LE MICROBE DE L’ÉRYSIPÈLE
le streptocoque est-il le seul microbe de l'érysipèle ? Fails expérimentaux. — Érysipèle expérimental bacillaire de Koch. — Érysipèle expérimental mycotique (fait personnel). Faits cliniques. — Rôle du staphylocoque (Bonome et Bordoni Unfredduzzi). — Rôle du bacille typhique (Rheïner). — En pratique, on peut dire que le streptocoque est le seul microbe de l'érysipèle.
Avant d'étudier dans ses détails le streptocoque de l’érysipèle, nous devons nous demander si ce microorganisme doit toujours être incriminé et si, au moins dans la pathologie humaine, nous sommes en droit de considérer l’érysypèle comme étant constamment une manifestation de l'infection de l'organisme par le streptocoque. En effet, comme nous le verrons plus tard, le processus anatomique de l’érysipèle, mélange des deux réactions organiques les plus habituelles, n’a rien de spécifique, et l’on conçoit facilement la possibilité de la même réaction anatomique vis-à-vis un autre microbe possédant des propriétés analogues, mais non identiques, au streptocoque érysipélateux.
Cette opinion repose surtout sur des faits expérimentaux. On sait, en effet, que Koch a décrit un bacille dont l’inoculation dans l'oreille du lapin donna lieu à un érysipèle expérimental mortel. Nous avons, nous-même, obtenu
or
une fois un érysipèle expérimental cliniquement typique, en inoculant à un lapin des poussières d’une salle de malades. Après résection de l'oreille malade, l'animal guérit. Nous ne trouvâmes pas de streptocoques. En retour, plusieurs veines étaient thrombosées et contenaient à leur intérieur un bouchon formé par un mycélium volumineux, appartenant certainement à un parasite végétal d’un ordre plus élevé. Les cultures de la sérosité, faites seulement sur des milieux alcalins, étaient restées absolument stériles.
Néanmoins, on peut dire que non seulement ces faits sont rares, mais encore qu'il s'agit plutôt d’une ressemblance macroscopique que microscopique, et que ces deux affections microbiennes qui donnent lieu à l'aspect clinique de l'érysipèle expérimental, en peuvent être distinguées facilement par la nature même du processus qui leur donne lieu. Koch, en effet, a peu insisté sur les lésions histologiques des cas qu’il a rapportés, et, dans notre fait personnel, la lésion, surtout localisée au système veineux, se différenciait facilement de l’érysipèle vrai, dans lequel ces vaisseaux sont presque toujours indemnes.
Rien n'autorise donc à dire jusqu'ici que, pratiquement, l’érysipèle vrai du lapin puisse être dû à un microbe autre que le streptocoque, arrivé au degré de virulence voulu pour provoquer le processus anatomique, sur lequel nous aurons longuement à revenir.
Dans la pathologie humaine, les voix discordantes sont rares qui ne reconnaissent pas le streptocoque comme le seul microbe dont la présence dans le tissu cutané donne lieu à l’érysipèle vrai. Nous ne parlons pas, en effet, de l’érysipéloïde de Rosenbach, qui se différencie facilement par la simple clinique.
Avant que la découverte de Fehleisen ait reçu la sanction du temps, il s’est trouvé quelques auteurs qui refusèrent au streptocoque la pathogénie exclusive de l’érysi-
pèle humain, en se basant sur leurs observations personnelles. Bonome et Bordoni Undfredduzzi attribuèrent aux staphylocoques doré et blanc le même pouvoir pathogène. Or, la présence dans leurs cultures de ces deux microbes, commensaux habituels de la surface culanée, n'a rien qui entraîne la conviction, une erreur de technique facile à commettre pouvant facilement l’expliquer.
Dans une épidémie de fièvre typhoïde compliquée d’érysipèle, Rheiner a rencontré des cas dans lesquels le résultat de ses recherches bactériologiques l'ont porté à considérer le bacille typhique comme l'agent effectif du processus érysipélateux. Mais, là encore, il s’agit d’un fait isolé, dans lequel la présence possible du bacille typhique dans le sang rendait facile une erreur d'interprétation, et qui à besoin d’une nouvelle confirmation, bien qu’il ne nous répugne nullement d'admettre que le bacille d'Eberth- Gaffky, dont nous avons été un des premiers à démontrer les propriétés pyogènes, puisse, dans certaines conditions, provoquer dans le tissu conjonctif l’exsudation de plasma et de leucocytes qui, jointe à la prolifération des cellules fixes, forme le substratum dela lésion érysipélateuse.
Nous avons, dans quarante-trois cas d’érysipèle franc, dont nous rapportons les observations, recherché systématiquement la présence du streptocoque, par la méthode que nous indiquons plus loin, et nous avons, dans trentecinq cas, pu constater sa présence dans les tissus à l’état de pureté. Dans les huit autres cas, nos résultats ont été complètement négatifs, et nous n'avons rencontré ni le streptocoque, ni aucun autre microbe. Nous croyons donc que l’on peut dire que, dans la pratique, le streptocoque est le seul microbe qui produise l’érysipèle chez l’homme, bien qu'il n'y ait aucune impossibilité théorique à ce qu’un autre microorganisme soit capable de produire ce processus.