‹ Considérations médico-légales sur la délinquance des bradyphréniques post-encéphalitiquesChapitre 17 sur 28 · AD: SEE · texte numérisé non relu

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la maîtresse. Elle dit qu’elle pense toujours à lui et qu’elle le regrette sans cesse : c’est son souvenir qui lui a donné l’idée de se tuer.

Enfin, au point de vue neurologique existe un syndrome de Parkinson. L’hypertonie est nette : nous signalerons, à ce propos, un symptôme qui nous paraît avoir quelque intérêt et dont nous n'avons pas vu la description jusqu’à présent : à la recherche de la roue dentée, à l’avant-bras, on n'obtient ce phénomène que tardivement après avoir mobilisé l’avant-bas sur le bras pendant une ou quelquefois deux minutes. Il y a une perte de l’automatisme de la marche. Le facies est figé, pâle, un peu bouffi. Il y a des séquelles de paralysie faciale gauche avec instabilité, tremblement et secousses musculaires des lèvres et de la joue gauche.

Les globes oculaires se déplacent d’un mouvement saccadé. Il y a un tremblement digital et lingual. Les réflexes achilléens et rotuléens sont faibles, les réflexes cutanés abdominaux sont asymétriques ; le droit est plus faible que le gauche. Il existe un petit syndrome respiratoire : bâillements fréquents et toussotements spasmodiques que la malade nous dit avoir depuis trois ans. Enfin elle aurait, depuis la même époque, engraissé beaucoup en même temps que se serait installée une aménorrhée.

Actuellement encore, elle aurait des crises de sommeil invincibles dans la journée, s’endormant n'importe où, et dans la nuit serait insomnique. Enfin elle aurait encore, de temps en temps, de la diplopie due à une parésie du droit externe droit.

Dans cette observation, si laissant de côté les troubles du caractère et les perversions sexuelles, on n’envisage que le délit vol, on est frappé, comme dans le cas de Z.. de leur répétition malgré les condamnations successives. Ce-

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pendant on remarque qu'il existait une nette préméditation alors que Z... agissait brusquement, sans précaution, publiquement. Mais on retrouve des caractères très nets indiquant le vol pathologique. D'abord la malade déclare qu’elle était toujours hantée par l’idée de voler. Après son vol elle allait changer ses billets de banque à la gare où elle était connue comme misérable. Ce manque de dissimulation provoquant des questions de la part de l’employé, elle avouait tout de suite, manifestant même une fois du remords de son acte. |

Les observations qui suivent montrent à nouveau les caractères du vol chez les bradyphréniques post-encéphalitiques. Dans celle-ci, recueillie dans le service du docteur Genil-Perrin, on remarquera la bizarrerie des larcins, et l’imprudence du voleur.

Observation. — R... Léon, 29 ans. — Arrêté par la police le 24 juillet 1926, pour vol d’un tiroir-caisse dans un restaurant, rue Saint-Blaise.

Pas d’antécédents nevro-psychopathiques familiaux, ni personnels.

Paludisme au cours de son service militaire, Pas d’autre maladie notable. Au début de 1924, à l’âge de 26 ans, étant ouvrier agricole, il est atteint d’encéphalite épidémique : fièvre, somnolence invincible. Il s’endormait partout ; il lui est arrivé à plusieurs reprises de tomber comme évanoui dans un champ, sur le bord d’un fossé. Peu à peu, s’installe un syndrome parkinsonien aujourd’hui très accentué. Obligé de quitter son métier en 1925, il vient à Paris, quitte sans motif les emplois qu’il a pu y trouver et ne peut s'adapter.

Depuis mai 1926, il se livre à toute une série de larcins bizarres, le plus souvent sans utilité. C’est un bocal de

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bonbons pris à Ja devanture d’un épicier dont il distribue aussitôt le contenu à des passants ; un sac de pommes de terre dont ensuite il ne sait que faire ; enfin, le 24 juillet 1926, il entre dans un restaurant, s'empare au comptoir d’un tiroir-caisse et l’emporte dans la rue. Il n’avait pas, dit-il, l'intention de voler et ne sait pas trop pourquoi il a pris ce tiroir-caisse. Il l’a d’ailleurs déposé dans la rue sans y prendre d’argent. Arrêté aussitôt par les agents et conduit au commissariat, la bizarrerie de son larcin le fait envoyer à l’Infirmerie Spéciale du Dépôt où M. de Clérambault rédige le certificat suivant : « Psychose atypique. Ralentissement de l’idéation. Instabilité. Impulsivité. Diminution de l’attention. Décisions immotivées, voire absurdes (démission). Modification profonde du caractère et de la nutrition générale. Série de larcins depuis deux mois, courte préméditation, mais imprudence et inutilité.

Il n’y eut pas de poursuite et R... fut dirigé le 26 juillet sur l’Asile Sainte-Anne. Transporté à l’Asile de Perray-Vaucluse (service du docteur Genil-Perrin), le 2 octobre 1926, R... s’y montre inquiet, toujours préoccupé de son état. Par trois fois il a tenté de s'évader.

Observation. — F... Georgette, 21 ans. — A a été arrêtée le 29 mars 1924 aux Galeries Lafayette alors qu’elle venait de s’emparer d’un coupon à l’étalage extérieur et s’en allait sans payer.

À l’interrogatoire du commissaire de police, elle a reconnu le fait, mais a déclaré qu’elle avait agi contre sa volonté, qu’elle était malade et avait été soignée à Sainte- Anne.

. Elle a, en effet, été atteinte d’encéphalite épidémique en 1917, à l’âge de 13 ans. Depuis lors elle a présenté des troubles du caractère : instabilité, incapacité de se livrer

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à un travail suivi et altération de la moralité : masturbation, tendances au vol. Ges faits sont établis par les déclarations de la mère et par des certificats médicaux : certificat du docteur Tinel (la malade ayant été soignée deux ans au Dispensaire de prophylaxie mentale) et du professeur Claude (F... Georgette ayant été internée au Service clinique du 5 avril au 8 juillet 1924).

L'examen révèle : attitude figée, crises de pleurs spasmodiques, tremblement des mains et hyperémotivité.

Conclusion. — 1° F... Georgette présente un syndrome post-encéphalitique ;

2° C’est sous l’influence des tendances pathologiques au vol qui font partie de ce syndrome qu’elle a commis le délit qui lui est reproché. Elle doit, par conséquent, être. considérée comme irresponsable.

3° Sa mère s’engage à la surveiller et à lui faire donner les soins que nécessite son état. Dans ces conditions, il n’est pas nécessaire de l’interner. En cas de récidive, cette: mesure pourrait s'imposer.

Observation due à M. Truelle ; résumé du rapport d’expertise). — M... Roger, 17 ans. -— Arrêté le 7 mai 1926 pour s'être emparé d’une bicyclette déposée à la porte d’une banque et s'être enfui avec, en laissant à la place une autre bicyclette qu'il avait louée. Au commissariat, il avoue les faits. Il se trouvait, dit-il, sans travail depuis quatre jours ; ne voulant pas en informer sa mère et, désireux de se procurer de l’argent pour remplacer son salaire, l’idée lui était venue de louer une bicyclette, ce qu'il fit effectivement, puis d’en voler une plus neuve et de la rapporter au loueur qui, moyennant cet échange avantageux, lui aurait, pensait-il, donné une récompense. Ces explications peu logiques firent estimer une expertise médicale nécessaire,

d’autant plus que le beau-père de l’inculpé fit connaître que celui-ci avait été atteint d’encéphalite épidémique quatre ans auparavant.

Pas d’hérédité vésanique ni névro-pathique. Mais, depuis l'enfance, instabilité mentale, travail inégal, intelligent, mais échec au C. E. P. Encéphalite épidémique grave à 15 ans (80 jours d'hôpital). Profonde modification depuis dans son caractère et son comportement. Devenu cachottier, menteur, coléreux, tendances à vagabonder, masturbation, petits larcins. Troubles survenant par « crises » intermittentes, suivies de calme et de repentir.

À l’examen : strabisme, myoclonies, léger tremblement. Petits stigmates de dégénérescence. Esprit éveillé, réponses pertinentes, mais il donne à l’expert les mêmes explications de son acte, explications illogiques qui sont en discordance avec ses facultés habituelles de jugement. Regrets et promesses.

Conclusions. — 1° M.. Roger, atteint d’encéphalite épidémique il y a quatre ans, est encore porteur de séquelles nerveuses symptomatiques de cette affection. Il souffre en outre de séquelles psychiques habituelles à cet âge, sous forme de pseudo-perversions instinctives avec excitation et instabilité périodiques.

2° C’est sous l’influence de cet état psychopathique qu'il a commis les faits qui lui sont reprochés. Il ne saurait, par suite, être tenu pour responsable.

3° Non véritablement aliéné, non foncièrement vicieux et pervers, l’inculpé n’est pas en situation d’être interné. Il peut recevoir à domicile les soins pour lui nécessaires et sa famille paraît pouvoir exercer sur lui la surveillance indispensable.

Observation (due à M. Truelle ; résumé du rapport d’ex-

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