‹ Considérations pathogéniques et anatomo-pathologiques sur l'érysipèle ses formes et ses complications essais sur la virulence du streptocoqueChapitre 10 sur 123 · HA · texte numérisé non relu

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gique, les esprits, allant plus vite que les faits, placèrent parmi les microphytes ce germe contage de l’érysipèle, dont il avait été tant parlé par Lorry, Piorry, Velpeau, Trousseau, Lefort, etc. Le mot de bactéries de l’érysipèle fut prononcé pour la première fois par Ch. Martin (1865), puis par Volkmann, qui posa nettement la question sans la résoudre : « L’érysipèle est-il un poison ou un ferment ? »

On s'accorde à attribuer à Nepveu et à Huëter, l'honneur d'avoir les premiers signalé et décrit objectivement des microorganismes dans l’érysipèle. Ici se pose une petite question de priorité. Les travaux de Nepveu en effet, commencés en 1868, ne furent publiés qu’en 1870, dans les comptes rendus de la Société de Biologie, alors que Huëter communiqua ses recherches, le 5 juin, à la Soctiété de Greifswald. I est donc difficile de se prononcer, car le jugement doit être différent, suivant qu'on veuille suivre la tradition orale ou la tradition écrite. Néanmoins, nous pensons que cette discussion est d'un intérêt purement archéologique, car ni l’un ni l’autre ne semble avoir vu les réels parasites de l’érysipèle. Pour Nepveu, ces microorganismes ne sont autres que des « petites corpuscules ovoides animées de mouvements assez vifs et très variés, indépendants de toute espèce de courants; ces corpuscules se rencontrant en abondance dans le sang de la plaque érysipélateuse, en moindre quantité dans le sang de la circulation générale.

Il est difficile de reconnaître dans cette description les chaînettes immobiles occupant les espaces Iymphatiques qui constituent le parasite de l’érysipèle. Le monas erepusculum d'Huëter s’en éloigne encore davantage. Cet auteur lui donne des dimensions relativement considérables et le trouve principalement dans les phlyctènes et dans l'urine. En outre, son but, dans cette description, est d'identifier la diphtérie et l'érysipèle, et la présence du monas erepusculum dans les deux affections est un de ses

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arguments. Sa prétendue découverte part donc d’une idée préconçue, ce qui est loin d’ajouter à sa valeur, et nous pensons que si l’on ne peut établir que Nepveu ait été le premier à voir et à décrire les véritables microorganismes de l'érysipèle, on peut du moins, en toute assurance, affirmer que ce n’est pas à Huëter que l’on doit en rapporter l'honneur. Les descriptions de Wilde se rapprochent davantage de la vérité et présentent ceci d’intéressant, que l’auteur a constaté la présence des mêmes microbes dans le sang de la plaque érysipélateuse et dans le pus de la plaie qui en avait été le point de départ.

Mais, de tous les travaux de cette période encore rapprochée où la microbiologie ne jouissait que de moyens primitifs, le plus remarquable est celui de Orth, qui reconnut la forme en chainettes des microorganismes, les cultiva (?) et reproduisit (??) un érysipèle chez les lapins inoculés. En France, Pitoy, la même année (1873), obtint des résultats analogues — ct, en 1876, le professeur Bouchard décrivit nettement la présence de diplocoques et de cocei en chaînettes dans le liquide des phlyctènes érysipélateuses.

Les travaux de Lukomsky très souvent (pour ne pas dire trop souvent) cilés dans les ouvrages récents, sont loin d'entraîner notre conviction, car cet auteur qui, en 1874, avec des moyens et une technique des plus primitifs, a pu constater des microcoques dans les capillaires du rein et du poumon, nous semble avoir voulu trop prouver et n'avoir, par cela même, rien prouvé du tout. Ces résultats furent néanmoins corroborés, en 1880, par Billroth et Ehrlich, qui trouvèrent des cocci dans les vaisseaux sanguins du foie, des reins, dans les canaux urinifères, etc. — Nous verrons plus loin ce que nous devons penser de cette constatation.

Ces travaux, du reste, n'imposaient pas comme une vérité irréfutable le rôle pathogène du microorganisme, puisque Tillmanns, dans son Traité de l’'Érysipèle, ne lui

fait jouer un rôle que dans l’érysipèle phlegmoneux.

La première bonne description du microbe de l’érysipèle et de ses caractères sur les milieux artificiels, est due à Doléris, qui en obtint des cultures pures en étudiant, sous la direction de M. Pasteur, les microorganismes de la fièvre puerpérale. Les figures jointes à son travail sont très démonstratives. Nous ne ferons que citer la thèse de Dupeyrat (1881), qui n’apporte aucun fait nouveau et confirme purement et simplement les recherches d'Orth.

Enfin, en 1882, parut le travail de Fehleisen, qui est à la bactériologie ce que celui de Renaut avait été à l’histologie pathologique, et met un terme à cette longue suite de travaux de bactériologie pure. A dater de son travail, l'histologie et la bactériologie marchent de pair, et, dans les œuvres postérieures à cette époque, il est toujours fait dans l'anatomie pathologique, une large part à la distribulion des bactéries dans Les tissus.

I n'y a guère eu à ajouter aux faits qu’apporta Fehleisen, car ses expériences, peut-être parfois un peu aventureuses, et blâmables au point de vue humanitaire, sont de nature à entraîner la conviction des plus sceptiques. Il a vu et cultivé ces microbes hors de l’organisme, les a inoculés aux animaux et même à l’homme, dans sept cas de tumeur maligne, dans un but thérapeutique (?) et a, dans tous les cas, réussi à reproduire un érysipèle typique. Ces expériences, contrôlées peu après par Koch, Cornil et Babès, etc., levèrent les derniers doutes qui pouvaient exister sur la nature parasitaire de l'érysipèle. Le siège des bactéries fut également l’objet des recherches de Fehleisen, et il put établir que ces dernières occupaient les espaces lymphatiques du derme et se trouvent surtout en grand nombre au niveau dela zone moyenne de l’érysipèle, dans la portion qui correspond au bourrelet. Il insista enfin d’une manière toute spéciale sur la présence du parasite dans le système lymphatique et son absence dans le système sanguin.

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Les auteurs qui depuis ont écrit sur l’érysipèle, n’ont fait que reproduire, après les avoir ou sans les avoir vérifiées eux-mêmes, les observations de Fehleisen. Koch, le premier, s’en porta garant. Quelque temps après, dans un mémoire à la Société médicale des hôpitaux, Cornil et Babès donnèrent une description très claire, accompagnée de figures très démonstratives des lésions microbiennes et du siège des bactéries. Ils reproduisirent, du reste, cette description avec plus de détails dans les éditions successives de leur traité : Les Bactéries. — En 1885, M. Cornil, à propos de la discussion sur l’érysipèle à l’Académie de médecine, exposa brièvement et clairement l'état de la science à ce moment, en signalant la possibilité du passage des microorganismes dans la circulation générale et dans les urines.

Le travail français le plus important sur l’anatomie pathologique de l’érysipèle est, sans contredit, la thèse inaugurale de Denucé, inspirée par M. le docteur Verneuil.

L'auteur y a parfaitement résumé tous les travaux antérieurs sur la question. Malheureusement, on regrette que la partie originale soit relativement un peu restreinte, et que l’auteur, moins confiant dans ses devanciers ou dans ses vues 4 priori, n'ait pas apporté un plus grand nombre de faits expérimentaux. Il se serait ainsi épargné de voir son travail vieillir et quelques-unes de ses assertions ne pas recevoir la sanction des observateurs qui, depuis, se sont occupés de ce ‘sujet. Nous aurons, du reste, à revenir souvent sur cette thèse, qui marque certainement une étape dans l’histoire de l’anatomie pathologique de l’érysipèle.

Se plaçant à un autre point de vue, Hajek, cherchant à différencier microbiologiquement et histologiquement l'érysipèle du phlegmon, arriva à des résultats intéres- -sants, que nous avons pu vérifier, et qu'il consigna dans un article daté de novembre-décembre 1886. Signalant,

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