C. — La possibilité du passage à l'acte
Chacun de ces éléments ayant son importance propre.
A. — Dans la majeure partie des délits et crimes patholo-
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giques, c’est le premier élément qui est atteint. Par exemple dans les états démentiels, confusionnels,
B. — Si nous envisageons maintenant le deuxième facteur, on verra qu'il joue aussi un rôle dans la genèse de l'action médico-légale, On sait, en effet, que certains hypomoraux, plus ou moins intimidables, n’agissent pas, soit qu'ils ne se trouvent pas dans les conditions de facilité d’exécution, soit que la sollicitation au mal n'ait pas une intensité suffisante.
C. — Mais alors peut surgir un facteur kinétique favorisant qui, généralement momentané, augmente sérieusement les possibilités d'action. Le caractère épileptique, l’alcool, la fatigue, la colère, l’hyper-émotivité, peuvent être de sérieux adjuvants. Et si nous revenons à la bradyphrénie post-encéphalitique nous verrons qu’une réaction médicolégale peut être ainsi déclanchée. Prenons, par exemple, le cas de P... Nous avons pu voir que sa dernière fugue avait été précédée d’un état d’énervement dû à la recherche d’une traite qui lui avait été confiée et qu'il avait égarée.
Si maintenant nous étudions la possibilité du passage à l’acte, on est frappé des perturbations isolées dans ce domaine chez les encéphalitiques chroniques. Il semble, en effet que, chez eux, il y ait une véritable déficience de la volonté, une impossibilité à mettre en jeu des processus intellectuels complexes, ce qui entraîne sans délai le passage de l’idée à l’action.
Ainsi il y aurait un véritable passage court-circuit de l’idée (de la tendance, affective, instinctive, envie d’un objet, besoin d'argent, désir sexuel, ressentiment, tendance au suicide) à l’acte ou, tout au moins, un isolement du système élémentaire formé par celte tendance et les
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moyens les plus immédiats de la satisfaire. Cet isolement entraîne d’une part : l'impossibilité du contrôle au point de vue moral, l’impossibilité de retarder ou d'empêcher le passage à l’acte et enfin provoque une exécution malhabile avec le minimum de précautions et de succès.
Ainsi les encéphalitiques chroniques, doués de sentiments éthiques normaux, capables de comprendre le caractère répréhensible de leurs actes et d’en avoir du regret, sont impuissants à mettre en jeu les représentations multiples qui permettent à l'individu normal de rejeter une sollicitation contraire à la morale. Ils ne sont donc pas atteints de perversions acquises mais d’une inhibition de leur censure morale, modalité particulière de leur asthénie psychique, de leur « bradyphrénie ».
Cette conscience inefficace de leurs actes se retrouve dans de nombreux phénomènes psycho-pathologiques des encéphalitiques : au cours de l’interrogatoire, une encéphalitique chronique se laissait tomber brutalement et dramatiquement à terre, puis se relevait presque immédiatement en disant : « Je joue la comédie. »
En résumé, il semble que ce soit l’impossibilité du contrôle volontaire qui domine la genèse des actes antisociaux des encéphalitiques chroniques. Le psychisme visqueux ne se mettant pas en branle provoque un passage immédiat de l’idée à l’acte.
D'autre part, on peut aussi remarquer que certaines représentations ont chez eux un caractère obsédant. Il y a un véritable isolement de certains systèmes idéo-affectifs comme le vol, le suicide, l’hypocondrie, etc.
D. — Enfin, ne peut-on pas imaginer qu'il y ait seulement Chez eux une atteinte exclusive des fonctions morales supérieures ? Surtout chez les enfants où elles sont d'autant plus
vulnérables qu’elles ne sont pas encore fixées. Ainsi on pourrait penser à une analogie avec le dément sénile où l’on remarque parfois une décapitation des fonctions psychiques, l’affaiblissement s'exprimant au début par un fléchissement moral alors que les facultés intellectuelles proprement dites, qui, plus tard, seront touchées, sont encore conservées.
CONSIDÉRATIONS SUR LES ATTITUDES DES EXPERTS AU COURS DES RÉACTIONS ANTISCOCIALES DES BRADYPHRE- NIQUES POST-ENCÉPHALITIQUES
Si maintenant nous revenons à la série d’observations que l’on trouve au milieu de cet exposé, on est frappé des attitudes différentes des experts vis-à-vis des réactions antisociales des bradyphréniques post-encéphalitiques. En effet nous remarquons :
Pour Z... Albert.
Le docteur Truelle, dans son expertise du 5 décembre 1926, conclut à l’irresponsabilité et à la nécessité d’internement.
Le malade est interné.
Puis il est mis en liberté sous promesse de surveillance familiale.
Nouveaux vols. Nouvelles condamnations. Nouvel internement.
Lap... Berthe.
En février 1924. Condamnation à 20 jours de prison après expertise reconnaissant l’existence de l’encéphalite et concluant à une responsabilité atténuée.
En 1927. Condamnation à un mois de prison après une nouvelle expertise médico-légale.
AREA PEN
R... Léon.
L’expertise conclut à l’irresponsabilité.
F... Georgette.
Conclusion d’irresponsabilité, de non internement, mais 4e surveillance familiale.
M... Roger.
Mèmes conclusions d’expertise.
T... François.
Donne lieu à deux expertises, toujours pour le même -délit.
1° Expertise : M. Truelle conclut à l’irresponsabilité mais à ia surveillance familiale ; 2° Expertise : Conclusion d’irresponsabilité et d’internement.
Ri:
La première expertise a lieu en 1923, à la suite d’outrages publics à la pudeur.
Elle conclut à une responsabilité atténuée.
La deuxième expertise, faite après vol, par M. Rogues de Fursac, conclut à la responsabilité du délinquant, mais sol-
licite toutefois l’indulgence dans une large mesure.
N... Charles.
M. Truelle conclut à une responsabilité atténuée.
T... Charles.
Expertisé à la suite d’outrages publics à la pudeur. M. Truelle conclut à la responsabilité.
— Ur
D... Étienne.
Coupable de meurtre, est acquitté à la suite d’une expertise concluant à son irresponsabilité.
Il résulte de tout cela que les attitudes prises par les experts sont très différentes. Tantôt l’on trouve des conclusions d’irresponsabilité, tantôt de responsabilité. D’autres fois, il y a incertitude : dans un cas on note deux attitudes différentes de l’expert.
Ce qui paraît avoir provoqué ces divergences, c'est la conservation fréquente de l'intelligence et du sens moral chez de tels malades.
Mais nous avons vu que le caractère particulier des troubles dans la bradyphrénie post-encéphalitique, réside dans l'impossibilité de l'application des facultés intellectuelles à un acte.
C’est ce manque de réflexion, de censure, de contrôle, cette non-intervention du pouvoir freinateur normal sur nos tendances élémentaires instinctives, cette libération des automatismes par opposition à l’inhibition et peut-être à la déchéance légère des représentations intellectuelles et morales supérieurement hiérarchisées, compliquées et fragiles, qui est le trouble psychopathique essentiel, isolé par Naville et ici en cause.