diplopie, une paralysie faciale gauche, des secousses myocloniques des muscles de la cuisse.

À sa sortie de l’hôpital Bichat, elle alla chez ses parents en Dordogne et y resta quatre ans. Dès son arrivée dans son pays, elle ne put s’entendre avec sa mère, elle devint instable, quittant son travail, allant et venant pour ne pas rester assise, fréquentant les bals et ayant une telle conduite que ses parents se séparèrent d’elle, après l’avoir fait soigner par le docteur Cassard, de Périgueux. Elle vécut seule dans une maison appartenant à ses parents et sa mère lui envoyait régulièrement de quoi vivre. Elle aïdait en outre de temps en temps au travail des champs ; mais elle trouvait ses ressources les plus certaines dans la prostitution.

Elle vivait dans une presque complète misère et nous déclare que ce fut cette situation matérielle qui lui fit commettre des vols.

En février 1924, elle prit du chocolat dans une épicerie parce que, dit-elle, « j'aimais le chocolat ». Le patron la surprit au moment où elle mettait une tablette de chocolat

dans son corsage. Elle fut condamnée à 20 jours de prison après une expertise médico-légale qui reconnut l'existence de l’encéphalite et conclut à une responsabilité atténuée.

En juin 1924, elle vola 300 francs dans les conditions suivantes : elle savait où un propriétaire voisin mettait la clef de son armoire pendant la messe du dimanche. Berthe prit 300 francs dans un buffet, dont la clef était sur la porte. Dans une boîte elle vola une jolie gravure qu’elle plaça chez elle. Elle nous dit que ses amants de passage lui demandèrent l’argent, qu’elle leur donna. Une voisine trouva chez elle la gravure et la dénonça. Elle fut condamnée à deux mois de prison par défaut.

En juillet 1924, elle alla chez un voisin emprunter de l’argent pour aller à Paris; elle voulait se sauver de la police ; elle trouva un portefeuille dans un tiroir ouvert et ne prit que 100 francs. Elle alla immédiatement à la gare changer son billet. L’employé fut étonné de lui voir de l’argent. Le propriétaire qui habitait à deux cents mètres de la gare vint la chercher et elle avoua de suite. Elle fut condamnée à deux mois de prison.

En octobre 1926, elle vola des fagots et 17 francs chez des voisins. Ceux-ci étaient absents, mais d’autres la virent commettre son vol. Elle fut condamnée par défaut à trois mois de prison.

En mai 1927, elle alla chez des voisins qu’elle savait absents, elle ouvrit la porte du jardin avec un fil de fer, trouva la clé dans le tiroir de la table de nuit, alla ouvrir le buffet, trouva 2.100 francs, elle les prit ; elle alla immédiatement à la gare changer un billet de 1.000 francs. L’employé qui la savait misérable, lui demanda où elle avait pris cet argent, et elle avoua de suite, parce que, disaitelle, elle avait des remords. Mais elle cacha l’autre billet dans la manche de son manteau.

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Elle fut condamnée à un mois de prison après une expertise médico-légale qui la déclara, dit-elle, irresponsable. Le 30 juin 1927, elle commit encore un autre vol de peu d'importance et fut condamnée à trois mois de prison.

En mars 1928, elle vint à Paris et, rue Saint-Jacques, entra dans une boutique vide après avoir vérifié l'absence du commerçant. Elle ouvrit un tiroir mais cette ouverture déclanchait une sonnerie et elle fut trouvée devant le tiroir ouvert.

Elie fut condamnée à six mois de prison, sans avoir été expertisée.

Elle commença sa peine à Saint-Lazare et fit appel, mais pendant son séjour à la prison elle se montra agitée et turbulente par intervalles et fit une tentative de suicide. Elle essaya de se jeter dans un bassin sans profondeur. Déjà depuis le début de son entéphalite elle avait fait de semblables tentatives de suicide. C’est dans ces conditions qu’elle fut envoyée à l’Infirmerie Spéciale.

A l’examen, elle ne montrait aucune confusion, racontait avec précision l’histoire de chacun de ses vols, manifestant peut-être de temps en temps quelques imprécisions et quelques troubles de la mémoire. Ce qui domine chez elle, c’est la lenteur de l’idéation, une répétition continuelle de certaines phrases, une véritable viscosité mentale. Elle est un peu déprimée, pleure à chaque instant, demandant à ne pas être envoyée, puis à ne pas rester à Sainte-Anne.

Elle présente en outre de vagues idées de persécution d’origine interprétative ou onirique. Elle affirme qu’à l’hôpital on empoisonne les malades, du moins celles qui toussent comme elle-même. Elle a de fausses reconnaissances. Il existe aussi un petit élément érotomaniaque. Elle est toujours amoureuse de l’ancien patron dont elle fut

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