‹ Considérations médico-légales sur la délinquance des bradyphréniques post-encéphalitiquesChapitre 21 sur 28 · LION · texte numérisé non relu

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l’influence de l’encéphalite des vols des pervers constitutionnels, c’est surtout la notion de contraste. Or, ici, elle est frappante. Avant 1925, c’est-à-dire avant l’état parkinsonien, aucune condamnation, existence en tous points normale. Mais depuis 1925, neuf condamnations.

Comme tous ces malades, il agit impulsivement, par brusques coups de tête, sans réfléchir aucunement aux conséquences de son acte. Son caractère est devenu irritable, impressionnable.

Bref, au point de vue physique comme au point de vue mental, F... est un grand malade dont l’état nécessite des soins urgents.

Discussion. — F... est atteint d’un syndrome parkinsonien post-encéphalitique constituant une très grave infirmité physique.

Cet état s’accompagne de troubles psychiques importants qui sont directement sous la dépendance de l’encéphalite et qui ont déterminé les vols dont il est inculpé.

Il doit donc être tenu pour totalement irresponsable. Cet état nécessite un traitement particulier, qui, en l’absence d'établissements spéciaux pour ce genre de malades, ne peut être suivi que dans un asile d’aliénés.

Je signale, enfin, à toutes fins utiles, qu’il est vraisemblable (pour ne pas dire certain) que les neuf condamnations antérieures relèvent de la même cause pathologique qui aurait été certainement reconnue si l’inculpé avait déjà été soumis à des expertises mentales.

Cette observation est d’un intérêt indiscutable. On remarque, en eflet, chez un sujet dont le passé avant sa maladie est absolument pur de toute condamnation, une succession de condamnations pour vol et même une menace de relégation. C’est toujours le même vol pathologique

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avec les caractères bien déterminés que l’on retrouve dans les observations antérieures.

Après ces différentes observations sur le délit vol chez le bradÿphrénique post-encéphalitique, nous allons envisager une autre réaction de ce malade : la fugue. Cette réaction est assez fréquente au cours de l’encéphalite épidémique. Nous n'’étudierons que la fugue au cours de la période chronique de cette affection. Cette fugue peut se déclancher de deux façons différentes : elle peut d’abord résulter d’une impulsion à laquelle le malade ne peut résister, ou être la conséquence de l’état d’irritabilité spéciale du sujet qui, hors de lui, réagit par la fuite au cours d’une discussion.

L'observation suivante, que nous devons au docteur Ceiïllier, montre plusieurs de ces réactions chez un encéphalitique chronique.

Observation. — P... Maurice, âgé de 26 ans, comptable. — Le malade se présente correctement. Son attitude est soudée. Le masque est figé, le regard fixe. Clignements de paupières rares. Sourire spasmodique. Le malade est bien orienté, son attention est bonne. Il répond aux questions avec rapidité et précision. Sa mémoire est bonne.

À été interné, à la suite d’une expertise médico-légale. Il était en prévention pour abus de confiance. Il avait emporté de l’argent appartenant à son patron au cours d’une fugue dont le caractère pathologique détermine l’expert à conclure à la non-responsabilité et à la nécessité de l’internement.

Fugue du 3 janvier. — Le malade qui avait été contrarié et impatienté toute la journée (étant comptable depuis trois mois dans la maison, il avait recherché sans résultat dans les services une traite égarée) se sent brusquement en proie à un besoin irrésistible de partir, sans préparatif,

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sans bagages, sans avertir sa famille, mi son patron, mais en emportant 15.000 franes confiés à lui pour un paiement. A quatre heures de l’après-midi il prend le train pour Versailles. 11 y dine d’un repas modeste malgré la grosse somme qu'il à sur lui. Le soir il prend le train pour le Mans. Il y couche, repart le lendemain matin pour Angers où il reste une journée. Puis il se rend à Tours, Lyon, Marseille où il couche, enfin Nice. Dans ces différentes villes il ne faisait absolument rien, ne visitant pas, enfermé dans sa chambre d'hôtel car, dit-il, il faisait froid. Il ne faisait qu'attendre, en somme, qu'une nouvelle impulsion le pousse vers une autre ville.

Il reste huit jours à Nice sans se cacher. Il donne son nom à l'hôtel, va voir des amis (il avait antérieurement habité cette ville plusieurs années). Il s'attend à être arrêté. Il est tout à fait conscient de ce qu'il a fait mais il n’a pu résister à l’impulsion de partir.

Quand on l’arrête il est content. Il en avait assez dit-il. On trouve sur lui la plus grande partie de l’argent. Il n’avait en effet dépensé que pour ses frais d'hôtel et de transport.

Antérieurement il avait accompli déjà une dizaine de fugues.

La première en novembre 1925,

Puis trois en 1926,

Puis trois en 1927,

Et aussi en 1928.

Toutes ces fugues revêtent le même caractère. Le malade, quand il n’est pas à l’hôpital, pense continuellement à partir. Puis un jour, brusquement, il suffit d’une occasion, d’une contrariété, et cela est irrésistible : il part. « Une demi-heure avant je ne sais pas que je vais partir, dit-il, et tout d’un coup, je pars. »

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