LE STREPTOCOQUE DE L’ÉRYSIPÈLE
$ 4er. — Moyen d'obtenir des cultures pures de streptocoque de l’érysipèle. — Ensemencement d'une parcelle de la peau. — Scarification et ensemencement de la sérosité. — Caractères des cultures sur milieu solide : gélatine, agar, sérum. — Caractères des cultures sur milieu liquide : bouillons, sérosités, lait. — Caractères microscopiques du streptocoque : légère mobilité. — Réactions colorantes. — Forme. — Variations dans la disposition de la chaînette : sur pomme de terre, sur agar, dans le bouillon, en milieu anaérobie. — Formes de régression du streptocoque. — Description et réactions. — Ce ne sont pas de véritables spores, mais au contraire des formes d’une vilalité plus fragile.
$ 2. — Alimentation du streptocoque. — Rôle de l'oxygène. — Le streptocoque est plutôt anaérobie. — Rôle de la réaction du milieu. — Le streptocoque ne se développe pas en milieu acide. — Bouillons végétaux. — Bouillons animaux. — Bouillons albumineux. — Peptone. — Milieux solides. — Valeur nutritive de la gélatine pour le streptocoque pouvant être utilisée comme méthode d'isolement.
8 3. — Produits de culture du streptocoque. Absence de triméthylamine. — Acidification du bouillon par le streptocoque, constante, mais plus ou moins rapide, suivant la nature du streptocoque. — Réfutation des assertions de Behring. — Rôle adjuvant du sucre, des matières extractives, etc. — Non-acidification de la peptone pure et des sérosités. — Détermination de la nature de l'acidité et de ses propriétés.
$ 4 — Vitalité du streptocoque. — Ce que l’on doit entendre par la vitalité d'un microorganisme. — Développement du streptocoque; vie latente. — Action de la chaleur. — Rôle capital de l’acidification du liquide. — Acidification d'autant plus rapide que le microbe provient d’une culture plus acide. — Vie latente sur les milieux que le streptocoque n’acidifie pas. — Rôle de la puissance de diffusion du milieu. — Le streptocoque dans l'organisme, considéré comme milieu inerte, — Différence entre l'expérimentation in vitro et l’action du microbe sur la
eu
matière vivante. — Longue persistance du streptocoque dans l’orga. nisme à l’état latent. — Réfutation de la théorie proposée par M. Leroy pour expliquer l'érysipèle à répétition, et basée sur la reviviscence des cultures de streptocoques sur gélatine.
$ 17. — Ses caractères morphologiques.
Caractère de ses cultures.
Pour obtenir des cultures pures du streptocoque de l'érysipèle, on peut employer plusieurs moyens. Le plus classique, et peut-être le plus sûr consiste dans l’ensemencement dans du bouillon stérilisé d’une petite parcelle de peau réséquée au niveau d’une plaque d’érysipèle. Les plus grandes précautions sont nécessaires. La peau doit être soigneusement désinfectée, d’abord par un lavage au savon, puis, par des fomentations de sublimé. On ne doit se servir que d'instruments soigneusement flambés.
Nous ne saurions recommander cette méthode. Outre qu’elle est extrêmement douloureuse pour le malade, elle est très délicate et n'a que peu d'avantages sur la suivante, qui ne présente pas les mêmes inconvénients.
Après avoir pris les mêmes précautions pour l’antisepsie, aussi parfaite que possible de la surface cutanée, on y applique une couche légère de collodion que l’on dessèche rapidement en soufflant dessus. Cette dernière pratique a pour résultat de hâter l'évaporation de l’éther et de l’alcool, et de faire effectuer la dessiccation dans un milieu aseptique, l'air expiré ne contenant pas de microbes. On enfonce alors, d’un seul coup, la pointe d’une lancette soigneusement flambée, de manière à pénétrer assez profondément dans le derme. On aspire alors avec une pipette, que l’on jette ensuite, les premières gouttes de sang qui s’écoulent de la plaie; puis, en serrant entre deux doigts le pli cutané dans lequel est comprise la piqûre, on fait sourdre une goutte ou deux de la sérosité qui infiltre les mailles du tissu dermique, et on les recueille dans des pipettes stérilisées. On s’en sert ensuite pour ensemencer soit des pla-
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ques d’agar ou de gélatine, soit dés tubes inclinés d’agar ou de sérum. Il est toujours nécessaire de faire de larges ensemencements, car, outre que la sérosité est toujours un peu diluée par le sang qui y est forcément mélangé, il arrive souvent que, même en prenant au niveau du bourrelet, les microbes sont en petit nombre et ne donnent que de rares colonies.
Mais, quel que soit le procédé d'isolement que l’on emploie : plaques, tubes ensemencés successivement, tubes roulés suivant la méthode d'Esmarch, on arrive toujours sans difficultés à obtenir des colonies isolées de streptocoque, à condition de ne faire de prises que pendant la période d’état et au niveau du bourrelet d’aceroissement. Dans l'épaisseur de la gélatine, à la température de 20 degrés, les colonies ne deviennent bien visibles qu’au bout de trente-six à quarante-huit heures. Elles apparaissent sous forme de petits points blancs, opaques, nettement sphériques, bien circonscrits. Leur volume s’accroit pendant trois ou quatre jours, mais ne dépasse jamais celui d’une petite tête d’épingle.
Celles qui se développent à la surface sont un peu plus
volumineuses; elles sont légèrement bombées, mais non hémisphériques. Leurs bords sont un peu plus déchiquetés si on les examine à un grossissement moyen (ob].5. — Ocul. 1 Leitz). Leur opacité est beaucoup moins grande que celle des grains développés dans la profondeur. Le centre de la colonie est laiteux, mais les bords presque translucides. Leur accroissement est également limité à quatre ou cinq jours après leur ensemencement. : Jamais la gélatine n’est liquifiée, ce qui rend facile leur distinction d'avec les colonies de staphylocoque blane, que l’on rencontre parfois si l’antisepsie de la surface cutanée a été insuffisante et qui, dès le troisième jour, sont entourées d'une zone de liquéfaction déjà sensible. La transparence, non plus que la couleur de la gélatine, ne sont point modifiées. |
Ensemencé sur des tubes inclinés d’agar ou desérum et placé à l’étuve à 35 degrés, le streptocoque se développe plus rapidement et les colonies commencent à devenir visibles au bout de vingt-quatre ou trente-six heures, sous forme d'un petit semis blanchâtre, que M. Verneuil compare d’une manière assez heureuse à des grains de semoule. Les jours suivants, si les colonies se sont développées en grand nombre, elles deviennent confluentes et donnent naissance, au niveau de la ligne d’ensemencement, à une bande à bords polycycliques dans laquelle on a voulu voir, d'une manière un peu forcée, la forme d’une feuille de fougère ou même d’acacia, suivant les cas. Ces colonies sur agar ou sur sérum sont un peu plus translucides que les cultures sur gélatine et ressortent moins bien sur le fond toujours un peu opalescent de ces milieux.
Sur pommes de terre, sur carottes et sur les autres milieux végétaux analogues, le streptocoque ne donne lieu à aucune colonie visible à l'œil nu; il ne semble pas se développer non plus à la surface du blanc d’œuf coagulé.
En somme, sur les milieux solides ou demi-solides, il est difficile d’assigner aux colonies du streptocoque des caractères qui permettent à-un novice de les reconnaître et de les distinguer de beaucoup d’autres microorganismes très vulgaires, entre autres, de plusieurs espèces microbacillaires, que l’on rencontre fréquemment sur les cadavres commençant à subir la décomposition putride. C'est seulement après une certaine habitude, que rien ne saurait remplacer, qu'il est possible de reconnaître sur une plaque les colonies de streptocoque à leur exiguité habituelle, à leur apparence opalescente, à l'aspect un peu étalé des colonies lenticulaires de la surface.
Beaucoup plus caractéristique est, dans la plupart des cas, l’apparence de leur développement sur les milieux liquides, et l’on peut presque toujours reconnaitre facilement à l'œil nu la pureté d’une culture de streptocoque sur bouillon. Si le développement est très actif, le bouillon