‹ Considérations médico-légales sur la délinquance des bradyphréniques post-encéphalitiquesChapitre 25 sur 28 · NUL OURS · texte numérisé non relu

NUL OURS

drome parkinsonien il est, dit-il, beaucoup trop impressionnable : « un mot suffit pour le blesser au cœur ». En mars 1927, traité de peau de v... par un autre gardien, il a failli tomber, pris d’un tremblement subit. Il est souvent triste, déprimé, mais surtout impulsif, irréfléchi, instantané, sans aucune préméditation et sans l'intervention d'aucune manifestation délirante ou anormale.

Conclusions. — D... Étienne est atteint d’un syndrome de paralysie agitante hémiplégique gauche. Syndrome encéphalitique par excellence. Si ce syndrome n'empêche pas D... de jouir de l’intégrité de ses facultés, il a sûrement déterminé chez lui une hyper-émotivité qui existait déjà au moment de l'acte commis sans réflexion. Responsabilité atténuée dans une très large mesure.

D... a été acquitté.

En résumé, ces nombreuses observations nous ont montré que, qu'il s’agisse de vol, fugue, suicide, attentats aux mœurs, meurtre, le bradyphrénique post-encéphalitique agit suivant les mêmes lois.

Il s’agit dans tous les cas de sujets présentant une intégrité à peu près complète de l'intelligence, capables d'apprécier la valeur morale de leurs actes. Conscients, ils sont également moraux et regrettent leurs méfaits.

Ce qui frappe dans tous les cas, c’est l’exécution automatique qui est toujours à la base de leurs délits qui présentent toujours des caractères constants et communs

1° Fond mental et conscience morale conservés au moins au début, regret sincère ;

2° Minimum de préméditation et d’habileté dans l’exécution ;

3° Récidive certaine dans des conditions généralement identiques. |

PATHOGÉNIE DES RÉACTIONS MÉDICO-LÉGALES CHEZ LE BRADYPHRÉNIQUE POST-ENCÉPHALITIQUE

On a longtemps discuté sur la similitude possible des réactions antisociales chez le pervers et le bradyphrénique.

Il nous paraît que la genèse dans les deux cas n’est pas du tout la même. En premier lieu, en effet, le pervers instinctif est un fou moral. Il jouit du mal qu'il a fait. Toutes ses tendances sont libérées par le manque de représentations morales. Aussi, dans ses délits, fera-t-il preuve de préméditation et, pris sur le fait, sera-t-il cynique et jamais repentant.

Le bradyphrénique post-encéphalitique, le plus souvent, agit sans préméditation. Z..., dont on a vu l'observation, volait sans se cacher, publiquement. Et ce n'était pas par altération de son sens moral, mais plutôt par manque d’action de la volonté frénatrice des mauvais instincts. Et le regret venait souvent après l'acte, regret le poussant même à la restitution de l’objet dérobé.

Et, élément séparant nettement les deux cas envisagés, l’affectivité qui est presque nulle chez le pervers est, au contraire, plutôt exagérée chez l’encéphalitique chronique. En effet, ce dernier, qui se rend bien compte de son état,

td

s'attache à son médecin, écoute bien ses remontrances, 8e repent de ses délits, promet sincèrement de ne pas recommencer. Nous sommes là loin du cynisme du pervers.

On à dit aussi que les réactions médico-légales chez l’encéphalitique chronique étaient fonction de leur humeur et de leurs sens moraux primitifs. Autrement dit, que l’hérédité jouerait un rôle prépondérant dans les modifications dues à la maladie. Nombre d'auteurs ont au contraire montré que le terrain n’était pas indispensable dans ces troubles du sens moral. D’ailleurs, dans les observations que l’on a pu lire dans cet exposé nous rencontrons plusieurs exemples illustrant cette dernière théorie.

Nous allons maintenant envisager le mécanisme des réactions médico-légales chez l’encéphalitique chronique. On peut d’abord se demander s’il n’existe pas une analogie au point de vue psycho-pathologique entre certaines nuances du comportement des encéphalitiques et leurs actes médicolégaux.

En effet, ils présentent souvent des préoccupations hypocondriaques grossièrement absurdes, des craintes de maladie presque obsédantes, en tout cas persistantes, tenaces, ne cédant peu ou pas, comme cèdent momentanément celles des hypocondriaques vrais, aux explications rassurantes.

Ces craintes comme leurs plaintes, leurs griefs, leurs récriminations innombrables ou leurs mensonges et leurs vantardises sont stéréotypées, présentées d’une manière insistante, monotone, avec une persévérance anormale. Qu'on les rejette ou qu’on leur donne satisfaction ou créance ils n’en reprennent pas moins — le but atteint ou au contraire inaccessible — leur inutile exposé.

Cette persistance invincible, cette impossibilité d’écarter une préoccupation, une crainte ou un désir, une fois qu'ils ont envahi le champ de la conscience, paraissent dus à la

même inhibition, à la même difficulté à mettre en jeu — pour penser, parler, ou agir — la volonté consciente. Cela est un trait caractéristique de l’état mental des encéphalitiques chroniques.

Ils sont incapables, comprenant les arguments où les faits qui leur sont opposés, de faire l'effort nécessaire pour corriger et éliminer une représentation forte, née de leur état dépressif, de leurs sensations cénesthésiques pénibles, comme de leurs réels besoins matériels et de leurs instincts: égoïstes.

A plus forte raison dans le domaine des sentiments mo- Taux, plus complexes et plus fragiles, seront-ils tout à fait impuissants à critiquer et rejeter une tentation ou la suggestion d’une occasion.

Surtout si, comme il apparaît assez souvent, ils sont jeunes, constitutionnellement débiles et d’une moralité incertaine.

En ceci, ils s’opposeraient aux pervers amoraux qui sont incapables de vraiment ressentir le caractère immoral de leurs actes, et aux obsédés chez qui existent des représentations d’une intensité toute particulière, profondément chargées affectivement.

Étudions maintenant le mécanisme proprement dit de: leurs réactions médico-légales. Nous pouvons considérer que chez l’homme normal, à la base de toute action, il v à trois éléments :

A. — L'état mental du sujet, c’est-à-dire son intelligence, sa valeur morale ;

B. — Les circonstances occasionnelles ;

Page 1